{"id":44858,"date":"2021-08-08T19:50:04","date_gmt":"2021-08-08T17:50:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44858"},"modified":"2021-08-09T12:52:44","modified_gmt":"2021-08-09T10:52:44","slug":"se-deploie-la-vallee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/se-deploie-la-vallee\/","title":{"rendered":"#P7 se d\u00e9ploie la vall\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>De la baie qui ouvre sur la vall\u00e9e, effectuer un plan large sur celle-ci, un peu en plong\u00e9e. Elle se d\u00e9ploie en une \u00e9toile qui suit les cassures des cours d\u2019eau. Failles invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il, mais pr\u00e9sentes, qui se laissent deviner par un mouvement de terrain, une \u00e9l\u00e9vation soudaine, un creux imperceptible, une ligne d\u2019arbres ou une barri\u00e8re de roches. L\u00e0, courent des torrents, <em>le Rif Bel<\/em>, qui d\u00e9boule de Risoul, se jette dans le C<em>hagne<\/em>, lui m\u00eame affluent du <em>Guil<\/em><em>, <\/em>qui a pris source vers le Mont Viso. Un pays o\u00f9 chantent les eaux. Plus loin, quelques m\u00e9andres de la Durance apparaissent, noy\u00e9es dans la brume et les arbres qui la bordent, elle traverse la vall\u00e9e du nord au sud, autrefois torrent-fl\u00e9au, aujourd\u2019hui assagie. Une cha\u00eene de sommets ferme la vall\u00e9e, ils jouent avec les 4000 m\u00e8tres, les pics d\u2019Ailefroide, le pic Sans Nom, le Coup de Sabre, la selle glaciaire du Pelvoux. Relativement proche, la ligne rose des fortifications Vauban enserre le plateau des Mille Vents et Mont-Dauphin, la fiert\u00e9 du territoire, inscrite au Patrimoine Mondial. L\u2019\u00e9loignement \u00e9crase les distances, aplatit les perspectives.<\/p>\n\n\n\n<p>A midi, un temps superbe, une brise l\u00e9g\u00e8re. Peu \u00e0 peu, au fond de la vall\u00e9e, des nuages d\u2019un blanc \u00e9clatant envahissent le ciel d\u2019un bleu intense. Ils s\u2019installent tout d\u2019abord en tas informe, puis ils bourgeonnent, se s\u00e9parent, s\u2019\u00e9panouissent en mamelons, en d\u00f4mes, ouat\u00e9s. Ils se d\u00e9placent au gr\u00e9 du vent, se quittent comme \u00e0 regret, les voici transform\u00e9s, celui-l\u00e0 prend l\u2019allure d\u2019un mouton dodu, puis d\u2019un agneau craintif, cet autre ouvre une bouche \u00e9norme, qui veut-il d\u00e9vorer ? Il devient ange sage, ailes d\u00e9ploy\u00e9es, il s\u2019amuse \u00e0 se d\u00e9faire, s\u2019envole, dispara\u00eet. Celui-ci se m\u00e9tamorphose en une sorte d\u2019\u00e9dredon o\u00f9 il ferait bon se rouler. Ou en poisson-volant. Ils imitent les formes des montagnes qu\u2019ils dominent, se tailladent, mutent en roches et cascades, dessinent des sommets. Inqui\u00e9tants, soudain. Fatigu\u00e9s de ces jeux, ils s\u2019effilochent en lambeaux, disparaissent. Le ciel est limpide.<\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019aime les nuages\u2026 les nuages qui passent\u2026 l\u00e0-bas\u2026 l\u00e0-bas\u2026 les merveilleux nuages <\/em>Charles Baudelaire, <em>Petits po\u00e8mes en prose, 1869<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>En ce d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s midi, les rayons du soleil ont r\u00e9chauff\u00e9 le sol. Des cris s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans le ciel qui se d\u00e9ploie infiniment grand devant la baie. Des cris ? Des sifflements, on dirait une trompette. Un aigle ? Oui, deux rapaces chassent en couple. Des aigles. Ils s\u2019\u00e9l\u00e8vent en planant, leurs ailes largement \u00e9tendues. Ils explorent le territoire qui d\u00e9file sous eux. Ils glissent sans bruit, au dessus des prairies, le long des premi\u00e8res collines, des cr\u00eates qui les surplombent. Ils sont navigateurs de l\u2019espace, ils le poss\u00e8dent du regard, ils le parcourent \u00e0 la vitesse de l\u2019\u00e9clair. Ils \u00e9taient l\u00e0, les voil\u00e0 invisibles, ils surgissent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vall\u00e9e, ils \u00e9pousent le terrain puis retrouvent de la hauteur. Ils cherchent une proie, une marmotte, un li\u00e8vre, un serpent, un reptile. On devine que l\u2019un des deux complices effraie une b\u00eate rep\u00e9r\u00e9e. L\u2019autre acc\u00e9l\u00e8re les mouvements de ses ailes, fond en rase-mottes sur sa victime, elle est perdue ! Un \u00e9clair, l\u2019aigle est un \u00e9clair victorieux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Qu\u2019est-ce que le regard ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un dard plus aigu que la langue<br>la course d\u2019un exc\u00e8s \u00e0 l\u2019autre<br>du plus profond au plus lointain<br>du plus sombre au plus pur<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p><em>un rapace<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Philippe_Jaccottet\">Philippe Jaccottet<\/a>, extrait de&nbsp;<em>Airs (Oiseaux, fleurs et fruits),&nbsp;Po\u00e9sie, 1946-1967<\/em>, Gallimard,<\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t 19 heures. Plan rapproch\u00e9 sur un relief particulier de la vall\u00e9e qui vient d\u2019entrer dans l\u2019ombre des montagnes. Le soleil a atteint sa position ultime \u00e0 l\u2019ouest. Il se cachera sous peu derri\u00e8re le massif de l\u2019Oisans. Ses derniers rayons, par une \u00e9chapp\u00e9e, encerclent la colline qui fait face \u00e0 la baie-observatoire et la transfigurent. Elle devient \u00e9l\u00e9ment central du lieu. Enlumin\u00e9e. Dor\u00e9e. Un c\u00f4ne parfait, comme le bloc de sucre conique qui, au Maroc, accompagne la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9. D\u2019o\u00f9 son nom : le Pain de Sucre. La chaleur estivale a jauni sa pelouse rase. A son sommet, une croix est plant\u00e9e. Une t\u00e2che rouge, une t\u00e2che blanche pr\u00e8s d\u2019elle, des estivants ont atteint leur but, admirer le panorama \u00e0 360\u00b0, remarquable. Oui, un sentier enlace les courbes aimables de ce belv\u00e9d\u00e8re . Traces laiss\u00e9es par les pas des promeneurs. Un petit groupe monte \u00e0 pas lents, un solitaire d\u00e9vale la pente en courant, ils se croisent. Ils marquent un temps d\u2019arr\u00eat, h\u00e9sitent, \u00e0 leur gauche un a-pic vertigineux. Par endroits, des masses vertes \u00e0 ras le sol, des gen\u00e9vriers rampants, ils s\u2019agrippent pour r\u00e9sister aux intemp\u00e9ries. Quelques pins \u00e9pars, mais ramass\u00e9s sur eux-m\u00eames, refusant de s\u2019\u00e9lever vers la lumi\u00e8re, tortur\u00e9s par la lombarde. Le sentier contourne une petite barre rocheuse. Des jeunes s\u2019y entra\u00eenent \u00e0 l\u2019escalade. On entend les cloches de l\u2019\u00e9glise Notre-Dame d\u2019Aquilon qui sonnent l\u2019ang\u00e9lus. Le soleil a disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>Nuit noire sur la commune qui \u00e9teint l\u2019\u00e9clairage public la nuit. La vall\u00e9e a retrouv\u00e9 son calme, son myst\u00e8re. Il est minuit, ce dimanche 8 ao\u00fbt est jour de la nouvelle Lune. L\u2019astre n\u2019est pas visible dans le ciel. Le ciel \u00e9toil\u00e9 vibre dans cet immense espace qui ne conna\u00eet pas la pollution. Silence de la nuit. Poudroiement de la Voie Lact\u00e9e qui traverse le ciel du nord au sud. Pr\u00e9sentes toujours, la petite et la grande Ourse, et ces \u00e9toiles aux noms magiques, V\u00e9nus, Jupiter, Saturne, Mars et enchanteurs Ald\u00e9baran, Orion, Castor, Pollux. Pluie d\u2019\u00e9toiles filantes qui illuminent le ciel. Tra\u00een\u00e9es scintillantes durant plusieurs secondes. Choisir son \u00e9toile. Fermer les yeux. Faire un v\u0153u. Lancer une incantation : vers elle, la premi\u00e8re \u00e9toile vue cette nuit. Vertige devant l\u2019inconnu, l\u2019immensit\u00e9 de la vo\u00fbte c\u00e9leste. Devant ces com\u00e8tes, n\u00e9buleuses, galaxies&#8230; si lointaines \u00e0 des centaines de millions de kilom\u00e8tres de notre plan\u00e8te&#8230; si proches, \u00e0 quelques minutes-lumi\u00e8re de la Terre&#8230; La nature chante. Une chouette hulule dans la for\u00eat proche. Les feuilles du tilleul bruissent. L\u2019eau de la fontaine coule apaisante, glougloute parfois. \u00c9merveillement dans la nuit des \u00e9toiles depuis la baie-observatoire du chalet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la baie qui ouvre sur la vall\u00e9e, effectuer un plan large sur celle-ci, un peu en plong\u00e9e. Elle se d\u00e9ploie en une \u00e9toile qui suit les cassures des cours d\u2019eau. 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