{"id":47791,"date":"2021-08-22T18:31:33","date_gmt":"2021-08-22T16:31:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=47791"},"modified":"2021-08-31T12:23:38","modified_gmt":"2021-08-31T10:23:38","slug":"le-looch-est-bien-molle-ny-gater-pas-vos-dents","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-looch-est-bien-molle-ny-gater-pas-vos-dents\/","title":{"rendered":"#L8 |\u00a0Le looch est bien mol, n\u2019y g\u00e2tez pas vos dents."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/15648561340_feb37df217_b.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-47797\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/15648561340_feb37df217_b.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/15648561340_feb37df217_b-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/15648561340_feb37df217_b-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Harcel\u00e9 par des cauchemars, et tremp\u00e9 de sueur, il se l\u00e8ve au milieu de la nuit, le ventre tiraill\u00e9 par la faim. Il quitte son marcel pour un t-shirt sec. Le frisson des visions morbides parcourt encore les pores de sa peau avec la sensation d\u00e9sagr\u00e9able d\u2019une pr\u00e9sence rampante qui viendrait lui dresser les cheveux sur la t\u00eate. Il allume toutes les lumi\u00e8res mais les coins sombres ne cessent d\u2019attirer son regard comme si une figure hideuse allait surgir du noir. Dans la cuisine, il verse de l\u2019eau dans la bouilloire, passe une main sous un filet d\u2019eau et essuie le dessus de sa main sur chacun de ses yeux pour se r\u00e9veiller. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui sur le plan de travail, il reste un peu d\u2019huile et de sucre de la veille pour calmer sa faim. Il vide la bouilloire d\u2019eau chaude dans un bol pour faire mac\u00e9rer un vieux sachet de th\u00e9 avec plusieurs cuill\u00e8res de sucre blanc et de la poudre de gingembre. Un morceau de pain, une assiette de p\u00e2tes ou un bol de riz errent lancinants dans sa t\u00eate. Les n\u0153uds dans l\u2019estomac ressemblent \u00e0 des crampes. L\u2019eau chaude sucr\u00e9e ne suffit plus, demain il ira au village. En attendant, il s\u2019habille de v\u00eatements chauds de couleurs sombres. Puis d\u00e9cide de sortir en pleine nuit par l\u2019arri\u00e8re de la bergerie en se faufilant par la r\u00e9serve de bois sec, o\u00f9 la porte ferme de l\u2019int\u00e9rieur par un loquet en bois. La lune pleine projette une lumi\u00e8re bleut\u00e9e irr\u00e9elle, laissant une empreinte douce au sol de l\u2019ombre des arbres; un paysage de jour la nuit. Il a rep\u00e9r\u00e9 dans les environs de secrets petits jardins suffisamment \u00e9loign\u00e9s pour chaparder sans attirer l\u2019attention. Il rejoint un chemin blanc qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 parcouru le jour pour \u00e9viter les pierres et les trous. Des tiges hautes parsem\u00e9es de fragiles petites fleurs jaunes poussent en arbrisseaux. Il esp\u00e8re dans les trous de verdure \u00e0 proximit\u00e9 des petites sources trouver un chou, une poign\u00e9e de radis. De longs murets de pierres s\u00e8ches bordent l\u2019un ou l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du sentier, et prot\u00e8gent des arbres fruitiers plant\u00e9s \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Des pierres plates bien align\u00e9es, sans lichen viennent couvrir des murs droits, entretenus par des g\u00e9n\u00e9rations de bergers. \u00c0 quelques pas sur des petits champs abandonn\u00e9s cern\u00e9s par des muretins \u00e9boul\u00e9s o\u00f9 la terre a sem\u00e9 des cailloux, se sont \u00e9gar\u00e9s des thyms touffus et quelques bosquets de gen\u00e9vriers. Soudain il entend un craquement qui lui h\u00e9risse les poils, et le fige sur place. Il retient sa respiration. Il s\u2019attend \u00e0 voir un sanglier \u00e9gar\u00e9, mais rien n\u2019appara\u00eet. Il continue d\u2019un pas plus rapide. Le chemin se r\u00e9tr\u00e9cit et la pente se fait soudain plus raide en descendant. Des branches d\u2019acacias, de ch\u00eanes verts, et des tiges de gen\u00eat l\u2019obligent \u00e0 se baisser ou \u00e0 se tordre la t\u00eate pour progresser. Plus loin il pi\u00e9tine sur un entrelacs \u00e9pais d\u2019herbes et de lianes suspendues entre des crevasses taill\u00e9es dans le calcaire qui lui donne la sensation de flotter en marchant. Puis un peu sourd au d\u00e9but, le bruissement d\u2019un filet d\u2019eau qui court se fait entendre. L\u2019herbe haute devient tendre laisse entrevoir des iris nains. Enfin, un jardin s\u2019offre \u00e0 lui visible derri\u00e8re de hauts roseaux verts. Il se retourne, inspecte au loin le chemin derri\u00e8re lui, puis \u00e9coute en retenant sa respiration si un bruit attire son attention. Il pousse \u00e0 t\u00e2tons une sorte de portillon. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur le jardin bleut\u00e9 est plus vaste qu\u2019il n\u2019y paraissait dans ses rep\u00e9rages diurnes. Imm\u00e9diatement \u00e0 ses pieds de belles laitues pars\u00e8ment le jardin. Puis il continue entre les deux grands rectangles de terre cultiv\u00e9e sur le terre-plein qui s\u2019en va mourir vers la garrigue o\u00f9 un ch\u00eane pubescent fait le guet, ses racines cherchant dans le massif calcaire \u00e0 plonger sous terre par des circonvolutions serpentines. Il n\u2019y a rien que des salades, pas un radis, pas un chou; des tartines de pain beurr\u00e9es arros\u00e9es de cuill\u00e8res de sucre se rappellent devant ses yeux. Un peu fatigu\u00e9 il s\u2019allonge l\u00e0 entre deux anses au pied de l\u2019arbre. Les \u00e9toiles resplendissent et clignotent de mille scintillements imperceptibles. Deux cypr\u00e8s d\u00e9coupent tr\u00e8s haut le ciel de leur fl\u00e8che insistante. En quelques minutes les astres interceptent sa contemplation soufflant vers lui un chatoiement hypnotique qui vient clore ses paupi\u00e8res. Le froid mordant sur son visage est presque agr\u00e9able. Il se sent d\u00e9lest\u00e9 du poids de son corps. En songe une main le pousse pour le mettre \u00e0 terre. Il se sent tomber tout en ressentant une pression sur la poitrine. Apr\u00e8s une longue inspiration, il ouvre les yeux, un bras plonge effectivement dans sa poitrine, une main sur son c\u0153ur. \u2013 <em>Doucement mon bellement, je vous ai trouv\u00e9 l\u00e0 transit les l\u00e8vres bleuies. je vous croyais refroidi sans vie. Mais ma main sur votre coffre a senti la vigueur de vos battements. Je vous ai recouvert de ma cape. Je m\u2019en vais vous redresser de tout \u00e7a. Suis pauvresse, mais pas exag\u00e9reuse. <\/em>\u00c9bahi, il n\u2019ose pas r\u00e9pondre de peur de rompre le charme. Elle se redresse devant lui les mains sur la taille. \u2013 <em>Pr\u00eatez-moi votre main \u00e0 pr\u00e9sent que j\u2019vous regarde sur vos deux jambes. Allons, je ne vais pas vous faire le baise-main. <\/em>Elle lui lance un regard intense et rieur qui l\u2019oblige. Autour de son cou tann\u00e9 pend par une ficelle une grosse croix en bois clair, et plus haut deux lacets de soie nou\u00e9s maintiennent un petit bonnet de coton blanc brod\u00e9 qui \u00e9pouse parfaitement la forme de sa t\u00eate, et cache ses cheveux de jais. Il l\u00e8ve se main dans sa direction et fait attention avec l\u2019autre main de ne pas laisser tomber la cape tr\u00e8s chaude jet\u00e9e sur ses \u00e9paules. Elle le tire si vigoureusement qu\u2019il est projet\u00e9 en avant, et, tenant encore sa main fermement, elle le retient sans effort<em>. \u2013 Vous m\u2019avez l\u2019air bien brouill\u00e9 le nez dans vos songes. On vous aura frott\u00e9 la t\u00eate avec du jus de verveine. Vous avez belle t\u00eate. Si je suis bonne devineuse, je dirais de pr\u00e8s qu\u2019on a dans les m\u00eames \u00e2ges. <\/em>Surpris par sa force, il prend appui sur un arbre. Quoique sous le charme de la jeune femme \u00e0 la langue vernaculaire, tout ce qui se d\u00e9roule devant ses yeux s\u2019associe au r\u00eave. Elle parle presque en chantant d\u2019une voix distincte et claire en roulant tr\u00e8s peu les\u00a0\u00ab\u00a0r\u00a0\u00bb; mais ce n\u2019est pas du proven\u00e7al. Il se rend compte qu\u2019elle est grande et svelte sous sa jupe ajust\u00e9e longue au motif \u00e0 rayures sur laquelle tombe un tablier en toile claire. Elle s\u2019approche tout pr\u00e8s de lui.<em> \u2013 Voil\u00e0 quelques viandes* de ma gibeci\u00e8re. Y a pas de quoi faire un festin, mais \u00e7a va vous ravigoter.<\/em> Elle lui tend des figues s\u00e9ch\u00e9es, des raisins secs, des amandes et une petite balle un peu molle qui sent le nougat. \u2013 <em>Le looch*** est bien mol, n\u2019y g\u00e2tez pas vos dents. Il voit que le jour commence \u00e0 poindre. Les bras et les jambes sont engourdis.<\/em> Il d\u00e9tourne la t\u00eate au hululement d\u2019une chouette puis au moment o\u00f9 il s\u2019attend \u00e0 croiser son regard, elle n\u2019est plus l\u00e0, disparue sans un seul bruit. Balbutiant tout bas \u2013 <em>je ne vous ai dit ni merci ni au revoir!<\/em> Lentement il porte \u00e0 sa bouche la poign\u00e9e de fruits secs choisissant du bout des l\u00e8vres les raisins. Il voudrait partir, mais son corps est pesant. Il retient sa respiration pour \u00e9couter attentivement autour de lui. Il se d\u00e9cide \u00e0 arracher une laitue. Puis il remet la motte en place et reprend le terre-plein pour atteindre le panneau de bois battant qui cl\u00f4ture l\u2019entr\u00e9e. Sans trop r\u00e9fl\u00e9chir, il coupe \u00e0 travers la garrigue, les chemins, les vergers. \u00c0 l\u2019approche du g\u00eete, il d\u00e9fait son manteau et l\u2019enveloppe autour de son \u00e9norme salade. Il entre dans la bergerie et referme le loquet de la porte du fond. Dans la cuisine, il d\u00e9pose dans le bac \u00e0 vaisselle une feuille de ch\u00eane avec ses racines pleines de terre. Il est \u00e9puis\u00e9. Il se d\u00e9shabille sans attendre. En retirant son pull tombe \u00e0 ses pieds une couronne de petites lianes tress\u00e9es. Il devait l\u2019avoir sur la t\u00eate depuis le jardin. Il la d\u00e9pose sur la table et va faire couler longuement sur son dos, sa t\u00eate, ses bras, son ventre de l\u2019eau tr\u00e8s chaude. Les n\u0153uds \u00e0 l\u2019estomac se manifestent. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre habill\u00e9 sommairement, une serviette sur la t\u00eate, il va chercher le nougat dans la poche de son manteau. Il trouve le reste des figues et la boule de bonne taille qu\u2019il met dans sa bouche et laisse fondre. Le go\u00fbt du miel p\u00e2teux m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 de la gomme lib\u00e8re un parfum de guimauve tr\u00e8s agr\u00e9able. En quelques minutes, la sensation de faim s\u2019estompe, la douleur s\u2019est parfaitement \u00e9teinte dans son ventre. Il s\u2019allonge dans le lit, tire l\u2019\u00e9dredon, et s\u2019endort.<\/p>\n\n\n\n<p>* bellement : beau<br>** quelques viandes : quelques aliments<br>*** Le looch d\u00e9signe \u00e0 l&rsquo;origine une potion qu&rsquo;on l\u00e8che.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Harcel\u00e9 par des cauchemars, et tremp\u00e9 de sueur, il se l\u00e8ve au milieu de la nuit, le ventre tiraill\u00e9 par la faim. Il quitte son marcel pour un t-shirt sec. 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