{"id":47516,"date":"2021-08-21T15:23:29","date_gmt":"2021-08-21T13:23:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=47516"},"modified":"2021-08-28T19:21:21","modified_gmt":"2021-08-28T17:21:21","slug":"l9-feerie-perpetuelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-feerie-perpetuelle\/","title":{"rendered":"#L9 | F\u00e9\u00e9rie perp\u00e9tuelle 1"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"693\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/LPT-L-SHEETSMOSAIC-0813-1-1024x693.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-47547\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/LPT-L-SHEETSMOSAIC-0813-1-1024x693.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/LPT-L-SHEETSMOSAIC-0813-1-420x284.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/LPT-L-SHEETSMOSAIC-0813-1-768x520.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/LPT-L-SHEETSMOSAIC-0813-1.jpg 1261w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>21\/08&nbsp;[BONJOUR]&nbsp;<\/strong><br>En randonn\u00e9e, on se salue \u00e0 nouveau. Comme si, compte tenu de la faible densit\u00e9 de population humaine face \u00e0 l\u2019intense pr\u00e9sence de la flore (la faune des lapins se fait discr\u00e8te et point de grosses b\u00eates sur la Voie Verte des Gueules Noires), \u00e7a valait la peine de se rappeler \u00e0 une certaine fraternit\u00e9, qui passe par la politesse rudimentaire de se reconna\u00eetre comme pr\u00e9sent.es au m\u00eame lieu au m\u00eame moment. Seul b\u00e9mol \u00e0 v\u00e9lo, il est bien difficile de dire bonjour aux promeneurs qu\u2019on d\u00e9passe \u00e0 moins de s\u2019en aller dans le d\u00e9cor. Car c\u2019est un visage qu\u2019on salue, pas une nuque. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019une t\u00eate, on peut cependant dire&nbsp;: pardon, excusez-moi, accompagn\u00e9 d\u2019un coup de sonnette pr\u00e9ventif. Mais dring, dring, seul ne convient pas&nbsp;: nous ne sommes pas des oiseaux.&nbsp;<br><br>** Ce matin, en fait c\u2019\u00e9tait la nuit, je ne dormais pas et je pensais au bonjour que nous nous adressons. Un souhait. Nous l\u2019oublions, mais c\u2019est bel et bien un souhait que nous formulons. Regardez comme il s\u2019\u00e9change facilement avec \u00ab\u2009Que votre chemin soit couvert de mille p\u00e9tales de rose jusqu\u2019\u00e0 la fin de ce jour\u2009\u00bb. Il en va un peu diff\u00e9remment avec les tout petits enfants qui s\u2019\u00e9tonnent encore ouvertement qu\u2019un jour succ\u00e8de \u00e0 l\u2019\u00e9prouvante nuit o\u00f9 ils crient famine, souffrent durement de la perc\u00e9e de leurs gencives par des dents qui \u2014 nous leur cachons bien \u2014 ne sont que provisoires, c\u00f4toient des cauchemars dont ils n\u2019ont aucune raison de penser qu\u2019ils diff\u00e8rent en rien de la r\u00e9alit\u00e9 en constante m\u00e9tamorphose qui fait leur quotidien. Nous leur adressons un bonjour qui a la valeur du \u00ab\u2009coucou me revoil\u00e0\u2009\u00bb qui scande le jeu de cache-cache derri\u00e8re nos mains et qui les fait tant rigoler. Coucou, revoil\u00e0 le jour. Nous sommes encore des mages dignes de ce nom. Pour les ados, notre bonjour a plut\u00f4t fonction de toile de sauvetage, \u00e0 la mani\u00e8re de celles des pompiers, tendue d\u2019avance pour \u00e9viter un contact trop direct avec le bitume aux somnambules des toits. Dans la majeure partie des cas, cependant, nous formulons un souhait, comme font les f\u00e9es, de mani\u00e8re performative&nbsp;: je le dis et \u00e7a y est. La magie ensuite op\u00e8re ou non&nbsp;: m\u00eame les f\u00e9es sont tributaires des contextes et des contre-souhaits. Mais \u00e0 chaque bonjour prononc\u00e9, il y a du conte qui passe dans notre vie.<em>&nbsp;<\/em><br><br>*** Mais finalement qu\u2019est-ce, un bon jour\u2009? Le contraire d\u2019un mauvais jour\u2009? Peut-on avoir un mauvais jour isol\u00e9\u2009? Ne dit-on pas&nbsp;: il a de mauvais jours\u2009? Sont-ils group\u00e9s, alors, comme un ciel de nuages au-dessus de l\u2019ann\u00e9e ou saupoudr\u00e9s, par-ci par-l\u00e0 comme des grains de sel qui se seraient pris dans le sucre\u2009? Quand on dit&nbsp;: ce n\u2019est pas le bon jour, est-ce que c\u2019est pour autant le mauvais jour\u2009?\u2026 Si je devais souhaiter un bon jour, alors il commencerait tr\u00e8s t\u00f4t, si t\u00f4t qu\u2019en faisant un tour \u00e0 v\u00e9lo on croiserait des gens avec des chiens, peu, et des cormorans se toilettant sur les bois flott\u00e9s dans le contre-jour de l\u2019\u00e9tang sortis tout droit d\u2019une photo en noir et blanc des ann\u00e9es&nbsp;70, mais seulement quelques secondes, les silhouettes noires sur les reflets d\u2019argent, mais la couleur reviendrait par grosses touffes violettes et indigos d\u2019arbres \u00e0 papillon, un oiseau dans un bosquet ferait un bruit de starter de vieille bagnole, celle qui nous emmenait \u00e0 l\u2019\u00e9cole et plus loin, inexplicablement, une odeur de chocolat chaud traverserait la course du petit sentier herbeux. Un bon jour c\u2019est dehors d\u2019abord.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20\/08&nbsp;[ORAGE]&nbsp;<\/strong><br>Couleur de ma bicyclette, quoiqu\u2019on la dise grise. Mot aux phon\u00e8mes tr\u00e8s aim\u00e9s \u00e0 l\u2019instar d\u2019ardoise, qui en jouxte la teinte. Armoise va encore, mais armoiries s\u2019\u00e9gare vers l\u2019Italie qui n\u2019est pour rien dans ce trajet.&nbsp;<br><br>** Tr\u00e8s attendus l\u2019\u00e9t\u00e9 en montagne. Train fant\u00f4me dans la chambre aux volets clos secou\u00e9e par chaque roulement de tonnerre, l\u2019\u00e9clair est pass\u00e9 sous la porte comme la lampe torche d\u2019un cambrioleur, on en reste gris\u00e9 de peur dans le petit wagonnet du lit. Bien vite, les fen\u00eatres demeureront grandes ouvertes sur le Son et Lumi\u00e8re. Assis dans la large embrasure de la fen\u00eatre comme pour un feu d\u2019artifice sans trucage, on respire \u00e0 tout vent la puissance tellurique d\u2019exister l\u00e0.<em>&nbsp;<\/em><br><br>*** Quelques instants, l\u2019accablement de ce qui nous attend, fait place \u00e0 la simplicit\u00e9 qu\u2019il peut y avoir \u00e0 le traverser. Traverser une ville laide sans s\u2019y installer, sans devenir cette ville laide, sans alourdir sa laideur de notre accablement. La traverser comme un cheval marche sous la pluie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19\/08&nbsp;[LENDEMAIN]&nbsp;<\/strong><br>Remettre au lendemain, comme si nous avions la moindre garantie, jamais, qu\u2019il sera l\u00e0 pour reprendre, puisque nous et lui, c\u2019est du pareil au m\u00eame.&nbsp;<em>Je r\u00e9fl\u00e9chis en silence \u00e0 la stupidit\u00e9 des hommes, lesquels se fourvoient en mille chemins et se perdent en vains spectacles, cherchant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur ce qui se pourrait trouver \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/em>&nbsp;P\u00e9trarque\/L\u2019Ascension du Mont Ventoux&nbsp;<br><br>** Enfant, j\u2019\u00e9tais fascin\u00e9e par le film \u00ab\u2009Le Journal du lendemain\u2009\u00bb. Par je ne sais plus quel coup de chance, un type se trouve en possession de l\u2019\u00e9preuve non encore \u00e9crite d\u2019un grand quotidien. Il peut donc pr\u00e9venir les accidents et gagner le tierc\u00e9 dans l\u2019ordre. J\u2019ai beaucoup jou\u00e9 \u00e0 ce jeu&nbsp;: qu\u2019aimerais-tu savoir du lendemain d\u00e8s la veille\u2009? \u00c0 terme pourtant, \u00ab\u2009Le Jour de la Marmotte\u2009\u00bb a sonn\u00e9 le glas de cet amusement. On y voit un type ex\u00e9crable condamn\u00e9 \u00e0 revivre pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 la m\u00eame f\u00eate locale c\u00e9l\u00e9brant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019hiver. Il va \u00e9puiser toutes les possibilit\u00e9s de ce jeu dont la mort n\u2019est plus la fin. La proposition alors devenait pour moi vertigineuse&nbsp;: que reste-t-il dans cette bo\u00eete vid\u00e9e de toutes ses farces et attrapes\u2009?<br>Tenir un journal c\u2019est \u00e9crire au lendemain. Mais parfois la journ\u00e9e en cours nous rattrape et mange la veille. R\u00e9sister \u00e0 cette actualit\u00e9, voir ce qu\u2019il en restera le lendemain, accepter qu\u2019en d\u00e9pit de sa spectaculaire insistance, ce reste ne soit rien&nbsp;: toute la sagesse de l\u2019exercice r\u00e9side l\u00e0\u2026 et dans la fa\u00e7on joyeuse d\u2019accepter de sans cesse revenir \u00e0 cette pr\u00e9tendue sagesse. Quant au fond de la bo\u00eete, il demeure le vide.<em>&nbsp;<\/em><br><br>*** J\u2019ai toujours eu \u00e0 c\u0153ur de donner des dates fermes. Le quart d\u2019heure du caporal qui se multiplie par le nombre d\u2019interlocuteurs, la marge de pr\u00e9caution qui se d\u00e9multiplie \u00e0 la mesure des angoisses des uns et des autres, les parapluies ouverts qui pullulent par beau temps et emp\u00eachent toute circulation\u2026 L\u2019organisation professionnelle de ce qui ne marche d\u00e9j\u00e0 pas au niveau personnel&nbsp;: le manque de confiance dans la parole \u00e9nonc\u00e9e, la pr\u00e9f\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 la sp\u00e9culation sur le non-dit. Mais il est un cas o\u00f9 je truque la date. Le retour de vacances. Aux rares personnes qui s\u2019y int\u00e9ressent, j\u2019annonce toujours le lendemain. Le jour du voyage est au voyage. Le lendemain, au travail. Le temps passant, ma tranquillit\u00e9 me devient de plus en plus pr\u00e9cieuse. Pourquoi ne pas, tout de bon, me d\u00e9clarer indisponible jusqu\u2019\u00e0 ce que je ne le sois plus\u2009? Voil\u00e0 qui serait responsable, c\u2019est certain. Mais la cabane cach\u00e9e dans le lendemain d\u00e9cal\u00e9 est une vill\u00e9giature de prix. La concentration du jour o\u00f9 je ne suis pas encore rentr\u00e9e, son espace m\u2019est bien cher au point que j\u2019envisage assez s\u00e9rieusement de troquer le lendemain pour la semaine d\u2019apr\u00e8s, le mois suivant\u2026 Avec les ann\u00e9es, je m\u2019habituerai ainsi sans mal \u00e0 ma propre absence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18\/08<\/strong> <strong>[TARD]&nbsp;<\/strong><br>R\u00e9cemment aboli. \u00c0 la m\u00eame heure que t\u00f4t dor\u00e9navant et jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre. \u00c0 pas d\u2019heure que l\u2019heur, moi madame.&nbsp;<br><br>** Tu me dis regretter notre \u00e9t\u00e9 dernier pass\u00e9 \u00e0 p\u00e9daler sur les routes. J\u2019amende ton propos&nbsp;: mon v\u00e9lo couleur d\u2019orage n\u2019\u00e9tait apparu qu\u2019apr\u00e8s le 15&nbsp;ao\u00fbt. Preuve que nous savons faire tenir tout un \u00e9t\u00e9 dans la deuxi\u00e8me quinzaine d\u2019ao\u00fbt.<em>&nbsp;<\/em><br><br>*** J\u2019ai cru que nous \u00e9tions pass\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de septembre, de la rentr\u00e9e, du retour et mon c\u0153ur \u00e9tait triste et lourd comme on dit en po\u00e9sie. Mais tu as pass\u00e9 la t\u00eate par la porte de mon bureau pour me dire que tu r\u00e9parais les v\u00e9los pour un tour \u00e0 chaque \u00e9claircie. Ainsi, mon vieux po\u00e8me n\u2019aura pas vieilli. Merci d\u2019avoir une fois encore rustin\u00e9 mon c\u0153ur de chambre \u00e0 air.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><\/p><cite><p>Je vous \u00e9cris du plus profond de l\u2019\u00e9t\u00e9<br>Nos v\u00e9los roulent sur les nuages en dentelles des ciels bleu layette des Flandres<br>Et les odeurs montent de la terre&nbsp;<br>comme les larmes aux yeux&nbsp;<br>d\u00e9bordent et comblent tout ensemble.<br><br>La rouille de l\u2019eau r\u00e9pond aux verts crus des feuillages qui la bordent<br>Tout \u00e0 coup, sapin d\u2019\u00e9meraude, la fronti\u00e8re est pass\u00e9e.<br>La maison nous accueille au soir, sans rancune pour le jardin d\u00e9laiss\u00e9,&nbsp;<br>ses roses remontent sans cesse jusqu\u2019\u00e0 notre d\u00e9sinvolture&nbsp;<br>et colorent de leur beaut\u00e9, notre insouciance.<br><br>Nous nous sommes enfonc\u00e9s profond\u00e9ment dans l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;<br>Nous ne savons plus tr\u00e8s bien quel \u00e2ge ont ces yeux avides de vert, de d\u00e9couvertes, de chemins d\u2019ombres aux fins ajours<br><br>Ce qui est perdu demeurera<br>Perdu<br>Ceux qui se sont absent\u00e9s demeureront<br>Pr\u00e9sents<br><br>Nous nous sommes enfonc\u00e9s trop profond\u00e9ment dans l\u2019\u00e9t\u00e9 pour jamais revenir.<\/p><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>17\/08&nbsp;<\/strong>&nbsp;<strong>[ROSES]&nbsp;<\/strong><br>Emma Goldman, qui n\u2019\u00e9tait pas la moiti\u00e9 d\u2019une f\u00e9ministe anarchiste disait qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait&nbsp;<em>avoir des roses sur sa table que des diamants autour de son cou.<\/em>&nbsp;J\u2019ai toujours aim\u00e9 cette phrase indubitable. D\u2019autant qu\u2019elle me rappelle les quelques 40 ann\u00e9es o\u00f9 j\u2019ai pu voir mon grand-p\u00e8re se faire le jardinier de son \u00e9pouse, lui rapportant de son potager o\u00f9 il faisait pousser pour elle des roses et des lys, des sp\u00e9cimens pleins de vigueur rustique, bien \u00e9loign\u00e9s de ceux qu\u2019on m\u2019offre les bons jours apr\u00e8s une repr\u00e9sentation. Cet usage familial se confondant d\u00e8s les premiers tours de mange-disques avec les us et coutumes de la plan\u00e8te du Petit Prince de Saint Ex. La richesse sans borne de poss\u00e9der un jardin ou d\u2019y avoir acc\u00e8s et d\u2019aimer quelqu\u2019un. La B\u00eate de la Belle aussi conna\u00eet bien cette double n\u00e9cessit\u00e9 de la fortune. Quand je rentre de voyage, tout \u00e0 l\u2019heure, dans un vase, il y a des roses du jardin. Je les prends tr\u00e8s personnellement.&nbsp;<br><br>** On passe devant une imposante fa\u00e7ade de brique rouge, comme on se les figure aux maisons de correction de Dickens, mais un petit panneau annonce que c\u2019est un EHPAD&nbsp;: la maison des roses. Et c\u2019est vrai qu\u2019en se tordant un peu le cou on aper\u00e7oit quelque chose d\u2019un parc, avec des hortensias et d\u2019autres touches de la couleur annonc\u00e9e. <br>On poursuit le c\u0153ur plus l\u00e9ger, on imagine les chambres donnant sur la verdure et les fleurs. Peut-\u00eatre les rosiers grimpent-ils en Rom\u00e9o jusqu\u2019aux fen\u00eatres des r\u00e9sidantes, \u00e0 moins qu\u2019ils ne les r\u00e9galent de s\u00e9r\u00e9nades en buissons\u2026 il faut quelques tours de roues pour d\u00e9couvrir que le trottoir d\u2019en face longe le cimeti\u00e8re. <br>Plus loin dans cette promenade, aux alentours d\u2019une \u00e9glise aust\u00e8re dans la lumi\u00e8re voil\u00e9e de cette matin\u00e9e crachine, une sorte d\u2019h\u00f4pital de jour, regroupant des cabinets d\u2019obst\u00e9triques, de gyn\u00e9cologie, de sages-femmes a \u00e9t\u00e9 \u00e9trangement baptis\u00e9 Art\u00e9mis. Peut-\u00eatre n\u2019y re\u00e7oit-on que des Vierges Marie\u2009? Ou bien s\u2019y trouve-t-il le moyen de na\u00eetre dans une rose ou un chou sans entamer la chastet\u00e9 de la m\u00e8re\u2009? \u00c0 moins qu\u2019on n\u2019y pratique uniquement des interruptions de grossesse, afin de permettre aux chasseresses de poursuivre leur vie libre et sylvestre\u2009? De retour \u00e0 la maison, je me dis que j\u2019aurais bien besoin d\u2019un petit remontant dans le fond du jardin.<br><br>*** La maison des voisins est \u00e0 louer. Leur jardin m\u2019intrigue qui semble pour la surface l\u2019exact jumeau du n\u00f4tre, mais se d\u00e9robe \u00e0 la vue depuis nos fen\u00eatres de l\u2019\u00e9tage, sous l\u2019angle de leur toit avanc\u00e9. De la voisine, je ne connaissais qu\u2019une silhouette mille fois entrevue, brune mince dans un imper bleu et sa voix portugaise au t\u00e9l\u00e9phone depuis le jardin tandis que je lisais Au Bonheur des Morts apr\u00e8s d\u00e9jeuner pendant le long printemps du confinement. Dans mon esprit, elle s\u2019est ainsi associ\u00e9e \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/author\/hvbarroso\/\">Helena Barroso <\/a>du Tiers-Livre et de ce fait m\u2019\u00e9tait devenue tr\u00e8s sympathique. Je suis tent\u00e9e de pr\u00e9venir Helena qu\u2019elle a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 sans m\u00eame s\u2019en apercevoir. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que le c\u00f4toiement de l\u2019Atelier s\u2019accompagne d\u2019une forme de relocalisation d\u2019une participante, moi y compris&nbsp;: les photos de <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/author\/nholt\/\">Nathalie Holt<\/a>, natures mortes de son domicile, coupe de fruits \u00e0 des degr\u00e9s d\u2019avancement divers, fleurs \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9tapes de leur existence, lumi\u00e8re du jour dans les lourds rideaux du salon, me donnent l\u2019impression vivace d\u2019avoir chez elle \u00ab\u2009une chambre \u00e0 la semaine\u2009\u00bb, comme je lui confiais r\u00e9cemment. Un sentiment tout tch\u00e9khovien, n\u00e9 probablement de notre parent\u00e8le de th\u00e9\u00e2tre, et je pourrais sans peine d\u00e9crire cette chambre et mes passages discrets qui font de ses photos des images alors entrevues.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/183720263_10225891057886774_722999455985741071_n-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-47553\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/183720263_10225891057886774_722999455985741071_n-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/183720263_10225891057886774_722999455985741071_n-280x420.jpg 280w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/183720263_10225891057886774_722999455985741071_n-768x1152.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/183720263_10225891057886774_722999455985741071_n-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/183720263_10225891057886774_722999455985741071_n.jpg 1296w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption>\u00a9 Nathalie Holt<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p> Il y a aussi <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/author\/swambeke\/\">Simone Wambeke<\/a> dont je crois \u00eatre la voisine \u00e0 un jet de pierre depuis que nous habitons dans le Nord&nbsp;: son nom de famille s\u2019\u00e9crivant pour moi en noir sur blanc \u00e9maill\u00e9 avec la lisi\u00e8re rouge des panneaux d\u2019entr\u00e9e de de ville, de village. Il pourrait trouver sa place sur la route de Valenciennes \u00e0 Tournai. J\u2019ai ainsi l\u2019impression chaque fois que je la lis que nous sommes toutes proches, alors qu\u2019elle vit dans la r\u00e9gion de Saint-\u00c9tienne\u2009!<br>J\u2019esp\u00e8re que les nouveaux locataires ne couperont pas les antiques rosiers rouge g\u00e9ranium&nbsp;70 qui montent et remontent tout droit vers le ciel et d\u00e9passent largement notre muret commun. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019Helena aura pris soin de passer sa cl\u00e9 imaginaire \u00e0 un.e autre ami.e de l\u2019Atelier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16\/08&nbsp;[SOULIERS]&nbsp;<\/strong><br>L\u00e0 o\u00f9 je dis bottines (mais pense godillots), lui note mes souliers. Chaussures de marche, d\u2019Ascension au Mont Ventoux. Accessoire, mais indispensable, unique d\u00e9cor de marcheur, dont le feu aux joues est la seule rosette d\u00e9sir\u00e9e. \u00d4t\u00e9es, puis laiss\u00e9es aupr\u00e8s d\u2019un vieux berger ankylos\u00e9, sorte d\u2019Anchise loser qui n\u2019ira lui pas plus loin, les chaussures occupent une place si importante, que tout le reste est d\u00e9sormais devenu superflu&nbsp;: les ablutions sacralisantes, les bougies votives\u2026 Dans deux ou trois d\u00e9cades d\u2019ici et il n\u2019y aura plus que les souliers, Bach et P\u00e9trarque. Encore un effort\u2009!<br><br>**&nbsp;J\u2019avais cru \u00e0 un \u00e9t\u00e9 sans Ascension du Mont Ventoux, mais j\u2019ai re\u00e7u cette question d\u2019un compagnon de route&nbsp;: Malauc\u00e8ne est cit\u00e9 dans l\u2019<em>Ascension <\/em>de P\u00e9trarque\u2009? Assortie d\u2019une photo d\u2019un sol r\u00e2p\u00e9 sous l\u2019averse ign\u00e9e tandis que la montagne de for\u00eats denses plaquait l\u2019arri\u00e8re-plan contre le ciel.<br><br>***&nbsp;En n\u00e9erlandais, souliers se prononce srrouneun\u2019. C\u2019est un son tr\u00e8s mignon. Propres&nbsp;: srr\u00f4eune. Mais vertes&nbsp;: rroune. Un jour, j\u2019ouvrirai ici une boutique de quelque chose (de quoi, \u00e7a n\u2019a pas vraiment d\u2019importance), mais son nom, oui, Les Chaussures propres et vertes&nbsp;: srr\u00f4eune n rroune srrouneun\u2019.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15\/08&nbsp;[OURS]&nbsp;<\/strong><br>Son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re avait mari\u00e9 une Ours. Pour une g\u00e9n\u00e9alogie animali\u00e8re.<br><br>**&nbsp;\u00c0 Bruxelles, le tourisme des vieux a quitt\u00e9 la (Grand) Place, la moyenne d\u2019\u00e2ge des touristes est en chute libre, il y a beaucoup d\u2019espaces entre les corps et peu d\u2019argent dans les porte-monnaie. Une terrasse d\u00e9sert\u00e9e pr\u00e8s de la Bourse a install\u00e9 d\u2019\u00e9normes pandas en peluches \u00e0 ses tables.<em>&nbsp;<\/em><br><br>*** Sur un banc chevauchant le canal, un ours en plastique bleu. Plus t\u00f4t dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je l\u2019ai pris pour une poubelle, mais dans la soir\u00e9e, l\u2019approchant par l\u2019arri\u00e8re sa grosse silhouette gagne en r\u00e9alisme. Nous le d\u00e9passons. Je lui jette un coup d\u2019\u0153il par-dessus l\u2019\u00e9paule, je ne me souvenais pas que sa t\u00eate ait \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e de notre c\u00f4t\u00e9. Aussi extraordinaire que \u00e7a me paraisse, l\u2019ours en plastique bleu me ram\u00e8ne directement \u00e0 la statue du Commandeur. Leporello le vois bouger la t\u00eate, Don Giovanni refuse de l\u2019admettre, mais devant le fait s\u2019accomplissant, invite la statue \u00e0 d\u00eener, s\u2019arr\u00eatant finalement \u00e0 refuser de perdre la face. Sturm und Drang, <em>Don Giovanni<\/em> flirte avec le XIXe puisque son h\u00e9ros \u00e9ponyme vit dans un monde o\u00f9 tout s\u2019explique alors que le monde justement est en train de devenir trop compliqu\u00e9 pour \u00eatre expliqu\u00e9. Un \u00e9l\u00e8ve chanteur a r\u00e9cemment \u00e9crit un sc\u00e9nario brillant&nbsp;: suite \u00e0 la disparition de Don Giovanni, Don Ottavio doit s\u2019expliquer \u00e0 la police. Il s\u2019est lui-m\u00eame livr\u00e9 \u00e0 une enqu\u00eate&nbsp;: qui a tu\u00e9 le Commandeur. Et elle tient la route. Mais quand il commence \u00e0 parler de la statue qu\u2019Elvire et Leporello ont vue, le commissaire lui agite sous le nez sa prochaine arrestation pour le meurtre et la dissimulation du corps de Don Giovanni. Une statue qui parle, non, mais s\u00e9rieusement\u2009? Ainsi vont les choses c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans cette \u0153uvre, dans une friction fictionnelle qui devrait faire l\u2019effet d\u2019un poil \u00e0 gratter. L\u2019ours bleu opine s\u00fbrement sur son banc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-text-color has-background\" style=\"color:#a30046\"><strong>Codicille&nbsp;<\/strong>: Depuis bient\u00f4t trois ans, je tiens le <strong><em><a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/journal-dun-mot-an-3\/\">Journal d\u2019un Mot<\/a><\/em><\/strong>. Les ** indiquent les ann\u00e9es. Je poste chaque jour une entr\u00e9e. Ce sont toujours les m\u00eames mots, je les retrouve, je retrouve mes entr\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, je fouille, j\u2019ajoute, je diverge\u2026 C\u2019est un projet en l\u2019air n\u00e9 de la <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/tiers-livre-un-bon-ete-frontiere-close-ouverte\/\"><strong>derni\u00e8re proposition de l\u2019Atelier Ville<\/strong><\/a>. Je compte publier un recueil en d\u00e9cembre des trois premi\u00e8res ann\u00e9es. Apr\u00e8s, je ne sais pas. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 dans le cadre de #L6 une semaine de ce journal ici. Avec #L9, j&rsquo;y reviens. Parce que c&rsquo;est ce que je connais de plus proche de la <em>F\u00e9\u00e9rie g\u00e9n\u00e9rale<\/em>. Je l\u2019ajoute \u00e0 mon autre<strong><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-journal-edition-critique\/\"> <\/a><\/strong><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-ecrire-lete-iii\/\"><strong>#L9<\/strong> <strong>| \u00c9crire l&rsquo;\u00e9t\u00e9<\/strong> III<strong> <\/strong><\/a>qui prolonge le journal d&rsquo;\u00e9criture commenc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion de la proposition #6.   <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>21\/08&nbsp;[BONJOUR]&nbsp;En randonn\u00e9e, on se salue \u00e0 nouveau. Comme si, compte tenu de la faible densit\u00e9 de population humaine face \u00e0 l\u2019intense pr\u00e9sence de la flore (la faune des lapins se fait discr\u00e8te et point de grosses b\u00eates sur la Voie Verte des Gueules Noires), \u00e7a valait la peine de se rappeler \u00e0 une certaine fraternit\u00e9, qui passe par la politesse <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-feerie-perpetuelle\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L9 | F\u00e9\u00e9rie perp\u00e9tuelle 1<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":47547,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2707],"tags":[2731],"class_list":["post-47516","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-9-pireyre","tag-journal-dun-mot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47516","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47516"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47516\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47547"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47516"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47516"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47516"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}