{"id":45330,"date":"2021-08-10T23:44:03","date_gmt":"2021-08-10T21:44:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45330"},"modified":"2021-08-10T23:48:07","modified_gmt":"2021-08-10T21:48:07","slug":"par-la-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/par-la-mer\/","title":{"rendered":"#L8 | par la mer"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/CB7957FE-A6BE-463D-87A4-79C6438855FD-1024x682.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-45335\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/CB7957FE-A6BE-463D-87A4-79C6438855FD-1024x682.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/CB7957FE-A6BE-463D-87A4-79C6438855FD-420x280.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/CB7957FE-A6BE-463D-87A4-79C6438855FD-768x512.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/CB7957FE-A6BE-463D-87A4-79C6438855FD.jpeg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Au large d\u2019Erbalunga, juin 2021<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Si elle \u00e9tait arriv\u00e9e en bateau, elle se serait peut-\u00eatre souvenue du premier voyage, ce m\u00eame voyage qui avait conduit ici la famille, quarante ann\u00e9es auparavant, quand sa m\u00e8re eut d\u00e9cid\u00e9 de partir, croyant que ce retour aux sources les sauverait de la ruine, ce m\u00eame voyage qu\u2019elle avait d\u2019abord cru un cauchemar, qui l\u2019avait arrach\u00e9e \u00e0 son enfance, ce m\u00eame voyage longtemps v\u00e9cu comme une fuite honteuse. Par chance il y eut par la suite d\u2019autres travers\u00e9es plus heureuses, des sommeils l\u00e9gers dans le confort de cabines deuxi\u00e8me classe, des discussions nocturnes pr\u00e8s du piano bar d\u00e9sert\u00e9, des couchers de soleil en pleine mer, des embruns et des vents s\u00e9v\u00e8res qui au fil du temps effac\u00e8rent la honte et la blessure. Si elle \u00e9tait arriv\u00e9e par la mer elle serait sortie \u00e0 l\u2019aube sur le pont avant du ferry, accroch\u00e9e au bastingage elle aurait eu un sentiment de vague inqui\u00e9tude, un doute, avant de s\u2019assurer que la masse brune qui se dressait devant elle \u00e9tait bien la pointe nord du cap, tendrement irradi\u00e9e par l\u2019aurore, baign\u00e9e de bleus profonds, elle aurait c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9blouissement face \u00e0 l\u2019\u00eele qui surgit, avant de reconna\u00eetre l\u2019odeur terrible du feu. En longeant lentement la c\u00f4te elle aurait vu les versants d\u00e9sol\u00e9s, amaigris par les flammes, la roche brute, imm\u00e9diate, la noirceur calcin\u00e9e jusqu\u2019aux portes des villages, elle aurait dans le mouvement ralenti du navire apprivois\u00e9 l\u2019id\u00e9e du noir, de la mort, le silence des morts, elle se serait soudainement inqui\u00e9t\u00e9e, ajouter des cendres aux cendres, n\u2019\u00e9tait-ce pas exag\u00e9r\u00e9 ? comme pour la contredire le vent ce serait lev\u00e9, elle aurait accueilli les bourrasques en riant, \u00e9tourdie de fatigue apr\u00e8s la nuit agit\u00e9e en cabine, saoul\u00e9e du parfum des cystes et des asphod\u00e8les. Elle aurait sans les reconna\u00eetre pu nommer les marines dont elle a depuis longtemps m\u00e9moris\u00e9 l\u2019ordonnancement sur la c\u00f4te, leur tours g\u00e9noises \u00e9br\u00e9ch\u00e9es, au-dessus leurs hameaux suspendus en grappes dans les vall\u00e9es, la densit\u00e9 des ch\u00eanaies heureusement \u00e9pargn\u00e9es, des lambeaux de nuages cramponn\u00e9s aux sommets, elle aurait aper\u00e7u la corniche sur les hauteurs de San Martino di Lota, peut-\u00eatre aurait-elle vu les tombeaux tourn\u00e9s vers la mer, elle se serait alors adress\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re, ou plut\u00f4t \u00e0 elle-m\u00eame<em>, je suis l\u00e0<\/em>. Il y aurait eut les premi\u00e8res annonces des stewards invitant les passagers \u00e0 sortir des cabines, \u00e0 rejoindre leurs v\u00e9hicules, puis la ville aurait jailli, sa beaut\u00e9 famili\u00e8re offerte \u00e0 la mer, elle aurait photographi\u00e9 la plage des Minelli surplomb\u00e9e de la villa rose, se serait souvenue s\u2019y \u00eatre baign\u00e9e, les mains cramponn\u00e9es aux \u00e9paules brunes de sa cousine, l\u2019ondulation hypnotique des algues dans le fond, aussi elle aurait reconnu la g\u00e9om\u00e9trie douteuse de l\u2019immeuble de la rue Luce de Casabianca dans lequel ils s\u2019\u00e9taient install\u00e9s en arrivant il y a quarante ans, elle aurait \u00e9t\u00e9 aveugl\u00e9e par le miroitement d\u2019une fen\u00eatre, la clart\u00e9 du jour sur l\u2019ocre des fa\u00e7ades, elle aurait vu l\u2019ombre nette des palmiers sur la place Saint-Nicolas, la citadelle majestueuse, elle aurait senti la moiteur, \u00e7a n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 le choc brutal du tarmac, plut\u00f4t une \u00e9l\u00e9vation douce et caressante de chaleur, comme une \u00e9treinte, mais ce m\u00eame parfum de carburant, d\u2019herbe s\u00e8che et de sel m\u00eal\u00e9s, la peur se serait effondr\u00e9e sur elle m\u00eame, serait remont\u00e9 le souvenir du premier d\u00e9paysement, le bleu du ciel au dessus de l\u2019\u00e9glise Santa Maria Novella \u00e0 Florence, pourtant ce serait un sentiment pr\u00e9cis\u00e9ment inverse, celui d\u2019un <em>repaysement, <\/em>une vibration dans la poitrine, comme si pour la premi\u00e8re fois elle ouvrait les yeux sur l\u2019\u00eele, comme si quelque chose l\u2019appelait ici.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si elle \u00e9tait arriv\u00e9e en bateau, elle se serait peut-\u00eatre souvenue du premier voyage, ce m\u00eame voyage qui avait conduit ici la famille, quarante ann\u00e9es auparavant, quand sa m\u00e8re eut d\u00e9cid\u00e9 de partir, croyant que ce retour aux sources les sauverait de la ruine, ce m\u00eame voyage qu\u2019elle avait d\u2019abord cru un cauchemar, qui l\u2019avait arrach\u00e9e \u00e0 son enfance, ce <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/par-la-mer\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L8 | par la mer<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":186,"featured_media":45335,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2678],"tags":[1648,771,835],"class_list":["post-45330","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-8-goux","tag-corse","tag-retrouvailles","tag-voyage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45330","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/186"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45330"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45330\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45335"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45330"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45330"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45330"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}