{"id":47462,"date":"2021-08-20T19:28:47","date_gmt":"2021-08-20T17:28:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=47462"},"modified":"2023-08-03T10:51:28","modified_gmt":"2023-08-03T08:51:28","slug":"l9-ecrire-lete-iii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-ecrire-lete-iii\/","title":{"rendered":"#L9 | \u00c9crire l&rsquo;\u00e9t\u00e9 III"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"560\" height=\"756\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/239029016_370753401162450_7317129104395691340_n.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-47460\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/239029016_370753401162450_7317129104395691340_n.jpg 560w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/239029016_370753401162450_7317129104395691340_n-311x420.jpg 311w\" sizes=\"auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">DIMANCHE<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u2019un commun accord, j\u2019\u00e9coute les propositions de l\u2019Atelier dans l\u2019auto. Avec les ann\u00e9es, sans que nous l\u2019ayons rencontr\u00e9 Fran\u00e7ois Bon est devenu un familier. Mon compagnon est toujours curieux de l\u2019avanc\u00e9e de ses travaux, du groupe, de sa r\u00e9flexion. Nombre des propositions destin\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9criture sont applicables \u00e0 sa pratique du dessin et de la peinture. En chemin, j\u2019expose ma <strong>difficult\u00e9 avec les descriptions<\/strong>, alors m\u00eame que j\u2019ambitionnais (et encore aujourd\u2019hui, car il est vrai que j\u2019aime \u00e0 mettre au travail ce que je ne comprends pas ou connais mal, comme je le fais chaque ann\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019atelier des \u00e9l\u00e8ves du CNSMDP, \u00e0 chaque spectacle de Caf\u00e9 Europa) faire un atelier consacr\u00e9 au paysage. Ceci \u00e9crit, je pense \u00e0 cette blague ou un homme vient implorer Dieu \u00e0 la synagogue, semaine apr\u00e8s semaine, pour qu\u2019il le fasse gagner au loto. Exc\u00e9d\u00e9, il finit par appara\u00eetre \u00e0 l\u2019obstin\u00e9 et lui admoneste l\u2019injonction exasp\u00e9r\u00e9e&nbsp;: \u00ab\u2009Mais joue au moins\u2009!\u2009\u00bb<br>Un biais d\u2019approche pourrait se trouver dans les propositions de Carver&nbsp;: un homme qui vient de commettre un meurtre regarde un lac. Ne parler ni de l\u2019homme ni du lac. Oui, par ce biais je pourrais commencer quelque chose qui se refuse autrement. D\u2019autant que nous roulons vers Gand. Tous les \u00e9t\u00e9s, nous allons \u00e0 Gand. Si nous pouvions, nous irions aussi l\u2019hiver. Une fois encore, je vais y chercher un polar gantois. La semaine derni\u00e8re Romain Dumas (cf <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/ecrire-lete-ii\/\">\u00c9crire l\u2019\u00e9t\u00e9 II<\/a>) m\u2019a demand\u00e9 avec \u00e9tonnement si j\u2019aimerais \u00e9crire un polar. Bien s\u00fbr, je r\u00eave d\u2019\u00e9crire des polars. Mais je voudrais pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9crire <strong>un polar gantois<\/strong>. C\u2019est un conseil (un ordre\u2009? Une prescription\u2009?) que m\u2019a donn\u00e9 une libraire bruxelloise devant ma d\u00e9ception quant \u00e0 l\u2019absence de cette localisation dans les polars traduits en fran\u00e7ais, mais \u00e9galement dans les polars existants dans ses \u00e9tag\u00e8res flamandes. Une certaine litt\u00e9rature polici\u00e8re ne s\u2019est pas coup\u00e9e du terrain. Cette couleur locale, cette <em>redneckery<\/em> comme disait C.S Lewis, m\u2019importe. Et une autre chose&nbsp;: le voyage initiatique qu\u2019elle permet. Trop souvent, les h\u00e9ros et h\u00e9ro\u00efnes sont inoxydables et l\u2019intrigue n\u2019est plus qu\u2019un trait d\u2019esprit, un puzzle \u00e0 une seule image. Inutiles \u00e0 les relire, \u00e0 moins d\u2019avoir perdu le souvenir du comment, mais pas de quoi. Arno Bertina dans sa <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VK_2PnJggLg\">conf\u00e9rence sur la litt\u00e9rature documentaire<\/a> est interpel\u00e9 par une personne de l\u2019assembl\u00e9e qui lui signale l\u2019av\u00e8nement du polar au XIXe&nbsp;si\u00e8cle pour \u00e9tayer son propos. Le monde est devenu trop compliqu\u00e9, le polar en montre le chaos, puis le remet en ordre. En ordre de quoi\u2009? De marche\u2009? J\u2019ai \u00e9crit cette phrase au tout d\u00e9but de l\u2019atelier de cet \u00e9t\u00e9&nbsp;: <em>Un bateau part cette nuit qui les emm\u00e8nera de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e et de l\u00e0, il mettra le monde en ordre de beaut\u00e9, avec sa ruse et la force de ce fr\u00e8re, bloc de confiance aveugle \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s<\/em>. Un autre biais d\u2019approche&nbsp;: l\u2019ordre de beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">LUNDI<\/h2>\n\n\n\n<p>Qu\u00eate modeste pour ce s\u00e9jour, trouver un polar gantois traduit en anglais, puisque je n\u2019en trouve pas en fran\u00e7ais. Une qu\u00eate abordable, qu\u2019on croirait r\u00e9gl\u00e9e en moins de temps qu\u2019il ne faut pour le ressasser ici. On aurait bien tort. Elle ferait un livre cette qu\u00eate de rien du tout. The English Bookshop, o\u00f9 j\u2019escomptais plier l\u2019affaire est devenue WINE and English books. J\u2019entre malgr\u00e9 tout. Le gars ne lit pas de polars, n\u2019en a pas dans le stock qui lui reste, n\u2019a jamais entendu parler d\u2019un Gantois port\u00e9 sur le roman noir. Mais gentiment cette fin de non-recevoir, il m\u2019envoie au<em> Cheval de Troie<\/em>, courir ma chance. <br>C\u2019est \u00e9videmment une fourberie&nbsp;: d\u00e8s que le nom du canasson est dit, on sait qu\u2019on donne droit dans un pi\u00e8ge, qu\u2019\u00e0 cheval donn\u00e9 on ne regarde pas les dents et qu\u2019ensuite on s\u2019en mort les doigts, on n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 lui laisser la bride sur le coup, la bestiole n\u2019en fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate de soldate. Bref, un grand jeune homme d\u00e9vou\u00e9, avec un reste de vernis vermillon sur les ongles tr\u00e8s courts qui lui donne un air de jeu de petite fille, me vend avec fougue un roman de Willem Frederik Herman. Il s\u2019excuse de l\u2019absence de polars gantois, traduits ou non. Personne ne se fait tuer dans cette ville\u2009? je demande. Nous sommes un petit pays, nous avons un comportement amical les uns envers les autres, m\u2019ass\u00e8ne-t-il avec un petit sourire malin. Mais au moins, il ne s\u2019attend pas \u00e0 ce que je m\u2019y colle. Il insiste pour que j\u2019embarque <em><a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/ecrire-lete-iii\/#\">La Chambre noire de Damocl\u00e8s<\/a> <\/em>(tout le monde lit \u00e7a ici, c\u2019est au programme. Un roman majeur). Le r\u00e9sum\u00e9 est dystopique \u00e0 souhait et le mot d\u2019introduction, de John Le Carr\u00e9. Je veux bien que \u00e7a ne soit pas un roman noir, mais alors quoi ? J\u2019en embarque un autre, du m\u00eame (<em>La Maison pr\u00e9serv\u00e9e<\/em> ? <em>Het behouden Huis<\/em>), dont le r\u00e9sum\u00e9 est encore plus attirant et qui commence quand quelqu\u2019un (un partisan de l\u2019arm\u00e9e rouge) arrive quelque part (dans une maison vide o\u00f9 il s\u2019endort, ext\u00e9nu\u00e9), jusqu\u2019\u00e0 ce que quelqu\u2019un d\u2019autre (une patrouille allemande) arrive l\u00e0 \u00e9galement et qu\u2019il se retrouve oblig\u00e9 de se faire passer pour le propri\u00e9taire pour sauver sa peau. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e7a m\u2019am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur un autre aspect de la Sentimenth\u00e8que : <br><strong>d\u2019o\u00f9 ?<\/strong> <strong>Sur quels territoires courent mes lectures ?<\/strong> <br>Je fais un bref passage en revue, d\u2019abord persuad\u00e9e d\u2019une faille n\u00e9erlandaise, le souvenir vague d\u2019Anna Enquist remonte \u00e0 la surface. Cela remonte\u2026 \u00e0 mon dernier passage \u00e0 Amsterdam, recherche oblig\u00e9e pour les titres (<em>Le Chef d\u2019\u0152uvre<\/em>, s\u00fbr.<em>Le Secret<\/em>, moyen). De C.S Noteboom, le nom seul. J\u2019imagine que l\u2019Afrique noire est la parente pauvre de mes lectures. La M\u00e9diterran\u00e9e tient une bonne place : les chroniqueurs alg\u00e9riens, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=TCuSMRYTauc\">Kamel Dawoud<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.humanite.fr\/medias\/said-mekbel-le-billettiste-qui-pourfend-les-puissants-502757\">Sa\u00efd Mekbel<\/a>\u2026 Un si grand d\u00e9sir de leur embo\u00eeter le pas, mais je ne sais les approcher que dans la r\u00e9gularit\u00e9 du Journal d\u2019un mot. Je ne sais pas \u00e9crire politique, inventer la fa\u00e7on dont ici on pourrait s\u2019engager comme ils l\u2019ont fait l\u00e0-bas.) Quand je voyage, je lis local, comme je bois et mange local. Tout Henry James apr\u00e8s Boston, Tchekhov et Pouchkine \u00e0 GITIS, <a href=\"https:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xg8cek\">Kilito <\/a>en \u00c9gypte (le gars est marocain, mais le sujet c\u2019est l\u2019Arabe et les <em>1001 nuits<\/em>). Il y a aussi des parent\u00e8les qui s\u2019expriment \u00e9trangement dans la litt\u00e9rature : n\u00e9e dans un pays de neige, j\u2019ai beaucoup lu scandinave. La Guadeloupe de ma belle-famille m\u2019a ramen\u00e9e \u00e0 Dany Laferri\u00e8re (rencontr\u00e9 par la bande \u00e0 l\u2019occasion du film <em>Comment faire l\u2019amour avec un n\u00e8gre sans se fatiguer?<\/em>). Grand rayon russo-balkanique dans la sentimenth\u00e8que (les \u00e9tatsuniens nous ont \u00e9t\u00e9 fournis avec le plan Marshall).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous voyageons sous une pluie battante jusqu\u2019\u00e0 une plage des Pays-Bas. Tremp\u00e9.es comme des soupes et content.es comme tout dans un grand hangar avec vue sur la mer tr\u00e8s chaleureux et pourtant tout blanc, vitr\u00e9, beaucoup de plantes vertes p\u00e9tant la forme pendues un peu partout. Je n\u2019\u00e9crirai pas aujourd\u2019hui, ou seulement ce journal, je le sais. Mais plus tard, quand nous marchons sur le sable dur de la plage, j\u2019apprends ce mot&nbsp;: <strong>l\u2019estran<\/strong>, limite de l\u2019eau sur le sable. Il faudra r\u00e9\u00e9crire <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chapitre-du-passage-des-eaux\/\">#L1 <\/a>avec ce mot, ou peut-\u00eatre pas, mais le moment me revient&nbsp;: un grand et un rus\u00e9 arrivent au bord de la mer, le grand a peur de l\u2019eau, le rus\u00e9 veut traverser\u2026 J\u2019ai attribu\u00e9 ce r\u00e9cit au jeune m\u00e9decin \u00e9cossais de la caravane Kafila, une suite de son journal de bord, journal au bord donc, alors que la caravane est arriv\u00e9e, l\u2019\u00e9criture se prolonge, jumelle de mon long hors S\u00e9rail qui fait le livre. Un autre personnage de la caravane pourrait avoir \u00e9crit cela, Monsieur, le v\u00e9t\u00e9rinaire fran\u00e7ais converti \u00e0 l\u2019Islam, ou au moins \u00e0 la compagnie des B\u00e9douins. Avec ses mains de femme\u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">MARDI<\/h2>\n\n\n\n<p>Arr\u00eat de la nuit entre 4 h et 5 h 30, toute consacr\u00e9e \u00e0 imagination d\u2019un format pour l\u2019\u00e9dition papier des trois ans du <em>Journal d\u2019un Mot<\/em>. D\u2019\u00eatre couch\u00e9e, je pense \u00e0 un livre assez \u00e9pais, carr\u00e9, tr\u00e8s a\u00e9r\u00e9. Je vois bien la mise en page. Une version poche serait plus pratique et moins ch\u00e8re, mais l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e9ride intrins\u00e8que \u00e0 ce journal sans ann\u00e9e en ferait un bon livre de chevet\u2009? Je r\u00e9fl\u00e9chis aussi aux bonus associ\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9commande. Trois mois d\u2019abonnement \u00e0 la version audio de la <em>Dose de Po\u00e9sie\u2009<\/em>? Six mois\u2009? Au petit-d\u00e9jeuner j\u2019expose mes plans. On me fait valoir assez justement que je ne peux pas me mettre dans la situation de ne plus rien pouvoir faire d\u2019autre que d\u00e9dommager ceux et celles qui auront achet\u00e9 le livre. J\u2019aimerais discuter de tout cela avec les gens du Tiers-Livre. J\u2019ai l\u2019impression que la nouvelle formule propos\u00e9e par Fran\u00e7ois Bon \u00e0 partir de la rentr\u00e9e laisserait plus de place aux aspects pratiques\u2026 Il faut que je fasse des recherches sur les<strong> livres audio <\/strong>(maintenant que S\u00e9bastien Bailly a r\u00e9solu la question des marque-pages).<\/p>\n\n\n\n<p>Encore un jour o\u00f9 je ne pourrai pas me mettre en face de mon manuscrit, mais en sentir grandir l\u2019envie n\u2019est pas une moindre chose. Arrive un moment o\u00f9 un certain travail a \u00e9t\u00e9 fait, il ne reste plus qu\u2019\u00e0 aller se promener le long d\u2019un cours et les \u00e9l\u00e9ments dispers\u00e9s rappliquent comme ces chiens inconnus qui accompagnent parfois la marche pendant plusieurs kilom\u00e8tres. Il est possible qu\u2019Isis se soit simplement assise au bord du Nil et qu\u2019alors les membres \u00e9pars d\u2019Osiris soient remont\u00e9s vers elle comme des saumons. <br><br>Un des casse-t\u00eate du <em>Voyage d\u2019Osmin<\/em> est la chronologie que j\u2019impose : il part au d\u00e9but des ann\u00e9es 30, il reste absent 25 ans, mais la petite-fille de la soigneuse le retrouve de nos jours. Ou dans les ann\u00e9es 90. Je suis couteli\u00e8re de ce genre de p\u00e9riple spatio-temporel : je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 dans<em> <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=VUguAdsTwkI\">Carnets d\u2019un Disparu<\/a> <\/em>et, dans une moindre mesure dans le <em><a href=\"https:\/\/www.conservatoiredeparis.fr\/fr\/medias\/video\/le-voyage-reims-0\">Voyage \u00e0 Reims<\/a><\/em>, je sais donc que le public s\u2019en satisfait comme d\u2019une convention reposant sur l\u2019\u00e9vidence que \u00ab\u2009les anciens sont les anciens et nous sommes les gens de maintenant\u2009\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que la personne qui parle oui hante sur la sc\u00e8ne leur est contemporaine, quand bien m\u00eame elle incarne un personnage du si\u00e8cle pass\u00e9. Et surtout, <strong>nous aimons davantage les histoires que la vraisemblance<\/strong>. Donc, je n\u2019avais jamais pens\u00e9 donner une quelconque explication \u00e0 la long\u00e9vit\u00e9 d\u2019O., pas plus qu\u2019\u00e0 son imperceptible vieillissement en 60 ans. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 bien surprise quand une s\u2019est propos\u00e9e au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9. Si elle n\u2019avait pas apport\u00e9 avec elle une structure narrative permettant une r\u00e9organisation de mes textes, elle se serait fait retoquer illico. Mais du fait ou en d\u00e9pit de cet apport, j\u2019\u00e9tais depuis plusieurs semaines confront\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me technique bien connu : comment ne pas d\u00e9tailler les soixante ann\u00e9es de p\u00e9r\u00e9grination d\u2019O. ? J\u2019ai pu confondre ce d\u00e9tail avec le projet de cette \u00e9criture, mais l\u2019heure n\u2019est plus \u00e0 p\u00e9n\u00e9loper pour demeurer en contact avec le S\u00e9rail bien-aim\u00e9, et je sens que je vais vers une certaine cl\u00f4ture en faisant le livre, n\u00e9cessaire, bienvenue. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous marchons le long du canal, je pense \u00e0 O. et \u00e0 l\u2019eau. Aux textes d\u00e9j\u00e0 \u00e9crits o\u00f9 l\u2019eau parle (pour certains depuis longtemps, pour d\u2019autres r\u00e9cemment, en augmentation du manuscrit), je pense au lac de Skodar, aux cl\u00e9s, dans ma poche, de l\u2019ambassade du Pont\u00e9v\u00e9dro \u00e0 Paris. Et la s\u00e9quence est la suivante : le jeune m\u00e9decin \u00e9cossais et le v\u00e9t\u00e9rinaire de la caravane ont repris contact\/le v\u00e9t\u00e9rinaire est bel et bien une femme, plus \u00e2g\u00e9e (Isabelle Eberhard, j\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 elle et je l\u2019avais oubli\u00e9e)\/Une correspondance\u2009?\/Ostinato du Grand et du rus\u00e9 dans ses souvenirs de vieille femme\/Un enregistrement de ses souvenirs par le m\u00e9decin \u00e9cossais\/O. se souvient du docteur des chameaux, le fran\u00e7ais\/Il ne se souvient pas de la guerre\/Il y a eu une guerre\u2009?\/Tu ne te souviens pas de la guerre\u2009?\/Quand\u2009?\/Je me suis endormi pr\u00e8s d\u2019un lac\u2026<br><br>Dans la <em>Chauve-Souris<\/em>, j\u2019avais r\u00e9duit deux fastidieuses pages d\u2019explication du Directeur de la prison au dernier acte par un \u00e9change de trois phrases : <em>En ma qualit\u00e9 de directeur de cet honorable \u00e9tablissement\u2026\/Ah bon\u2009?\/Eh oui<\/em>. Impression similaire soudain. Un geste rythmique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">MERCREDI<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 mon dernier retour de Gand, quelqu\u2019un (je crois: Ugo Pandolphi) m\u2019avait envoy\u00e9 un fait divers propre \u00e0 polaris\u00e9 un r\u00e9cit noir. Impossible d\u2019en trouver trace. Dans la m\u00eame p\u00e9riode, j\u2019avais eu, avec quelques millions d\u2019auditeurs de France Inter, des nouvelles de Michel Fourniret, ou plut\u00f4t une absence persistante de nouvelles d\u2019Estelle Mouzin qui avait 9&nbsp;ans en 2003 quand <strong>elle a disparu \u00e0 Guermantes<\/strong>. C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a avait d\u00e9rap\u00e9, le projet bien propret, bien fictionnel du polar gantois, au profit du chass\u00e9-crois\u00e9 d\u2019une th\u00e9sarde en litt\u00e9rature occup\u00e9e \u00e0 Guermantes et de la geste monstrueuse de l\u2019assassin.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Savez-vous si Guermantes qui a d\u00fb \u00eatre un nom de gens, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans la famille P\u00e2ris, ou plut\u00f4t pour parler un langage plus d\u00e9cent, si le nom de Comte ou Marquis de Guermantes \u00e9tait un titre de parents des P\u00e2ris, et s\u2019il est enti\u00e8rement \u00e9teint et \u00e0 prendre pour un litt\u00e9rateur\u2009? <\/p><p><\/p><cite><em>Proust \u00e0 Georges de&nbsp;Lauris au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;1909<\/em><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Je fouine dans mes notes (tragiquement \u00e9parses). Je ne retrouve que deux petits extraits:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><\/p><cite>Au reste, comment leur salle \u00e0 manger, leur galerie obscure, aux meubles de peluche rouge, que je pouvais apercevoir quelquefois par la fen\u00eatre de notre cuisine, ne m\u2019auraient-ils pas sembl\u00e9 poss\u00e9der le charme myst\u00e9rieux du faubourg Saint-Germain, en faire partie d\u2019une fa\u00e7on essentielle, y \u00eatre g\u00e9ographiquement situ\u00e9s, puisque avoir \u00e9t\u00e9 re\u00e7u dans cette salle \u00e0 manger, c\u2019\u00e9tait \u00eatre all\u00e9 dans le faubourg Saint-Germain, en avoir respir\u00e9 l\u2019atmosph\u00e8re, puisque ceux qui, avant d\u2019aller \u00e0 table, s\u2019asseyaient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Mme&nbsp;de&nbsp;Guermantes sur le canap\u00e9 de cuir de la galerie, \u00e9taient tous du faubourg Saint-Germain\u2009?<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><\/p><cite>Quant au petit bout de jardin qui s\u2019\u00e9tendait entre de hautes murailles, derri\u00e8re l\u2019h\u00f4tel, et o\u00f9 l\u2019\u00e9t\u00e9 Mme&nbsp;de&nbsp;Guermantes faisait apr\u00e8s d\u00eener servir des liqueurs et l\u2019orangeade, comment n\u2019aurais-je pas pens\u00e9 que s\u2019asseoir, entre neuf et onze heures du soir, sur ses chaises de fer \u2014 dou\u00e9es d\u2019un aussi grand pouvoir que le canap\u00e9 de cuir \u2014 sans respirer les brises particuli\u00e8res au faubourg Saint-Germain \u00e9tait aussi impossible que de faire la sieste dans l\u2019oasis de Figuig, sans \u00eatre par cela m\u00eame en Afrique\u2009?<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pourquoi ceux-l\u00e0 plut\u00f4t que d\u2019autres\u2009? On ne peut pas dire que les entr\u00e9es \u00ab\u2009Guermantes\u2009\u00bb manquent dans <em>La Recherche<\/em>\u2026 Et plus \u00e9tonnant encore, dans le m\u00eame fichier, l\u2019extrait d\u2019un article sur <em><a href=\"https:\/\/prologue-alca.fr\/fr\/actualites\/la-rose-est-sans-pourquoi\">Pourquoi\u2009?<\/a><\/em> de Laurent Albarracin&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Il part et se joue de la fameuse formule d\u2019Angelius Silesius&nbsp;: \u00ab\u2009La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu\u2019elle fleurit\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Qui est ce type\u2009? J\u2019avais d\u00fb me poser la question, mais en l\u2019absence de note, c\u2019est \u00e0 refaire. Ce qui frappe c\u2019est d\u2019une part l\u2019absence de relation imm\u00e9diate avec Guermantes et donc l\u2019esp\u00e8ce de chou blanc qu\u2019est cette rose dans mon actuel pr\u00e9dicament. Mais d\u2019autre part, cette passation de l\u2019inusable rose de po\u00e8tes \u00e0 po\u00e8tes. Je n\u2019en note que trois qui particuli\u00e8rement m\u2019int\u00e9resse&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marceline Desbordes-Valmore<\/strong> dans le vent du soufisme, avec les <em><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=2l5HxXNAgLc\">Roses de Sa\u00e2di<\/a><\/em> (et c\u2019est l\u2019occasion de d\u00e9couvrir des dictions p\u00e9rissantes d\u2019ennui du po\u00e8me, mais aussi une m\u00e9lodie compos\u00e9e par H\u00e9l\u00e8ne Covatti, dont je d\u00e9couvre l\u2019\u0153uvre).<br><strong>Rilke<\/strong> et son \u00e9pitaphe<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Rose, \u00f4 pure contradiction, d\u00e9sir de n\u2019\u00eatre le sommeil de personne sous tant de paupi\u00e8res.<\/p><p><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Et finalement <strong>Jorge Luis Borges <\/strong>qui regarde la fleur sous toutes ses coutures, tant\u00f4t en d\u00e9saccord apparent avec Silesius&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><br><\/p><cite>Eh bien moi j\u2019affirme le contraire, j\u2019affirme qu\u2019une tenace conspiration de pourquois est indispensable pour que la rose soit rose. Je crois qu\u2019il faut toujours plus d\u2019une cause pour la gloire instantan\u00e9e ou le fiasco imm\u00e9diat d\u2019un vers. Je crois dans les myst\u00e8res raisonnables, pas dans les miracles sauvages<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Tant\u00f4t en embrassant sa proposition&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><\/p><cite>Die Rose ist ohn Warum. \u2026 La sentence du mystique vise \u00e0 pr\u00e9venir la possible profanation que renferme toute analyse de la beaut\u00e9.<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">JEUDI<\/h2>\n\n\n\n<p>La lecture de la <em>Chambre noire de Damocl\u00e8s<\/em> coupl\u00e9e au visionnage de l\u2019int\u00e9grale <em>Twin Peaks <\/em>fait courir l<strong>es Doppelg\u00e4nger en libert\u00e9<\/strong> dans mes r\u00eaves. Le jour ce n\u2019est pas mieux, cherchant \u00e0 mieux conna\u00eetre Willem Frederik Herman, je tombe sur une <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/livres\/article\/2007\/01\/25\/la-poesie-noire-et-l-ambiguite_859442_3260.html\">\u00e9logieuse critique par Kundera <\/a>dans <em>Le Monde<\/em>. Or l\u2019int\u00e9grale Kundera occupe le lecteur du chevet d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 depuis quelques semaines. Le Ceylan du matin a une t\u00eate de Serendip et il semble que ma vie puisse produire autant de co\u00efncidences vaseuses que le plus mauvais polar.<\/p>\n\n\n\n<p>Je mets en face de mon PDF, j\u2019ai bien attendu ce moment. J\u2019ambitionnais de passer \u00e0 10&nbsp;pages par jour dans cette derni\u00e8re longueur de l\u2019\u00e9t\u00e9. Je n\u2019avais pas consid\u00e9r\u00e9 que cela pourrait \u00eatre, ou comporter des pages <strong>\u00e0 r\u00e9\u00e9crire, \u00e0 revisiter, \u00e0 r\u00e9attribuer<\/strong>. C\u2019est ce qui se passe. Dans mes coffres de mati\u00e8re accumul\u00e9e, il y a de quoi enrichir la voix d\u2019O. (cette voix int\u00e9rieure de Vardaman, tout int\u00e9rieure). D\u2019abord en retravaillant des textes sans verbes conjugu\u00e9s ou presque. Puis dans des mat\u00e9riaux versifi\u00e9s qui appara\u00eetront bien plus tard, \u00e0 force de voyage et de solitude.<br>Ce qui a chang\u00e9 c\u2019est la peur de ne plus retrouver mon chemin, de perdre le fil, comme l\u2019a dit r\u00e9cemment Nathalie Holt. Non. C\u2019est encore mal rang\u00e9 \u2014 et \u00e7a le restera probablement, je me m\u00e9fie de l\u2019ordre indiscut\u00e9, du bon go\u00fbt, de la rassurance par l\u2019\u00e9limination du saillant \u2014 mais dans le secteur.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><\/p><cite><strong>Un objet qu\u2019on a d\u00e9mont\u00e9 et en le remontant il reste des pi\u00e8ces. <\/strong><br><strong>Un objet qu\u2019on a d\u00e9mont\u00e9 et en le remontant il manque des pi\u00e8ces. <\/strong><br><strong>Un objet qu\u2019on a d\u00e9mont\u00e9 et en le remontant de nouvelles pi\u00e8ces s\u2019y proposent. <\/strong><br><strong>Voil\u00e0 ce qu\u2019est le livre.<\/strong><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">VENDREDI<\/h2>\n\n\n\n<p>En pr\u00e9parant un d\u00eener beaucoup plus \u00e9labor\u00e9 que pr\u00e9vu, mais simple (des l\u00e9gumes), je vois ce qui est en train d\u2019arriver au livre. Son d\u00e9nouement est, ne peut \u00eatre qu\u2019une longue sc\u00e8ne dialogu\u00e9e. Apr\u00e8s tant de voix int\u00e9rieures, de solitude, de recherche, deux personnes se parlent. Il ne s\u2019agit plus temps d\u2019expliciter le modus operandi du livre, m\u00eame si un peu de courtoisie \u00e9l\u00e9mentaire ne fait pas forc\u00e9ment de mal, que d\u2019expliciter le jeu de la fiction lui-m\u00eame et plus avant encore&nbsp;: de traverser cette forme dialogu\u00e9e, qui est et sera toujours mon<strong> retour \u00e0 la maison-th\u00e9\u00e2tre<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9sesp\u00e8re de finir la lecture de <em>Valet noir<\/em> avant la rentr\u00e9e. Mais surtout, je d\u00e9sesp\u00e8re de ma lecture&nbsp;: une pause de 10&nbsp;jours a fait s\u2019envoler tout ce que j\u2019avais compris. Non, je mens. Je sens bien que j\u2019ai pris avec moi des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion, de sa libert\u00e9 rythmique, des r\u00e9f\u00e9rences et surtout de la vitalit\u00e9 et que tout cela traverse d\u00e9sormais ce que j\u2019entreprends (carottes Pondich\u00e9ry, v\u00e9lo ou \u00e9criture). Mais \u2014 la fr\u00e9quentation de l\u2019atelier n\u2019est pas pour rien l\u00e0-dedans \u2014&nbsp;la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9changer avec les personnes qui \u00e9crivent au-del\u00e0 de la lecture de leurs \u00e9crits se fait plus pressante. Perplexe et g\u00ean\u00e9e, j\u2019ouvre dans Ulysses \u00ab\u2009Questions \u00e0 Cavallin\u2009\u00bb. La premi\u00e8re&nbsp;: <em>Is she in&nbsp;2 worlds\u2009?<\/em> dessine une cartographie enfantine et presque secr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que \u00e7a peut vouloir dire pour moi, avec tous mes chantiers simultan\u00e9s, \u00e9crire 10&nbsp;pages par jour\u2009? Entre le <em>Journal d\u2019un mot<\/em>, celui-ci et le travail du PDF, c\u2019est dur de penser en ces termes. En \u00e9crivant cette phrase, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir douze ans. Au lieu de compter sur mes doigts, je vais faire un tour de jardin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>SAMEDI<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>\u00c0 la m\u00e9diath\u00e8que au lieu de la&nbsp;<em>F\u00e9\u00e9rie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>&nbsp;que je cherche, je trouve un roman de Goran Petrovic\u2019 (<em>69&nbsp;tiroirs)<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>le Rebutant<\/em>&nbsp;de Dominique Sampiero, qui est du Nord, je l\u2019apprends \u00e0 cette occasion. Les deux abondent dans <strong>les points de fuite du Livre&nbsp;<\/strong>: l\u2019invention du S\u00e9rail, son amont, et le voyage en d\u00e9nuement d\u2019Osmin. J\u2019ai contre la fen\u00eatre de mon bureau, dans la rang\u00e9e de livres qui m\u2019isole du froid l\u2019hiver, du monde quand je le souhaite et de la b\u00eatise tous les jours,&nbsp;<em>Ab\u00eeme aujourd\u2019hui la Ville<\/em>&nbsp;de Fran\u00e7ois Bon, qui va dans le sens du&nbsp;<em>Rebutant<\/em>, dans le sens du CHAPITRE DE LA FIN DE L\u2019ARGENT et du CHAPITRE DE L\u2019\u00c9TAPE QU\u2019ON CROIT DERNIERE du livre, enfin du pdf du livre. Il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, on m\u2019a pos\u00e9 la question dans une honorable assembl\u00e9e de ce qui me faisait peur, de ce qu\u2019\u00e9tait le mal v\u00e9ritable pour moi. La b\u00eatise et la mis\u00e8re, j\u2019ai dit, sans h\u00e9siter, \u00e0 ma propre surprise. Je vois l\u2019une et l\u2019autre et comme bien des camarades d\u2019\u00e9criture, comme <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=R_S8ifc9TjQ\">Arno Bertina dans sa r\u00e9sidence \u00e0 la BNF<\/a>, \u00e9cout\u00e9 ce matin, je mesure les corps des rues \u00e0 la limite de mes lignes. Osmin n\u2019est pas un SDF, m\u00eame sans le sou, m\u00eame \u00e9gar\u00e9 et fou, c\u2019est un personnage et un Djinn. Mais il peut poser son regard sur ceux qui dorment dehors, qui ne savent plus comment. Un regard depuis le m\u00eame sol. Je note que je dis \u00ab\u2009ceux qui dorment dehors\u2009\u00bb&nbsp;: je ne suis pas s\u00fbre de pouvoir parler de celles qui dorment dehors. Je l\u2019ai fait pourtant, cet \u00e9t\u00e9 m\u00eame, quelques lignes&nbsp;:&nbsp;<em>En repassant dans le coin d\u2019Ostende, une femme entrevue beugle, jean coup\u00e9 flottant sur son corps d\u2019os, les fesses macul\u00e9es d\u2019excr\u00e9ments. Jeune et sans \u00e2ge. Le crack. 20&nbsp;min d\u2019effet maximum.&nbsp;<\/em><br>Goran Petrovic\u2019 c\u2019est tout autre chose, des histoires de stocks de chaussures d\u00e9pareill\u00e9es qu\u2019on ach\u00e8te en deux fois puis qu\u2019on passe des ann\u00e9es \u00e0 appareiller, pour l\u2019argent, pour construire le plus bel h\u00f4tel qui se puisse imaginer dans une ville de province en Serbie. Les images obs\u00e9dantes de l\u2019H\u00f4tel Cerb\u00e8re \u00e0 la fronti\u00e8re franco-espagnole rappliquent en cort\u00e8ge, imm\u00e9diatement escort\u00e9es par les souvenirs impossibles du Lys d\u2019Or de Plombi\u00e8res, la sc\u00e9nographie du Voyage \u00e0 Reims ne donnant \u00e0 voir que le hall, et pourtant j\u2019en sais de m\u00e9moire tous les recoins.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN OBJET QU\u2019ON A D\u00c9MONT\u00c9 ET EN LE REMONTANT IL RESTE DES PI\u00c8CES.<br \/>\nUN OBJET QU\u2019ON A D\u00c9MONT\u00c9 ET EN LE REMONTANT IL MANQUE DES PI\u00c8CES.<br \/>\nUN OBJET QU\u2019ON A D\u00c9MONT\u00c9 ET EN LE REMONTANT DE NOUVELLES PI\u00c8CES S\u2019Y PROPOSENT.<br \/>\nVOIL\u00c0 CE QU\u2019EST LE LIVRE.<br \/>\n <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-ecrire-lete-iii\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L9 | \u00c9crire l&rsquo;\u00e9t\u00e9 III<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":47460,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2223,2707],"tags":[1337],"class_list":["post-47462","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-la-fabrique","category-livre-9-pireyre","tag-journal-decriture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47462","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47462"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47462\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47460"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47462"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47462"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47462"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}