{"id":45601,"date":"2021-08-12T11:46:05","date_gmt":"2021-08-12T09:46:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45601"},"modified":"2021-10-11T08:40:18","modified_gmt":"2021-10-11T06:40:18","slug":"l8-le-plus-grand-meteque-de-vienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-le-plus-grand-meteque-de-vienne\/","title":{"rendered":"#L8 | Le plus grand m\u00e9t\u00e8que de Vienne"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-soundcloud wp-block-embed-soundcloud\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/soundcloud.com\/emmanuelle-cordoliani\/le-plus-grand-meteque-de-vienne?si=21335fa975884f96b8b05bacc4d8dd8b\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/33154408_10156433252859588_7221904920297865216_n-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-54274\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/33154408_10156433252859588_7221904920297865216_n-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/33154408_10156433252859588_7221904920297865216_n-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/33154408_10156433252859588_7221904920297865216_n.jpg 864w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Enl\u00e8vement au S\u00e9rail 2018, \u00a9 Benoit Riou<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-text-color has-background\" style=\"color:#a30046\"><strong>Codicille : prolongement issu de<a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l7-les-marees-heure-par-heure-direct\/\"> L7 (ses langues cam\u00e9l\u00e9onnes)<\/a>. J&rsquo;en jette ici une \u00e9tape de travail. Il \u00e9tablit la r\u00e8gle du jeu du S\u00e9rail, \u00e9tablissement cr\u00e9\u00e9 et dirig\u00e9 par un des deux personnages qui sont arriv\u00e9s quelque part en juin dernier. Il s&rsquo;appuie sur <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/lenlevement-au-serail\/\">la note d&rsquo;intention de <em>L&rsquo;Enl\u00e8vement au S\u00e9rail<\/em><\/a>, mont\u00e9 en 2018\/19 et autour de quoi j&rsquo;\u00e9cris. De tous mes personnages, Selim Bassa est le seul qui puisse supporter, voire convoquer le lyrisme dans son expression. Dans ce texte pour un certain th\u00e9\u00e2tre n\u00e9cessaire \u00e0 la fiction du S\u00e9rail. Dans mon #L8 bis | De l&rsquo;eau tu as toujours \u00e9t\u00e9 aim\u00e9, pour un motif compl\u00e8tement diff\u00e9rent, son affinit\u00e9 avec le soufisme.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le plus grand m\u00e9t\u00e8que de Vienne dispara\u00eet derri\u00e8re l\u2019exotisme, l\u2019allure et le comportement qu\u2019on lui pr\u00eatera, car on lui pr\u00eatera. Vois-tu, on croit ne pr\u00eater qu\u2019aux riches, mais on pr\u00eate aussi aux escrocs, nom erron\u00e9 pour qui parle en v\u00e9rit\u00e9 des prestidigitateurs. Escrocs\u2009? Est-ce toi qui me croque\u2009? Comment le croire\u2009? Comment reconna\u00eetre d\u2019un m\u00e9t\u00e8que le camouflet\u2009? Comment admettre cette claque sur sa face lisse et chic\u2009? Elles seront un instant interloqu\u00e9es, la haute-soci\u00e9t\u00e9 argent\u00e9e, la jeunesse dor\u00e9e \u00e0 qui rien n\u2019aura \u00e9t\u00e9 refus\u00e9, la grande bourgeoisie bien assise dans les fonds de son si\u00e8ge \u00e0 la banque, mais cet instant-l\u00e0 leur co\u00fbterait si cher qu\u2019elles pr\u00e9f\u00e8reront c\u00e9l\u00e9brer un m\u00e9t\u00e8que \u2014 et cela veut dire aussi jaser, le vilipender r\u00e9guli\u00e8rement, pour mieux le racheter, puisque tout s\u2019ach\u00e8te, croient-elles, se repa\u00eetre de ses infortunes amoureuses dans les chuchotis des salons de coiffure, se moquer en compagnie de ses manies vestimentaires avant d\u2019en demander l\u2019\u00e9vocation \u00e0 leur tailleur dans une certaine longueur de veste, dans l\u2019arrondie d\u2019une grande chemise qu\u2019on cachera, comme des dessous orientaux dans le grand secret de son pantalon de costume, sous la coupe d\u2019une jupe \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, d\u00e9nigrer en soci\u00e9t\u00e9 le moindre int\u00e9r\u00eat pour ces soir\u00e9es du S\u00e9rail o\u00f9 les cartons d\u2019invitations rares et dor\u00e9s \u00e0 l\u2019or fin demeurent introuvables\u2026 cela veut dire n\u2019avoir que son nom \u00e0 la bouche&nbsp;: Selim Bassa, comme un de ses longs cigares, dont il fait rougeoyer la braise dans les coins d\u2019ombre de son cabaret, laissant appara\u00eetre dit-on, un regard brutal et mouill\u00e9 \u2014, oui, elles en feront la coqueluche du Tout-Vienne, certaines qu\u2019avec le temps il tombera, ce roi de carnaval dont elles n\u2019auront plus alors qu\u2019\u00e0 d\u00e9tourner leur regard aux lourdes paupi\u00e8res assombries de fards et de nuit, comme s\u2019il n\u2019avait jamais crois\u00e9 leur route toute droite. Mais avant ce jour de leur revanche, le plus grand m\u00e9t\u00e8que de Vienne leur tendra le miroir qui seul peut convenir \u00e0 l\u2019inconsistance de leurs d\u00e9sirs&nbsp;: un miroir de vide et de vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus grand m\u00e9t\u00e8que de Vienne. Un m\u00e9t\u00e8que \u00e0 n\u00e9on, clinquant, in\u00e9vitable, clignotant sur un des toits les mieux en vue de la ville, dont le pouls pris \u00e0 ce lasso de lumi\u00e8re artificielle ne sait plus battre sans elle, en sorte que toute la vie nocturne suspende son souffle toutes les trois secondes au retour du soleil \u00e9lectrique du SERAIL. Tr\u00e8s profond\u00e9ment, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a grouille, o\u00f9 les fonds sous-marins comme le centre de la Terre ou l\u2019\u00e9ternelle nuit du cosmos se renvoient la balle des terreurs, l\u00e0 o\u00f9 personne ici ne veut plus aller, ne veut plus savoir, quelque chose en eux se rappelle ce jour o\u00f9 le soleil ne voulait plus se lever, o\u00f9 l\u2019obscurit\u00e9 a pris et gard\u00e9 le dessus dans le grand combat amoureux des jours et des nuits. Ils ont fini par croire dur comme fer aux infrastructures des immeubles, aux fleuves des larges avenues de leurs automobiles, \u00e0 la pl\u00e9nitude des vitrines des grands magasins et ils pressent le pas s\u2019ils pressentent qu\u2019ils pourraient en entrevoir le vide dissimul\u00e9, dans l\u2019interstice du rideau tendu \u00e0 cet effet certains soirs, apr\u00e8s la fermeture, o\u00f9 les employ\u00e9es changent les saisons en d\u00e9shabillant des mannequins de couture.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/serail-042.jpg\" alt=\"\" data-id=\"45609\" data-full-url=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/serail-042.jpg\" data-link=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=45609\" class=\"wp-image-45609\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/serail-042.jpg 960w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/serail-042-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/serail-042-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><\/figure><\/li><\/ul><\/figure>\n\n\n\n<p>Les irr\u00e9ductibles, les dignes, les blas\u00e9s, l\u2019ancienne noblesse qui ne tient plus que sur un vieux cep, les anarchistes \u00e0 conviction, les missionnaires dans l\u2019\u00e2me, nous les ach\u00e8terons, il y a de l\u2019or pour cela, un or qui ne sert \u00e0 rien d\u2019autre, une p\u00e9pite suffit parfois, si la paume qui l\u2019offre rappelle celle d\u2019une enfant autrefois aim\u00e9e et perdue, une paillette, dans le seul verre qu\u2019il ne faut pas boire, le premier apr\u00e8s une longue abstinence, un trait fin sur une reliure pour peu que l\u2019auteur passe pour un parangon de vertu, r\u00e9digeant des chefs-d\u2019\u0153uvre dans la vilaine humidit\u00e9 d\u2019une cabane de jardin tandis que son \u00e9pouse vend ses incunables sous le manteau au pr\u00e9texte d\u2019aimer l\u2019argent, quand son seul plaisir tient dans la certitude terrifi\u00e9e de son mari d\u2019avoir perdu la page la plus pr\u00e9cieuse de son manuscrit, la seule qui comptait vraiment, la clef de vo\u00fbte de son \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus grand m\u00e9t\u00e8que de Vienne s\u2019enorgueillit de la v\u00eature des hommes du Moyen-Orient. Or, riant de la simplicit\u00e9 adamantine des grands pantalons, qui sonne dans les mille poches contenues en chaque pli. Pliure savante des v\u00eatements japonais en forme sans m\u00eame \u00eatre port\u00e9s, pliure double des sarouels afghans qui se confond avec celle des billets de 100&nbsp;F CFA \u00e0 l\u2019instant de payer, dans la main de son grand-p\u00e8re. Paire de pantalons bouffants des autochtones dont l\u2019ampleur d\u00e9teint irr\u00e9m\u00e9diablement sur ceux des colons, tr\u00e8s serr\u00e9s \u00e0 la taille, haute pour bien marquer leur diff\u00e9rence avec ces voluptueux qu\u2019ils occupent. Coupe impeccable des uniformes sable qu\u2019il porte toujours d\u00e9pareill\u00e9s, reconvertis comme lui, djellaba sous la saharienne, main de Fatma glissant entre les dog tags qu\u2019il garde au milieu de la poitrine, bleu de travail jurant sur le vert de glaire des vestes de camouflages. Camouflet \u00e0 ceux qui se croient tout d\u2019une pi\u00e8ce, tout d\u2019une couleur et dont il attire par l\u2019\u0153il, le c\u0153ur jusqu\u2019\u00e0 ses bottes de serpent hypnotique. Tic-tac \u00e9trange de la montre rest\u00e9e \u00e0 l\u2019heure espagnole, tempo sans merci du drame en cours. Courbes imaginaires, extravagantes, dragonesques, furtives que dessinent les \u00e9paisseurs des tissus \u00e0 son corps sec, noueux, si souvent douloureux et pour jamais lac\u00e9r\u00e9. Serr\u00e9 dans son habit de Ma\u00eetre de C\u00e9r\u00e9monie, ne vous y trompez pas, le plus grand m\u00e9t\u00e8que de Vienne ne quitte jamais la v\u00eature des hommes du Moyen-Orient, la soie sur lui prend l\u2019aplomb r\u00eache et souple des cotons des hauts plateaux, le prot\u00e8ge et le d\u00e9fend, fend l\u2019air comme une lame et l\u2019\u00e9pouse comme une armure. Murmure du vent quand il entre dans la pi\u00e8ce mur\u00e9e dont lui seul saura sortir avec un nuage de fum\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Codicille : prolongement issu de L7 (ses langues cam\u00e9l\u00e9onnes). J&rsquo;en jette ici une \u00e9tape de travail. Il \u00e9tablit la r\u00e8gle du jeu du S\u00e9rail, \u00e9tablissement cr\u00e9\u00e9 et dirig\u00e9 par un des deux personnages qui sont arriv\u00e9s quelque part en juin dernier. Il s&rsquo;appuie sur la note d&rsquo;intention de L&rsquo;Enl\u00e8vement au S\u00e9rail, mont\u00e9 en 2018\/19 et autour de quoi j&rsquo;\u00e9cris. 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