{"id":46401,"date":"2021-08-16T18:33:12","date_gmt":"2021-08-16T16:33:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=46401"},"modified":"2021-08-16T18:33:14","modified_gmt":"2021-08-16T16:33:14","slug":"l8-le-debut-de-la-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-le-debut-de-la-rue\/","title":{"rendered":"#L8 le d\u00e9but de la rue"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"587\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Capture-decran-de-2021-08-16-10-41-14-1024x587.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-46599\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Capture-decran-de-2021-08-16-10-41-14-1024x587.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Capture-decran-de-2021-08-16-10-41-14-420x241.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Capture-decran-de-2021-08-16-10-41-14-768x441.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Capture-decran-de-2021-08-16-10-41-14.png 1250w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>il traverse juste la rue &#8211; seulement \u2013 il avance, dans la vingtaine d\u2019enveloppes des centaines de questionnaires, dans le sac sur le dos sur l\u2019\u00e9paule il avance passe devant l\u2019arabe qui clope \u2013 l\u2019arabe, l\u2019arabe, tout de suite des<em> a priori<\/em> des jugements des pr\u00e9suppos\u00e9s \u00e0 l\u2019emporte pi\u00e8ce \u2013 harki kabyle berb\u00e8re premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, sur le pas de sa porte, le type a quarante ans peut-\u00eatre et boit du caf\u00e9, dans la boutique il n\u2019y a personne et il ne se demande pas pourquoi il faut ouvrir \u00e0 sept du, un dimanche (le dimanche on ouvre \u00e0 sept heures du matin comme tous les jours \u00e7a ne se questionne pas, on ouvre) on ne fera pas de vente avant sept heures et demie au mieux mais qui peut savoir\u00a0? on ouvre \u2013 il passe devant la boulangerie sans s\u2019arr\u00eater &#8211; sauf si ce type l\u00e0 avec son sac\u00a0? un signe de t\u00eate il passe, ah oui il habite par l\u00e0, une chaussure salie, cette d\u00e9marche so\u00fble ext\u00e9nu\u00e9e c\u2019est le type qui marche et rejoint sa chambre, prendre une douche et dormir quelques heures comme si c\u2019\u00e9tait possible avant de repartir \u2013 marcher courb\u00e9 par le poids du sac mais pas des ans \u2013 ici en avan\u00e7ant sur le trottoir, un magasin de rideaux, une agence de voyages, puis un magasin de meubles, il n\u2019y a pas encore cette librairie tenue par un type aux cheveux longs et boucl\u00e9s, lunettes comme il se doit pour un libraire (une affaire entendue, le libraire lit et ses yeux fatiguent \u2013 non, pour la lecture, pour les livres, non pas encore m\u00eame si je crois que c\u2019est dans quelques ann\u00e9es de \u00e7a, deux ou trois, il lira, entre Paris et Calais haut-le-pied une bonne centaine de pages de du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann, avant d\u2019aller voir celui des Guermantes, Swann oui, mais le travail va cesser durant les quelques mois d\u2019arm\u00e9e, l\u2019ann\u00e9e prochaine \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, mais il reprendra ensuite, le m\u00eame chagrin mais avec d\u2019autres gens et dans un autre endroit, \u00e7a se trouvera rue de Richelieu) la librairie qui prendra pour enseigne son num\u00e9ro dans le faubourg, cent quatre-vingt-neuf \u2013 un pied devant l\u2019autre, il y avait une chanson qui faisait <em>un pied devant l\u2019autre,<\/em> il me semble, \u00ab\u00a0<em>la meilleure fa\u00e7on d\u2019marcher\/ c\u2019est encore la n\u00f4tre<\/em>\u00a0\u00bb il avance (le type a \u00e9chapp\u00e9 au scoutisme, dieu merci comme disait sa grand-m\u00e8re, celle de la porte d\u2019Orl\u00e9ans) \u2013 le premi\u00e8re ann\u00e9e en capitale comme il aime le m\u00e9tro il y lit \u00ab<em>\u00a0Aur\u00e9lien\u00a0<\/em>\u00bb puis \u00ab<em>\u00a0Les voyageurs de l\u2019Imp\u00e9riale\u00a0<\/em>\u00bb puis d\u2019autres encore juste pour le prendre \u2013 le m\u00e9tro sortait \u00e0 Dupleix et rentrait \u00e0 Passy &#8211; s\u2019il est sept heures deux, c\u2019est le bout du monde, c\u2019est certain et on l\u2019aura compris, les voyages c\u2019est formidable et \u00e7a forme l\u2019esprit, les lieux, les \u00e2mes, il rentre tranquillement, \u00e0 l\u2019esprit le reste du temps de cette journ\u00e9e, un dimanche un peu comme les autres de cette saison, de tous ces \u00e9t\u00e9s depuis celui de soixante-neuf, o\u00f9 tous les \u00e9t\u00e9s \u2013 on ne part plus, pas encore &#8211; plus maintenant &#8211; on \u00e9conomise, il avance sur le faubourg tout en pensant \u00e0 ces moments d\u2019il y a \u00e0 peine deux mois, Avignon et son festival, la belle \u00e9toile et les rires \u2013 bizarrement (est-ce que c\u2019est vraiment bizarre?) il n\u2019a aucune pens\u00e9e particuli\u00e8re pour celle qu\u2019il aime pourtant, enfin sait-on jamais ce que \u00e7a veut dire, oui, lorsqu\u2019on en est priv\u00e9, ne serait-ce qu\u2019une heure, elle nous manque \u2013 aucune pens\u00e9e <em>je t\u2019ai dans la peau y\u2019a rien \u00e0 faire obstin\u00e9ment tu es l\u00e0 \u2013 <\/em>curieusement non, rien \u2013 rien sur le tressaillement de toute la peau quand on l\u2019aper\u00e7oit enfin, quand on la voit qu\u2019on la serre, rien elle n\u2019est pas dans ces pens\u00e9es, ses pens\u00e9es vont \u00e0 la fatigue, oui, aux douleurs de l\u2019\u00e9paule ou des reins peut-\u00eatre mais sinon, d\u2019elle, rien &#8211; sur sa droite derri\u00e8re le jardinet malingre c\u2019est l\u2019entr\u00e9e de l\u2019h\u00f4pital au loin, dans un renfoncement \u2013 dans quelques ann\u00e9es d\u2019ici il y accompagnera l\u2019un des enqu\u00eateurs bless\u00e9 \u00e0 la main \u00e0 la gare de Lyon, la sortie du m\u00e9tro donne dans la rue laquelle est bord\u00e9e ici par la caserne des pompiers, l\u00e0 par le cr\u00e9matoire de l\u2019h\u00f4pital, l\u00e0 encore par une caserne militaire, des boutiques de marbres et d\u2019effets de tombes, une auto-\u00e9cole le tabac qui fait le coin (mais il ne fume pas), on cherche les urgences, on y entre par le faubourg &#8211; le douze se trouve au loin de la perspective et le sac scie un peu l\u2019\u00e9paule \u2013 bien qu\u2019il le regarde sans le voir, aucune pens\u00e9e non plus pour ce pied gauche, ce moment si singulier o\u00f9 en moins d\u2019un quart de seconde sa vie aurait pu \u00eatre bris\u00e9e, peut-\u00eatre, en tout cas d\u00e9grad\u00e9e, aucune pens\u00e9e pour ces deux tampons de wagons solidaires et reli\u00e9s entre eux par un amas de graisse noir, rien pour ce r\u00e9flexe sans la moindre h\u00e9sitation accroupi entre ces deux voitures \u00f4tant son pied d\u2019un m\u00eame geste retenant sa chaussure au moment o\u00f9 les deux voitures se retrouvaient droites, le bruit des roues sur les aiguillages, le bruit du soufflet qui revient dans sa position normale, celui des deux plaques d\u2019acier marqu\u00e9es de croisillons qui glissent l\u2019une sur l\u2019autre, et ce lacet idiot qui court sur le tour du mocassin pour imiter un filin, un gr\u00e9ement et ce type qui marche, qui porte ses cheveux longs et ne sait pas que cette posture-l\u00e0 (capillaire-libertaire-contemporaine) lui vaudra de se faire jeter (foutre\u00a0?) dehors, dans quelques semaines, apr\u00e8s l\u2019enqu\u00eate raccourcie \u00e9court\u00e9e emp\u00each\u00e9e d\u2019un trans europ-express en provenance de Munich, train qu\u2019il attrapera \u00e0 Saint-Quentin, \u00e0 un arr\u00eat technique, quatre voitures c\u2019est le r\u00eave pour une enqu\u00eate mais une voiture-restaurant dans laquelle se trouvent tous les voyageurs, comment enqu\u00eater, ils boivent et mangent et parlent et rient comment interrompre leur dialecte\u00a0? il rentrera avec trois piteux questionnaires et la cheffe d\u2019\u00e9quipe (\u00e7a ne se mettait pas alors au f\u00e9minin, et d\u2019ailleurs son visage comme sa posture (\u00e0 elle) reviennent ici, cette jeune femme bourrue le brun du cheveu court, les petites cicatrices d\u2019acn\u00e9, gar\u00e7onne au rare sourire) lui fera remarquer que, dans ces conditions, impossible de le faire retravailler, avec ici ce petit sourire satisfait, cette satisfaction lui venant de l\u2019humiliation qu\u2019elle faisait, avec un certain plaisir, subir aux subordonn\u00e9s m\u00e2les et pourvus, qui plus est, d\u2019un cheveu trop long \u2013 f\u00fbt-ce de bonne guerre\u00a0? banale perversion, oui &#8211; les m\u0153urs entrent-elles en ligne de compte dans le travail\u00a0? un(e) autre aurait-il (elle) agi autrement\u00a0? en tous cas il n\u2019en sait rien car pour le moment il marche, passe devant le tabac ferm\u00e9 (pour les vacances), aucunement l\u2019id\u00e9e de passer \u00e0 la boulangerie qui se trouve au loin sur la droite et sur le faubourg, apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e du m\u00e9tro, il longe une esp\u00e8ce de placette, il y a l\u00e0 une fontaine, un jardinet, il s\u2019agit peut-\u00eatre du prolongement de la rue quelques bancs, une statue un buste une t\u00eate quelque chose\u00a0? \u2013 l\u2019officine des fr\u00e8res serruriers qui vendent des boules d\u2019escalier ou des enjoliveurs de serrure, puis celle de ces autres fr\u00e8res qui r\u00e9parent les meubles, restaurent les anciennes gloires, et \u00e7a vous indiquera les produits n\u00e9cessaires, le type marche et pense \u00e0 ceux de sa famille qui vivent dans cette ville, celle de l\u2019esplanade, celui du boulevard, celle de l\u2019h\u00f4tel sur le quai, celui de la place, trois cents m\u00e8tres carr\u00e9s en duplex sur cette place o\u00f9 donne un palace et un minist\u00e8re, des joailliers et des tailleurs sur mesure \u2013 il ne sait rien de ce palace m\u00eame si, un jour dans quelques ann\u00e9es d\u2019ici il y sera pour travailler aux enqu\u00eates dites poubelles qui visent \u00e0 remplacer ces boites \u00e0 couvercles par des conteneurs mobiles sur roues plus facilement manipulables par des machines, tout au monde tend \u00e0 tout m\u00e9caniser, ce credo de ce temps m\u00eame si on avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de \u00ab\u00a0choc p\u00e9trolier\u00a0\u00bb, cr\u00e2ne d\u2019\u0153uf avait postillon\u00e9 dans le poste, restrictions, inflation \u00e0 deux chiffres et tout ce bastringue, la semaine pr\u00e9c\u00e9dente le premier ministre, du haut d\u2019un h\u00f4pital, avait envoy\u00e9 pa\u00eetre ce polytechnicien \u00e0 moiti\u00e9 chauve, \u00e9narque \u00e0 la morgue m\u00e9prisante \u00e0 la particule nobiliaire achet\u00e9e qui se prenait pour un JFK \u00e0 la fran\u00e7aise, tu parles, et il avait nomm\u00e9 \u00e0 la place du type qui aimait la t\u00eate de veau (futur premier magistrat de la capitale) un gros homme patelin (cet hiver-l\u00e0, ou peut-\u00eatre le suivant, ce gros homme-l\u00e0 lancerait une op\u00e9ration dite \u00ab beurre de No\u00ebl\u00a0\u00bb destin\u00e9e \u00e0 pourvoir le pauvre petit peuple de province et d\u2019ailleurs d\u2019une plaquette du pr\u00e9cieux ingr\u00e9dient pour ses agapes) ministre de l\u2019\u00e9conomie qui plus serait \u2013 on s\u2019en fout disait-on, on n\u2019avait pas d\u2019opinion politiquesinon la noire, on cherchait juste \u00e0 exister &#8211; de ce m\u00eame palace, \u00e0 la fin du si\u00e8cle, par cette m\u00eame porte tournante, sortiraient en trombe une ex-princesse et son amoureux d\u2019alors, conduits dans une luxueuse berline vers on ne sait quel avenir, traqu\u00e9s par des photographes en moto, l\u2019imaginaire ou la m\u00e9moire indiquent l\u2019emprise de l\u2019alcool, la vitesse immod\u00e9r\u00e9e pour une presque fuite, la meute qui suit sur la place de la Concorde, \u00e0 la nuit, \u00e0 droite vers les quais, la vitesse et l\u2019accident (la voiture blanche\u2026) \u2013 des images seront \u00e0 vendre alors, la mort en ce tunnel, les milliers de fleurs, plus tard bien plus tard \u2013 ces souvenirs non encore apparus, ces moments qui passent, cette chanson qui fait \u00ab<em>\u00a0\u00e0 Paris\/quand un amour fleurit\/\u00e7a fait pendant des s\u2019maines\/deux c\u0153urs qui se sourient\/tout \u00e7a parce qu\u2019ils s\u2019aiment \/ \u00e0 Paris<\/em>\u00a0\u00bb, sac \u00e0 l\u2019\u00e9paule, toute cette famille pr\u00e9sente encore, vers la porte d\u2019Orl\u00e9ans au cinqui\u00e8me \u00e9tage ascenseur manteau d\u2019astrakan, petite femme qui va au cin\u00e9ma d\u2019Al\u00e9sia ou encore cet oncle qui vit \u00e0 Meudon, le \u00ab\u00a0tu me comprends\u00a0\u00bb dont il \u00e9maille la plupart de ses phrases, cet autre oncle qu\u2019on ne conna\u00eet pas mais dont on sait qu\u2019il joue en cercle du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Op\u00e9ra, rami poker canasta, qu\u2019il paye ses imp\u00f4ts \u00e0 la date dite, ni avant ni apr\u00e8s avec une ponctualit\u00e9 de fonctionnaire, de monarque, d\u2019horloge, rassur\u00e9e et rassise, ces ann\u00e9es-l\u00e0 difficiles et charmantes, changeantes et tumultueuses, bient\u00f4t il se trouvera au carrefour, il y a l\u00e0 peut-\u00eatre huit chemins qui marquent huit coins lesquels, pour sept d\u2019entre eux, sont occup\u00e9s par des caf\u00e9s, le dernier une pharmacie, au coin de l\u2019h\u00f4pital, non il y a aussi une banque, certes, cette \u00e9poque-l\u00e0 o\u00f9, l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, rue des Je\u00fbneurs durant un mois complet dans des cartons de longueurs et d\u2019\u00e9paisseurs diverses il emballait des pantalons toutes tailles et tous coloris, l\u2019usine les fabriquait \u00e0 Ch\u00e2teaubriant, du c\u00f4t\u00e9 de Nantes croit-on savoir, qui pointe vers les m\u00e9moires qu\u2019on \u00e9coutait \u00e0 la radio (ce sont ces fautes d\u2019orthographe-l\u00e0 qui fondent probablement cette envie ou ce besoin d\u2019\u00e9crire), et cet associ\u00e9 brun assezfort de cet oncle blond aux yeux bleus, dr\u00f4le si gentil probablement assez fraudeur ainsi que celui de la place, la fin de ce mois marqu\u00e9 par un repas offert par les deux patrons, dans le passage des Panoramas, aux dix employ\u00e9s, dessert\u00a0: profiteroles au chocolat &#8211; la maison de campagne, la Volvo extra-neuve, mais on oublie tout, cette famille-l\u00e0 m\u00eame si ce No\u00ebl-l\u00e0 ou le suivant, il y aura une f\u00eate \u00e0 laquelle on participera \u2013 dans l\u2019appartement du boulevard parall\u00e8le \u00e0 celui honorant Lannes, on ne pose pas les coudes sur la table, c\u2019est \u00e0 la bouche qu\u2019on porte la fourchette pas l\u2019inverse, on ferme la bouche en mangeant et on est propre sur soi, cette famille-l\u00e0 \u2013 pas le 24 ni le 25, non, mais entre les deux f\u00eates \u2013 dans cette famille-l\u00e0, cruellement atteinte, l\u2019apr\u00e8s-guerre et les obligations, les cadeaux de mariage et les conventions, cette famille-l\u00e0 de cette ob\u00e9dience-l\u00e0, plus ou moins honnie et m\u00e9pris\u00e9e par celle du nord-est de l\u2019autre continent, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la mer, et bien s\u00fbr et \u00e9videmment cette image de ce type en casquette qui souriait dans ce m\u00eame nord-est de l\u2019Europe, devant la cam\u00e9ra, heureux de passer son index sur son cou pour singer le geste qu\u2019il faisait en direction de ces trains qu\u2019on nommait alors transferts et surtout de ceux qui y \u00e9taient entass\u00e9s (ce film-l\u00e0 n\u2019est pas encore r\u00e9alis\u00e9, il viendrait dans quelques ann\u00e9es, il viendrait et le type le verrait, au Balzac, neuf heures d\u2019affil\u00e9e, deux entractes, on sort dans la rue on fume une rothman rouge ou une philip morris dor\u00e9e, seul, l\u00e0 dans cette rue et cette vision-l\u00e0 qui lui expliquera bien des choses) \u2013 cette famille-l\u00e0, celle de son p\u00e8re et celle de sa m\u00e8re, ces gens-l\u00e0, cette noblesse et cette foi, cet aveuglement et cette force dans la croyance en cette nation, ce monde-l\u00e0, qu\u2019on tra\u00eene avec soi, loin derri\u00e8re les pens\u00e9es pr\u00e9sentes mais dont la charge tient et s\u2019amplifie, cette fa\u00e7on de vivre et de marcher &#8211; dans cette rue qui monte face \u00e0 lui, sur la droite, l\u2019immeuble o\u00f9 viendra s\u2019installer cette tante prof de maths \u00e0 qui il empruntera des livres pour les cours qu\u2019il donnera et qui s\u2019en ira volontairement \u2013 cette histoire-l\u00e0, pas encore advenue pas encore \u00e9crite, ces choses-l\u00e0 qui p\u00e8sent plus lourd encore \u2013 encore aujourd\u2019hui tu sais je n\u2019y crois pas, un sac de plastique sur la t\u00eate, non, vraiment le fermer et mourir \u2013 je n\u2019y crois toujours pas \u2013 un mot \u00e9crit \u00e0 son enfant &#8211; passer avancer continuer il va prendre la rue \u00e0 sa gauche, va traverser pour se rendre chez lui, passer devant la vitrine du traiteur (lui en cuisine au fond, un gros homme en tablier dans les blancs dans les gris, torchon \u00e0 carreaux sur l\u2019\u00e9paule et chaleur de friture au front, elle de m\u00eame facture, riante, ronde comme ses lunettes, blouse blanche cheveu fris\u00e9) eux qui ne donnent pas du \u00ab\u00a0m\u00e9m\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e0 la voisine du quatri\u00e8me (sans ascenseur) donc, il rentre chez lui, chez eux, au sept troisi\u00e8me \u00e9tage sac \u00e0 l\u2019\u00e9paule du poids d\u2019un animal mort las rompu moulu mais encore \u00e9veill\u00e9s encore \u00e9veill\u00e9<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Capture-decran-de-2021-08-16-10-45-24-1024x589.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-46741\" width=\"600\" height=\"384\"\/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>il traverse juste la rue &#8211; seulement \u2013 il avance, dans la vingtaine d\u2019enveloppes des centaines de questionnaires, dans le sac sur le dos sur l\u2019\u00e9paule il avance passe devant l\u2019arabe qui clope \u2013 l\u2019arabe, l\u2019arabe, tout de suite des a priori des jugements des pr\u00e9suppos\u00e9s \u00e0 l\u2019emporte pi\u00e8ce \u2013 harki kabyle berb\u00e8re premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, sur le pas de sa <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-le-debut-de-la-rue\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L8 le d\u00e9but de la rue<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":46743,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2678],"tags":[],"class_list":["post-46401","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-8-goux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46401","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/86"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=46401"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46401\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/46743"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=46401"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=46401"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=46401"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}