{"id":45809,"date":"2021-08-13T10:31:07","date_gmt":"2021-08-13T08:31:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=45809"},"modified":"2021-08-13T10:40:31","modified_gmt":"2021-08-13T08:40:31","slug":"l8-rien-le-rivage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-rien-le-rivage\/","title":{"rendered":"#L8 | Rien, le rivage"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1020\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/crabe-1024x1020.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-45812\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/crabe-1024x1020.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/crabe-420x418.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/crabe-200x200.jpg 200w, 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fatigu\u00e9s de se reconna\u00eetre, las du ressac en st\u00e9r\u00e9o, \u00e9pris de lointains solides o\u00f9 l\u2019on se perd de vue, o\u00f9 l\u2019on dispara\u00eet en silence, ils savent que tout est l\u00e0 en boucle, que tout finit ou commence dans un roulement poisseux identique au pr\u00e9c\u00e9dent, ils sanglotent et on le sait, on le sent, rien ne l\u2019indique et tout le crie, c\u2019est une \u00eele dont on pourrait faire le tour si on n\u2019avait pas si peur, plant\u00e9 l\u00e0 en alerte dans la poussi\u00e8re d\u2019anc\u00eatres encore frais, sable limpide, homog\u00e8ne, habit\u00e9 par d\u2019infinis crabes translucides et bavards, sable qui p\u00e9n\u00e8tre les mollets ou s\u2019y colle, sable-film compact dans lequel un corps ne s\u2019enfonce jamais, transformant chaque pas en caresse verticale sourde, tendre, in\u00e9dite, m\u00eame au plus pr\u00e8s du clapotis qu\u2019on observe \u00e9pouvant\u00e9, dont on s\u2019approche malgr\u00e9 tout alors qu\u2019on ne sait ni o\u00f9 ni quoi, mais l\u2019eau est habile elle salive en chantant, on risque un orteil, puis deux puis tous, la fraicheur \u00e9merveille, \u00e9teint toute veille, l\u2019arri\u00e8re-ventre s\u2019allume et l\u2019\u0153il se mouille un peu, on s\u2019abandonne jusqu\u2019aux seins au velout\u00e9 de l\u2019eau, un aileron bref cadence le large, on se persuade qu\u2019on n\u2019a rien vu ou qu\u2019on d\u00e9lire et pourtant, livide ou tremblant on s\u2019\u00e9carte du rivage on se promet une mort plus douce, paupi\u00e8res glac\u00e9es on se reprend, on avance, il le faut, vision restreinte \u00e0 la c\u00f4te en apn\u00e9e, r\u00e9sistance maximale \u00e0 la terreur des flots, on sursaute, brusqu\u00e9 par un ara au del\u00e0 des falaises, elles s\u2019approchent d\u2019ailleurs et la nuit avec elles, le sable disparait sous les rochers mouill\u00e9s, la crique a pris fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-huge-font-size\">Le rivage <\/p>\n\n\n\n<p>se fait dodu, puis \u00e9pineux, puis escarp\u00e9, la nuit s\u2019installe \u00e0 pas feutr\u00e9s, on h\u00e9site \u00e0 gravir un relief, trop haut pour anticiper son versant, mais la marche arri\u00e8re ne r\u00e9pond plus, \u00e0 droite la mer \u00e0 gauche la falaise, l\u2019une abrupte et l\u2019autre noire, chuchotent des insultes dans une langue inconnue, la mort est proche quoiqu\u2019il arrive, \u00e0 moins qu\u2019on ne l\u2019ait d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9e, chasser cette \u00e9vidence, escalader la roche polie, glisser, horrifi\u00e9 par ses propres larmes, parvenir au sommet vid\u00e9 de sensations, paumes et pieds en sang, s\u2019assoir, l\u2019\u0153il pos\u00e9 sur l\u2019horizon rose, refuser un instant de chercher o\u00f9 se rendre et pourquoi on est l\u00e0, entendre sans surprise la lune d\u00e9clarer que les p\u00e9licans sont hardis \u00e0 la saison des plis, que la nuit nait dans l\u2019onde et meurt si elle s\u2019ennuie et que non, Monsieur, ici, ce n\u2019est pas le paradis, la voir pointer du doigt une cavit\u00e9 suintante, savoir sans rien comprendre qu\u2019on doit s\u2019y rendre maintenant, red\u00e9marrer, se laisser glisser le long de la roche, atterrir entre cailloux et ruisseaux o\u00f9 d\u2019autres invert\u00e9br\u00e9s se h\u00e2tent, affol\u00e9s par le sang, enjamber les crabes, \u00e9viter les oursins g\u00e9ants, la lune annonce au sud l\u2019arriv\u00e9e des sardines, \u00e0 ce mot avoir faim, c\u2019est peut-\u00eatre bon signe, subir \u00e0 son insu un flux d\u2019alexandrins, pouss\u00e9e d\u2019urticaire imposant sa rythmique, une fois qu\u2019elle surgit on est \u00e0 sa merci, elle gonfle et tout sombre, la lune a disparu, on l\u2019entend tr\u00e8s au loin arbitrer d\u2019autres courses, le silence s\u2019abat sur le rivage obscur, on voit \u00e0 peine ses mains mais la caverne est l\u00e0, au creux de la falaise, on y entre \u00e0 t\u00e2tons sans ressentir d\u2019angoisse, guid\u00e9 par un fumet d\u2019\u00e9pices inconnues, de plantes astringentes m\u00eal\u00e9es au sel de l\u2019eau, on monte quelques marches pour trouver un sol sec, les parfums s\u2019agglutinent sur la peau calcin\u00e9e, apaisent la brume interne, creusent les intestins, soudain r\u00e9sonne un rot, un rot humain, une haleine \u00e2pre envahit tout l\u2019espace, sid\u00e8re les membres, on se couche sans y penser, berc\u00e9 par la roche ti\u00e8de et moelleuse qui a su nous accueillir.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">NOTES\nUn robinet. Je pourrais continuer des heures \u00e0 d\u00e9verser ce flot qui me d\u00e9localise car j\u2019ai l\u2019habitude d\u2019aborder l'\u00e9criture \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un collage; pens\u00e9e en \u00e9toile qui veut beaucoup dire en peu d\u2019espace, qui fonctionne par superpositions, coupures, saccades, associations. Je pourrais aussi faire l\u2019analogie avec le montage comme l\u2019avait fait Eisenstein dans ses \u00e9crits (qu\u2019il faudrait que je retrouve): beaucoup d\u2019\u00e9nergie accord\u00e9e aux articulations pour un r\u00e9sultat tendu, nerveux et plut\u00f4t bref, car je retravaille et coupe, coupe, coupe, fluidit\u00e9 sans cesse contrari\u00e9e, lenteur. Cette proposition d\u2019\u00e9criture dont j\u2019ai retenu la phrase longue, le lyrisme et le mouvement m\u2019a demand\u00e9 quelques vocalises, j\u2019ai \u00e9crit deux trois blocs avant ceux-l\u00e0 o\u00f9 je cherche une voix. Une fois amorc\u00e9e, elle a coul\u00e9 toute seule, m\u2019a permis de trouver un repos, un l\u00e2cher-prise, m\u2019a emmen\u00e9e quelque part et je l\u2019ai laiss\u00e9e agir, faire effet. Je n'ai eu qu\u2019\u00e0 tendre l\u2019oreille, et les images ont \u00e9merg\u00e9 par le son. Voil\u00e0 qui rejoint l\u2019\u00e9criture de chansons, que je pratique aussi, et c\u2019est sans doute pourquoi l\u2019alexandrin a surgi malgr\u00e9 moi. \n\nJ\u2019ai \u00e9crit ce texte la nuit, le matin, en attendant le bus, l\u2019\u00e9criture m\u2019a accompagn\u00e9e toute la semaine, mais seulement \u2014 autre nouveaut\u00e9 \u2014 quand j\u2019\u00e9crivais. Impossible de lire quoique ce soit, impossible de faire P8 alors que d\u2019habitude je fais les deux propositions en parall\u00e8le, non, je voulais connaitre la suite, et seule l\u2019\u00e9criture \u2014 cette \u00e9criture \u2014 pouvait me la fournir. Le tout est \u00e0 retrouver bient\u00f4t dans le PDF que je vais de ce pas modifier. \n\nPour la suite justement, j\u2019ai la vague sensation \u2014 d\u2019ailleurs l\u2019homme aussi \u2014 qu\u2019une femme habite cette grotte. \n<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rien n\u2019indique qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00eele et pourtant l\u2019air \u00e9pais ne claque ni n\u2019\u00e9treint, p\u00e9n\u00e8tre les peaux sans plaisir, sans permission, enserre le moindre poumon, le moindre tympan, appelle la mer et les voil\u00e0 qui s\u2019\u00e9treignent, sassent et ressassent en boucle le m\u00eame sel, le m\u00eame ciel, les m\u00eames plaintes, les m\u00eames nuages \u00e0 chaque fois de retour charg\u00e9s des <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-rien-le-rivage\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L8 | Rien, le rivage<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":350,"featured_media":45812,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2678],"tags":[],"class_list":["post-45809","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-8-goux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45809","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/350"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45809"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45809\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45812"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45809"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45809"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45809"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}