{"id":44866,"date":"2021-08-08T20:57:26","date_gmt":"2021-08-08T18:57:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44866"},"modified":"2021-08-09T11:46:18","modified_gmt":"2021-08-09T09:46:18","slug":"8-sortie-de-tunnel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/8-sortie-de-tunnel\/","title":{"rendered":"#L8 | Sortie de tunnel"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"964\" height=\"964\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/PaunatChatreuse-du-Colombier.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44867\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/PaunatChatreuse-du-Colombier.jpg 964w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/PaunatChatreuse-du-Colombier-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/PaunatChatreuse-du-Colombier-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/PaunatChatreuse-du-Colombier-768x768.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 964px) 100vw, 964px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est une d\u00e9ambulation qui pourrait se fondre dans un songe d\u2019\u00e9t\u00e9 apr\u00e8s une sieste trop longue, o\u00f9 l\u2019esprit flotte tamponn\u00e9 entre plusieurs r\u00e9alit\u00e9s, alourdi par la tension du retour, une longue avanc\u00e9e entre des motifs jaunes, rouges, verts, orang\u00e9s, des r\u00e9p\u00e9titions et juxtapositions de lignes, de points, de trames, \u00e0 hauteur de taille ou juste au-dessus de la poitrine, un foisonnement de n\u0153uds de pagnes dansant entre la vision parcellaire d\u2019\u00e9talages d\u2019une marchandise baroque et impossible \u00e0 \u00e9num\u00e9rer dans un r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 tant on est saisi d\u2019une sensation de tunnel, o\u00f9 le regard, par l\u2019\u00e9crasement de la perspective, semble se noyer, y perdre sa focale et, \u00e0 cause de ce flou, du son des langues inconnues, des apostrophes s\u00e8ches, des klaxons, des harangues, de tout ce qui harponne le corps, d\u00e9sormais l\u2019attention ne parvient plus \u00e0 d\u00e9limiter l&rsquo;espace dans lequel on avance, pas plus que les kilom\u00e8tres de rayon du march\u00e9, les hectares d\u2019abris sous t\u00f4le, les centaines de milliers de personnes, clients et commer\u00e7ants, mais tout de m\u00eame l\u2019on per\u00e7oit la nette diff\u00e9rence d\u2019avec les abords grouillants d\u2019une f\u00eate foraine, le retour d\u2019une manifestation, la sortie d\u2019un stade ou ces anciennes processions de village apr\u00e8s le feu d\u2019artifice, et l\u2019on se trouble de constater que cette diff\u00e9rence ne tient pas seulement \u00e0 la masse impressionnante de mati\u00e8res color\u00e9es et de formes en mouvement tout autour, mais surtout de ne plus se ressentir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un corps, enferm\u00e9 dans un \u00eatre unique et s\u00e9par\u00e9 des autres, mais constater tout au contraire que l\u2019on est fondu dans les centaines de milliers de corps qui vibrent tous en soi, derri\u00e8re des yeux et entre des oreilles une seconde encore auparavant, \u00e0 pr\u00e9sent dans la large ouverture o\u00f9 le monde appara\u00eet, on flotte. Alors roule l\u2019id\u00e9e que si la conscience a quitt\u00e9 le corps qui d\u00e9ambule lentement sur les bords de la lagune de Dan, figure tut\u00e9laire de l\u2019abondance, divinit\u00e9 tr\u00f4nant sous la construction en b\u00e9ton du march\u00e9 en dur, c\u2019est qu\u2019elle est libre de l\u2019odeur du piment, de la crampe au ventre, de la chaleur et du dos brul\u00e9, que ce qui nous trompe, c\u2019est de se fondre quotidiennement dans ce corps qui ressent la crampe, le piment et la br\u00fblure, de ne pas suffisamment tenter de s\u2019en dessaisir, cesser de zoomer, de n\u2019y \u00eatre plus enti\u00e8rement mobilis\u00e9, ce corps qui, par d\u2019infimes changements chimiques et musculaires, de br\u00e8ves tensions, bourdonnements et resserrements, nous fait dire que nous sommes cela, et uniquement cela qui ressent, entend, voit, go\u00fbte, que le monde de nos perceptions est le seul monde qui jamais ne f\u00fbt et jamais ne sera, un monde intenable, infernal, impossible, un monde dont personne ne s\u2019\u00e9chappe, et o\u00f9 chacun sera \u00e0 jamais vou\u00e9 au tragique de son existence, ne choisissant ni sa venue ni son d\u00e9part, un pantin qui cherchera toute sa vie \u00e0 fuir la dislocation pour s\u2019approcher du sens, comme s\u2019il y avait un sens, et comment penser autrement, il doit bien y en avoir un, sinon ce serait \u00e0 hurler, mais bien entendu qu\u2019une explication attend quelque part, sinon nous serions aux enfers. Et pourtant, \u00e0 l\u2019instant, la conscience s\u2019est d\u00e9tach\u00e9e du corps, elle n\u2019est plus en soi, la libert\u00e9 a pu se d\u00e9ployer sans aucun agissant, sans personne pour le dire non plus, et si cela a dur\u00e9 une seconde, c\u2019est que cela peut durer davantage, quelques minutes, une poign\u00e9e d&rsquo;heures, peut-\u00eatre m\u00eame trois jours ou quatre rotations terrestres, qui sait ? Et si ce que l\u2019on pensait impossible peut advenir, alors on finit par se demander si la libert\u00e9 n\u2019existerait pas dans cette vie, dans ce monde, si l&rsquo;on se serait pas en train d&rsquo;approcher la sortie du tunnel ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une d\u00e9ambulation qui pourrait se fondre dans un songe d\u2019\u00e9t\u00e9 apr\u00e8s une sieste trop longue, o\u00f9 l\u2019esprit flotte tamponn\u00e9 entre plusieurs r\u00e9alit\u00e9s, alourdi par la tension du retour, une longue avanc\u00e9e entre des motifs jaunes, rouges, verts, orang\u00e9s, des r\u00e9p\u00e9titions et juxtapositions de lignes, de points, de trames, \u00e0 hauteur de taille ou juste au-dessus de la poitrine, un <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/8-sortie-de-tunnel\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L8 | Sortie de tunnel<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":423,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069],"tags":[2673],"class_list":["post-44866","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","tag-livre8"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44866","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/423"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44866"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44866\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44866"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44866"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44866"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}