{"id":4522,"date":"2019-07-06T18:28:23","date_gmt":"2019-07-06T16:28:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=4522"},"modified":"2019-07-06T18:31:57","modified_gmt":"2019-07-06T16:31:57","slug":"2-bois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/2-bois\/","title":{"rendered":"# 2 \/ Bois"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-background has-white-background-color\">BOIS comme ces vaux ces all\u00e9es foresti\u00e8res qui nous portent aux cimes l\u00e0-haut forment rages dehors rage dedans lorsque vous d\u00e9routiez la rage vous d\u00e9gagiez la route alors que rang\u00e9 rong\u00e9 vous d\u00e9rangiez la route aussi en nage nuage en orage de rage vous avez continu\u00e9 vous avez poursuivi en serrant les poings li\u00e9s au fond de vos poches us\u00e9es fatigu\u00e9es r\u00e2p\u00e9es par la route par la chute sur la route puis vous avez pouss\u00e9 telle une graine en la fissure d\u2019un mur le pied dans la crevasse de goudron sous-couche calcaire sable terre le pied dans le plancher des vaches entre lames entre les vaches vous avez tant pouss\u00e9 les murs de briques de b\u00e9ton coul\u00e9 BOIS sages de nos tunnels s\u00e9quelles de nos beuveries dans les orties pouss\u00e9 dans les cailloux poucet au bord des routes poucer il en a fallu du temps des mois des ann\u00e9es de solages bien pens\u00e9s car certes parpaing n\u2019est pas b\u00e2tir il faut le dire construire est affaire de lieux \u00e0 grommeler de liants \u00e0 retourner en patience des jours durant des jours mouvants de sable et granulats \u00e0 la pelle en veux-tu en voil\u00e0 remuer sans cesse l\u2019appareil dans les creux dans les coins arm\u00e9s de fers aussi pour de solides piliers hourdis des linteaux de fen\u00eatres travers\u00e9es plus tard dans la nuit et l\u2019air sec de l\u2019\u00e9t\u00e9 au dos cass\u00e9 tant de fois et tant de nuits \u00e0 attendre esp\u00e9rer en dessiner des caisses crayon stylo bille Rotring \u00e0 l\u2019encre de chine des belles aux BOIS qui se moquaient qui se moquaient se moquaient de vos petits souliers d\u2019\u00e9t\u00e9 vous l\u2019avez pouss\u00e9 la langue vous l\u2019avez tir\u00e9e en cherchant votre souffle au pied des escaliers de ciment qui montaient au coll\u00e8ge vers les cours des sciences et de la technologie vous la tiriez encore au moment de tomber pris dans votre \u00e9lan mais vous l\u2019aviez tant pouss\u00e9e vous l\u2019aviez tant tir\u00e9e que vous l\u2019avez perc\u00e9e vous l\u2019avez m\u00eame coup\u00e9e qu\u2019il fallut la recoudre \u00e0 vif au catgut votre langue et la nuit pass\u00e9e \u00e0 vomir le caillot du sang noir de la langue gonfl\u00e9e parce que \u00e7a gonfle une langue ab\u00eem\u00e9e \u00e0 vous soulever du sol \u00e0 vous \u00f4ter le c\u0153ur pour cracher du sang noir dans le blanc de l\u2019\u00e9vier puis le regarder tournoyer dispara\u00eetre dans l\u2019eau qui coulait plein la bouche de la langue gonfl\u00e9e et tant et tant que m\u00eame encore des mots ne se prononcent pas ou se prononcent mal qu\u2019ils sont mal entendus comme des maux distendus ou maudits tandis que vous pansiez la langue tir\u00e9e d\u00e9chir\u00e9e et perc\u00e9e dedans par une canine traitre ou sauvage car vous \u00e9tiez sauvage \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 vous \u00e9tiez dur au cuir tann\u00e9 des ceintures de cuir qui sifflent dans l\u2019air casuarina BOIS-de-fer \u00e0 couder sur la table des forts o\u00f9 tenir les maths en \u00e9chec de ceux qui comptent ou bien jouer la g\u00e9ographie de Gracq de la forme de Nantes jusqu\u2019\u00e0 <em>La Charente<\/em> son embouchure \u00e0 Port-des-Barques et demain encore mouiller une anche fr\u00e9missante si clarinette il y a des toits descendue de ce couvent des carmes o\u00f9 se jouaient jadis des classes de musique les cordes tendues les vents entendus les BOIS de Mozart \u00e0 Vienne puis en Afrique du Sud quand faute devant panne d\u2019amer panne d\u2019ennui vous grimpiez aux branches des figuiers puis clavicule cass\u00e9e cheville ou vrill\u00e9e clavicule bris\u00e9e vous l\u2019aviez bien cach\u00e9 vous l\u2019aviez bien cherch\u00e9 dos en vrac courses en sac chutes \u00e0 v\u00e9lo vous trainiez la terre \u00e0 vos souliers crott\u00e9s des BOIS au fil de ces lignes qui filtrent la lumi\u00e8re qui filent vers les blancs ou les bleus de la plage la falaise de craie o\u00f9 vous avez pouss\u00e9 le doute jusqu\u2019\u00e0 v\u00e9rifier le vide et pouss\u00e9 du coude du genou du pied et m\u00eame pouss\u00e9 du cul pour votre corps entier de m\u00eame vous avez pouss\u00e9 votre lit d\u2019enfant contre la porte des grands et leurs volets ferm\u00e9s vous vous \u00eates pouss\u00e9 \u00e0 bout enfin de vos os apr\u00e8s avoir pouss\u00e9 ces feux irraisonnablement vraiment c\u2019est le mot ce n\u2019\u00e9tait pas s\u00e9rieux ce n\u2019\u00e9tait pas heureux cette id\u00e9e d\u2019aller aux limites de vos forces et pousser \u00e0 la roue sans plus respirer toujours au-del\u00e0 prouver quoi faut pas pousser quand on n\u2019a pas le go\u00fbt vous n\u2019\u00e9tiez pas naturel dans vos habits guind\u00e9 quand ces ailes qui vous venaient dans le dos n\u2019\u00e9taient que le chiendent d\u2019une gloire \u00e9ph\u00e9m\u00e8re pr\u00e9caire si pauvre en talent si pauvre d\u2019esprit sans cr\u00e9ativit\u00e9 aucune sans po\u00e9sie sans produit de l\u2019\u00e9crit sans art ni artifice sans arc-en-ciel sans sourire ou sans joie sans lointain id\u00e9al sans id\u00e9al au loin \u00e0 moins d\u2019\u00e9crire au moins essayer quand on poussait parfois on disait BOIS jusqu\u2019\u00e0 la lie ce plaisir d\u2019\u00e9crire et lit ce que tu vois m\u00eame si tout ce qui tombe sous tes mains un almanach avec des phases de la Lune les pochettes \u00e0 disques un dictionnaire de rimes celui des synonymes l\u2019anonymat des bandes dessin\u00e9es et les romans d\u2019\u00e9cole et les journaux dans les biblioth\u00e8ques aux murs entiers de cuirs ou de cartons avec dedans les d\u00e9couvertes l\u2019ordonnance des mots qui fait feu de tout BOIS vous en sortiez grandi car il faut le dire \u00e9galement dans ce monde d\u2019ouvrage si m\u00e9fiant des grandes paroles seul dans un livre on vous laissait tranquille on vous fichait une paix royale comme si le texte imprim\u00e9 donnait l\u2019impression d\u2019apprendre \u00e0 apprendre de ces Robinson Tom Sawyer qui permettraient \u00e0 la fin de profanes aventures arrach\u00e9es \u00e0 la condition d\u2019ouvrier et puis Rabelais c\u2019\u00e9tait tout de m\u00eame une autre cuisine et Rimbaud un sacr\u00e9 baroudeur et que de tout cela il sortirait bien quelque chose si les petits cochons ne vous mangeait pas avant si l\u2019usine ne vous avalait pas tout cru si la vie de labeur vous laissait encore le temps de r\u00eaver puis surtout le temps d\u2019\u00e9crire et c\u2019est l\u00e0 aussi que le papier magique vous a donn\u00e9 cette loufoque id\u00e9e au d\u00e9but mais peu \u00e0 peu magnifique que vous \u00e9tiez fa\u00e7onn\u00e9 de ce BOIS dont on fait les arbres du sol o\u00f9 vous tombiez si souvent ce n\u2019\u00e9tait pas par hasard il fallait bien le rencontrer le sol de cette terre afin de vous confronter \u00e0 eux solitaire et si durement \u00e0 maints reprises mais enfin quand bien m\u00eame \u00e9tait dure la chute il fallait la vivre \u00e0 dix ans pour comprendre le sel pour en sentir le nerf ressentir la pierre la mati\u00e8re l\u2019asphalte en tapis qui couvre la poussi\u00e8re l\u2019herbe sauvage les mousses les algues et m\u00eame le grain du sable il fallait les toucher du nez les manger du regard les apprendre les conna\u00eetre sur le bout des dix doigts pour \u00e9crire une vie qui n\u2019en finirait pas n\u2019abandonnerait jamais la conqu\u00eate d\u2019une histoire de justice un dossier de preuves \u00e0 monter contre les siens histoire enti\u00e8re de la fatale r\u00e9silience du BOIS plant\u00e9 au printemps pour une graine d\u2019automne qui portera ses fruits le moment venu lorsque du bout de ses branches inclin\u00e9es tomberont les pommes en gravit\u00e9 il conviendra de tout dire et de tout raconter du comment vivent les femmes et les hommes de bonne volont\u00e9 comment sont tri\u00e9s les enfants de notre soci\u00e9t\u00e9 comment sont distribu\u00e9s les sorts de travailler pour quels travaux forc\u00e9s pour quels m\u00e9tiers d\u2019\u00e9lites pour quels maroquins quelles m\u00e9dailles quelles charges respectables pour d\u00e9lectables notables faiseurs de navrance puis de culture savantes mais enfin BOIS comme ces vaux ces all\u00e9es foresti\u00e8res qui nous portent aux cimes l\u00e0-haut sont autant d\u2019ambitions d\u2019horizons de fiert\u00e9s de raison emport\u00e9e de les voir ainsi s\u2019\u00e9lancer de devoir les lancer de les voir vous porter enfin nu vers quelques m\u00e9chantes id\u00e9es au papier m\u00e2ch\u00e9 ab\u00e9ch\u00e9 rab\u00e2ch\u00e9 que plus rien d\u00e9sormais ne retient. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>BOIS comme ces vaux ces all\u00e9es foresti\u00e8res qui nous portent aux cimes l\u00e0-haut forment rages dehors rage dedans lorsque vous d\u00e9routiez la rage vous d\u00e9gagiez la route alors que rang\u00e9 rong\u00e9 vous d\u00e9rangiez la route aussi en nage nuage en orage de rage vous avez continu\u00e9 vous avez poursuivi en serrant les poings li\u00e9s au fond de vos poches us\u00e9es <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/2-bois\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># 2 \/ Bois<\/span><span 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