{"id":46275,"date":"2021-08-15T11:26:30","date_gmt":"2021-08-15T09:26:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=46275"},"modified":"2021-08-16T08:51:30","modified_gmt":"2021-08-16T06:51:30","slug":"p8-ode-a-limpresentable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p8-ode-a-limpresentable\/","title":{"rendered":"#P8-Ode \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9sentable"},"content":{"rendered":"\n<p>Tu avais pleur\u00e9, promis qu\u2019il n\u2019y aurait pas de prochaine fois. Mais elle \u00e9tait rest\u00e9e de marbre, insensible \u00e0 tes suppliques. Quand tu avais trouv\u00e9 l\u2019armoire d\u00e9barrass\u00e9e de ses nippes et le gamin embarqu\u00e9 dans cette \u00e9quip\u00e9e, ton sang n\u2019avait fait qu\u2019un tour. Tes poings avaient cogn\u00e9 la porte de bois, cogn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9br\u00e9cher et laisser tes mains et ton front \u00e9corch\u00e9s. Elle partait \u00e0 cause de tes nerfs. Tu l\u2019aimais mais tu ne te ma\u00eetrisais pas, tu disais. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fanfaronnait, croyait qu\u2019elle y arriverait toute seule. Et toi, tu avais ton orgueil, tu n\u2019allais quand m\u00eame pas lui courir apr\u00e8s. Tu attendais, le regard sombre, la morosit\u00e9 dans la gorge. Tu savais qu\u2019elle n\u2019avait nulle part o\u00f9 aller, personne pour l\u2019aider. Tu n\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre pas parfait, mais au moins, tu gardais le gamin pendant qu\u2019elle travaillait \u00e0 l\u2019H\u00f4tel-Restaurant. Et puis, il y avait ta pension. Tous les mois, tu touchais un peu d\u2019argent pour ce qu\u2019ils t\u2019avaient fait l\u00e0-bas, en Allemagne. Ce n\u2019\u00e9tait pas grand-chose, mais par les temps qui courent, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 quelque chose. N\u2019emp\u00eache que tu t\u2019ennuyais ferme maintenant qu\u2019elle \u00e9tait partie. Les journ\u00e9es \u00e9taient longues, tu tra\u00eenais, payais des tourn\u00e9es \u00e0 des types, depensais ton argent du mois. Il y avait d\u2019autres mecs accoud\u00e9s au comptoir, seuls comme toi, \u00e7a vous rapprochait, la solitude. Et on picolait sec, d\u00e8s le matin, accroch\u00e9 au zinc comme \u00e0 la barre d&rsquo;un navire \u00e0 la destination inconnue. On \u00e9pongeait&nbsp;! disaient-ils dans un rire gras. Pour toi, \u00e7a faisait juste passer le temps. Tu ne pouvais pas rester enferm\u00e9, ce n\u2019\u00e9tait pas la place d\u2019un homme, la maison. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors tu commen\u00e7ais de plus en plus t\u00f4t. Avec la bouteille. Et tu finissais tard. <\/p>\n\n\n\n<p>Le matin, quand ton corps endoloris \u00e9mergeait, une masse \u00e9crasait ta cervelle. Un tournis d\u2019enfer t\u2019emp\u00eachait de tenir debout. L\u2019estomac nou\u00e9 aux entrailles, tanguant et mena\u00e7ant. Pas de souvenir, rien de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 les derni\u00e8res heures, quand tu t\u2019\u00e9tais avachi tout habill\u00e9 sur le fauteuil de l\u2019entr\u00e9e. Alors tu allumais la premi\u00e8re d\u2019une longue litanie de gitanes. Et puis, les copains sont partis, mais le petit vin blanc, il est rest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait revenue. Oh, elle n\u2019\u00e9tait pas all\u00e9e bien loin. Et tu savais comment lui faire passer l\u2019envie de recommencer. Les quatre m\u00f4mes suivants, ils \u00e9taient venus comme \u00e7a. Avec quelques verres dans le nez, tu ne pouvais pas t\u2019en emp\u00eacher, il fallait que tu la sorte et la lui mette dans le cul. Ce n\u2019\u00e9tait pas long et puis, c\u2019\u00e9tait ta femme, bon sang\u00a0! Tu faisais ce que tu pouvais apr\u00e8s tout, ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment de ta faute, cette vie-l\u00e0.  On ne t\u2019avait pas appris grand chose, on t&rsquo;avait jet\u00e9 l\u00e0. On ne t&rsquo;avait pas parl\u00e9, on t\u2019avait taloch\u00e9.\u00a0 Et puis, \u00e7a te rendait fou toutes ces manigances, tu avais ta fiert\u00e9. Pourquoi rentrait-elle si tard de l\u2019H\u00f4tel-Restaurant\u00a0? Est-ce qu\u2019elle copulait l\u00e0-bas\u00a0avec ces nantis de clients\u00a0? Invalide et cocu, voil\u00e0 ce que ces salauds ricanaient dans ton dos. Elle allait voir ce qu\u2019elle allait prendre, de quoi lui rappeler qui commandait sous ton toit. Ce sont les gosses qui pr\u00e9venaient les flics. M\u00eame si tu les mena\u00e7ais, ces sales marmots couraient chez les voisins pour appeler les bleus. En cellule de d\u00e9grisement, tu ruminais ta haine pour ta filiation, ils ne perdaient rien pour attendre, les salauds.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ils \u00e9taient ton alibi. Avec cinq mioches sur les bras, elle ne mouftait plus, elle ne s\u2019en irait plus nulle part. En tous cas, pas avec les trois franc six sous qu\u2019elle gagnait \u00e0 l\u2019H\u00f4tel-Restaurant. Tu la savais coinc\u00e9e, alors tu en profitais un peu. Tu lui faisais payer son arrogance du pass\u00e9. Elle avait perdu de sa superbe maintenant. Tu te demandais m\u00eame ce qui t\u2019avais plu en elle finalement. Mais on ne quittait pas son mari, non. M\u00eame si.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu avais pleur\u00e9, promis qu\u2019il n\u2019y aurait pas de prochaine fois. Mais elle \u00e9tait rest\u00e9e de marbre, insensible \u00e0 tes suppliques. Quand tu avais trouv\u00e9 l\u2019armoire d\u00e9barrass\u00e9e de ses nippes et le gamin embarqu\u00e9 dans cette \u00e9quip\u00e9e, ton sang n\u2019avait fait qu\u2019un tour. 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