{"id":47425,"date":"2021-08-20T15:15:30","date_gmt":"2021-08-20T13:15:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=47425"},"modified":"2021-08-30T15:31:38","modified_gmt":"2021-08-30T13:31:38","slug":"l4-une-sentimentheque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l4-une-sentimentheque\/","title":{"rendered":"#L4 Une sentimenth\u00e8que"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;J\u2019habite ma propre maison, n\u2019ai jamais imit\u00e9 personne et me suis moqu\u00e9 de tout ma\u00eetre qui ne s\u2019est pas moqu\u00e9 de lui-m\u00eame.&nbsp;\u00bb<\/em><br>Nietzsche, <em>Le Gai Savoir,<\/em> 1888.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1&nbsp;\u2014&nbsp; Nietzsche<br><em>Le Gai Savoir.<\/em> Livre lu \u00e0 quinze ans. Effroi de l\u2019\u00e9ternel retour du m\u00eame. Cherch\u00e9 au c\u0153ur du bouquin les aphorismes qui en parlaient gr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9mission de radio enregistr\u00e9e sur cassette. Me dire que ce qu\u2019il a \u00e9crit sur sa porte tient absolument du g\u00e9nie. Me dire toute ma vie que cette devise sera toujours la mienne. Me dire toute ma vie que cette devise ne sera jamais la mienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2&nbsp;\u2014&nbsp;Faulkner<br><em>Sanctuaire, Tandis que j\u2019agonise, Lumi\u00e8re d\u2019ao\u00fbt\u2026<\/em> Je me souviens des traductions de Maurice Edgar Coindreau. La r\u00e9v\u00e9lation absolue du monologue int\u00e9rieur comme fil torsad\u00e9 du roman. J\u2019ai presque renonc\u00e9 \u00e0 lire <em>L\u2019Intrus.<\/em> Je me suis accroch\u00e9 comme jamais de toute ma vie j\u2019ai d\u00fb m\u2019accrocher pour finir un livre. J\u2019ai beaucoup souffert. Je l\u2019ai lu jusqu\u2019au bout. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9t\u00e9. La poussi\u00e8re. J\u2019\u00e9tais jeune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3&nbsp;\u2014&nbsp;Deleuze<br>J\u2019ai tout lu. Tardivement. <em>Mille Plateaux<\/em> comme un po\u00e8me symphonique free. Toujours \u00e0 port\u00e9e de pens\u00e9e. Pour la soutenir quand elle d\u00e9faille souvent. J\u2019aurais aim\u00e9, un jour, \u00eatre le fils de Gilles Deleuze et de Christiane Rochefort. L\u2019Anti-\u0152dipe emprunt\u00e9 pendant trois mois de suite \u00e0 la biblioth\u00e8que. Alors que j\u2019avais vendu, brad\u00e9 tous les mille livres que je poss\u00e9dais. <em>Proust et les signes, etc.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4&nbsp;\u2014&nbsp;Proust<br><em>La Recherche.<\/em> Comme un bain de ce qu\u2019il y a de meilleur pour soi au monde. L\u2019araign\u00e9e-narrateur. Tant d\u2019\u00e9clats de rire insoup\u00e7onn\u00e9s&nbsp;! <em>La Recherche<\/em> est \u00e9rotique dans le temps. <em>La Recherche,<\/em> c\u2019est une lecture jouissante. Je n\u2019en suis jamais revenu. De ma surprise de lecteur. De<em> La Recherche du temps perdu.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5&nbsp;\u2014&nbsp;C\u00e9line<br>Guignol\u2019s Band&nbsp;! Comme un grand barouf gaz\u00e9&nbsp;! Bien plus que le <em>Voyage au bout de la nuit.<\/em> Plus, de pas loin, que <em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit.<\/em> <em>Guignol\u2019s Band<\/em> et <em>Le Pont de Londres <\/em>ont chavir\u00e9 mes dix-sept ans. Mon premier voyage dans une langue \u00e9trang\u00e8re. Dans un des meilleurs fran\u00e7ais. Impression premi\u00e8re. Ind\u00e9l\u00e9bile. \u00ab&nbsp;Touit touit Madame&nbsp;! Touit touit Monsieur&nbsp;!&nbsp;\u00bb Que le vent emporte feuilles mortes, soucis. Dira toujours la chanson.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">6&nbsp;\u2014&nbsp;Les chansons<br>Toutes les chansons ont form\u00e9 mes mani\u00e8res de lire. J\u2019ai toute ma vie lu de la musique chant\u00e9e. Ponts couplets refrains. \u00c9cout\u00e9 des textes \u00e9crits. De la plus pure rengaine sentimentale jusqu\u2019\u00e0 la plus pure \u0153uvre intello. Les chansons m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9chiffrer des \u00ab&nbsp;grands&nbsp;\u00bb textes. Des fleuves de je t\u2019aime. De je pars. Pour des oc\u00e9ans de mots. Ritournelle(s).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">7&nbsp;\u2014&nbsp;Primo Levi<br>J\u2019ai tout lu. Comme, apr\u00e8s lui, j\u2019ai lu la majorit\u00e9 des textes parus sur les camps. Un grand nombre. \u00c7a m\u2019a pris du temps. \u00c7a m\u2019a donn\u00e9 de l\u2019espace pour voir la vie autrement. Plus de nombril. Je nage, tel que je suis, dans un bonheur ineffable. Mais les temps se resserrent tr\u00e8s dangereusement de nos jours. Par chez nous. Et, de par le monde, \u00e7a n\u2019a jamais cess\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">8&nbsp;\u2014&nbsp;Ceton<br><em>Rauque la ville. <\/em>Hiver-printemps 1980.<br>&#8230; On est l\u00e0, dans la forme nouvelle de la nature, dans un lieu rendu \u00e0 la nature, la ville infinie peupl\u00e9e de transparences, de formes insaisissables non porteuses d&rsquo;ombre, gigantesque amas de murs, de caches, d&rsquo;enceintes communicantes, amoncellements d&rsquo;\u00e9tages de lieux \u00e0 dormir, de lieux tournants, abrupts, sombres ou clairs, enfin lieux de fuite o\u00f9 leur \u00e9chapper, se rencontrer, se reconna\u00eetre, o\u00f9 ne faire rien, o\u00f9 s&rsquo;aimer, o\u00f9 se tuer, o\u00f9 aimer, rencontrer, embrasser, caresser, aimer, grandir, o\u00f9 rire, rire, aimer, \u00eatre seul au bord du pr\u00e9cipice de la mort puis retrouver Mania\u00eb, Leyo, et rire de bonheur et d\u00e9sirer, aimer, grandir, toujours, toujours dans tous les sens, le sien et celui des autres. Pas un mot, jamais, de poison moral. Oui, il y a l\u00e0 une immensit\u00e9. On le sait, on le per\u00e7oit. Tout \u00e0 coup, au cours de la lecture un seuil se franchit, le livre n&rsquo;a plus de fond, plus de paroi, il est dehors tout aussi bien, il vous entoure, vous engloutit \u00e0 son tour, on ne lit plus comme avant tout \u00e0 coup, lire n&rsquo;est plus le mot qui convient, on est entr\u00e9 dans l&rsquo;espace de la ville je crois. On marche. On entre. On veut retenir Leyo de mourir, on pleure, on aime, on marche, on entre. Marguerite Duras. (Extrait de la pr\u00e9face)<br>Le livre que j\u2019ai le plus donn\u00e9. \u00c0 lire \u00e0 des amies, des amis. Le donnerais-je encore&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9&nbsp;\u2014&nbsp;Plath<br>J\u2019ai pris impulsivement un de ses recueils de po\u00e9sie. Je l\u2019ai lu en anglais. Quelle id\u00e9e&nbsp;! Moi qui le parle, le d\u00e9chiffre si mal. Compl\u00e8tement boulevers\u00e9 par le rythme. Je n\u2019ai compris que le rythme. Compl\u00e8tement par terre. Abasourdi par tant de rythme. Lessiv\u00e9. Par toutes les puissances du rythme&nbsp;: Sylvia Plath. Son nom, d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10&nbsp;\u2014&nbsp;Boulgakov<br><em>Le Ma\u00eetre et Marguerite.<\/em> S\u2019il y a des bouquins qui parlent de sorci\u00e8res. Pour moi c\u2019est celui-l\u00e0. Lu \u00e0 seize ans. B\u00e9gu\u00e9moth et Filip Filipovitch. Moscou d\u00e9couvert \u00e0 p\u00e2ques cette ann\u00e9e-l\u00e0. Sous Brejnev. Et le diable qui, depuis, est dans ce corps-l\u00e0. Dans le mien. Je l\u2019y reconnais. \u00c0 chaque fois qu\u2019il r\u00e9appara\u00eet dans un autre livre, dans une chanson, quelque part. Je ne m\u2019en laverai plus jamais les mains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11&nbsp;\u2014&nbsp;Le Guin<br>Le cycle <em>Terremer<\/em> et <em>Les D\u00e9poss\u00e9d\u00e9s.<\/em> Et puis aussi ses romans qui ne sont pas de la fantasy. Qui sont des romans d\u2019amours adolescentes. Autour de montagnes dont on fait le tour. Avec passion. Dans d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s. Et puis, oui, <em>Terremer,<\/em> o\u00f9 le plus haut redescend de son apog\u00e9e. Ged le sorcier. L\u2019\u00c9pervier. Et puis, oui, Cette plan\u00e8te sur laquelle on se d\u00e9bat avec l\u2019anarcho-syndicalisme. Avec rudesse. Avec tendresse. Quelques fois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12&nbsp;\u2014&nbsp;Cossery<br>Il y avait l\u2019homme. Il y avait son \u0153uvre. \u00c0 ne plus savoir qui \u00e9tait quoi. Mort d\u00e9finitive du travail&nbsp;! Abolition de tout travail salari\u00e9. Mendiants. Orgueilleux. Ne plus bouger. Regarder. L\u2019\u00c9gypte universelle et nue. Se conduire en seigneur dans la complexe \u00e9vidence des simples. Orgueilleux. Mendiants. Tout est l\u00e0. La th\u00e9orie est dans la rue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">13&nbsp;\u2014&nbsp;Breton<br><em>L\u2019Anthologie de l\u2019humour noir.<\/em> Plus qu\u2019un livre d\u2019auteur, qu\u2019il reste par ailleurs pour moi. Une anthologie. Un livre de chevet. O\u00f9 puiser des joyaux. Pour longtemps. Pour toute ma vie. Ce livre m\u2019a fait trembler. Par instants. Ce livre m\u2019a ouvert des portes. L\u2019une puis l\u2019autre. Et encore. Et encore encore. Ce livre m\u2019a fait conna\u00eetre le Prince des penseurs&nbsp;: Jean-Pierre Brisset. Je lui suis absolument reconnaissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;\u201cHomme\u201d signifie \u201cPenseur\u201d&nbsp;: voil\u00e0 o\u00f9 se cache la folie.&nbsp;\u00bb<\/em><br>Nietzsche, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;J\u2019habite ma propre maison, n\u2019ai jamais imit\u00e9 personne et me suis moqu\u00e9 de tout ma\u00eetre qui ne s\u2019est pas moqu\u00e9 de lui-m\u00eame.&nbsp;\u00bbNietzsche, Le Gai Savoir, 1888. 1&nbsp;\u2014&nbsp; NietzscheLe Gai Savoir. Livre lu \u00e0 quinze ans. Effroi de l\u2019\u00e9ternel retour du m\u00eame. 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