{"id":46356,"date":"2021-08-15T14:55:53","date_gmt":"2021-08-15T12:55:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=46356"},"modified":"2021-08-15T14:55:54","modified_gmt":"2021-08-15T12:55:54","slug":"l8-traversee-de-la-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-traversee-de-la-ville\/","title":{"rendered":"L8  &#8211;  travers\u00e9e de la ville"},"content":{"rendered":"\n<p>Le ciel bleu l\u2019accueille, l\u2019air vif du matin la fouette, le parfum des lilas l\u2019enchante, de jardin \u00e0 jardin il accompagnera sa marche dans la petite ville. Une ville connue, inconnue, de toujours, de maintenant, diff\u00e9rente, semblable.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant elle, l\u2019Archev\u00each\u00e9 &#8212; puissance d\u2019autrefois des archev\u00eaques qui battaient monnaie en la ville, puissance disparue &#8212; , son jardin plant\u00e9 de marronniers, de tilleuls, leurs feuilles bruissent au vent l\u00e9ger, \u00e0 leur ombre, des bancs, le bavardage \u2013 presque rien, un murmure \u2013 des r\u00e9sidents de la maison de retraite, tels des l\u00e9zards, ils r\u00e9chauffent au soleil leurs vieux corps qui attendent la fin, ils lui offrent leurs rides, leur fatigue, ils tournent le dos aux statues du square, en bronze le grand po\u00e8te de la ville, son barde, et deux enfants fig\u00e9s pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 en une lecture silencieuse de ses po\u00e8mes, souvenir d\u2019un pass\u00e9 r\u00e9volu, du <em>temps des cerises<\/em>, que Clovis Hugues a chant\u00e9 pour la Commune de Marseille, les vieux les ignorent, tout aussi indiff\u00e9rents au paysage, ils se chauffent au soleil, rien d\u2019autre, leurs regards errent sans la voir au-dessus de la plaine qui se d\u00e9ploie au pied du Roc, le roc de la ville antique, une forteresse, la forteresse de l\u2019If, l\u2019If \u00e9ternel, symbole de vie et de mort, de renaissance et de r\u00e9incarnation, l\u2019if dont les graines \u00e9taient toxiques pour le b\u00e9tail et qui furent arrach\u00e9s par les paysans, anc\u00eatres lointains de ces vieillards qui se chauffent au soleil, dont le regard erre sur la plaine qu\u2019ils ont toute leur vie parcourue, cultiv\u00e9e, et leurs mains calleuses gardent encore aujourd\u2019hui la trace de leurs rudes travaux, la plaine, le massif qui au loin la barre, la Durance qui la traverse, vivante, vibrante, le viaduc qui franchit la rivi\u00e8re et dont les habitants sont fiers, sa courbe \u00e9l\u00e9gante, sa longueur imposante, sa modernit\u00e9 toute de b\u00e9ton, et de part et d\u2019autre, des pr\u00e9s, des bosquets, des troupeaux de moutons, des routes encore luisantes de la pluie de la nuit qui les encerclent en spirales, qui conduisent vers les jardins ouvriers \u2013 ou familiaux ? &#8211; parfaitement entretenus, avec leurs cahutes branlantes, leurs massifs de fleurs, terre labour\u00e9e, premi\u00e8res plantations, on devine des carr\u00e9s de blettes, des rang\u00e9es de poireaux, un \u00e9pouvantail fatigu\u00e9, un tuyau d\u2019arrosage jaune vif qui joue au serpent-python, il serait \u00e0 la recherche d\u2019un terrier, d\u2019une proie \u00e0 avaler.<\/p>\n\n\n\n<p>Si loin de l\u2019agitation des m\u00e9tropoles, dans la paix provinciale, seuls le tintamarre des merles, le ronflement d\u2019un tracteur, les cloches de la cath\u00e9drale se d\u00e9cha\u00eenent&#8230; parcourir les rues anciennes de la bourgade, elles racontent l\u2019histoire du lieu, fa\u00e7ades aux inscriptions ind\u00e9chiffrables, orn\u00e9es de masques, de bonhommes insolites sculpt\u00e9s dans la pierre rose du pays, coiff\u00e9s de toques eccl\u00e9siastiques, portes solides interdisant le regard, cadenass\u00e9es, silence des absents, maisons captives, invite \u00e0 revisiter le pass\u00e9, imaginer des vies, et soudain un parfum de lilas, l\u2019\u00e9clat d\u2019une glycine, une treille de vigne, un murmure de fontaine, des rires d\u2019enfants, et cette envie de lire la ville comme un livre ouvert, de ses murs surgissent une parole, des appels, des cris, un sens appara\u00eet, un mot \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la cath\u00e9drale, sign\u00e9 de Mr le cur\u00e9  :<em>d\u00e9sol\u00e9, nos amis les chiens ne sont pas admis en ce lieu, <\/em>des injonctions :<em> danger de mort, haute tension, s<\/em>ur un pilier : <em>d\u00e9jections canines interdites, <\/em>le montant de l\u2019amende a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e, et une cordiale invite sur la plaque d\u2019un cabinet m\u00e9dical : <em>Besoin d\u2019aide? Sonnez. On vient vous chercher, <\/em>celle-l\u00e0 qui fut grande, maintenant ab\u00eem\u00e9e, illisible, entre ses d\u00e9chirures quelques mots que l\u2019on ne peut d\u00e9chiffrer, qui disent la col\u00e8re qui l\u2019a fait coller au mur, pour un temps fragile et provisoire, pour rendre lisibles-illisibles les d\u00e9chirures de la vie, enfin partout omnipr\u00e9sentes, les recommandations li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie<em>, le masque, les distances, <\/em>du respect, du civisme, la peur, l\u2019incertitude rodent, d\u00e9sir d\u2019insouciance, oublier, r\u00eaver, s\u2019asseoir \u00e0 une terrasse de caf\u00e9, croire aux beaux jours, profiter du soleil qui donne vie \u00e0 la peau, \u00eatre dans l\u2019illusoire plaisir de la vie ensemble, avec Rainer Maria Rilke, murmurer que le temps ne compte pas, alors<\/p>\n\n\n\n<p><em>ne pas calculer, ne pas compter ;<br>m\u00fbrir comme l&rsquo;arbre qui ne presse pas sa s\u00e8ve<br>et qui brave avec confiance les temp\u00eates du printemps,<br>sans craindre qu&rsquo;apr\u00e8s elles ne vienne l&rsquo;\u00e9t\u00e9.<br>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 viendra. Mais il ne vient qu&rsquo;aux patients<br>aussi sereinement tranquilles et ouverts<br>que s&rsquo;ils avaient l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 devant eux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le ciel bleu l\u2019accueille, l\u2019air vif du matin la fouette, le parfum des lilas l\u2019enchante, de jardin \u00e0 jardin il accompagnera sa marche dans la petite ville. Une ville connue, inconnue, de toujours, de maintenant, diff\u00e9rente, semblable. 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