{"id":45027,"date":"2021-08-09T16:35:06","date_gmt":"2021-08-09T14:35:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45027"},"modified":"2021-08-09T16:39:41","modified_gmt":"2021-08-09T14:39:41","slug":"p8-toi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p8-toi\/","title":{"rendered":"#P8 -TOI"},"content":{"rendered":"\n<p>Tu habites une jolie petite maison derri\u00e8re une porte verte \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e, une porte de ferme que tu ne fermes d&rsquo;ailleurs jamais et dont on peut apercevoir, lorsque l&rsquo;on s&rsquo;arr\u00eate devant ou quand on ne fait que passer, les premi\u00e8res pierres d&rsquo;une grange, dans laquelle tes outils pendent aux murs dans l&rsquo;attente d&rsquo;\u00eatre utilis\u00e9s. Tes outils, qu&rsquo;il semblerait, que tu n&rsquo;attrapes pas souvent car tu ne finis pas tout ce que tu entreprends, c&rsquo;est ce que tu dis tout le temps. Tu commences et tu t&rsquo;arr\u00eates. Tu commences et tu t&rsquo;arr\u00eates. Cherches tu \u00e0 ralentir le temps, \u00e0 le gagner ? Ne te sens tu plus la force de continuer seul \u00e0 travailler ? Ne sais tu plus brusquement \u00e0 quoi tu voulais que ressemble ta salle de bains ? Salle de bains dont la jolie baignoire blanche tr\u00f4ne entre des toilettes sans porte et un bout d&rsquo;\u00e9vier, mal lav\u00e9. Jolie baignoire blanche au dessus de laquelle, est n\u00e9gligemment pos\u00e9 un miroir qui sert \u00e0 peine \u00e0 te regarder car tu ne dois pas beaucoup te contempler, ton visage \u00e9tant pour toi rat\u00e9. Rat\u00e9, oui, ce sont tes mots ou du moins, pas conforme \u00e0 ce que tu ressens de toi, comme si, tu ne te connaissais ou ne te reconnaissais pas. Une \u00e9nigme, un inconnu \u00e0 toi m\u00eame, cet autre que tu vois et qui ne te plait pas, qui ne te correspond pas et que tu trouves ridicule. Cet autre qui pourtant est bien toi et dont toi seul ne sait pas voir, ne sait pas appr\u00e9cier, ne sait pas accepter, dans le miroir de cette salle de bain que tu dois absolument terminer, ou peut \u00eatre ne jamais terminer, tu ne le sais pas, tu ne le sais jamais.  <\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re cette porte verte \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;on peut entrevoir les premi\u00e8res herbes de ton jardin et la fen\u00eatre encore en bois, dans laquelle tu regardes les gens entrer chez toi. Les gens que tu n&rsquo;invites pas beaucoup d&rsquo;ailleurs car tu vis s\u00e9par\u00e9 de ta femme depuis de nombreuses ann\u00e9es mais \u00e7a tu n&rsquo;en parles jamais car tu as pris l&rsquo;habitude de vivre seul et avec tes deux fils, en garde altern\u00e9e. Tes deux fils d\u00e9j\u00e0 grands, d\u00e9j\u00e0 adolescents, qui se partagent entre leur m\u00e8re et toi, entre la ville et la campagne, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9, eux aussi partiront, et peut-\u00eatre, te retrouveras tu seul de nouveau, \u00e0 nouveau, seul, avec la tristesse que tu portes en toi, la tristesse que tu tentes de dissimuler derri\u00e8re un rire qui parfois jaillit et  qui, soudainement, efface la solitude qui se dessine dans tes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ta solitude que tu aimes \u00e0 partager avec ta chienne, une race sp\u00e9ciale dont tu as oubli\u00e9 le nom, ta chienne que tu laisses dans ton jardin du matin au soir quand tu t&rsquo;en vas travailler mais avec qui tu reviens d\u00e9jeuner \u00e0 ta pause, tous les midis, et que tu emm\u00e8nes promener chaque soir ou \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, le long des champs de ma\u00efs et de bl\u00e9s. Ta promenade que tu aimes partager avec ta chienne, m\u00eame si elle ne cesse de s&rsquo;\u00e9vader, d&rsquo;aller courir apr\u00e8s les li\u00e8vres ou les lapins, se perdre dans les herbes, se cacher pour que tu la cherches et s&rsquo;enfuir pour ensuite t&rsquo;attendre, langue pendante, yeux rieurs, devant la porte verte \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e, de cette jolie petite maison que tu viens d&rsquo;acheter. Ta chienne que tu appelles ta fille, comblant peut \u00eatre le manque que tu ressens de n&rsquo;avoir pas de fille \u00e0 aimer.  <\/p>\n\n\n\n<p>Pas de fille \u00e0 aimer. Pas de femme \u00e0 ch\u00e9rir, telle est la tristesse qui t&rsquo;envahit et ne te quitte jamais. Pas d&rsquo;\u00eatre pour partager avec toi le temps qui te reste, tes derni\u00e8res longues ann\u00e9es, car tu n&rsquo;es plus un jeune homme mais pas encore un vieillard, et ta solitude, tu le sais, tu le sens, serait quand m\u00eame plus douce, accompagn\u00e9e. Tu le sais, tu l&rsquo;attends, celle qui pourrait te combler, celle qui prendrait tes outils, t&rsquo;aiderait \u00e0 peindre et achever ta salle de bains. Celle qui marcherait avec toi, main dans la main, dans les champs de ma\u00efs et de bl\u00e9, en regardant ta chienne gambader. Celle qui boirait avec toi ce merveilleux vin blanc de la Loire que tu aimes \u00e0 faire d\u00e9couvrir, celle qui dormirait dans ton lit, dans ta chambre pas finie. Celle qui poserait sa t\u00eate sur tes genoux pendant que tu lui lirais \u00e0 voix haute tous les livres de ta biblioth\u00e8que. Celle avec qui tu ferais l&rsquo;amour passionn\u00e9ment, intens\u00e9ment. Tu le sais, tu l&rsquo;attends, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, secr\u00e8tement, et tu pries. Silencieusement, tu pries et tu attends, ce jour o\u00f9, devant la porte verte \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e, elle saurait te trouver et oserait entrer.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu habites une jolie petite maison derri\u00e8re une porte verte \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e, une porte de ferme que tu ne fermes d&rsquo;ailleurs jamais et dont on peut apercevoir, lorsque l&rsquo;on s&rsquo;arr\u00eate devant ou quand on ne fait que passer, les premi\u00e8res pierres d&rsquo;une grange, dans laquelle tes outils pendent aux murs dans l&rsquo;attente d&rsquo;\u00eatre utilis\u00e9s. Tes outils, qu&rsquo;il semblerait, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p8-toi\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P8 -TOI<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":444,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070],"tags":[],"class_list":["post-45027","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/444"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45027"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45027\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45027"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}