{"id":47176,"date":"2021-08-19T00:13:06","date_gmt":"2021-08-18T22:13:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=47176"},"modified":"2026-04-25T17:26:46","modified_gmt":"2026-04-25T15:26:46","slug":"le-dytique-cest-fantastique-ou-parmi-la-maladive-exhalaison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-dytique-cest-fantastique-ou-parmi-la-maladive-exhalaison\/","title":{"rendered":"#P8 | La maladive exhalaison ou Le dytique(2)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">(...)\nParmi la maladive exhalaison\nDe parfums lourds et chauds, dont le poison\n\u2014Dahlia, lys, tulipe et renoncule\u2014\nNoyant mes sens, mon \u00e2me et ma raison,\nM\u00eale, dans une immense p\u00e2moison,\nLe Souvenir avec le Cr\u00e9puscule.\n\nPaul Verlaine, Cr\u00e9puscule du soir mystique, <em>Les Po\u00e8mes saturniens<\/em><\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des odeurs \u00e2cres de pierre, d&rsquo;urine et d&rsquo;\u00e9toffes mal lav\u00e9es impr\u00e8gnent les couloirs et les pi\u00e8ces. Des relents de chaud, de rance, d\u2019\u0153uf et de lait caill\u00e9, un remugle acide tel celui d&rsquo;une peau se d\u00e9pose sur les surfaces et se d\u00e9ploie en longs filaments qui moussent et s&rsquo;enchev\u00eatrent. Tu nais dans cette maison au c\u0153ur du village, glisses hors de cette gangue qui t&rsquo;abrite depuis neuf mois, d\u00e9couvres le froid, une lumi\u00e8re sans filtre. Dans le jardin s&rsquo;\u00e9panouissent les poireaux, le cerfeuil, l&rsquo;ail des ours, la rhubarbe et la sarriette. \u00c7a pousse, \u00e7a tire, \u00e7a palpite, \u00e7a se d\u00e9veloppe, \u00e7a suce, \u00e7a bruisse, \u00e7a grouille, \u00e7a crisse dedans la terre grasse, humide et nourrissante. Tes yeux p\u00e9tillent. Tu fais la moue. Tu ne respires pas. Tu n&rsquo;es pas bleu. <em>Une claque.<\/em> Tu peux rester longtemps ainsi&nbsp;: sur tes r\u00e9serves. <em>Une claque \u00e0 nouveau.<\/em> A la troisi\u00e8me claque, tu te d\u00e9cides \u00e0 ouvrir la bouche. Une stridulation, puis une caresse et le premier ris. Deux dents. Tu fourres ta t\u00eate contre un cou. C&rsquo;est chaud et odorant. La m\u00e8re caresse ta peau translucide et molle, tes petites jambes velues, \u00e9trangement repli\u00e9es, et glisse doucement ses doigts entre les renflements de ton dos annel\u00e9. Les fr\u00e8res, la s\u0153ur, combien, on ne sait plus, ne sont pas comme toi. Mais ici, tu sais, celui qui vient au monde, celui qui vient \u00e0 soi, dans l&rsquo;ombre d&rsquo;une chambre ou dans l&rsquo;encadrement d&rsquo;une porte, est toujours accueilli.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>On est la peau que l&rsquo;on habite, on est l&rsquo;\u00e9corce tout autour. Et l&rsquo;on est la peau dans la peau. Glissement de l&rsquo;eau, glissement du temps sur ton corps gigogne, ta vie entre deux eaux, entre deux peaux. Se redresser, marcher, parler. Ta d\u00e9marche imposante, la force de tes cuisses, ta discr\u00e9tion, ta silhouette sombre et calme, tes gestes et ta vigueur. Les ann\u00e9es passent. A voix basse, on te dit sournois.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tr\u00e8s t\u00f4t, tu apprends \u00e0 dessiner. A la mine de plomb et au crayon, tu dessines avec la plus grande pr\u00e9cision la v\u00e9g\u00e9tation autour de toi. Tu restes des heures, assis en ext\u00e9rieur, les cuisses repli\u00e9es les orteils recourb\u00e9s sur le sol, le dos l\u00e9g\u00e8rement bomb\u00e9. Avec une patience infinie tu restitues les lignes, les traits des v\u00e9g\u00e9taux et de tous les \u00eatres qui peuplent le marais. Arborescences, spirales, nervures, p\u00e9tioles, folioles, limbes, stipules, apex aigus, obtus, arrondis, att\u00e9nu\u00e9s, caud\u00e9s, tronqu\u00e9s, cirrheux, vrill\u00e9s, cuspid\u00e9s, feuilles dent\u00e9es, lob\u00e9es, ondul\u00e9es, denticul\u00e9es&#8230; Chaque \u00eatre vivant, \u00e0 chaque \u00e9tape de son d\u00e9veloppement est une r\u00e9p\u00e9tition en miniature de l&rsquo;univers. Tu peins aussi, et tu grattes, frottes, ratures.Tu observes parfois les autres, et tu cherches ce qui tisse, ce qui fait trame, quand toi, tu ne tisses pas, tu racles, tu tractes, tu mords, tu injectes. \u00catre de peau et de contact, tu es sans artefact, ou l&rsquo;artefact est en toi, en elles, ces parties de ton corps dou\u00e9es de leur raison propre, de leur intelligence propre, ces zones de ton corps insensibles \u00e0 l&rsquo;eau, grasses et imperm\u00e9ables telles des couches d&rsquo;argile. Tu envies parfois les b\u00e2tisseurs et la gr\u00e2ce de leur cr\u00e9ation. Pour admirer, tu tiens \u00e0 distance&nbsp;: tu te retiens, parfois, un peu, de d\u00e9vorer. C&rsquo;est un aller retour, un balancement incessant entre le d\u00e9sir de la peau, et le d\u00e9sir de l\u2019\u0153il et de la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L&rsquo;appel de l&rsquo;eau, du temps, de l&rsquo;univers, cette pouss\u00e9e toujours, cette pouss\u00e9e qui vient de l&rsquo;int\u00e9rieur, la faim\u00a0? Le d\u00e9sir\u00a0? Le corps sans cesse demande \u00e0 se d\u00e9ployer. Le tiraillement dans ton dos. Ce jour o\u00f9 la peau s\u00e8che se craqu\u00e8le et laisse entrevoir une zone cartilagineuse et noire, d&rsquo;improbables bourrelets chitineux au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9piderme. \u00c7a pousse de l&rsquo;int\u00e9rieur, \u00e7a pousse vers ailleurs\u00a0: sous la peau les ailes absentes. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le petit jardin, il y a un puits. Dans le trou \u00e7a sent la pierre et l&rsquo;eau, \u00e7a sent parfois le silex. Un frottement peut-\u00eatre et l&rsquo;eau flambe. Tu sais toi que l&rsquo;eau flambe. Secouer le fond du marais. Le m\u00e9thane issu d&rsquo;une d\u00e9composition imparfaite de la mati\u00e8re organique remonte en surface. Les enfants allument un briquet. C&rsquo;est le soir. Ils sont l\u00e0, sur la barque, des enfants, des ingr\u00e9dients dans une recette myst\u00e9rieuse, le d\u00e9but de la cuisson. Tu n&rsquo;aimes pas que l&rsquo;on secoue le fonds du marais. Remuer, divaguer, c&rsquo;est son affaire, c&rsquo;est votre affaire. C&rsquo;est qu&rsquo;il y a un vous\u00a0? Tr\u00e8s t\u00f4t tu peines \u00e0 apprendre ton pr\u00e9nom, tu peines \u00e0 dire \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb. C&rsquo;est qu&rsquo;il y a quelque part un nous qui n&rsquo;a pas de nom. Les enfants s&rsquo;agitent et ricanent, le visage enflamm\u00e9 par la lumi\u00e8re jaune. Tu esp\u00e8res secr\u00e8tement que le feu gagne la barque. Un jour tu r\u00eaves que tu l&rsquo;enduis d&rsquo;essence. Tu imagines de nouveaux feux de la Saint-Jean, odorants et hurleurs comme on n&rsquo;en fait plus maintenant depuis des centaines d&rsquo;ann\u00e9es. Le mouvement et la lumi\u00e8re sur l&rsquo;eau verte. Alors peut-\u00eatre, oui, touiller parfois pour faire respirer le marais touiller et mettre le feu, pour retirer les lentilles d&rsquo;eau, pour retirer tout ce qui \u00e9touffe, tout ce qui ricane et emp\u00eache la lumi\u00e8re de passer. Les rayons du soleil traversent l&rsquo;eau, parcourent les profondeurs et s&rsquo;\u00e9talent sur la douceur de la vase qui lentement se r\u00e9chauffe. Onze heures du matins. L&rsquo;eau ti\u00e9dit. Tu es bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Quelque part, dans un espace qui n&rsquo;existe pas, des silhouettes informes, des filaments s&rsquo;\u00e9tirent \u00e0 la surface de l&rsquo;eau et la recouvrent d&rsquo;une v\u00e9g\u00e9tation dense. Une brume cotonneuse recouvre les marais. Une barque vide fend l&rsquo;eau sans bruit. Plus aucun son dans l&rsquo;air lourd. Quelque part dans un espace qui n&rsquo;existe pas, l&rsquo;\u00e9cho d&rsquo;un vacarme tr\u00e8s ancien, comme des cuivres, un bruit dor\u00e9. Ce matin dans certaines maisons, des \u00e2mes attendent le retour d&rsquo;autres \u00e2mes&#8230; Rentreront-elles&nbsp;? Le matin a des odeurs de fum\u00e9e. \u00c9tait-ce un r\u00eave&nbsp;? L&rsquo;eau est si ti\u00e8de. Tu es si bien.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"678\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/feu-marais-poitevin-1024x678.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-47177\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/feu-marais-poitevin-1024x678.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/feu-marais-poitevin-420x278.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/feu-marais-poitevin-768x509.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/feu-marais-poitevin.jpg 1140w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><a href=\"https:\/\/www.blog-marais-poitevin.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/feu-sur-leau-marais-venise-verte.jpg\"><em>https:\/\/www.blog-marais-poitevin.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/feu-sur-leau-marais-venise-verte.jpg<\/em><\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Souvent tu pars \u00e0 l&rsquo;aventure. Tu disparais. Parfois tu rentres seul. Parfois, ils partent \u00e0 ta recherche. Ils te retrouvent au bord de l&rsquo;eau cach\u00e9 parmi les touffes de roseaux, scrutant les mouvements des herbes, \u00e0 plat ventre ou assis sur les talons, les bras entourant les genoux. Depuis tout petit, tu ne vois pas, tu ne regardes pas, tu scrutes. Toi qui parles si peu, avec une langue \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ou du-dedans, d\u00e9rangeante, pleine de frottements, de bruits de gorge, langue d\u00e9cal\u00e9e, claquant au mauvais en droit, toi qui parles si peu tu scrutes. C&rsquo;est que ce que tu vois, ce que tu pourrais dire, ne s&rsquo;exprime pas en mot. C&rsquo;est que le monde est plein de traces, de transparences et de rais de lumi\u00e8re, plein de lueurs et d&rsquo;odeurs. Les tisseurs chaque jour, chaque nuit sur leur trame, comme tu les admires, comme tu les envies. La nuit tu prends l&rsquo;eau, tu glisses entre les algues, tu barbotes jusqu&rsquo;au matin. Et au matin, tu d\u00e9couvres encore un monde diff\u00e9rent sous la lumi\u00e8re, un monde qu&rsquo;ils ignorent. Tu restes des heures dans le fond de l&rsquo;eau, \u00e0 regarder avec envie l&rsquo;argyron\u00e8te enrouler autour d&rsquo;une bulle un fil t\u00e9nu et solide. Comme tu aimerais qu&rsquo;elle t&rsquo;invite dans ce d\u00f4me de soie blanche. Tous deux, respirer lentement, regarder des heures durant, la lumi\u00e8re traverser la fine couche. Quelle r\u00e9sonance, quels sons dans la subtile coque&nbsp;? Des bruits lourds, sourds et pesants de cath\u00e9drale&nbsp;? Ou est-ce que tout devient feutr\u00e9 lorsque l&rsquo;environnement est tout entier tiss\u00e9 de soie&nbsp;? Tu imagines un r\u00e9seau de conduites, de tiges pour acheminer l&rsquo;air au creux de la bulle et \u00e9viter les incessants allers-retours de ta nouvelle amie. Tu imagines le fond du marais tout rempli de lueurs, et des bulles de toutes les couleurs, et une ville \u00e9trange et carnavalesque.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"825\" height=\"549\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/BULLE-ARCHI.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-47178\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/BULLE-ARCHI.webp 825w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/BULLE-ARCHI-420x279.webp 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/BULLE-ARCHI-768x511.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 825px) 100vw, 825px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">2<em>015 &#8211; pavillon exp\u00e9rimental &#8211; universit\u00e9 de Stuttgart &#8211; \u00e9quipes de l\u2019Institute for Computational Design et de l\u2019Institute of Building Structures and Structural Design.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tes nuits sont courtes et pleines d&rsquo;ivresse, il y a pourtant le r\u00e9veil. D\u00e9sorient\u00e9, tu rentres, tu r\u00e9int\u00e8gres ton corps lvibrant et poisseux. La vie s&rsquo;avance et tu vieillis, et chaque nuit des r\u00eaves toujours plus improbables et des r\u00e9veils qui ressemblent \u00e0 des r\u00eaves. Le tiraillement dans ton dos, les ailes absentes. S&rsquo;efforcer\u00a0: jusqu&rsquo;o\u00f9, jusqu&rsquo;\u00e0 quand\u00a0?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu dors sur le ventre, sur le sol dur. Les cuisses \u00e9cart\u00e9es, les bras pli\u00e9s. Elle caresse ton dos. C&rsquo;est un matin d&rsquo;automne. Tu ne te souviens pas. Elle est ici depuis la veille&nbsp;? Tu ne te souviens pas de la derni\u00e8re fois. Tes muscles se tendent. Le corps, lui, se souvient. Elle se redresse. Elle fait mine de vouloir te tourner sur le dos. Tu lui saisis le poignet. Tu la plaques sur le ventre. Tes jambes se collent aux siennes, tes bras contre son torse l&rsquo;immobilisent. Elle s&rsquo;agite. Tu tiens bon. Tu tiens. Tu tiens. Les heures passent. Tu n&rsquo;as pas froid. La lumi\u00e8re change. Un \u00e9tang proche. Des h\u00eatres, des bouleaux autour de toi. Les feuilles, parfois, tombent. Elle crie un peu. Elle g\u00e9mit. Elle est silencieuse. Il y a&nbsp;: la pulsation de son c\u0153ur et du sang dans ses veines. Sa peau est fine. Tu t&rsquo;accroches. Tu as faim. Si fine. Une chouette hulule. Ses yeux sont jaunes et attentifs, interrogateurs aussi, et son cou mobile, tant\u00f4t rentr\u00e9 dans le plumage, tant\u00f4t pivotant. L&rsquo;animal nocturne, est l\u00e0, immobile sur une branche, toujours \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt, l\u2019\u0153il per\u00e7ant captant tous les mouvements, l\u2019\u0153il curieux regardant tout, ne regardant rien, pr\u00e9sent en tout, un peu absent, non pr\u00e9sent, infiniment pr\u00e9sent. Une curiosit\u00e9 comme la tienne&nbsp;: vorace. Tu te dis, il faudra lui apprendre \u00e0 inciser les plantes, trouver un lieu prot\u00e9g\u00e9, y laisser germer, nicher sa prog\u00e9niture, de petits corps translucides, fragiles et agit\u00e9s. Tu aimerais lui apprendre. Ta t\u00eate oscille. Tu humes l&rsquo;air. Le frottement de tes coudes fait saigner la peau tendre de ses c\u00f4tes. Les heures passent. La nuit tombe sur l&rsquo;\u00e9tang. Tu restes immobile. Son pouls se ralentit. Parfois, elle dort. Tu restes l\u00e0. Sous toi, le pouls toujours plus lent.. Le soleil r\u00e9chauffe ton dos. Les heures s&rsquo;\u00e9coulent. La t\u00eate dans ses cheveux, la ti\u00e9deur de la terre, la ti\u00e9deur de son dos. Le monde est couvert de traces, empli de signes, le monde est un banquet, de peau, d&rsquo;odeurs, de jus. La chaleur irradie de ton dos jusqu&rsquo;au bas de ton abdomen, ou en de lents va et vient tu poursuis ton \u0153uvre, infinie, patiente, m\u00e9ticuleuse, appliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"707\" height=\"537\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/larve-dytique2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-47180\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/larve-dytique2.png 707w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/larve-dytique2-420x319.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 707px) 100vw, 707px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le corps se souvient et les peaux se confondent, le derme et la chitine, deux mondes non miscibles aux fronti\u00e8res mouvantes. Dans chaque acte, dans chaque geste r\u00e9p\u00e9ter, la grande histoire de l&rsquo;univers. Il n&rsquo;y a pas de prog\u00e9niture et les tiges des iris d&rsquo;eau restent orphelines de tes fils, orphelines de tes filles. <em>La femme s\u2019agite. Tu la mords \u00e0 la nuque. Un corps s\u2019enfonce dans l\u2019eau lourde et grasse. <\/em><\/em><em><em>La brume recouvre les marais. <\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ici on accueille celui qui se pr\u00e9sente \u00e0 la porte et celui qui vient au monde. Les fr\u00e8res, les s\u0153urs, combien d\u00e9j\u00e0, parfois ne rentrent pas. La m\u00e8re s&rsquo;\u00e9teint un matin. Le p\u00e8re dispara\u00eet. L&rsquo;odeur de peau s&rsquo;att\u00e9nue dans les pi\u00e8ces remplac\u00e9e par l&rsquo;odeur animale de tes deux chiens. Tu entretiens difficilement le potager. D\u00e9truire ou cr\u00e9er. Dissoudre ou fonder. Les profondeurs du marais te hantent, une ville illumin\u00e9e entrevue une nuit, des bulles d&rsquo;air color\u00e9es travers\u00e9es de lumi\u00e8re ainsi qu&rsquo;une nu\u00e9e de lampions, les coques de phryganes toutes d&rsquo;or et de pierres pr\u00e9cieuses reposant telles des s\u00e9pulcres, des corps chim\u00e8res, mi peau mi cartilage, des insectes volants aux ailes d\u00e9ploy\u00e9es marchant au fond de l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"438\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/Hubert-Duprat.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-47181\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><a href=\"http:\/\/katia-jattends.blogspot.com\/2015\/07\/fabrique-et-prodiges-hubert-duprat-at.html\">Fabrique et Prodiges. Hubert Duprat at Play with Nature<\/a> &#8211; photo F. Gousset<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un soir, la veille, ils d\u00e9clenchent l&rsquo;accouchement. Vous naissez. De lui ne reste que des r\u00e9sidus liquides. Il na\u00eet sans visage, il na\u00eet peau \u00e0 peine. Tu souris, ta bouche d\u00e9gueule un dangereux liquide blanc qui s\u2019\u00e9coulant vient br\u00fbler la peau de ta m\u00e8re et qu\u2019elle essuie en grima\u00e7ant. La m\u00e8re voit la peau \u00e9vid\u00e9e. La m\u00e8re comprend, la m\u00e8re accepte. C\u2019est qu\u2019ici tu sais, on accueille, on s\u2019efforce, on ne pose pas de question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><em>On est la peau que l\u2019on habite, et chaque jour tu crois la quitter pour une autre. Entre les deux, entre le ventre mou et la carapace, entre la terre et l\u2019eau, dans les interstices, les anfractuosit\u00e9s, le monde du dessous, un monde qui porte, un monde qui p\u00e8se, un monde qui r\u00e2pe. Cette nuit-l\u00e0 tu t\u2019enfonces dans les marais. Dans chaque seconde, chaque forme, chaque souvenir, le monde entier se rejoue.<\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"730\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/800px-Haeckel_Chaetopoda-730x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-47287\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/800px-Haeckel_Chaetopoda-730x1024.jpg 730w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/800px-Haeckel_Chaetopoda-299x420.jpg 299w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/800px-Haeckel_Chaetopoda-768x1077.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/800px-Haeckel_Chaetopoda.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 730px) 100vw, 730px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Chaetopoda &#8211; Ernst Haeckel, <em>die Kunstformen der Natur<\/em>, 1904 <\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Parmi la maladive exhalaison De parfums lourds et chauds, dont le poison \u2014Dahlia, lys, tulipe et renoncule\u2014 Noyant mes sens, mon \u00e2me et ma raison, M\u00eale, dans une immense p\u00e2moison, Le Souvenir avec le Cr\u00e9puscule. Paul Verlaine, Cr\u00e9puscule du soir mystique, Les Po\u00e8mes saturniens Des odeurs \u00e2cres de pierre, d&rsquo;urine et d&rsquo;\u00e9toffes mal lav\u00e9es impr\u00e8gnent les couloirs et les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-dytique-cest-fantastique-ou-parmi-la-maladive-exhalaison\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P8 | La maladive exhalaison ou Le dytique(2)<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":47287,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2677],"tags":[],"class_list":["post-47176","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-8-juliet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47176","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47176"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47176\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":208320,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47176\/revisions\/208320"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47287"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47176"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47176"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47176"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}