{"id":46154,"date":"2021-08-14T23:06:33","date_gmt":"2021-08-14T21:06:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=46154"},"modified":"2021-08-14T23:27:31","modified_gmt":"2021-08-14T21:27:31","slug":"l8-une-nuit-magique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-une-nuit-magique\/","title":{"rendered":"#L8 | Une nuit magique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-background wp-block-paragraph\"><strong>Un personnage pr\u00e9sent dans ma t\u00eate existe enfin dans le texte. Voici son monologue qui m\u00e9lange des \u00e9l\u00e9ments de ma <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l7-epluchage\/\">L7<\/a>.<br>Lui qui parle \u00e0 celle qu\u2019il imagine \u00eatre son double, soudain la nature reprend ses droits, dans une voix lyrique qui est la sienne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re fois que je te vois c\u2019est tout \u00e0 fait tragique, nous sommes pi\u00e9g\u00e9s tous les deux \u00e0 l\u2019un de ces \u00e9v\u00e8nements sociaux, sans importance, la premi\u00e8re fois, c\u2019est aussi un peu la derni\u00e8re, parce qu\u2019ensuite je ne fais que te reconna\u00eetre, la premi\u00e8re fois, nous sommes bloqu\u00e9s, fig\u00e9s, tout ce que tu veux ou plut\u00f4t que tu ne veux pas, qui n\u2019est pas nous\u00a0; nous sommes contraints \u00e0 ne pas bouger. C\u2019est toi la premi\u00e8re qui amorce une marche \u00e0 contre-courant, je te distingue l\u00e0, c\u2019est fou, je te vois pour la premi\u00e8re fois, pourtant mes yeux d\u00e9j\u00e0 s\u2019\u00e9taient pos\u00e9s sur les tiens, sur tout ce que tu as de creus\u00e9, de laid, de d\u00e9j\u00e0 vieux, quel \u00e2ge as-tu, je n\u2019en sais rien et je m\u2019en fiche, nous avons le m\u00eame \u00e2ge immortel, qui veut plaire pour se faire comprendre, tu le nie, tu es comme \u00e7a, jamais tu n\u2019acceptes mes propositions de nous mais c\u2019est cette opposition qui fait notre union. Tu marches sans gr\u00e2ce, tu te tiens droite, cavali\u00e8re \u00e0 jamais, Amazone, tu me d\u00e9testes de t\u2019appeler ainsi, au fond tu en est un peu fi\u00e8re, allez je ne t\u2019emb\u00eate pas davantage, toi l\u2019impossible, toi qui t\u2019avances avec assurance, jamais tu ne c\u00e8des, ton regard est dirig\u00e9 devant toi, je t\u2019observe, tu avances vers la porte-fen\u00eatre, tu fais mine de ne rien entendre, le piano de ta s\u0153ur qui te couvre, et puis je comprends tes yeux qui anticipent la m\u00e9canisme de la serrure, enfin tes doigts s\u2019avancent, s\u2019emparent de la poign\u00e9e et amorcent la sortie, l\u2019\u00e9chapp\u00e9e. Alors je te suis, que puis-je faire d\u2019autre, je te suis, seulement ma taille, mon statut, une somme de faits que tu n\u2019as m\u00eame plus en t\u00eate, tout cela me retarde, on me pose des questions auxquelles je r\u00e9ponds en lapidaires, toujours poli, toujours calmement, mais je les \u00e9borgne quand m\u00eame ces \u00eatres qui me retiennent, car avec leurs yeux ils n\u2019ont pas compris que j\u2019avais mieux \u00e0 faire, que te rejoindre est une aventure en soi, quelque chose qui se tente, comme \u00e7a, par ennui, pour se distraire, c\u2019est comme cela que je vis la situation et tu ne le sais d\u00e9j\u00e0 que trop, enfin j\u2019arrive \u00e0 la porte-fen\u00eatre, les nomme-t-on vraiment ainsi, c\u2019est curieux mais pas aussi curieux que toi. En quelques enjamb\u00e9es je te rejoins, tu n\u2019es pas surprise, tu m\u2019attends, je cherche \u00e0 rire avec toi de cette foule absurde que nous avons voulu quitter, d\u00e9j\u00e0 tu me coupes, tu es comme \u00e7a, tu ne supportes pas le bavardage, tu ne manques jamais une occasion de me le rappeler et alors \u2013 le fait est rare, je l\u2019admets \u2013 <em>je me tais et \u00e9coute \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s<\/em> : les torches blanches bruissent dans la nuit tombante, tout se plie dans le vent, jusqu\u2019aux volont\u00e9s humaines qui s\u2019effacent en la nature, au profits de ces verts qui se r\u00e9v\u00e8lent bleus, les pas repli\u00e9s contre les hauts murs, cette sensation de divaguer, comme le long d\u2019une digue, affront du vent, tr\u00e9bucher contre la dentition pourrie de ces tombes aux noms \u00e9trangement familiers, en sortir, ces pouss\u00e9es qui accompagnent pr\u00e8s du fleuve. Ici les perc\u00e9es de bruy\u00e8res s\u2019\u00e9teignent une \u00e0 une sous les ombres des nuages, le vent ne peut tout r\u00e9soudre, il n\u2019y a rien \u00e0 r\u00e9soudre, tout se r\u00e9veille et s\u2019endort \u00e0 la fois, tout est mouvement et les corps suffoquent, le vent sonde les \u00eatres, modifie les textures en apportant la nuit,\u00a0 le clapotis de l\u2019eau, ce qui coule dans les oreilles, une cire ti\u00e8de, ce qui coule \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et ce qui coule par ailleurs, ce qui r\u00e9pugne le jour effraie la nuit tout ce qui se brouille dans les bruits d\u2019eau, les bruits de l\u2019eau de la nuit, les b\u00eates \u00e9vit\u00e9es transforment le chemin, \u00e0 deux, il y a une destination, qu\u2019en est-il de l\u2019invisible qui accompagne, que d\u00e9cide-t-il, quel est son poids dans la nuit, les interrogations font les plus belles promenades tandis que les roseaux glissent le long des doigts, serait facile de devenir roseau, ne pas rompre, plier, plier sans cesse \u00e0 cette musique nocturne le long de la rive d\u2019argent. Sur le chemin qui serpente, sans crainte ni trouble, avancer, sous la protection d\u2019une ligne d\u2019arbres, les visages inond\u00e9s de lune, lorsque soudain la f\u00eate s\u2019introduit dans le jardin, les lumi\u00e8res port\u00e9es ram\u00e8nent le jour en pleine nuit, horreur de ce qui n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre, alors qu\u2019il y a f\u00eate, courir dans les bois, \u00e9crasant les premi\u00e8res baies, en laisser des tra\u00een\u00e9es sombres, dans les bois, s\u2019y r\u00e9fugier, ensemble, fuir les autres et se retrouver l\u00e0 o\u00f9 tout aspire \u00e0 la tranquillit\u00e9, non, ce n\u2019est pas cela que porte la for\u00eat, ce n\u2019est pas la tranquillit\u00e9, c\u2019est loin des autres, dans un univers aussi petit qu\u2019il est grand, grouille, et il fait sombre, les herbes laissent s\u2019\u00e9chapper des odeurs fum\u00e9es, les oiseaux se cachent et d\u2019autres sortent, le brillant de la lune p\u00e9n\u00e8tre difficilement, ici un rongeur est un fauve, la for\u00eat n\u2019en n\u2019a pas fini de d\u00e9voiler ses secrets, \u00e9cartant\u00a0les buissons du bout des doigts, de ses doigts qui se collent \u00e0 la s\u00e8ve, les lumi\u00e8res de la f\u00eate peu \u00e0 peu se tamisent en for\u00eat. Dans cette nature qui devient famili\u00e8re, tout pr\u00e8s du plus grand des arbres, l\u2019\u00e9corce jouit sur le tronc nu, aucune envie d\u2019y graver des initiales, de le blesser, les \u00e9chos de ce qui est repouss\u00e9 se perdent entre les arbres, plus il y a engouffrement et plus l\u2019air est humide, respirable, hors des autres et offrant une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 sans codes, l\u2019air est vibrations, les bras s\u2019effleurent, la promiscuit\u00e9 n\u2019est rien, n\u2019a pas de signification particuli\u00e8re, les symboles n\u2019ont plus sens, il suffit d\u2019\u00eatre, \u00eatre c\u2019est d\u00e9j\u00e0 bien assez, coexister, ensemble, avec les arbres, les animaux, avec ces insectes qui vol\u00e8tent sur les joues, ne rien repousser, ne rien craindre, il y a des \u00eatres aux \u00e2ges qui se brouillent sur les figures, et c\u2019est de cette m\u00eame confusion que se tissent des d\u00e9nominations nouvelles, elles sont loin les sciences, ne reste qu\u2019un instinct qui sait tout sans avoir besoin d\u2019inventer des noms, boules rouges, grains parfum\u00e9s, cette odeur-l\u00e0, et puis ce vent, le nom de ce vent, nature et conversation n\u2019ont rien \u00e0 faire ensemble, la po\u00e9sie ne peut tout dire, \u00e9puiser la nature par le langage est un impossible heureux. Aussi s\u2019essouffle une derni\u00e8re fois les lignes du corps et les lignes du silence, il est des cr\u00e9atures min\u00e9rales qui feront mine de supporter l\u2019homme pour mieux causer sa perte par la suite, ce sont des roches autonomes, les \u00eatres vivants ne font que les parcourir, celui qui y demeure en chef, les mains sur les hanches, le regard conqu\u00e9rant, devra en subir le r\u00e9sultat de son arrogance, d\u00e9j\u00e0 la cheville se tord, lourdeur du corps, il faut en permanence d\u00e9construire les certitudes, sur cette femme qui se dilue dans ses yeux, sur cette nature qui se d\u00e9robe lorsqu\u2019il la pi\u00e9tine, r\u00e9apprendre le silence, s\u2019associer aux bruits nocturnes, aux vibrations, comprendre c\u2019est accepter une certaine ignorance, toujours laisser bouillonner les questions, croire en l\u2019enfance, se rappeler, souvenir des gestes de protection oubli\u00e9s, rites passifs, se laisser porter dans la nuit, \u00e0 travers les herbes, lentement les pas s\u2019accordent enfin, depuis longtemps les voix se sont tues, leurs bouches entrouvertes ne laissent passer qu\u2019un filet d\u2019air raval\u00e9 par les arbres, tous ces corps en fragments, ces ligaments comme les branches des arbres, ces mains, des ailes d\u2019animaux qui n\u2019existent que dans les r\u00eaves, les silhouettes rassembl\u00e9es en une for\u00eat, toute une mystification derri\u00e8re laquelle il est impossible de percevoir l\u2019homme de la femme, vraiment, c\u2019est une nuit magique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un personnage pr\u00e9sent dans ma t\u00eate existe enfin dans le texte. Voici son monologue qui m\u00e9lange des \u00e9l\u00e9ments de ma L7.Lui qui parle \u00e0 celle qu\u2019il imagine \u00eatre son double, soudain la nature reprend ses droits, dans une voix lyrique qui est la sienne. 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