{"id":46943,"date":"2021-08-21T12:29:00","date_gmt":"2021-08-21T10:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=46943"},"modified":"2021-08-24T07:01:15","modified_gmt":"2021-08-24T05:01:15","slug":"p9-il-faut-la-regarder-comme-limage-trouvee-sur-le-stand-des-quais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p9-il-faut-la-regarder-comme-limage-trouvee-sur-le-stand-des-quais\/","title":{"rendered":"#P9 Il faut la regarder comme l\u2019image trouv\u00e9e sur le stand des quais"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_4689-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-47276\" width=\"379\" height=\"505\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_4689-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_4689-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_4689-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_4689-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_4689-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 379px) 100vw, 379px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">C\u2019est une image extraite d\u2019une cantine de plastique translucide de couleur orange o\u00f9 sont jet\u00e9es en vrac, toutes \u00e9poques confondues, &nbsp;des photographies familiales. C\u2019est un petit tirage, 8cm sur 10cm5, sur un papier mince et mat, dont les valeurs s\u00e9pia d\u00e9notent une \u00e9poque lointaine. C&rsquo;est une photographie de plein air, attrap\u00e9e au vol d\u2019une journ\u00e9e ordinaire: un homme et un enfant sont assis sur une terrasse, on aper\u00e7oit une rambarde de bois sur le bord droit de l\u2019image; l\u2019arri\u00e8re plan \u2014 ses arbres, leurs feuillage, une pelouse\u2014 est pour partie \u00e9vapor\u00e9 par une trop longue exposition \u00e0 la lumi\u00e8re. &nbsp;Le contre jour plonge le visage de l\u2019homme dans l\u2019ombre cependant que les rayons du soleil qui arrivent de sa gauche d\u00e9pose sur l\u2019arr\u00eate de son nez un rehaut en forme de triangle.<br>C\u2019est un homme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es, de carrure sportive&nbsp;; il&nbsp; porte une chemise claire \u00e0 fines rayures imprim\u00e9e (s\u2019agit-il de surpiqures? les valeurs lumi\u00e8res appauvries perdant les d\u00e9tails de l&rsquo;image) et une cravate sombre, noire ou rouge \u2014 se souvenir que les costumes des films tourn\u00e9s en noir et blancs \u00e9taient pens\u00e9s et tout \u00e0 fait organis\u00e9s dans leurs couleurs&nbsp;: de l\u2019incidence d\u2019une valeur couleur sur une valeur lumi\u00e8re.<br>Le buste de l\u2019homme s\u2019incline vers l\u2019avant&nbsp;; l\u2019\u00e9bauche d\u2019un \u00e9lan vers qui le photographie ou le soup\u00e7on d\u2019une impatience&nbsp;? Le dossier qui surplombe l\u2019\u00e9paule droite de l\u2019homme laisse supposer qu\u2019il peut se trouver assis sur un fauteuil \u00e0 bascule et que c\u2019est la culbute du fauteuil qui lui imprime ce mouvement. L\u2019homme tient l\u2019enfant, assis sur sa cuisse gauche, &nbsp;la courbure de son bras recueille le dos de l\u2019enfant et le pr\u00e9serve d\u2019une possible chute, cependant sans tendresse particuli\u00e8re. C\u2019est un enfant, de deux ans tout au plus, il se tient tr\u00e8s droit. Sa &nbsp;bille arch\u00e9typale de gamin (penser &nbsp;au Kid ou a Little Nemo), des joues rebondies, une &nbsp;frange tr\u00e8s courte arrondie par le bomb\u00e9 du front, des yeux \u00e9carquill\u00e9s. Les regards actifs de l\u2019homme et de l\u2019enfant. Leurs l\u00e8vres l\u00e9g\u00e8rement entrouvertes, un mot qui ne sera pas prononc\u00e9 pour l\u2019homme, l\u2019esquisse d\u2019un sourire, pour l\u2019enfant. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Tu les reconnais, tu as vu d\u2019autres photographies&nbsp;; ce doit \u00eatre l\u2019am\u00e9ricain et son fils, oui, &nbsp;tu &nbsp;les reconnais, eux assis sur cette terrasse de la maison de bois. C\u2019est&nbsp;en Floride, ou en Alabama dans l\u2019histoire apocryphe, c\u2019est elle qui prend la photographie, elle la m\u00e8re de l\u2019enfant, B dans l\u2019histoire apocryphe, qui a &nbsp;voyag\u00e9 &nbsp;sur le cargo portant l\u2019enfant \u00e0 l\u2019envers de sa peau, elle qui dessinait les visages; &nbsp;c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 &nbsp;l\u2019enfant est n\u00e9 dix huit mois plus t\u00f4t, on lui a donn\u00e9 le deuxi\u00e8me pr\u00e9nom de son p\u00e8re, \u00e0 la naissance il est circoncis, une pratique courante en Am\u00e9rique ; des ann\u00e9es plus tard quand l\u2019enfant sera revenu en France, quand il sera juste sorti de l\u2019adolescence il portera une \u00e9toile cousue au &nbsp;revers gauche de son v\u00eatement ray\u00e9&nbsp;;&nbsp; tu les reconnais ce doit \u00eatre en juin 1922 ou 1921 &nbsp;en Am\u00e9rique, c\u2019est &nbsp;un p\u00e8re et son fils,&nbsp; ils regardent qui les photographie, ils regardent B.&nbsp;; l\u2019homme veut lui dire quelque chose, il ne sait pas que &nbsp;c\u2019est trop tard&nbsp;;&nbsp; ils la regardent, ce doit \u00eatre un p\u00e8re et son fils, Am\u00e9rique , ce doit \u00eatre elle, la m\u00e8re, &nbsp;Blanche, qui arr\u00eate le temps&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"font-size:18px\">12,5cm\/17,7cm se sont les dimensions hors tout de l\u2019image que tu pioches au hasard. Une bordure cerne le tirage, le blanc du papier disparait sous une teinte gris\u00e2tre&nbsp;et la marge du haut exc\u00e8de d\u2019un demi centim\u00e8tre celle du bas. L\u2019image en elle-m\u00eame, 10,8cm\/16,5cm et d\u2019aspect charbonneux, laisse deviner le portrait en buste d\u2019un guitariste saisit alors qu\u2019il joue. Le visage du musicien disparait dans la &nbsp;fum\u00e9e &nbsp;noire qui obscurcit l\u2019image, on devine ses l\u00e8vres entrouvertes, il semble qu\u2019elles \u00e9mettent un son ( penser aux anges musiciens de Van Eyck dans le polyptyque de Gand o\u00f9 chaque bouche&nbsp;&nbsp; entrouverte d\u00e9signe un son). Seules les mains et la &nbsp;guitare, une guitare acoustique <em>Welson,<\/em> &nbsp;sont assez nettes, le pouce et l\u2019index de la main droite, doigts pinc\u00e9s, tiennent semble-t-il un m\u00e9diator, les doigts de la main gauche se distribuent entre la premi\u00e8re et la troisi\u00e8me cases qui sont de couleur sombres. Au dos de l\u2019image cette date au stylo&nbsp;: 22 12 1971. <br><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\" style=\"font-size:15px\">\u2014 En 22 12 1971 L'Autrichien Kurt Waldheim devient secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies. En 1986, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la fin de son second mandat comme Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Kurt Waldheim se pr\u00e9sente candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence en Autriche. Durant la campagne \u00e9lectorale, un hebdomadaire autrichien d\u00e9voile le pass\u00e9 d'officier nazi de Waldheim. Ce dernier, en poste dans les Balkans durant la Seconde Guerre mondiale, aurait \u00abfait appliquer [...] des instructions nazies ordonnant notamment des d\u00e9portations et des ex\u00e9cutions de civils, selon un rapport du d\u00e9partement am\u00e9ricain de la Justice\u00bb\n\u2014 Cr\u00e9ation de l'organisation non gouvernementale internationale M\u00e9decins sans fronti\u00e8res.<\/pre>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">      <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">Elle t\u2019arrive sur l\u2019\u00e9cran, cette image que tu as faite il y a au moins cinq ans. Trace, elle te revient, fant\u00f4me gris de mains cadr\u00e9es en gros plan. Tu la re\u00e7ois dans son surgissement&nbsp;; devenue \u00e9trang\u00e8re. Image num\u00e9rique immat\u00e9rielle, qui prend la valeur de l\u2019\u00e9cran&nbsp;: re\u00e7oit sa lumi\u00e8re, s\u2019accidente de ses t\u00e2ches. Elle s\u2019accompagne de cette mention&nbsp;: <em>la photo est rat\u00e9e, les mains sont floues, la nettet\u00e9 est sur le pourtour de la manche qui se d\u00e9fait<\/em>. Mains tavel\u00e9es ici floues et adoucies, et nacr\u00e9es par l\u2019absence de nettet\u00e9. C\u2019est une &nbsp;femme sans doute tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e. La main droite repose sur la main gauche. On devine la couche de vernis sur les ongles parfaitement dessin\u00e9s et la femme porte \u00e0 l\u2019annulaire gauche une bague \u00e0 trois anneaux, dont le m\u00e9dian est cercl\u00e9 de pierres. Ce qui intrigue sur le pourtour de la manche droite en tricot, c\u2019est un point clair, une \u00ab&nbsp;Bouloche&nbsp;\u00bb de laine, comme une ponctuation. Grain de rien qui tire \u00e0 lui l\u2019image d\u2019une disparition.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\">C\u2019est au mus\u00e9e mahJ \u00e0 Paris. C\u2019est le 17aout, il est 17h. C\u2019est l\u00e0 que tu les vois. Elle et lui photographi\u00e9s en pied dans un jardin. C&rsquo;est elle, jeune femme brune aux cheveux coup\u00e9s courts dans sa chasuble \u00e0 col marin et sa longue jupe froiss\u00e9e, ses chaussures \u00e0 barrettes claires; ce doit \u00eatre au printemps pour se tenir ainsi au dehors sans manteau dans des v\u00eatements l\u00e9gers; ou bien la jeune femme est sortie dans le jardin juste pour la photographie, on manque toujours de lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. C&rsquo;est lui dans son v\u00eatement de sous officier, k\u00e9pi, veste cintr\u00e9e \u00e0 gros boutons, pantalon l\u00e9g\u00e8rement bouffant sur les &nbsp;bottes \u00e9peronn\u00e9es et il s\u2019appuie sur une \u00e9p\u00e9e. V\u00eatements qui rattachent l\u2019image \u00e0 la Grande guerre. &nbsp;<br>Tu les regardes&nbsp; dans leur cadre, elle et lui. Tu ne lis pas le cartel. Tu reviens au visage de la femme qui se tient mains dans le dos, sur la gauche de l\u2019homme, \u00e0 droite de l\u2019image. C\u2019est la spontan\u00e9it\u00e9 et la contemporan\u00e9it\u00e9 de son visage qui t\u2019atteint. C&rsquo;est un sourire;  la r\u00e9surgence d\u2019un \u00eatre dans un sourire. C\u2019est toutes les jeunesses disparues qui se concentrent dans ce sourire. C&rsquo;est cela qui te rejoint.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\" style=\"font-size:15px\"><strong>En Annexe et en guise de codicille \u2014 de l'incidence de la photographie dans les textes:  Extraits de textes retrouv\u00e9s <\/strong>\n\nNous aimions nous plonger dans les albums que Moune entretenait scrupuleusement. Visages d\u00e9coup\u00e9s dans des revues, portraits de gens qu\u2019elle aurait pu conna\u00eetre \u2014 elle achetait pour quelques centimes des tirages amateurs sur les quais \u2014, photos de nous et de nos proches, tout m\u00e9lang\u00e9, comme pour les fleurs de son balcon, le vrai et le faux, tout ensemble. \n\u00ab C\u2019est moi l\u00e0? Ce n'est pas tr\u00e8s ressemblant. Et l\u00e0?\u00bb \nNous pointions du doigt les images et Moune r\u00e9pondait:  \n\u00ab La m\u00e9moire efface les choses. \u00bb \n<strong>MOUNE nouvelle<\/strong>\n\n\nAvant de partir avec Lise, Ga\u00ebl a regard\u00e9 la photographie aimant\u00e9e sur le frigo et il a dit \u00ab On s\u2019est aim\u00e9 follement, tu sais. \u00bb  Une fois sur deux il le dit. \u00c7a le rassure de le dire. Cette photographie je l\u2019avais prise au bord d\u2019un lac. J\u2019avais install\u00e9 le pied et enclench\u00e9 le retardateur. Le lac et nous. Nous, et le cercle de roseaux. Ga\u00ebl me tient par l\u2019\u00e9paule. Sa main gauche couvre mon \u00e9paule gauche. Il porte encore son alliance, c\u2019est juste apr\u00e8s qu\u2019il l\u2019a perdue. L\u2019or brille autour de son doigt. Le soleil \u00e9blouit ses verres de lunettes, on ne voit pas ses yeux, on voit mes joues couvertes de taches de rousseur et on devine la rondeur de mon ventre. J\u2019attendais Lise, six ou sept mois.\n<strong>LES LUNETTES \u00c0 DOUBLE FOYER nouvelle\n<\/strong>\nElle ne posse\u0301dait d\u2019elle qu\u2019un portrait photographique en pied. Dans une robe noire, les cheveux cerne\u0301s d\u2019un turban, elle se tenait debout sur les marches d\u2019un perron. C\u2019e\u0301tait en Alge\u0301rie, Mariam nai\u0302trait quelques mois plus tard. Sa me\u0300re qui e\u0301tait rentre\u0301e au service de riches proprie\u0301taires, avait e\u0301te\u0301 photographie\u0301e par le mai\u0302tre de maison qui aimait conserver dans des albums des traces de ses employe\u0301s. Les de\u0301tails du visage e\u0301loigne\u0301 de l\u2019objectif se fondaient a\u0300 la lumie\u0300re trop expose\u0301e. Quelques bracelets, un peigne de nacre et cette photographie, voila\u0300 ce qu\u2019il restait a\u0300 Mariam de sa me\u0300re.\n<strong>MARIAM<\/strong> <strong>nouvelle<\/strong>\n\n\u2014 Dans la plaine en France, il photographia des for\u00eats de membres calcin\u00e9s. Il photographia des broussailles de fer constell\u00e9es de chair, reliques anonymes qu\u2019un num\u00e9ro matricule soustrairait au n\u00e9ant. Il planta son tr\u00e9pied dans la bourbe des tranch\u00e9es. Des visages d\u00e9passaient des fosses, paupi\u00e8res gel\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tal de boue, il les enregistra dans son boitier noir. Sous le feu des obus le brouillard \u00e9tait jaune. Les chevaux morts puaient. Il s\u2019enfon\u00e7a dans les galeries. Il les photographia engonc\u00e9s dans le bleu de la laine, lettres ou cartes \u00e0 jouer aux pognes. Certains exhibaient leur chasse miraculeuse, chapelets de rats qu\u2019ils \u00e9tendaient par-dessus leur cloaque. Des dormeurs r\u00eavaient en espalier \u2014 des morts aussi on en voyait debout mais ils ne r\u00eavaient pas. S\u00f8ren les photographia raclant la soupe de leurs gamelles gel\u00e9es, et buvant, et fumant  et se d\u00e9lestant de leur boue. Il les photographia d\u00e9poitraill\u00e9s, d\u00e9fiant le gel, des chants jaillissaient de leurs gueules noires. Sous les feux de fus\u00e9e qui faisaient au ciel une orgie de lumi\u00e8res ; la terre grouillait. Elle s\u2019animait, elle \u00e9tait chair \u2014 grima\u00e7ante, gla\u00e7ante \u2014 elle \u00e9tait l\u2019image de la mort.  \nS\u00f8ren s\u2019engouffra dans les \"camions ambulance\". Il photographia des gisants sans visages et sans p\u00e8res. Il enregistra leurs souvenirs d\u00e9vers\u00e9s dans l\u2019oubli: lettres, portraits, rubans, m\u00e8ches, alliances. Un k\u00e9pi tr\u00e9pan\u00e9, une main sur un drap. \nIl arpenta les d\u00e9combres. Photographia les fosses inond\u00e9es de chaux. Les croix arrach\u00e9es aux lambris des ruines. Et la br\u00fblure des noms, dans la veine du bois. \nIl photographiait, c\u2019\u00e9tait son job. Il photographia lui qu\u2019on avait arrach\u00e9 aux grands arbres d'Am\u00e9rique pour photographier la guerre; lui qui rentrait les yeux grev\u00e9s d\u2019images o\u00f9 le sang \u00e9tait noir. \n\n\u2014 La fille, qui se tient derri\u00e8re la barri\u00e8re de fer dans sa robe de laine, il la photographie. Un jour dans un laboratoire d\u2019Alabama; le visage de la fille remonterait d\u2019une cuve ; la photographie r\u00e9v\u00e8lerait ce visage dont personne n\u2019aurait connu le nom ; longtemps il resterait pendu \u00e0 la corde, l\u00e0 o\u00f9 s\u00e8chent les images. \n\n\u2014 B. observe la photographie accroch\u00e9e sur le mur. Un homme, une femme et trois enfants posent devant une toile repr\u00e9sentant le grand Canyon. La femme aux tresses relev\u00e9es en couronne est plus grande que l\u2019homme qui se tient sur sa gauche, \u00e0 droite de l\u2019image. Lui, un barbu d\u2019une carrure impressionnante, serre contre sa poitrine une hache dont la t\u00eate affut\u00e9e penche vers la femme. Les enfants, deux gar\u00e7ons et une fille, entre quatre et dix ans sont assis sur un banc. Le plus jeune a  dans le regard la d\u00e9termination triste de S. mais il sourit comme l\u2019homme qui doit \u00eatre le p\u00e8re. Comme la s\u0153ur. Comme le fr\u00e8re. Comme la m\u00e8re. Sur la photographie Danish-Red-Skin a 26 ans, un mari et trois enfants. \n<strong>LA TOILE DE BLANCHE  r\u00e9cit<\/strong>\n\n\n\n\n<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une image extraite d\u2019une cantine de plastique translucide de couleur orange o\u00f9 sont jet\u00e9es en vrac, toutes \u00e9poques confondues, &nbsp;des photographies familiales. 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