{"id":45014,"date":"2021-08-09T15:14:07","date_gmt":"2021-08-09T13:14:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45014"},"modified":"2021-08-09T15:28:13","modified_gmt":"2021-08-09T13:28:13","slug":"p7-cetait-a-vieux-fort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-cetait-a-vieux-fort\/","title":{"rendered":"#P7 | C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Vieux-Fort"},"content":{"rendered":"\n<p><em>S\u2019apercevoir qu\u2019on a ressass\u00e9 un cadre, qu\u2019on a pos\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement une fen\u00eatre \u2013 visuelle, mentale puis photographique &#8211; sur un m\u00eame petit bout du monde comme pour capturer la sensation de pl\u00e9nitude chaque fois \u00e9tonnamment vive, tenter d\u2019\u00e9puiser la beaut\u00e9 du lieu, en saisir les nuances, \u00e9veiller les souvenirs, ranimer le paysage quand le besoin s\u2019en ferait ressentir et que la m\u00e9moire ferait d\u00e9faut. Le ciel occupe la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure du cadre. Dans l\u2019espace inf\u00e9rieur&nbsp;: la mer ourl\u00e9e de l\u2019esp\u00e8ce de cirque v\u00e9g\u00e9tal o\u00f9 se loge le quartier. Dans un creux des Monts Cara\u00efbes, trois espaces donc&nbsp;: le ciel, la mer, la terre. A gauche du cadre, un arbre du voyageur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin-l\u00e0, le ciel est bleu, presque blanc \u00e0 l\u2019horizon comme d\u00e9lav\u00e9 par le soleil levant ou bien est-ce la mer \u2013 intens\u00e9ment bleue elle \u2013 qui a aspir\u00e9 le bleu du ciel jusqu\u2019\u00e0 en blanchir ses bords&nbsp;? Quelques nuages blancs en \u00e9cho \u00e0 la petite voile blanche qui traverse le paysage. Elle semble fendre la mer \u00e0 peine rid\u00e9e \u00e0 la fa\u00e7on de la cr\u00e8me sur le lait. Il est encore t\u00f4t mais d\u00e9j\u00e0 le soleil verse sa lumi\u00e8re dor\u00e9e sur les maisons les plus expos\u00e9es \u00e0 l\u2019est. C\u2019est elle qui sculpte le paysage. Le reste du quartier, le plus renfonc\u00e9 dans le cirque encore silencieux, quoique travers\u00e9 \u00e7a et l\u00e0 par les chants du coq, s\u2019\u00e9veille tranquillement dans l\u2019ombre de la colline, de la for\u00eat s\u00e8che et des monts Cara\u00efbes. On n\u2019entend pas la petite rivi\u00e8re de la ravine. Il n\u2019a pas plu depuis quelques jours. Le vent fait \u00e0 peine fr\u00e9mir l\u2019arbre du voyageur. C\u2019est un dimanche doux. Il fait bon. Une voile est toujours une promesse de voyage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re de midi bat son plein sur le quartier. Elle fait plisser les yeux malgr\u00e9 soi. La chaleur engourdit b\u00eates et hommes. Bient\u00f4t le soleil va \u00e9craser les ombres, cuire le goudron. Le regard se tourne alors vers la fraicheur de la mer dont on ne sait o\u00f9 elle puise l\u2019intensit\u00e9 de son bleu, et s\u2019attarde sur la v\u00e9g\u00e9tation pourvoyeuse d\u2019ombre&nbsp;: l\u2019arbre du voyageur, \u00e9ventail cr\u00e9nel\u00e9 dont pourrait s\u2019emparer un g\u00e9ant&nbsp;; les troncs noueux des manguiers, receleurs de cabanes de verdure qui appellent au repos et \u00e0 la sieste. Les coqs et les chiens se sont tus. Un bruit de moteur trafiqu\u00e9 \u00e7a et l\u00e0 raye la torpeur du paysage. Dans le ciel, la course des nuages, indiff\u00e9rents \u00e0 la chaleur \u00e9crasante \u00e0 terre&nbsp;; sur la mer, le cinq-m\u00e2ts du Club Med disparait derri\u00e8re le morne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9verb\u00e8res sont allum\u00e9s. &nbsp;Par contagion, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, la nuit essaime ses clart\u00e9s dans le quartier. Quelques \u00e9clats de voix. Son continu des grenouilles que l\u2019oreille accoutum\u00e9e ne per\u00e7oit presque plus, sauf \u00e0 \u00eatre attentive aux bruits du monde. Le ciel quant \u00e0 lui joue les prolongations. Il accroche le regard. A l\u2019ouest, derri\u00e8re les monts Cara\u00efbes, le soleil s\u2019est couch\u00e9 mais sa lumi\u00e8re port\u00e9e embrase pourtant encore l\u2019horizon&nbsp;: \u00e9chapp\u00e9e de lumi\u00e8re orang\u00e9e en fine bordure pos\u00e9e sur la mer, et au-dessus une bande plus large, jaune dor\u00e9 ourl\u00e9 de rose, le ciel aspirant les derniers rayons du soleil. Quand plus \u00e0 l\u2019est, l\u2019\u00eele est plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9, le ciel r\u00e9siste \u00e0 l\u2019ouest, bleu p\u00e2le encore sous les derniers feux du soleil. L\u2019\u0153il guette la lune en hamac&nbsp;: le sourire du chat d\u2019Alice, suspendu dans le ciel, salue l\u2019\u00e9ventail du g\u00e9ant \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un r\u00e9verb\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Gros de gris et de pluie, les nuages roulent dans le ciel. Sur l\u2019horizon, il pleut d\u00e9j\u00e0. Une longue traine brune de sargasses escort\u00e9es de plus petites d\u00e9rivent avec les courants, et avec elles, tout un monde microscopique et intens\u00e9ment vivant emprunte le chemin des baleines. Le quartier est comme nimb\u00e9 d\u2019une lumi\u00e8re \u00e9trange. Un soleil gris estompe les contrastes, pastellent les toits. Quelques \u00e9clats de voix. D\u2019une maison, s\u2019\u00e9gr\u00e8nent \u00e0 la radio les avis d\u2019obs\u00e8ques. On attend le vent annonciateur de pluie. L\u2019arbre du voyageur veille, \u00e0 peine fr\u00e9missant. Deux palmes s\u00e8ches vont bient\u00f4t tomber. Leur couleur rappelle celle des sargasses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lendemain de cyclone. Appr\u00e9hension \u00e0 l\u2019ouverture des volets de bois. Le paysage est encore l\u00e0. Mais. Transform\u00e9. Abim\u00e9. Saccag\u00e9. Arbres sauvagement \u00e9t\u00eat\u00e9s. Tron\u00e7onn\u00e9s. Chiquetaille de feuilles sur le bitume, les voitures, les terrasses. Trou\u00e9es de v\u00e9g\u00e9tations qui mettent \u00e0 nu des maisons jusqu\u2019ici tapies, invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il. La houle est grosse des boues des rivi\u00e8res, des vents de la nuit et des pluies par paquets. La ravine gronde. De pierres, de troncs, de d\u00e9tritus, de boues. Le ciel est d\u2019un gris opaque. Charg\u00e9 d\u2019eau. Quelques rafales de vent affolent encore le c\u0153ur et balaient le quartier \u00e9tonn\u00e9, assomm\u00e9, abasourdi, encore vibrant du souvenir des vents violents comme des vagues, qui n\u2019ont toutefois pas r\u00e9ussi \u00e0 le gommer, \u00e0 le rayer de la carte comme on aurait pu le croire. Le paysage a r\u00e9sist\u00e9. Les toits du quartier ne se sont pas envol\u00e9s. L\u2019arbre du voyageur a tenu bon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019apercevoir qu\u2019on a ressass\u00e9 un cadre, qu\u2019on a pos\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement une fen\u00eatre \u2013 visuelle, mentale puis photographique &#8211; sur un m\u00eame petit bout du monde comme pour capturer la sensation de pl\u00e9nitude chaque fois \u00e9tonnamment vive, tenter d\u2019\u00e9puiser la beaut\u00e9 du lieu, en saisir les nuances, \u00e9veiller les souvenirs, ranimer le paysage quand le besoin s\u2019en ferait ressentir et que <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-cetait-a-vieux-fort\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P7 | C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Vieux-Fort<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2605],"tags":[],"class_list":["post-45014","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-7-gracq"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45014","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45014"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45014\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45014"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45014"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45014"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}