{"id":44771,"date":"2021-08-08T12:49:52","date_gmt":"2021-08-08T10:49:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44771"},"modified":"2021-08-09T12:59:02","modified_gmt":"2021-08-09T10:59:02","slug":"p7-la-bas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-la-bas\/","title":{"rendered":"#P7 l\u00e0-bas"},"content":{"rendered":"\n<p>La porte en bois ouvre sur la grosse pierre de seuil, large et lisse d\u2019usure. En face, \u00e0 quatre pas, le jardin potager et son grillage. Le sentier \u00e9troit, sur la gauche, caresse le flanc du jardin en longeant le muret de pierres s\u00e8ches. Blanches avec leurs fines barbes de mousses fonc\u00e9es et les taches de lichen jaune clair, petits soleils r\u00eaches noy\u00e9s dans la p\u00e2leur min\u00e9rale. Le mur est surmont\u00e9, de ce c\u00f4t\u00e9, d\u2019une haie de buis \u2013 comme le rameau rapport\u00e9 de la messe et coinc\u00e9 en virgule dess\u00e9ch\u00e9e derri\u00e8re le crucifix.&nbsp; Une enfant crie dans des bras souples. Une vol\u00e9e de poules, un fouillis de caqu\u00e8tements brefs et d\u2019ailes furieuses sous le jet de grains d\u2019or poussi\u00e9reux. Des voix.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte en bois a \u00e9t\u00e9 repeinte en vert fonc\u00e9. La pierre de seuil est in\u00e9gale, creux et bosses par endroits, les plus brillants. Les fourmis tendent le fil d\u2019un collier de miettes de pains et de minuscules grains blancs. Au bout du sentier \u00e0 gauche, l\u2019\u00e9boulis de pierres calcaires, sa langue abrupte et d\u00e9sordonn\u00e9e plonge \u00e0 pic dans le gosier pentu du pr\u00e9 d\u2019herbes longues&#8230; Un homme v\u00eatu d\u2019un maillot de corps tach\u00e9 d\u2019humide et d\u2019un pantalon de grosse toile bleue se redresse. Il s\u2019essuie le front dans le mouchoir blanc. Il le fourre dans sa poche avant de cracher sur la pierre \u00e0 aiguiser. La lame battue coud d\u2019\u00e9chos brefs le ciel m\u00e9tallique sur fond de stridulation \u00e0 patience de lime&nbsp;: les cigales. Plus bas le pr\u00e9 s\u2019\u00e9choue contre la barri\u00e8re discontinue d\u2019arbres maigrelets au fond de la combe.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte en bois baille sur la grosse pierre de seuil, large et lisse d\u2019usure. Le rideau de perles color\u00e9es hache le rectangle du jour dans sa fine d\u00e9chiqueteuse. Une femme \u00e0 la peau claire sort comme nager, en plongeant et \u00e9cartant des mains. Derri\u00e8re se referme en cliquetant l\u00e9ger avec un infime fr\u00f4lement de cascade lointaine. Deux enfants jambes nues descendent en courant dans l\u2019\u00e9boulis. Autour de leurs chevilles tintent des \u00e9clats de feu. Une main, maigre et tavel\u00e9e, s\u2019appr\u00eate \u00e0 ouvrir le portail du jardin en \u00f4tant le bracelet de fer rouill\u00e9 du bras de bois. En face du sentier \u00e0 gauche, les vagues molles de collines morcel\u00e9es en parcelles jaunies, la solitude de ch\u00eanes maigres et lointains, le pigeonnier carr\u00e9 d\u2019une bastide. Aux heures une cloche triste transperce et appelle.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte en bois a \u00e9t\u00e9 peinte \u2013 quand&nbsp;? \u2013 de bleu clair sous le toit de tuiles raviv\u00e9es. Elle est ferm\u00e9e. Autour la fa\u00e7ade froiss\u00e9e comme un visage tr\u00e8s vieux. La haie de buis s\u2019est ensauvag\u00e9e de ronces qui percent et \u00e9touffent les buissons. Le muret \u00e9br\u00e9ch\u00e9 et disloqu\u00e9 vient fouler le sentier \u00e0 ses pieds. Les pierres blanches dispers\u00e9es \u00e9bauchent une piste d\u2019ossements chaotiques jusqu\u2019au tumulus de pierres. Le jardin potager est envahi, le grillage s\u2019est par endroits allong\u00e9 sur la tombe d\u2019herbe. Deux femmes et un homme, la cinquantaine finissante, sont sortis de la voiture et peinent \u00e0 marcher dans la v\u00e9g\u00e9tation touffue. Ils n\u2019ont pas la cl\u00e9. Ils font demi-tour en parlant \u00e0 voix baisse. Une pleure en se cachant parfois derri\u00e8re les mains.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte en bois est ferm\u00e9e sous les tuiles noircies. Les plaques de bleu affadi se brouillent s\u2019\u00e9caillent tombent, d\u00e9pec\u00e9es entre les grandes griffes grises. Un sourcil de vigne grimpante, parfois \u00e9pais parfois \u00e9tique, fronce le mur de son onde verte. Des pierres sont tomb\u00e9es, une couche de terre et de poussi\u00e8re ocre tapisse leur orbite sans ombre. Au tiers inf\u00e9rieur de la porte, plus haut sur la fa\u00e7ade, une mar\u00e9e folle s\u2019agrippe&nbsp;: arbustes couverts d\u2019\u00e9pines ou de baies rouges, ronces, broussailles, gramin\u00e9es \u00e9lanc\u00e9es, un entrelacs \u00e9galisateur, \u00e9pais et confondu. Le jardin et son muret, le grillage, le sentier ne sont plus. Tout emp\u00eatr\u00e9 dans l\u2019immobile temp\u00eate v\u00e9g\u00e9tale saisie sous son couvercle d\u2019insectes bruyants.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fait une brass\u00e9e d\u2019\u00e9toiles une nuit d\u2019astres purs comme n\u2019en vois jamais plus. D\u2019immenses souffles d\u2019ombre traversants irriguent mes reliques.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"678\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Puycalvel-1024x678.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44772\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Puycalvel-1024x678.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Puycalvel-420x278.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Puycalvel-768x509.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Puycalvel-1536x1017.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Puycalvel-2048x1356.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>l\u00e0-bas<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La porte en bois ouvre sur la grosse pierre de seuil, large et lisse d\u2019usure. 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