{"id":47405,"date":"2021-08-20T12:32:36","date_gmt":"2021-08-20T10:32:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=47405"},"modified":"2021-08-20T12:32:37","modified_gmt":"2021-08-20T10:32:37","slug":"l9-sans-titre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-sans-titre\/","title":{"rendered":"#L9 Sans titre"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019aime encore r\u00eaver que l\u2019on peut arriver \u00e0 la maison par le chemin. Comme \u00e0 chacun de nos retours. <em>La Viass\u00e0<\/em> \u2013 C\u2019est de ce mot patois qu\u2019elle a toujours d\u00e9sign\u00e9e \u2013 quelque chose comme la mauvaise voie, au sens de voie grossi\u00e8re, un mot p\u00e9joratif o\u00f9 de gros cailloux glissants s\u2019accumulent. Impossible de mieux le traduire. On trouve encore de ces sortes de dallage de pierres dans les chemins de montagne, sur d\u2019anciennes voies romaines\u00a0: pavage rustique dans lequel il y a des manques. On s\u2019y tord volontiers les pieds et il est toujours dans la pente.\u00a0C\u2019est le lieu o\u00f9 le patois remonte \u00e0 nos l\u00e8vres. Langue brutale des anc\u00eatres et de l\u2019enfance. Langue de l\u2019\u00e9t\u00e9 partag\u00e9e avec les arri\u00e8res-arri\u00e8res-grands-m\u00e8res. Langue et lieux du c\u0153ur.\u00a0<em>I na peuss\u2019 pi\u00a0! I sou tr\u00ebp\u2019 stanca\u00a0! Am\u2019 manqua \u00ebl fi\u00e0\u2026<\/em>\u00a0disaient elles, arriv\u00e9es au pied de la colline. Et c\u2019est en bas de ce chemin que l\u2019\u00e9t\u00e9 a toujours commenc\u00e9. On entre sous son tunnel d\u2019arbres, berceau \u00e0 l\u2019envers, \u00e0 l\u2019ombre de ses dentelles mouvantes. Les pas r\u00e9veillent un \u00e9cho assez mou de terre humide et noire entre les cailloux lisses o\u00f9 la couleuvre, parfois, s\u2019entortille mais, surtout, une odeur de cave s\u2019y l\u00e8ve avec celle du foin coup\u00e9 dans les pr\u00e8s tout autour. Sous les aulnes et les fr\u00eanes, des insectes s\u2019affolent dans les trou\u00e9es de lumi\u00e8re. Arriv\u00e9e en haut, l\u00e0 o\u00f9 s\u2019ouvre l\u2019esplanade, apparait enfin la maison brutale et blanche.<\/p>\n\n\n\n<p>Mortes&nbsp; &#8211;&nbsp; les mains &#8211; tomb\u00e9es&nbsp; &#8211;&nbsp; b\u00e9ton sur les genoux&nbsp; &#8211;&nbsp; devant les yeux&nbsp; pas de couleur&nbsp; &#8211;&nbsp; dans la bouche du coton sec&nbsp; &#8211;&nbsp; \u00e0 avaler&nbsp; &#8211;&nbsp; le son&nbsp; &#8211;&nbsp; entendre&nbsp; \u2013&nbsp; reconnaitre \u2013&nbsp; le sang \u00e9perdu dans les oreilles&nbsp; &#8211; jusqu\u2019\u00e0 venir battre aux tempes &nbsp; &#8211;&nbsp; le torse&nbsp; &#8211;&nbsp; r\u00e9sonner&nbsp; \u2013&nbsp; en ondes&nbsp; \u2013 &nbsp; petits cercles de plus en plus grands&nbsp; &#8211;&nbsp; se lever \u2013&nbsp; se tenir debout&nbsp; &#8211;&nbsp; marcher&nbsp; &#8211; droite&nbsp; \u2013&nbsp; douleur&nbsp; \u00e0 l\u2019instant&nbsp; \u2013&nbsp; poignard faible&nbsp; \u2013&nbsp; gauche&nbsp; \u2013&nbsp; couteau \u00e9mouss\u00e9&nbsp; \u2013&nbsp; plant\u00e9&nbsp; &#8211; &nbsp; poignarde la cuisse&nbsp; &#8211;&nbsp; et les bras&nbsp; \u2013 &nbsp; soldats &nbsp; \u2013 &nbsp; droite&nbsp; \u2013&nbsp; et gauche&nbsp; \u2013&nbsp; porter&nbsp; \u2013&nbsp; sa t\u00eate&nbsp; &#8211;&nbsp; son corps&nbsp; &#8211;&nbsp; organes durcis&nbsp; &#8211;&nbsp; \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une enveloppe flasque &nbsp; \u2013 &nbsp; un feu&nbsp; descendu au&nbsp; ventre &nbsp; &#8211;&nbsp; et qui tape et qui tape &nbsp; \u2013&nbsp; d\u00e9ferle&nbsp; &#8211;&nbsp; \u00e9cume&nbsp; \u2013&nbsp; ressac&nbsp; &nbsp; \u2013 &nbsp; noyau riche&nbsp; \u2013 &nbsp; rouge orang\u00e9&nbsp; \u2013&nbsp; une boule remonte&nbsp; \u2013&nbsp; roule vers la gorge&nbsp; &#8211;&nbsp; les l\u00e8vres maintenant &nbsp; \u2013 &nbsp; chaleur coulant dans le dos entre les reins rien qu\u2019une goutte&nbsp; &nbsp; \u2013&nbsp; en stalactite de glace &nbsp; \u2013&nbsp; tremblante&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Afflux de sang sauvage et neuf cogne aux tempes derri\u00e8re un galop de sabots&nbsp; &#8211;&nbsp; pi\u00e9tinements innombrables perdus dans l\u2019immensit\u00e9 d\u2019une terre dure et s\u00e8che&nbsp; &#8211;&nbsp; vertige \u00e0 traverser \u00e0 toute allure des tessons de lumi\u00e8re coupante violente et vibrante &#8211;&nbsp; des cercles de feu rouge orang\u00e9&nbsp; devant les yeux&nbsp; &#8211;&nbsp; couteau \u00e9mouss\u00e9 d\u2019un cri plant\u00e9 de travers fouillant le cr\u00e2ne&nbsp; \u2013&nbsp; avec l\u2019\u00e9blouissement d\u2019un \u00e9t\u00e9 cr\u00e9pitant de moucherons frivoles et t\u00eatus sous un soleil serti de fulgurants halos blancs retentissant&nbsp; &#8211;&nbsp; tape et d\u00e9ferle&nbsp; &#8211;&nbsp; pr\u00e9cipit\u00e9 de bulles pr\u00e9cises&nbsp; &#8211;&nbsp; champagne&nbsp; dessinant jusqu\u2019au bout&nbsp; &#8211;&nbsp; un corps&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le vrombissement des mouches, ils l\u2019avaient presque oubli\u00e9, le velours aga\u00e7ant de leurs pattes courant sur leurs bras, sur leurs joues, \u00e0 la recherche du sel de la sueur de leurs commissures, et qu\u2019ils chassent tous les quatre des m\u00eames gestes se r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 intervalles plus ou moins r\u00e9guliers. Les stridences des grillons semblent accentuer encore le bleu du ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>Buvards de nos pleurs, de toutes les larmes de nos corps, il boira aussi bien l\u2019encre de la plume, du stylo qui fuit, la peinture et le sang de nos blessures, la morve de nos rhumes, la sueur de nos courses, et nos mains de salet\u00e9s vite torch\u00e9es, mouch\u00e9es puis cach\u00e9es, tass\u00e9es au fond de la poche, oubli\u00e9es.\u00a0Ange d\u00e9chu.\u00a0Qui a un mouchoir\u00a0? \u00a0Et \u00e0 combien de jeux aura-t-il servi\u00a0? Combien de fois \u00e0 le trainer, \u00e0 faire le tour des enfants assis en rond \u00e0 le laisser tomber derri\u00e8re un dos pour s\u2019enfuir avant d\u2019\u00eatre rattrap\u00e9e\u00a0?\u00a0Combien de masques d\u2019enfants cow-boys, de mouchoirs drapeaux blancs toujours blanc pour dire pouce, nou\u00e9s \u00e0 une baguette\u00a0? Combien de pansements autour d\u2019un genou \u00e9corch\u00e9, de garrots\u00a0approximatifs pour ensuite claudiquer, incertain h\u00e9ros bless\u00e9 qui dure encore un peu, et dont la mort, la fin du jeu, ainsi report\u00e9es, retard\u00e9es?\u00a0Et combien de chapeaux, avec des n\u0153uds aux quatre coins pour tenir sur la t\u00eate\u00a0les jours de lumi\u00e8re trop blanche ?Combien de secrets contenus dans ses n\u0153uds\u00a0? Combien de petits sous\u00a0?\u00a0Mon arri\u00e8re-arri\u00e8re\u2013grand-m\u00e8re se servait de son mouchoir comme d\u2019un porte-monnaie menu, d\u2019un coin nou\u00e9 sur trois sous. Et si cette blancheur r\u00e9volte contre toutes nos noirceurs int\u00e9rieures. Nos biles, nos crachats, absorb\u00e9s. Cach\u00e9s. Au dehors, la lumi\u00e8re l\u2019irradie, fleur \u00e0 peine fl\u00e9trie, dans le creux d\u2019une main, contre un front blanc. Il passe, essuie, \u00e9ponge, boit.\u00a0On ne voit rien. Il garde tout. La tache, le trouble.\u00a0 Ses r\u00e9coltes. Nos r\u00e9voltes.<\/p>\n\n\n\n<p>La courte frange du pr\u00e9 est encore raccourcie par la perspective et les plus hautes herbes attrapent la lumi\u00e8re, ondulent en une houle l\u00e9g\u00e8re. La brise traversant les \u00e9pis des dactyles les emm\u00eale aux violets des luzernes, aux feuilles des bromes, secoue doucement les fleurs blanches des tr\u00e8fles, les lotiers jaunes d\u00e9j\u00e0 couch\u00e9s. Le regard, en montant, rencontre des buissons aux pieds desquels se recroquevillent d\u2019anciens rameaux s\u00e9ch\u00e9s, diverses \u00e9corces, des coquilles d\u2019escargot, des entassements clairs de p\u00e9tales morts d\u2019un cerisier, un puzzle de minuscules d\u00e9bris d\u2019\u0153ufs d\u2019oiseaux encore l\u00e9g\u00e8rement teint\u00e9s de bleu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un examen rapproch\u00e9 et plus approfondi y d\u00e9couvrirait un bouton de nacre us\u00e9 et sale sous des brindilles jaunies, \u00e9parpill\u00e9es comme un jeu de mikado, de petites mottes de terre dure coiff\u00e9es d\u2019une pelouse miniature sur laquelle se sont amass\u00e9s&nbsp;: miettes, poils, filaments t\u00e9nus de v\u00e9g\u00e9taux, un minuscule bout d\u2019\u00e9toffe effiloch\u00e9e et sans couleur, des poussi\u00e8res, scories de noyaux, p\u00e9pins, des grains jaunes et noirs de divers pollens, avec, tout autour, des galets blancs, gris vein\u00e9s de blanc ou d\u2019un noir uniforme et luisant, des insectes vivants ou morts, des ailes cass\u00e9es, \u00e9br\u00e9ch\u00e9es, de libellules, de mouches ou de bourdons. Dans de petites cavit\u00e9s naturelles ou l\u2019empreinte mise \u00e0 jour d\u2019un caillou que le passage d\u2019un animal a d\u00e9plac\u00e9, des trous dans la terre lisse, puis une dent, quelques plumes, un long cheveu blond et brillant accroch\u00e9 tout vibrant \u00e0 une courte \u00e9pine, le duvet gris frissonnant d\u2019oisillons pr\u00e8s d\u2019un nid tomb\u00e9 d\u2019un arbre et qui porte encore la rondeur parfaite de son berceau, des petits os blanchis, une griffe, des fourmis noires, le bras droit minuscule d\u2019une poup\u00e9e en plastique \u2014 ses ongles peints d\u2019un unique trait maladroit de vernis rose \u2014 l\u2019assiette d\u2019une dinette d\u2019\u00e9mail bleu macul\u00e9e de terre, \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9e dans l\u2019herbe courte sous la souche d\u2019un fr\u00eane. Tout pr\u00e8s, de longues ronces rampent hors du sous-bois, vers la lumi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle observe et lit absolument tout ce qui passe devant ses yeux.\u00a0Ainsi le livre de la cocotte-minute, avec sa couverture cartonn\u00e9e divis\u00e9e en cinq rectangles de teintes diff\u00e9rentes, contenant chacun un portrait en buste : Une jeune femme \u00e0 cheveux courts sur un fond framboise. V\u00eatue d\u2019un corsage jaune p\u00e2le, au col largement ouvert et d\u2019une jupe (ou un tablier) bleue, sa t\u00eate est l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9, elle semble attendre le verdict \u2014 bienveillant \u2014 de ses convives. Tr\u00e8s certainement, elle vient de quitter les pr\u00e9paratifs qui la retenait en cuisine, car elle tient encore une cuill\u00e8re en bois \u00e0 la main. Au-dessous d\u2019elle et en l\u00e9ger d\u00e9calage, sur fond de couleur orang\u00e9, une femme visiblement plus ag\u00e9e \u2014 bien qu\u2019elle n\u2019ait pas les cheveux blancs \u2014 est v\u00eatue d\u2019une robe noire \u00e0 manches longues, qu\u2019un tablier blanc prot\u00e8ge. Les deux bras repli\u00e9s, elle a r\u00e9uni ses mains sur sa poitrine et, tout comme la femme \u00e0 l\u2019allure plus jeune au-dessus d\u2019elle, elle semble souhaiter ardemment l\u2019approbation d\u2019une assembl\u00e9e familiale r\u00e9unie mais invisible. Sur la partie gauche de la couverture, un homme est l\u00e0, sur fond gris, les cheveux noirs r\u00e9partis sagement de part et d\u2019autre de son visage glabre et souriant, il a retrouss\u00e9 les manches de sa chemise bleu ciel et, sans avoir pris le temps de d\u00e9nouer sa cravate noire, il a pass\u00e9 un tabler de cuisine rose autour de sa taille et, de sa main gauche,\u00a0 brandit une cuiller en bois. Sa mimique, bouche un peu pinc\u00e9e, semble vouloir prendre \u00e0 t\u00e9moin son entourage : il va agir en cuisine !\u00a0 pr\u00e8s de lui, plus bas sur la page, deux portraits d\u2019enfants : une fillette \u00e0 longues nattes brunes retenues par plusieurs tours d\u2019\u00e9lastiques jaune citron, tient une assiette et porte de sa main gauche une cuiller en bois vers sa bouche souriante \u2014 cuiller en bois qui semble avoir d\u00e9j\u00e0 servi aux deux autres protagonistes (le p\u00e8re et la m\u00e8re, sans doute ?) ainsi qu\u2019un t\u00e9moin pass\u00e9 d\u2019image en image\u2014\u00a0 et se d\u00e9tachant sur un fond bleu roi, un gar\u00e7onnet hilare, une serviette \u00e0 carreaux vert et blanc nou\u00e9e autour du cou, l\u2019index droit \u00e0 sa bouche \u2014 vient-il secr\u00e8tement de gouter \u00e0 la pr\u00e9paration ? En tous cas son air espi\u00e8gle le sugg\u00e8re \u2014 compl\u00e8tent la couverture du livre et sont r\u00e9partis autour d\u2019un dernier rectangle plus grand que les autres, occupant le centre de la composition :\u00a0 sur un jaune citron apparait le fameux super ustensile, produit de l\u2019art industriel, qui semble vouloir illuminer les gestes quotidiens n\u00e9cessaires \u00e0 la pr\u00e9paration des repas, n\u00e9cessaires \u00e0 la satisfaction d\u2019un besoin essentiel qui est de se nourrir. La cuisine n\u2019est pas encore envahie de technologie et on se laisse subjuguer par la nouveaut\u00e9, m\u00eame si le mode de cuisson n\u2019est pas si r\u00e9volutionnaire que \u00e7a, puisque c\u2019est toujours par le feu de bois qu\u2019on la porte \u00e0 \u00e9bullition mais, ce que montrent ces images, c\u2019est combien ces machines rendent attrayant le quotidien de la m\u00e9nag\u00e8re \u00e0 sa cuisine, lieu d\u2019un plaisir essentiel, celui du bien manger qui r\u00e9unit \u00e0 la fois la famille autour de c\u00e9l\u00e9brations et\/ou les amis. Par l\u2019image le progr\u00e8s \u00e9tait rendu possible, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 un kilowatt, ou presque, suffisait aux besoins en \u00e9lectricit\u00e9 de la famille. Ces images color\u00e9es, ces photos, o\u00f9 les poses des personnages \u00e9taient savamment \u00e9tudi\u00e9es et soign\u00e9es, se situaient en marge de la vie r\u00e9elle et pourtant elles mettaient en \u0153uvre des personnages bien r\u00e9els et identifi\u00e9s : le p\u00e8re, la m\u00e8re, les enfants. Une famille \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les affiches de publicit\u00e9 elle les d\u00e9vore aussi, avec l\u2019envie de s\u2019y trouver plong\u00e9e dans ce monde dessin\u00e9, parfait, sans ombres dans les aplats de couleurs intenses&nbsp; \u2014 le bleu roi de l\u2019homme aux bras crois\u00e9s et qui sourit, l\u2019air heureux, cigarette fumante aux l\u00e8vres. On le croirait contemplant un paysage et tout \u00e0 fait satisfait de la vue qui s\u2019offre \u00e0 lui, depuis la fen\u00eatre o\u00f9 il est accoud\u00e9, panorama invisible pour celle qui regarde l\u2019affiche, comme une sc\u00e8ne en plein ciel, avec seulement quelques jolis nuages au-dessous du personnage. La fen\u00eatre est encadr\u00e9e de deux volets largement ouverts constitu\u00e9s de fines cigarettes blanches empil\u00e9es et celle que le personnage est en train de fumer, retenue serr\u00e9e entre les l\u00e8vres pinc\u00e9es \u2014 la bouche repr\u00e9sent\u00e9e d\u2019un simple trait rouge \u2014 se consume en un mince filet blanc montant l\u00e9ger jusqu\u2019\u00e0 former une aur\u00e9ole bleue au-dessus de la t\u00eate de l\u2019homme. Ses cheveux bruns sont \u00e9clair\u00e9s, c\u00f4t\u00e9 gauche, par la couleur jaune des larges lettres formant \u00ab&nbsp;Disque Bleu&nbsp;\u00bb, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une enseigne lumineuse ou l\u2019\u00e9clairage d\u2019un soleil couchant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque semaine un employ\u00e9 vient poser une nouvelle affiche sur la paroi de planches de la vieille grange. Elle l\u2019observe \u00e9taler la colle en longs badigeons \u00e0 l\u2019aide d\u2019un balai plong\u00e9 auparavant dans un seau et en couvrir toute la surface des planches.\u00a0 Enfin, avec pr\u00e9cision et l\u2019aisance d\u00fbe \u00e0 l\u2019habitude, l\u2019affiche \u00e9tant maintenue bien droite, du bout du balai, puis liss\u00e9e sur toute l\u2019\u00e9tendue, pour apparaitre enfin d\u00e9ploy\u00e9e : le dessin se d\u00e9plie, les chatoyantes couleurs vives s\u2019\u00e9talent avec, par-dessus, des lettres formant des mots noirs sur ce fond color\u00e9, comme un monde en recomposition, un bourgeon fl\u00e9tri d\u2019abord, qui se d\u00e9couvrirait, s\u2019ouvrirait, sous ses yeux d\u2019enfant \u2014\u00a0 il lui \u00e9tait demand\u00e9 de veiller \u00e0 ce que personne ne vienne d\u00e9chirer l\u2019affiche et, chaque jour, elle la consid\u00e9rait, de plus en plus us\u00e9e \u00e0 mesure que les jours passaient, les couleurs perdant de leur intensit\u00e9 en raison de la lumi\u00e8re trop vive du soleil de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 ou de la pluie qui finissait par recourber les coins superpos\u00e9s de l\u2019empilement coll\u00e9 des r\u00e9clames.\u00a0Mais, gr\u00e2ce \u00e0 elles, se succ\u00e9dant, se diversifiant chaque semaine, elle a pu d\u00e9chiffr\u00e9 son tout premier mot : \u00ab\u00a0PHILIPS\u00a0\u00bb, seule, elle l\u2019a prononc\u00e9 tout haut, pour le faire vivre croyant lire le pr\u00e9nom Philippe. Sa m\u00e8re l\u2019encourageant, lui avait appris qu\u2019il s\u2019agissait-l\u00e0, non du pr\u00e9nom d\u2019une personne mais d\u2019une marque et qu\u2019il fallait en prononcer toutes les lettres, ce qui donnait <em>filipse<\/em>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019aime encore r\u00eaver que l\u2019on peut arriver \u00e0 la maison par le chemin. Comme \u00e0 chacun de nos retours. La Viass\u00e0 \u2013 C\u2019est de ce mot patois qu\u2019elle a toujours d\u00e9sign\u00e9e \u2013 quelque chose comme la mauvaise voie, au sens de voie grossi\u00e8re, un mot p\u00e9joratif o\u00f9 de gros cailloux glissants s\u2019accumulent. Impossible de mieux le traduire. 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