{"id":44966,"date":"2021-08-10T10:12:41","date_gmt":"2021-08-10T08:12:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44966"},"modified":"2021-08-10T10:12:43","modified_gmt":"2021-08-10T08:12:43","slug":"l8-vocalises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-vocalises\/","title":{"rendered":"#L8 | Vocalises"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Il fait un pas puis deux puis trois, son coeur bat une fois puis deux puis trois, il s\u2019avance vers la ville qu\u2019il distingue au bout de la longue rue qui se pr\u00e9sente devant lui, il se dirige vers une vie, une nouvelle vie, une existence dont il n\u2019a id\u00e9e mais est-ce bien important de savoir ce qui nous attend, lui est-il bien utile de conna\u00eetre \u00e0 ce moment pr\u00e9cis la mati\u00e8re dont il sera fait durant les autres jours de sa vie ? L\u2019art\u00e8re se d\u00e9roule devant lui faiblement \u00e9clair\u00e9e par un soleil couchant et par les premi\u00e8res lueurs des lampadaires tout juste allum\u00e9s o\u00f9 les zones d\u2019ombre et d\u2019obscurit\u00e9 offrent leur lot de myst\u00e8res et de vies cach\u00e9es, tout comme ces rues qui s\u2019enfoncent \u00e0 droite et \u00e0 gauche vers des histoires incroyables, de celles que les livres racontent, c\u2019est s\u00fbr, de celles que les marins chantent et font voyager sur toutes les mers du globe, ces rues d\u2019o\u00f9 surgissent des hommes et des femmes charg\u00e9es d\u2019aventures, ces rues qui rejoignent l\u2019art\u00e8re principale comme des vaisseaux sanguins sous l\u2019impulsion d\u2019un coeur qui bat dans sa poitrine au rythme de ses pas, ba-bam, ba-bam, ba-bam. Il est fatigu\u00e9 du vide qui remplit son existence et le seul fait de bouger, de marcher sans savoir o\u00f9 il va mais en sachant parfaitement qu\u2019il doit y aller, qu\u2019il doit rejoindre ce rien qui est un tout, qui est tout pour lui surtout, atteindre le rien pour oublier le vide, il sait aussi que \u00e7a n\u2019a pas de sens formul\u00e9 comme \u00e7a mais qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est exactement \u00e7a, que ce n\u2019est pas tout ou rien mais bien au contraire, que ce rien est un tout. Il est fatigu\u00e9 et la ville qui se dessine autour de lui l\u2019aspire inexorablement, l\u2019inhale, l\u2019inspire, l\u2019aimante et il se laisse envahir par cette \u00e9nergie attirante sans aucune r\u00e9sistance, sans regrets bien \u00e9videmment, sans s\u2019encombrer d\u2019aucune forme d\u2019attache qui pourrait le ralentir mais en se d\u00e9livrant au contraire des ultimes soup\u00e7ons \u00e9ph\u00e9m\u00e8res que sa conscience pourrait encore contenir, en abandonnant les derni\u00e8res poussi\u00e8res de doute qui salissent son r\u00eave, en se d\u00e9barrassant de tout le poids qui l\u2019emp\u00eacherait de s\u2018envoler. Il s\u2019arr\u00eate au milieu du large trottoir et tourne la t\u00eate pour voir le port, derri\u00e8re lui, se fondre dans ses souvenirs, avec le cargo, encore immense il y a quelques instants et qui, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, ne d\u00e9passe pas la hauteur des maisons qui l\u2019entourent, il voit aussi tous ces bateaux en sommeil avant, demain, de remplir leurs cales, leurs ponts et de s\u2019impr\u00e9gner jusqu\u2019aux sommets de leurs m\u00e2ts d\u2019histoires de p\u00eaches, de r\u00e9cits de flibuste, de vies au long-cours \u00e0 la faveur des vents et des courants qui peuplent la mer et qui les ram\u00e8neront, un soir, \u00e0 ce m\u00eame port pour nourrir les lieux, pour allaiter la ville, pour la gorger de ce sang qui coule dans ses veines. Il regarde les maisons qui bordent l\u2019avenue et les fen\u00eatres derri\u00e8re lesquelles quelques lampes \u00e9clairent autant d\u2019int\u00e9rieurs qui, en cette fin de journ\u00e9e, accueillent les r\u00e9cits pour les habiller, les classer, les dig\u00e9rer, pour les insuffler dans les meubles, tables, chaises, buffets, armoires, penderies, placards, garde-robes, commodes, bahuts, vaisseliers, coffres, coiffeuses, gu\u00e9ridons, dessertes, biblioth\u00e8ques, \u00e9tag\u00e8res, bureaux, secr\u00e9taires, lits, berceaux, canap\u00e9s, fauteuils, bancs, tabourets et autres paravents, dans les tissus des rideaux, dans la porcelaine des assiettes, dans le bois, dans le verre, dans les pierres, dans chaque fibre des tapis et des moquettes et \u00e9crivent toutes les nouvelles histoires r\u00e9colt\u00e9es dans la journ\u00e9e dans la m\u00e9moire de chaque habitant de la ville. A ce moment pr\u00e9cis, une musique commence \u00e0 s\u2019installer dans sa t\u00eate, une musique douce qui pourrait \u00eatre de la guitare folk qui accompagne les paroles lascives d\u2019un Bob Dylan t\u00e9n\u00e9breux, ou plut\u00f4t une musique qui pourrait \u00eatre l\u2019ouverture de La Fl\u00fbte Enchant\u00e9e avec des violons dictant une d\u00e9termination sans faille, avec une fl\u00fbte lui ouvrant grandes ouvertes les portes d\u2019un possible infini, avec des cuivres lui faisant vibrer toutes les cellules de son corps, jusqu\u2019aux plus endormies, jusqu\u2019aux plus cach\u00e9es au plus profond de son \u00eatre, avec une caisse claire dont les battements propulseraient jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de ses membres, jusqu\u2019au bout de ses doigts, jusqu\u2019\u00e0 la surface de sa peau, toute l\u2019\u00e9nergie vitale d\u2019un sang enrichi par sa soif, par sa faim, par son d\u00e9sir, une musique o\u00f9 son coeur dicterait son rythme. Entra\u00een\u00e9 par cette musique int\u00e9rieure, son coeur s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et ses pas sont devenus plus grands et plus press\u00e9s, la bise marine devenue plus intense le poussant dans les entrailles de cette ville encore myst\u00e9rieuse, il ne voit plus les gens arr\u00eat\u00e9s sur le bord du trottoir, dissertant ensemble sur la vie, sur la mort, sur le tout et sur le rien, il ne distingue plus l\u2019immobilit\u00e9 de ceux qui se reposent, qui prennent le temps pour le dompter, pour le fa\u00e7onner \u00e0 leur mesure lente et paresseuse, il aper\u00e7oit tout juste les com\u00e8tes qu\u2019il croise, celles qui se dirigent vers la mer, vers un ailleurs qui n\u2019est pas l\u00e0, vers un ailleurs qui est ailleurs, il les aper\u00e7oit tout juste pour les \u00e9viter, pour les contourner, pour les effacer, pour ne pas ralentir sa course de plus en plus rapide vers cette inconnue qui se trouve face \u00e0 lui. Alors, apr\u00e8s avoir saut\u00e9 par dessus un chat qui mena\u00e7ait de le faire tomber, il s\u2019est mis \u00e0 courir et le flot de son sang a submerg\u00e9 ses veines, ses art\u00e8res, jusqu\u2019\u00e0 battre la chamade dans ses tempes, l\u2019air iod\u00e9 a envahi ses poumons, br\u00fbl\u00e9 ses bronchioles engourdies et enflamm\u00e9 sa trach\u00e9e assoupie, ses muscles ont d\u00e9livr\u00e9 l\u2019\u00e9nergie accumul\u00e9e depuis tant de temps et de la Fl\u00fbte Enchant\u00e9e, l\u2019aria de la Reine de la nuit a lib\u00e9r\u00e9 sa fureur vengeresse pour le pr\u00e9cipiter dans les bras d\u2019un lendemain \u00e0 la fois si incertain et si net, \u00e0 la fois si flou et si n\u00e9cessaire, si indispensable, si essentiel.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"591\" height=\"433\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/vocalises.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-45163\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/vocalises.png 591w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/vocalises-420x308.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 591px) 100vw, 591px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il fait un pas puis deux puis trois, son coeur bat une fois puis deux puis trois, il s\u2019avance vers la ville qu\u2019il distingue au bout de la longue rue qui se pr\u00e9sente devant lui, il se dirige vers une vie, une nouvelle vie, une existence dont il n\u2019a id\u00e9e mais est-ce bien important de savoir ce qui nous attend, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-vocalises\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L8 | Vocalises<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":352,"featured_media":45164,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2678],"tags":[],"class_list":["post-44966","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-8-goux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44966","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/352"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44966"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44966\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45164"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44966"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44966"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44966"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}