{"id":45083,"date":"2021-08-09T19:39:18","date_gmt":"2021-08-09T17:39:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45083"},"modified":"2021-08-09T19:39:19","modified_gmt":"2021-08-09T17:39:19","slug":"7-variations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/7-variations\/","title":{"rendered":"#7 variations"},"content":{"rendered":"\n<p>Deux grandes fen\u00eatres, 2 m 50 sur 1 m 30, comprenant chacune 8 vitres carr\u00e9es voil\u00e9es d&rsquo;un rideau en lin. Entre les deux fen\u00eatres, un pan de mur large d&rsquo;un cinquantaine de centim\u00e8tres, contre lequel est appuy\u00e9 un miroir \u00e9troit entour\u00e9 d&rsquo;un cadre blanc, et dont les grands c\u00f4t\u00e9s sont \u00e0 la verticale. Les murs sont blancs. De par l&rsquo;inclinaison du miroir, le reflet de la chambre para\u00eet descendre en pente douce jusqu&rsquo;au mur du fond. Le paysage est vu par la fen\u00eatre de droite.<\/p>\n\n\n\n<p>Battant droit ouvert, 12 h 41<\/p>\n\n\n\n<p>Il pleut. Sur le toit du petit b\u00e2timent d&rsquo;en face, les tuiles brillent, en rang\u00e9es perpendiculaires \u00e0 sa base, la ligne de la goutti\u00e8re en zinc. \u00c0 moins qu&rsquo;elles ne soient pos\u00e9es en lignes horizontales reliant les deux autres c\u00f4t\u00e9s bord\u00e9s par les tuiles fa\u00eeti\u00e8res derri\u00e8re lesquelles un autre toit veille, plat, resplendissant, tout en zinc, h\u00e9riss\u00e9 de petites chemin\u00e9es coiff\u00e9es de chapeaux chinois. La partie de ce toit qui descend presque \u00e0 angle droit est recouverte d&rsquo;ardoises et trou\u00e9e de deux fen\u00eatres en chien-assis, surmont\u00e9es elles aussi d&rsquo;un chapeau triangulaire, en pierre, l&rsquo;une des fen\u00eatres n&rsquo;a qu&rsquo;un seul rideau, blanc, dans sa partie gauche, comme une taie sur l&rsquo;oeil. Carr\u00e9s des ardoises juxtapos\u00e9es, petits carreaux des fen\u00eatres sans volets sous le toit de tuiles, blocs de gr\u00e8s rectangulaires de l&rsquo;immeuble contigu \u00e0 droite, plus \u00e9lev\u00e9 et dont le toit en forme de trap\u00e8ze exhibe une lucarne rampante, rampante mais gonfl\u00e9e, comme une grosse verrue. Le bomb\u00e9 de la lucarne ressort comme une incongruit\u00e9 dans ce paysage de rectangles, triangles et carr\u00e9s, des lignes, des lignes qui se croisent le plus souvent \u00e0 angle droit, \u00e0 l&rsquo;exception de celles des toits. Et de celles que dessinent les vieilles pierres du mur qui date des croisades, aux angles arrondis, aux formes et teintes diverses, beige, gris, noir. Et de la meuli\u00e8re ancienne du mur qui court sous la terrasse et s&rsquo;\u00e9claire fugitivement quand le soleil perce les nuages. La pluie a cess\u00e9. Les formes innombrables des pierres du vieux mur, anim\u00e9es d&rsquo;une danse qui ignore le rectiligne et l&rsquo;angle droit, courent le long des immeubles, tout le long, disparaissant bri\u00e8vement derri\u00e8re le pan du mur au miroir pour repara\u00eetre, toujours aussi folles, dans la fen\u00eatre de gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>18 h 01 \u2013 rideau ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Grondement de tonnerre. Sur les vitres ferm\u00e9es, des gouttes de pluie en pointill\u00e9s, un filet de perles dans la lumi\u00e8re jaune de l&rsquo;orage. Le morceau de ciel inscrit dans les carreaux inf\u00e9rieurs de la fen\u00eatre est d&rsquo;un blanc tr\u00e8s lumineux au-dessus du toit de tuiles, il s&rsquo;assombrit progressivement jusqu&rsquo;au gris dans les carreaux du haut. Mais le temps de l&rsquo;\u00e9crire, tout a chang\u00e9. La pluie s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9, le ciel est maintenant blanc partout, s\u00e9par\u00e9 en deux par la diagonale du rideau roul\u00e9 et attach\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9. Blanc \u00e9clatant dans les vitres nues, il appara\u00eet d&rsquo;un gris uniforme \u00e0 travers la texture fine du voilage sur lequel se d\u00e9tachent les lignes noires des fils de cha\u00eene. De grosses perles translucides s&rsquo;accrochent \u00e0 la barre d&rsquo;appui qui para\u00eet plus basse que la terrasse d&rsquo;en face, r\u00e9v\u00e9lant les petites balustrades des fen\u00eatres, aux fines barres parall\u00e8les. La fa\u00e7ade de l&rsquo;immeuble de droite a vir\u00e9 au jaune, et des teintes diff\u00e9rentes apparaissent sur les blocs de gr\u00e8s lessiv\u00e9s par la pluie, certains plus clairs, d&rsquo;autres tach\u00e9s de gris. Les jointures entre les blocs sont blanches, comme le ch\u00e2ssis des fen\u00eatres  qui contraste avec leurs petits carreaux uniform\u00e9ment noirs, noirs comme les toits, comme la goutti\u00e8re verticale qui borde de haut en bas le coin de l&rsquo;immeuble de droite. Encore du noir, s&rsquo;\u00e9talant en longues traces sur la tour en ruines, \u00e0 partir du haut. Une antenne d\u00e9passe du petit toit de tuiles, comme la fl\u00e8che d&rsquo;une cath\u00e9drale engloutie. Le soleil a r\u00e9apparu dans l&rsquo;autre fen\u00eatre, le grand immeuble de gauche avec ses chemin\u00e9es n&rsquo;est plus qu&rsquo;une ombre grise aux formes g\u00e9om\u00e9triques.<\/p>\n\n\n\n<p>Rideau baiss\u00e9 &#8211; 19 h 12<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le filtre neutre du rideau en voilage \u00e9cru, le soleil avec ses rayons projette l&rsquo;ombre de la crois\u00e9e, multipliant les lignes et faisant scintiller une bande ajour\u00e9e comme un filet tr\u00e8s fin dans lequel un nuage rose s&rsquo;est fait prendre, mais il s&rsquo;est vite \u00e9chapp\u00e9, il vogue pour dispara\u00eetre derri\u00e8re le fa\u00eete du toit de tuiles. La texture du rideau rend le ciel duveteux. La barre d&rsquo;appui, peinte en noir et de section carr\u00e9e, para\u00eet s&rsquo;\u00eatre d\u00e9plac\u00e9e vers le haut, masquant le bas des fen\u00eatres, leur faisant un visage au long nez droit et dont les yeux, \u00e9tir\u00e9s horizontalement, coupent \u00e0 angle droit les fils de cha\u00eene noirs du rideau, dont certains sont group\u00e9s par cinq comme une port\u00e9e musicale, d&rsquo;autres par deux, et qui s&rsquo;impriment verticalement sur les fa\u00e7ades garnies des nombreuses fen\u00eatres \u00e0 petits carreaux. \u00c0 travers le voilage de lin, les b\u00e2timents apparaissent comme sur une photo en noir et blanc, p\u00e2lie par le temps. Seul le ciel est colori\u00e9\u00a0: bleu tendre, avec des tra\u00een\u00e9es blanches marbr\u00e9es de rose-orang\u00e9 par la lumi\u00e8re du soleil qui se couche.<\/p>\n\n\n\n<p>20 h 14 \u2013 soleil cach\u00e9 derri\u00e8re les immeubles.<\/p>\n\n\n\n<p>un carr\u00e9 de lumi\u00e8re blanche, fantomale, occupe quatre petits carreaux de la fen\u00eatre, au deuxi\u00e8me \u00e9tage de l&rsquo;immeuble de droite. Sur les pierres meuli\u00e8res, \u00e0 gauche, la lumi\u00e8re dessine des taches irr\u00e9guli\u00e8res et mouvantes, paillet\u00e9es de ce qui reste de perles sur la partie de vitre sans rideau. Le petit toit de tuiles est dans l&rsquo;ombre mais derri\u00e8re lui s&rsquo;\u00e9tend un ciel bleu piqu\u00e9 de minuscules cumulus, un ciel qui para\u00eet s&rsquo;\u00e9tendre loin, comme s&rsquo;il y avait une plage l\u00e0 derri\u00e8re. Une \u0153uvre abstraite, dans les gris et les jaunes, sur le mur qui jouxte les tuiles du toit. Masse blanche de nuages \u00e9mergeant de derri\u00e8re le voilage \u00e9cru et se d\u00e9pla\u00e7ant en diagonale dans la vitre nue. Aux quatre fen\u00eatres sous les tuiles, les barreaux verticaux des balustrades paraissent jaillir de la barre d&rsquo;appui d&rsquo;ici, \u00e0 laquelle reste suspendue une perle unique. Ils se d\u00e9tachent nettement, comme dessin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;encre de Chine. Premi\u00e8re fen\u00eatre \u00e0 gauche, enti\u00e8rement colori\u00e9e en beige. Deuxi\u00e8me fen\u00eatre, sur le beige se refl\u00e8te l&rsquo;image de deux petites fen\u00eatres noires, comme dans un miroir d\u00e9formant. Troisi\u00e8me fen\u00eatre, tra\u00een\u00e9es beiges sur fond noir, quatri\u00e8me fen\u00eatre, enti\u00e8rement noire.<\/p>\n\n\n\n<p>21 h 49 \u2013 la nuit est tomb\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>un gros nuage noir passe lentement, comme une baleine, au-dessus du toit de tuiles plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Le ciel est bleu-vert, tr\u00e8s p\u00e2le, d&rsquo;autres nuages noirs s&rsquo;effilochent contre la silhouette sombre des immeubles, les fen\u00eatres ne se distinguent plus de leur masse, trois d&rsquo;entre elles sont piqu\u00e9es d&rsquo;un minuscule point lumineux. 22 h 10 &#8211; C&rsquo;est un ch\u00e2teau en ombres chinoises qui s&rsquo;inscrit en bas de la grande fen\u00eatre, tout le haut rempli du ciel toujours clair, d\u00e9gag\u00e9 de tous ses nuages. Sous la diagonale du rideau fix\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, les vitres noires refl\u00e8tent les livres align\u00e9s dans la biblioth\u00e8que qui para\u00eet adoss\u00e9e aux fa\u00e7ades d&rsquo;en face. Adoss\u00e9e mais transparente puisque le petit point lumineux situ\u00e9 dans l&rsquo;une des fen\u00eatres sous le toit maintenant indiscernable, brille toujours avec le m\u00eame \u00e9clat. 22 h 17 &#8211; Les fleurs s\u00e9ch\u00e9es du vase en cristal, le Ganesh qui danse dans sa mosa\u00efque, le porteur d&rsquo;eau de Marrakech et les deux petits baffles noirs pos\u00e9s sur la planche du haut semblent se pr\u00e9senter sur une sc\u00e8ne improvis\u00e9e, suspendue entre les immeubles, dans l&rsquo;attente des trois coups.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux grandes fen\u00eatres, 2 m 50 sur 1 m 30, comprenant chacune 8 vitres carr\u00e9es voil\u00e9es d&rsquo;un rideau en lin. Entre les deux fen\u00eatres, un pan de mur large d&rsquo;un cinquantaine de centim\u00e8tres, contre lequel est appuy\u00e9 un miroir \u00e9troit entour\u00e9 d&rsquo;un cadre blanc, et dont les grands c\u00f4t\u00e9s sont \u00e0 la verticale. Les murs sont blancs. 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