{"id":47623,"date":"2021-08-22T22:14:03","date_gmt":"2021-08-22T20:14:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=47623"},"modified":"2021-08-30T15:36:23","modified_gmt":"2021-08-30T13:36:23","slug":"un-chantier-sous-un-autre-ciel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/un-chantier-sous-un-autre-ciel\/","title":{"rendered":"#L8 un chantier sous un autre ciel"},"content":{"rendered":"<p>Il habite un&nbsp; bout du monde,minuscule, un lieu sans beaut\u00e9 apparente.L\u00e0, avant la for\u00eat , \u00e0 la presque fin de la ville.Il vit dans une des six maisons pos\u00e9es l\u00e0, depuis les ann\u00e9es soixante, une maison faite de rien, une maison qu\u2019on remarque par sa forme, le corps de la maison a deux avanc\u00e9es qui portent chacune une tr\u00e8s grande fen\u00eatre. La maison se termine par une terrasse ; elle abrite son histoire, derri\u00e8re la maison se tient un jardin avec quelques arbres fruitiers, des massifs d\u2019aromates, de grandes herbes, quelques roses, des fraises en \u00e9t\u00e9, et un animal enterr\u00e9 quelque part. Autour de la maison il y a cinq autres maisons qui forment un \u00eelot. Ce lieu est ignor\u00e9 des gens de la ville. On vient rarement ici \u00e0 pied, de rares promeneurs passent par l\u00e0 pour aller plus loin dans la for\u00eat. La route conduit \u00e0 la for\u00eat comme elle conduit \u00e0 la ville. Le lieu est sans attrait pour celui qui passe en voiture, remarque, peut-\u00eatre l\u2019\u00e9trange bassesse des maisons, leur couleur blanche pass\u00e9e, leur terrasse avec en \u00e9t\u00e9 des plantes sur les terrasses. Il pense au premier jour o\u00f9 il a quitt\u00e9 ce lieu, voil\u00e0 ce qu\u2019il voit. Une ruelle \u00e9troite longue bord\u00e9e de chaque c\u00f4t\u00e9 de maisons prot\u00e9g\u00e9es par de hauts murs, parfois, un portail ouvert laisse entrevoir plein de couleurs d\u2019un jardin luxuriant. Il marche dans cette ruelle, elle permet d\u2019acc\u00e9der plus vite \u00e0 la route qui m\u00e8ne \u00e0 sa maison, quand on vient du centre de la ville. Un jour il prend un autre chemin. La pr\u00e9sence d\u2019un animal vu le fait fuir, le fait d\u00e9tourner du chemin. Plus tard il a racont\u00e9 l\u2019animal mi chien mi loup, ses pattes hautes et fines le pelage les yeux dor\u00e9s. Il transporte son chemin avec lui, il tient son chemin sous ses pas chaque jour, il imprime son chemin avec ses yeux, chaque impression correspond \u00e0 la couleur du jour la couleur du ciel, celle des arbres qui bordent la route, des taillis des buissons, qui deviennent rares plus il descend vers la ville. La couleur du temps, du jour de la nuit modifie le rythme de sa marche, le rythme de ses impressions. Chaque impression a son importance. La lumi\u00e8re ici \u00e9blouit des taillis mornes, ici quelques feuilles vertes, ici une d\u00e9gringolade de feuilles, l\u00e0 en amas brunes et craquantes de l\u2019automne dernier. Parfois il surprend un animal se jeter dans un fourr\u00e9, un chien errer sur la route, des l\u00e9zards, des insectes qui vont en colonnes le bas des murs de pierre, arm\u00e9es invisibles, plus rarement un \u00e9cureuil ; il se souvient de l\u2019\u00e9cureuil, un matin, sa couleur brune, celle du livre d\u2019enfant. Il porte&nbsp; une veste bleu de chine, un vieux jean, un tee-shirt avec une flamme rouge des livres et un slogan sur la r\u00e9volution dans un pays du sud. Il creuse la distance, \u00e0 la belle saison, plus de temps, plus de temps alors plus d\u2019espace. Il court, il s\u2019arr\u00eate, il entend le rouge gorge invisible derri\u00e8re le mur, il entend le bourdonnement des gu\u00eapes gorg\u00e9es de sucre, il voit le papillon pos\u00e9 sur la tige, il voit la danse des vilains dans le ciel, noirs annonciateurs d\u2019orage. La lumi\u00e8re il la regarde longtemps, ses yeux d\u00e9gorgent le trop plein de lumi\u00e8re par des larmes. Il s\u2019arr\u00eate s\u2019assure que tout est l\u00e0, le lieu o\u00f9 il s\u2019arr\u00eate semble lui appartenir, il connait reconnait les vieilles pierres d\u2019un mur, il se souvient d\u2019une nuit, assis l\u00e0 sur ces pierres, \u00e0 garder la main fant\u00f4me d\u2019une jeune fille. Il imprime chaque jour de nouvelles choses vues, une \u00e9criture rouge au bas d\u2019un mur, une brisure sur le bord de la route entre le caniveau et le trottoir, le bord argent\u00e9 d\u2019un toit, un reflet mordor\u00e9 sur des fleurs sans nom. Un jour il abat plus de kilom\u00e8tres il d\u00e9passe le centre de la ville, prend une longue avenue, passe devant une longue place arbor\u00e9e, l\u00e0 il voit trois chevaux blancs en arr\u00eat, deux \u00e9l\u00e9phants et un homme grand et maigre habill\u00e9 de rouge. Un autre jour il entre sur un chantier, le soir est l\u00e0 le chantier vide. Il est l\u00e9g\u00e8rement essouffl\u00e9, le chantier est une oasis retir\u00e9e du reste de la ville, il s\u2019assoit sur une palette. La fatigue exc\u00e8de son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre, de rester l\u00e0 dans un lieu o\u00f9 personne ne vient, sauf pour travailler. Maintenant c\u2019est le soir, il marche d\u2019un bon pas, \u00e0 cet endroit les arbres sont loin derri\u00e8re lui, il passe devant un tr\u00e8s vieux garage avec une enseigne bancale, la nuit elle clignote encore. Dans l\u2019air d\u00e9livr\u00e9 de la pesanteur du jour, il marche dans le soir. Une fleur l\u2019arr\u00eate, une simple fleur pousser l\u00e0 entre goudron pierre et terre invisible sous la pierre, il s\u2019incline sur le rouge grenat.Du rien du noir du soir le soleil acc\u00e9l\u00e8re sa chute.La ville commence \u00e0 allumer son corps et ses veines. Le ciel continue de lui demander de lever la t\u00eate, il voit la sc\u00e8ne. L\u2019ancien monde, le nouveau monde. Sa ville encore debout. Plus tard sa ville endormie. Et autour, tout autour des villes tombent. Sans bruit autour. Le soleil acc\u00e9l\u00e8re sa chute. Alors il s\u2019arr\u00eate, au loin la plus haute tour de la ville jette son premier laser.La ville commence \u00e0 allumer son corps et ses veines. Le ciel continue de lui demander de lever la t\u00eate, il voit la sc\u00e8ne. L\u2019ancien monde, le nouveau monde. Sa ville encore debout. Plus tard sa ville endormie. Et autour, tout autour des villes tombent. Sans bruit autour. Le soleil acc\u00e9l\u00e8re sa chute. Alors il s\u2019arr\u00eate, au loin la plus haute tour de la ville jette son premier laser. C\u2019est un faiseur de lieu, la r\u00e9alit\u00e9 frappe son \u0153il, il voit. Sa marche ouvre grand l\u2019horizon. Il descend dans la ville au plus profond de la ville, il voit la ville ses formes changer, s\u2019abstraire, il oublie maisons \u00e9difices immeubles tours, il voit formes, encastrement de formes, rupture de formes, ciel dans les ruptures, ciel entre les colonnes de b\u00e9ton, ciel comme mer du haut quand, arriv\u00e9 \u00e0 un certain endroit, tout se confond. Il aime la confusion de sa perception, de son impression. Son \u0153il exprime le monde visible, celui qu\u2019il voit. Tout existe. Il empreinte une rue la rue devient couloir br\u00fblant sous un soleil d\u2019\u00e9t\u00e9.Il p\u00e9n\u00e8tre un chantier, le chantier devient un chantier sous un autre ciel. <\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il habite un&nbsp; bout du monde,minuscule, un lieu sans beaut\u00e9 apparente.L\u00e0, avant la for\u00eat , \u00e0 la presque fin de la ville.Il vit dans une des six maisons pos\u00e9es l\u00e0, depuis les ann\u00e9es soixante, une maison faite de rien, une maison qu\u2019on remarque par sa forme, le corps de la maison a deux avanc\u00e9es qui portent chacune une tr\u00e8s grande <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/un-chantier-sous-un-autre-ciel\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L8 un chantier sous un autre ciel<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":398,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2678],"tags":[],"class_list":["post-47623","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-8-goux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47623","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/398"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47623"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47623\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47623"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47623"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47623"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}