{"id":45140,"date":"2021-08-25T14:34:00","date_gmt":"2021-08-25T12:34:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45140"},"modified":"2021-08-26T17:38:59","modified_gmt":"2021-08-26T15:38:59","slug":"les-monts-et-la-nuit-germent-dans-lombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/les-monts-et-la-nuit-germent-dans-lombre\/","title":{"rendered":"Les monts et la nuit germent dans l&rsquo;ombre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/3.bp.blogspot.com\/-GuxQwSpaxU4\/T7oz2OWbHDI\/AAAAAAAAALg\/IiCPZ6kjIoE\/s1600\/Zhang+Daqian+Mountain+Emei+001.JPG\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>    <\/p>\n\n\n\n<p>   Lorsqu&rsquo;il br\u00fble, l&rsquo;oxydation du papier abandonne sa blancheur \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 de la cendre mais la m\u00e8che de la bougie attend la rar\u00e9faction de son essence, cire, huile, p\u00e9trole, alcool \u2026 La fin qui suscite l&rsquo;\u00e9veil peut-elle intervenir \u00e0 temps ? <\/p>\n\n\n\n<p>    \u00c0 la pointe du jour d\u00e9clinant, le mont Wuhan retient son souffle. L\u2019oiseau file les derni\u00e8res notes de son chant comme les perles assorties \u00e0 la nacre des nuages que d\u00e9chirent la roche \u00e0 pic. La ribambelle de constructions graciles fr\u00e9mit d&rsquo;un ultime soubresaut du r\u00e9confort c\u00e9leste. Le souvenir des toits anciens ne s&rsquo;est pas encore totalement \u00e9vanouit. C&rsquo;est la fin d&rsquo;un \u00e9t\u00e9 dans le septentrion qui l\u00e8che d&rsquo;une ultime confiance maternelle son petit fr\u00e9missant avant de le remettre aux soins de l&rsquo;aventure, ses \u00e9cueils, ses attentes, et ses souvenirs. C&rsquo;est la nuit qui plonge sur la montagne et se repa\u00eet des derni\u00e8res goutte du miel de la prodigalit\u00e9 c\u00e9leste afin d&rsquo;en r\u00e9v\u00e9ler les ultimes contrastes et d&rsquo;effacer ainsi l&rsquo;obsession du jour pour la splendeur des couleurs. Quelques respirations \u00e0 prolonger encore et peupleront soudain mille scintillements de l&rsquo;argent le plus pur pour entrouvrir les portes de l&rsquo;infini surplombant toute la terre d&rsquo;une seule teinte rendue, d&rsquo;un seul souffle devenu, solidaire de l&rsquo;effacement de la pr\u00e9sence \u00e0 elle-m\u00eame de ses maillages telluriques dont les \u00eatres qui la peuple en prolongent les m\u00e9andres.<\/p>\n\n\n\n<p> Qui se souvient, dans l&rsquo;air rar\u00e9fi\u00e9 des montagnes, hume la musique de plus d&rsquo;un parcours. La rencontre des actions souterraines qui nourrirent l&rsquo;improbable suggestion de ces vestiges enfouis dans les sillons synaptiques des circonvolutions du voyage ; l&rsquo;\u00e9ternelle jouissance de la recr\u00e9ation perp\u00e9tu\u00e9e du sentiment d&rsquo;exister et la fin terrifiante contenue dans le programme de la naissance, dans sa terrible permanence. Combien de mots sur quel nombre de lignes pour, s&rsquo;\u00e9paulant, chanter la gloire des tourbillons incessants qui emportent o\u00f9 chavirent les esquifs de nos larmes ?&nbsp;Combien de th\u00e8ses in-surmont\u00e9es pour attendre l&rsquo;\u00e9vanouissement du chaos que surplombe une fragile rengaine sur le pont de ses quelques notes d\u00e9licieuses. Et que je m&rsquo;imagine personnifiant ton chaos \u00e0 l&rsquo;abri des puissances que g\u00e9n\u00e8rent cette ovation. Que je transporte l&rsquo;effroi loin de ton aimable pr\u00e9sence par la gr\u00e2ce d&rsquo;une petite voix, fredonnant ce qu&rsquo;elle en pense.  Par les cordes qui vibrent dans ma gorge, ton coup, ma lyre. C&rsquo;\u00e9taient des boyaux que remplacent le nylon, mais il est un con celui qui ne les voit qu&rsquo;ensanglant\u00e9s alors qu&rsquo;ils ne sont rouges que des l\u00e8vres du baiser, de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de tes joues, de ton intimit\u00e9 \u2026 Nous frissonnons \u00e0 l&rsquo;unisson, \u00e0 la quinte, \u00e0 la quarte \u2026 sans crainte des intervalles qui creusent leur \u00e9cart pour se mesurer \u00e0 toujours plus de tensions, jusqu&rsquo;\u00e0 la tierce dont certains voudraient nous faire croire qu&rsquo;elle effraie Dieu et la seconde de la dissonance, se soustrayant \u00e0 l&rsquo;harmonie pour embrasser le passage \u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Que nous nous oublions \u00e0 nous m\u00eame dans le cours du temps ; que nous cherchions sans fin \u00e0 rediriger la br\u00fblure qui milite pour ta flamme :&nbsp;qu&rsquo;il existe un monde o\u00f9 les hauteurs se succ\u00e8dent aux crevasses pour parcourir l&rsquo;impossible de ses mille pattes immerg\u00e9es ;&nbsp;qu&rsquo;habite enfin, v\u00e9g\u00e8te ou braille la confluence hallucin\u00e9e d&rsquo;une antique tension d&rsquo;\u00eatre dans le fourmillement de tous les grattements qui le hante ;&nbsp;mais que je t&rsquo;entende fleurir, \u00d4 mon amour, le plus sublime des soupirs, lorsque l&rsquo;espoir aura disparu faute d&rsquo;un abandon \u00e0 pleurer puisque tout sera revenu, et que raisonne l&rsquo;immanence pleine et enti\u00e8re r\u00e9solution de ta vitalit\u00e9. Toi et le p\u00e9ril qui tr\u00e9saille dans l&rsquo;ombre survenu comme l&rsquo;incidence \u00e9loquente qui sourit au matin, parce que le chant de l&rsquo;incommensurable, jamais ne se pourra taire. Nos souvenirs sont des flambeaux arrach\u00e9s au n\u00e9ant. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour les temps de la fin des Bibles anglaise, le temps de la fin de certaines autres, mais la fin de nos temps dans nos traductions fran\u00e7aises, je n&rsquo;accepte de mourir qu&rsquo;\u00e0 la fin des temps. Ceux qui inscrivent dans la vivacit\u00e9 de mon corps pour r\u00e9pandre l&rsquo;avantage des myriades d&rsquo;existences atrophi\u00e9es dans l&rsquo;instant ou raffin\u00e9es d&rsquo;une heureuse reprise sollicit\u00e9e par l&rsquo;\u00e9cho des jours. Ceux qui distillent la vie d&rsquo;un courant de mon \u00e2me soulev\u00e9e par del\u00e0 toute contrition terrestre et reflue dans mes veines le retour de leurs heures subtilis\u00e9es \u00e0 l&rsquo;attraction du vide.  Et l&rsquo;ivresse pour l&rsquo;in\u00e9narrable sentiment qu&rsquo;il pr\u00e9suppose. Et l&rsquo;outil qui se repose dans l&rsquo;attente du retour de la pluie. Et la vertu qui sommeille pendant que les yeux ferm\u00e9s les pupilles se d\u00e9glinguent dans l&rsquo;oubli des convenances, suivant le parcours affol\u00e9 de la s\u00e8ve qui gonfle la vie naissante, vibrante et mourante. Et s&rsquo;apaise au lendemain la fraicheur retrouv\u00e9e d&rsquo;une vitalit\u00e9 nouvelle dans l&rsquo;unique expectative de l&rsquo;instant de recommencer \u2026 Non, pas encore. Il faut que se forcent les parcours, les appels, les r\u00e9solutions, les r\u00e9alisations :&nbsp;que je r\u00e9alise l&rsquo;instant d&rsquo;une vie l&rsquo;essence des quelques secondes qui me subirent naitre et je te promet, cieux \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la jouissance pr\u00e9sente qui me quitte comme elle m&rsquo;est venue \u00e0 moi illuminer mes jours et vaincre mes nuits, pour le plus formidable des retours. Nostalgie de l&rsquo;amante, amant de la nostalgie, je vivrais sous notre couche jusqu&rsquo;au d\u00e9litement s&rsquo;il ne nous fallait nous quitter et mourir un peu, recommencer encore pour de plus tendres retrouvailles \u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Ou s&rsquo;il se doit, \u00e0 qui importe que l&rsquo;on perd\u00eet la trace de nos infimes \u00e9tincelles dans l&rsquo;\u00e9clatement des \u00e9toiles \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-background\">Codicille : Si le promeneur solitaire voyageait en Chine ?&nbsp;Si Rousseau avait crois\u00e9 les \u0153uvres de Zhang Daqian (prononcer \u00ab Zaan Dachian \u00bb), \u00ab le Picasso chinois \u00bb ? Ce dernier est appel\u00e9 de la sorte parce pour sa maitrise de l&rsquo;art traditionnel de l&rsquo;improvisation sur taches d&rsquo;aquarelle en m\u00eame temps qu&rsquo;il la r\u00e9volutionne par de nouvelles teintes color\u00e9es in\u00e9dites, comme \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, Picasso la tradition occidentale par ses propres moyens. Si Rousseau avait lu les Quatre Quatuor de T.S. Eliot ou leur r\u00e9ponse de Jean Wahl et leurs intriqu\u00e9es matrices d&rsquo;\u00e9vocations superpos\u00e9es de la vie, de la mort, de la communion et du pouvoir d&rsquo;\u00e9crire ? Rien de tout cela sans doute, mais cela ne m&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 d&rsquo;imaginer dans cette \u00ab proposition \u00bb, ce bref \u00ab parcours hallucin\u00e9 \u00bb r\u00e9sonnant des mille accords qui sont autant d&rsquo;\u00e9chos dans les cavernes d&rsquo;une exp\u00e9rience de n\u00e9ophyte \u00e0 l&rsquo;approche de ces montagnes. O\u00f9 ce qui s&rsquo;inscrivit dans la rencontre d&rsquo;un paysage et du temps. J&rsquo;aurais aim\u00e9 m&rsquo;inspirer davantage de Gracq, mais ce n&rsquo;est que partie remise.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsqu&rsquo;il br\u00fble, l&rsquo;oxydation du papier abandonne sa blancheur \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 de la cendre mais la m\u00e8che de la bougie attend la rar\u00e9faction de son essence, cire, huile, p\u00e9trole, alcool \u2026 La fin qui suscite l&rsquo;\u00e9veil peut-elle intervenir \u00e0 temps ? \u00c0 la pointe du jour d\u00e9clinant, le mont Wuhan retient son souffle. 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