{"id":45132,"date":"2021-08-09T23:22:43","date_gmt":"2021-08-09T21:22:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45132"},"modified":"2021-08-21T17:12:01","modified_gmt":"2021-08-21T15:12:01","slug":"p8-agnes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p8-agnes\/","title":{"rendered":"#P8 Agn\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/jetee-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-45138\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/jetee-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/jetee-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/jetee-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/jetee-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/jetee-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<p>Tu quittes ce monde comme tu y es entr\u00e9e, les pieds<br>nus.<br>Le sol, sa chaleur, sa min\u00e9ralit\u00e9 sont pour toi<br>des liens pr\u00e9cieux au monde, pas seulement celui que tu parcours de ton pas lent et puissant chaque jour, pas seulement<br>celui que ton regard embrasse tout autour, pas seulement<br>celui que tu devines cach\u00e9 au-del\u00e0 de la colline cette fronti\u00e8re quotidienne<br>que tu sais d\u00e9passer en r\u00eaves et en pens\u00e9es. Non, le monde dans sa compl\u00e9tude. Celui de la roche<br>qui caresse la plante de ton pied,<br>n\u00e9e il y a des millions d\u2019ann\u00e9es avant que toute chose humaine ne trouve \u00e0 s\u2019amorcer au fond d\u2019un oc\u00e9an. Tu sens encore<br>avant de partir<br>tes racines puiser au c\u0153ur de la terre la s\u00e8ve qui vient par tes jambes roides,<br>et ce jus que tu offres \u00e0 chacun de tes enfants les paumes<br>ouvertes au ciel.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Tu te l\u00e8ves avec le jour. Quelques minutes avant pour percevoir<br>chaque matin du monde la nuit<br>s\u2019\u00e9vanouir dans le trait de lumi\u00e8re n\u00e9 derri\u00e8re le karit\u00e9 et ses branches<br>qui veillent sur toi depuis tes tous premiers pas. Tu t\u2019assois<br>sous l\u2019arbre, pose la main<br>sur son \u00e9corce, sens les si\u00e8cles \u00e9coul\u00e9s<br>comme des vagues<br>de temps \u00e9cras\u00e9es contre le pr\u00e9sent<br>que tu vois si fragile autour de toi, au pied de l\u2019arbre, \u00e0 tes pieds nus.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu te couches,<br>oublies ton dos trop droit pour ton \u00e2ge en pensant \u00e0 tes enfants que tu imagines<br>b\u00e2tisseurs de monde, partis fouler les terres<br>des continents que tu as touch\u00e9<br>du doigt jadis sur la mappemonde jaunie<br>de la salle de classe. Tu portes ton uniforme,<br>beige et bordeaux, empes\u00e9.<br>Tu l\u2019aimes. Assises au bord du lit, tu poses tes mains sur tes cuisses,<br>d\u00e9licatement, tu ne voudrais pas qu\u2019un pli vienne tracer<br>une diagonale<br>sur ta jupe,<br>la verticale qui t\u2019a \u00e9t\u00e9 promise. Tu apprends,<br>tu montes<br>l\u2019\u00e9chelle de la vie, tu apprends<br>encore,<br>tu te dresses de savoirs, tu te gorges de gestes s\u00fbrs. Tu t\u2019appr\u00eates<br>\u00e0 partir.<br>Pas physiquement. Tu restes \u00e0 ton arbre, ne le quittes jamais<br>vraiment. Par l\u2019esprit,<br>par ce que tu sais tu pars. Tu es partie.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu scrutes l\u2019oc\u00e9an<br>ce soir. Tu devines la ligne d\u2019horizon,<br>les pieds nus dans le sable encore ti\u00e8de. Tu calcules le nombre de mouvements qu\u2019il faut \u00e0 tes bras pour que ton index effleure<br>le lointain,<br>imprime une vibration, infime<br>pour l\u2019\u0153il distrait mais qui<br>dans l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019espace et du temps devient une sinuso\u00efde farouche<br>dont le mouvement juste est l\u2019expansion<br>de l\u2019univers.<br>Ton seul index<br>pour mettre le monde en avalanche et le ciel \u00e0 tes pieds<br>et l\u2019arbre au firmament<br>et l\u2019or rendu \u00e0 la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es une reine. Tes l\u00e8vres rouges sont les rayons du levant. Tu d\u00e9poses l\u2019huile parfum\u00e9e<br>sur ton corps, caresses d\u00e9licates. Les tissus viennent ensuite<br>et s\u2019enroulent<br>autour de ton ventre<br>tant de vies charri\u00e9es,<br>de tes bras<br>tant de genoux \u00e9corch\u00e9s relev\u00e9s,<br>de tes seins<br>tant de nuits berc\u00e9es.<br>Ton pagne \u00f4 ton pagne cousu de mille sortil\u00e8ges ceint ton corps<br>et ton royaume. Ta main<br>caresse une joue, enfantine ou voisine ou dans le besoin,<br>offre du pain. Tu te souviens tr\u00e8s bien<br>le jour o\u00f9 tu as appris. Doser la farine, l\u2019air et l\u2019eau. Dans le pli de ton pagne depuis,<br>tu gardes un sachet de sel<br>envo\u00fbt\u00e9.<br>Envout\u00e9e la p\u00e2te colle puis se d\u00e9colle<br>de tes doigts. Tu sais<br>la faire gonfler car le secret t\u2019a \u00e9t\u00e9 chuchot\u00e9<br>au creux de l\u2019oreille sous l\u2019arbre. Tu te vois encore. Tes orteils<br>s\u2019agitent dans la terre rouge-feu et le secret glisse<br>d\u2019un corps \u00e0 un autre. Le tien l\u2019absorbe. Tu deviens le secret<br>incarn\u00e9 et vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu vends tes petits pains devant la maison avant la longue marche vers l\u2019\u00e9cole. Une vingtaine de centim\u00e8tres plus tard, tu t\u2019installes<br>au march\u00e9 sur un carr\u00e9 de bitume br\u00fblant que tu n\u00e9gocies chaque semaine. Tu portes tes habits de femme maintenant et ouvre ta boutique.<br>Tes pains se sont multipli\u00e9s en saveurs et en papilles combl\u00e9es. Tu traverses la fronti\u00e8re vers l\u2019Ouest et rejoins la ville-m\u00e8re, tu y d\u00e9ploies<br>tes ailes tes \u00e9tals tes talents puis reviens<br>blottie contre ton arbre, tu dessines<br>ici dans le sable les sentiers<br>de ses racines et ses n\u0153uds<br>de tes mains d\u00e9voiles la trajectoire cach\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu te demandes ce que tu ne sais pas de lui. Ses silences<br>ses absences. Dans sa paume d\u2019enfant tu vois<br>un fleuve et ses affluents,<br>des terres inond\u00e9es, des prairies<br>vastes et noy\u00e9es, des routes<br>barr\u00e9es, des chemins \u00e9croul\u00e9s.<br>Tu vois le poids des eaux de l\u2019infini bleu<br>du gris vaporeux<br>du brun fertile d\u00e9vers\u00e9es<br>car trop longtemps emprisonn\u00e9es<br>tu vois un dessin abandonn\u00e9 un paysage sans lointain,<br>une fleur fane dans cette paume d\u2019enfant,<br>tu vois.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Agn\u00e8s - Atelier d&#039;\u00e9criture\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/yUnjxHUz4EI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu quittes ce monde comme tu y es entr\u00e9e, les piedsnus.Le sol, sa chaleur, sa min\u00e9ralit\u00e9 sont pour toides liens pr\u00e9cieux au monde, pas seulement celui que tu parcours de ton pas lent et puissant chaque jour, pas seulementcelui que ton regard embrasse tout autour, pas seulementcelui que tu devines cach\u00e9 au-del\u00e0 de la colline cette fronti\u00e8re quotidienneque tu sais <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p8-agnes\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P8 Agn\u00e8s<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":346,"featured_media":45138,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2677],"tags":[],"class_list":["post-45132","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-8-juliet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45132","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/346"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45132"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45132\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45138"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45132"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45132"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45132"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}