{"id":45612,"date":"2021-08-12T11:57:11","date_gmt":"2021-08-12T09:57:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45612"},"modified":"2021-11-12T21:11:06","modified_gmt":"2021-11-12T20:11:06","slug":"l8-bis-de-leau-tu-as-toujours-ete-aime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-bis-de-leau-tu-as-toujours-ete-aime\/","title":{"rendered":"#L8 bis | De l&rsquo;eau tu as toujours \u00e9t\u00e9 aim\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-rich is-provider-soundcloud wp-block-embed-soundcloud\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/soundcloud.com\/emmanuelle-cordoliani\/de-leau-tu-as-toujours-ete-aime?si=a9d6a32e571b44c29b99a4268621e590\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019eau se fait annoncer par une cour de grands nuages qui retournent leurs capes en un geste unanime, comme pour faire un tapis \u00e0 ses pieds nus et tu vois cela, et tu n\u2019en es pas surpris tu en vois le d\u00e9but, le milieu et la fin et tu n\u2019es surpris d\u2019aucuns. Comme ils s\u2019\u00e9taient press\u00e9s \u00e0 sa demande, les nuages s\u2019\u00e9gayent \u00e0 pr\u00e9sent aux confins du ciel et apr\u00e8s leur d\u00e9part tu sais qu\u2019un petit moment encore l\u2019eau pleuvra plus douce comme une jeune fille dans le soleil. Et tu as tout vu, il n\u2019y a rien au-del\u00e0 de ce moment, tu l\u2019as saisi dans tout ce qu\u2019il pouvait t\u2019offrir. Voir arriver la pluie, la regarder s\u2019\u00e9couler avec une dure d\u00e9termination apr\u00e8s qu\u2019elle a signal\u00e9 quelques points d\u2019importances sur le sol et sur ton visage ou tes mains avec de grosses gouttes pr\u00e9cises, la regarder s\u2019\u00e9couler comme une plainte longtemps contenue et une fois cette plainte \u00e9coul\u00e9e, voir surgir sa parole secr\u00e8te sous la forme d\u2019une ond\u00e9e douce, prise dans la lumi\u00e8re du ciel d\u00e9gag\u00e9. Et finalement, conserver quelques instants la trace de cette rencontre unique dans tes cheveux, le coin de ton \u0153il, les plis de ton v\u00eatement\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><br>L\u2019eau coule du balcon d\u2019une maison presque en ruine, mais les fleurs sont toujours neuves. Leurs couleurs se moquent de la guerre et de la d\u00e9solation, elles jouent dans le soleil comme des enfants dans une rivi\u00e8re. Toi, tu passes en dessous, l\u2019esprit accapar\u00e9 par ton travail, par ta journ\u00e9e, par tes proches qui sont plus exigeants que tes ennemis, par le manque d\u2019argent, par l\u2019abondance de biens\u2026 Que sais-je\u2009? Et l\u2019eau tombe sur toi et te fait lever la t\u00eate. Elle touche le sommet de ton cr\u00e2ne. Elle glisse dans le dos de ta chemise. Tu cries. Tu te rappelles confus\u00e9ment que tu as cri\u00e9 un jour de retrouvailles avec l\u2019eau dont tu n\u2019as aucun souvenir. Tu cries vers les jardini\u00e8res et tu vois les fleurs et le visage d\u2019une femme qui les aime. Tu vois sa bouche former un O\u2009! Tu vois l\u2019eau qui goutte sur le trottoir dans une petite flaque d\u2019or et le reflet de la maison en ruine. Dans le tremblement du reflet, la fa\u00e7ade tient bon, elle s\u2019est attach\u00e9 le soleil de la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, comme un tablier. Et toi, tu es un instant cette fleur qu\u2019une main attentionn\u00e9e arrose une fois le jour. Tu fr\u00f4les l\u2019\u0153uvre de la beaut\u00e9 et son myst\u00e8re, en son milieu.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019eau patiente. Elle serait l\u00e0 en vingt minutes. Pour un enfant r\u00eaveur, c\u2019est tr\u00e8s long, vingt minutes. Ils ont mur\u00e9 la montagne et l\u00e0-haut, dans un petit village d\u00e9sert\u00e9, toutes les sources viennent se jeter dans les bras fluets de tous les ruisseaux. Le village est devenu leur village, l\u2019\u00e9glise, une cath\u00e9drale engloutie aux courants de leurs retrouvailles qui jouent \u00e0 la vol\u00e9e avec la fonte du lourd battant de la cloche dans une forme d\u2019\u00e9pais silence tr\u00e8s doux. Le village est tout bleu et personne ne peut le deviner sous la surface \u00e9tincelante du lac qui le peuple jusqu\u2019au ciel. Toi, bien s\u00fbr, tu es du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019eau, depuis toujours&nbsp;: tu esp\u00e8res qu\u2019un jour le barrage c\u00e9dera. L\u2019enfant r\u00eaveur chuchote dans son sommeil et, jeune homme, tu l\u2019entends, tu vois son r\u00eave&nbsp;: la grande douceur terrible de la fissure dans l\u2019immense vertige du mur blanc, des fissures \u00e0 petits bruits, modestes fontaines qui se confondent pour un temps avec la fuite du robinet contre la fa\u00efence du lavabo o\u00f9 le ma\u00eetre rince les pinceaux, mais bient\u00f4t, comme \u00e0 Versailles, comme aux lamas ou aux pieuvres, des jets en jailliront, horizontaux d\u2019abord avant de s\u2019\u00e9parpiller en arc-en-ciel\u2026 viennent ensuite les longs cheveux emm\u00eal\u00e9s des cascades, mais d\u00e9j\u00e0 le lac se penche, comme dans le seau trop plein de l\u2019enfant r\u00eaveur qui se demande combien de chagrin il faudrait pour le remplir \u00e0 ras bord tandis qu\u2019il l\u2019incline vers les douves profondes de ses ch\u00e2teaux de sable\u2026 Assis \u00e0 ta table d\u2019\u00e9tudes tu te bascules sur ta chaise pour faire contrepoids un instant. Quand commencent-ils \u00e0 compter les vingt minutes qui te s\u00e9parent de cet immense amour\u2009? Avec la gr\u00e2ce puissante d\u2019un \u00e9l\u00e9phant transparent, le lac bascule et l\u2019eau se d\u00e9verse en majest\u00e9. Elle prend les routes v\u00e9ritables, elle n\u2019a que faire des d\u00e9cors d\u00e9risoires d\u2019un monde de trains miniatures, l\u2019eau souffle leur poussi\u00e8re, rutile les toits et les renverse une seconde comme des coccinelles avant de les remettre de guingois, elle est tout \u00e0 la joie, ses larges hanches rebondissent amplement contre les flancs des montagnes et s\u2019\u00e9gaient en \u00e9claboussures jusqu\u2019au ciel avant de revenir \u00e0 elle-m\u00eame, leurs maigres vall\u00e9es, elle les traverse en trombe, elle se pr\u00e9cipite, r\u00e9veillant tout sur son passage comme ces seaux d\u2019eau qu\u2019on lan\u00e7ait sur les fresques d\u00e9fra\u00eechies des \u00e9glises pour en raviver les couleurs le temps d\u2019une messe, elle slalome ces couloirs \u00e9troits tout couverts encore de la neige du printemps et ne laisse que du vert derri\u00e8re elle, elle prend de la vitesse jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9boucher dans les vall\u00e9es en piaffant o\u00f9 elle devient soudain \u00e9tale, lasse, indolente prenant ses aises plus loin que tu ne peux voir. Tu as eu vingt minutes pour gagner les coteaux. En bas, es vitres de la salle de classe ont explos\u00e9 de rire \u00e0 sa rencontre, l\u2019air enfin l\u2019a travers\u00e9e \u00e0 son gr\u00e9. Elle monte vers toi dans un dernier b\u00e2illement et s\u2019arr\u00eate \u00e9puis\u00e9e et tranquille assez pr\u00e8s pour tremper ta main dans sa lumi\u00e8re froide et coupante comme la glace.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019eau saisit tes mains. La fra\u00eecheur s\u2019en empare, un instant les s\u00e9pare de ton corps et les plonge dans l\u2019univers. L\u2019eau se saisit de la lumi\u00e8re qu\u2019elle appose sur tes mains en \u00e9cailles d\u2019or. Tes mains s\u2019adonnent \u00e0 l\u2019eau et se m\u00ealent l\u2019une l\u2019autre. Tes mains se retrouvent et s\u2019\u00e9treignent comme deux s\u0153urs qui s\u2019\u00e9taient perdues de vue, chacune pesant le poids de sa vie solitaire. Tes mains d\u2019eau retournent, couple de grands poissons cuivr\u00e9s, \u00e0 leur source. L\u2019eau r\u00e9pond \u00e0 l\u2019appel de l\u2019eau qui coule sur tes mains. L\u2019enveloppe de peau ne contient plus qu\u2019\u00e0 peine toute l\u2019eau qui te fait vivant, ton sang, ta chair, les cristaux de ta pens\u00e9e, le calcaire de tes os, la pierre \u00e9rod\u00e9e des r\u00eaves. Regarde&nbsp;: un filet d\u2019eau au sortir du long bec de cuivre courbe mord comme la br\u00fblure d\u2019un baiser le dos de ta main. Ce baiser perdure apr\u00e8s que l\u2019eau ruisselle et s\u2019empare des doigts et des paumes et coule dans la coupe de cuivre avec un bruit qui devient la fra\u00eecheur pour toi, pour la caravane. Il perdure quand tes mains sont s\u00e8ches, la lumi\u00e8re disparue. Il appelle aux retrouvailles nuptiales de la vraie pri\u00e8re. De l\u2019eau, tu as toujours \u00e9t\u00e9 aim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-text-color has-background\" style=\"color:#a30046\"><strong>Codicille&nbsp;: d\u00e9veloppement du prologue. S\u00e9rie de textes visant \u00e0 former une scansion dans le livre, en contrepoint \u00e0 une autre s\u00e9rie (<em>Figures libre<\/em>s). Selim Bassa, dans le souffle du soufisme essaie par ces narrations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de calmer la terreur que cet \u00e9l\u00e9ment inspire \u00e0 son compagnon O., qui elle s\u2019exprime dans l\u2019obstination des textes courts, vardamaniens, de <em>Figures libres<\/em>. Selim Bassa est de tous les personnages celui auquel on pr\u00eate le plus de lyrisme, ses paroles sont toujours \u00ab\u2009rapport\u00e9es\u2009\u00bb. L\u2019orientation de ce lyrisme diff\u00e8re cependant des situations (voir <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-le-plus-grand-meteque-de-vienne\/\"><em>L8 | Le plus grand m\u00e9t\u00e8que de Vienne<\/em><\/a>)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019eau se fait annoncer par une cour de grands nuages qui retournent leurs capes en un geste unanime, comme pour faire un tapis \u00e0 ses pieds nus et tu vois cela, et tu n\u2019en es pas surpris tu en vois le d\u00e9but, le milieu et la fin et tu n\u2019es surpris d\u2019aucuns. Comme ils s\u2019\u00e9taient press\u00e9s \u00e0 sa demande, les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-bis-de-leau-tu-as-toujours-ete-aime\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L8 bis | De l&rsquo;eau tu as toujours \u00e9t\u00e9 aim\u00e9<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":54266,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2678],"tags":[885,1631],"class_list":["post-45612","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-8-goux","tag-eau","tag-serail-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45612","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45612"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45612\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/54266"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45612"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45612"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45612"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}