{"id":47992,"date":"2021-08-23T23:27:40","date_gmt":"2021-08-23T21:27:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=47992"},"modified":"2023-12-21T22:50:38","modified_gmt":"2023-12-21T21:50:38","slug":"l9-documenter-cest-ecrire-emmanuelle-pireyre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-documenter-cest-ecrire-emmanuelle-pireyre\/","title":{"rendered":"#L9\/ documenter c\u2019est \u00e9crire"},"content":{"rendered":"\n<p>Le terme \u00ab&nbsp;bicoques&nbsp;\u00bb d\u00e9signe des habitations typiques d\u2019ici. Accroch\u00e9es aux pentes abruptes au-dessus de l\u2019anse o\u00f9 s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 le port, elles ont \u00e9t\u00e9 construites de fa\u00e7on anarchiques par toutes les petites mains arriv\u00e9es avec l\u2019exode rural depuis les Hauts Plateaux. Paysans pauvres, souvent jeunes, partis pour embaucher sur les docks, sur les cargos, sur les chalutiers, dans les petits commerces ou dans les hautes demeures de la bourgeoisie locale. Cette derni\u00e8re a d\u2019ailleurs choisi de s\u2019installer au-dessus des pentes, sur un replat devenu le quartier du Belv\u00e9d\u00e8re, au d\u00e9bouch\u00e9 des routes vers les Hauts Plateaux. C\u2019est \u00e0 ces m\u00eames bourgeois que l\u2019on doit l\u2019usage de ce terme de \u00ab&nbsp;bicoques&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer les habitations sauvages des pentes. Au milieu du XXe si\u00e8cle, la municipalit\u00e9 n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 tailler dans la pauvret\u00e9 pour relier le port et le beau quartier du Belv\u00e9d\u00e8re en cr\u00e9ant des escaliers cassants et des lignes de funiculaires, le tout \u00e9clair\u00e9 par un r\u00e9seau de petits r\u00e9verb\u00e8res novateur pour l\u2019\u00e9poque. Les bourgeois n\u2019aiment pas se perdre entre les ruelles des bicoques quand ils descendent pour g\u00e9rer les affaires de leurs compagnies sur le port ou, sans l\u2019avouer, pour s\u2019encanailler. Un \u0153il averti peut encore de nos jours rep\u00e9rer dans ces petites maisons des \u00e9l\u00e9ments architecturaux propres \u00e0 l\u2019habitat des Plateaux. Le premier, tr\u00e8s photog\u00e9nique, qui saute \u00e9videmment aux yeux, sont les fa\u00e7ades aux couleurs vives et chaudes enduites de ce bleu, jaune ou rouge, issus des peintures industrielles mais, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, des ocres des Hauts Plateaux. Sans doute un moyen pour les nouveaux habitants d\u2019alors de se sentir plus vite chez eux et de conserver un ancrage avec le pays natal. Deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment architectural repris aux Plateaux, la structure g\u00e9n\u00e9rale de la construction&nbsp;: la pi\u00e8ce principale rectangulaire, r\u00e9serv\u00e9e au sommeil, couverte de nattes et ferm\u00e9e sur deux murs tandis que les deux autres sont perc\u00e9s d\u2019ouvertures. Toutes les fen\u00eatres sont inspir\u00e9es du mod\u00e8le des Plateaux. Petites, carr\u00e9es \u00e0 un seul pan, elles permettent de conserver la fra\u00eecheur \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et surtout, elles offrent moins de prise au vent lors de la saison des temp\u00eates oc\u00e9aniques. Le mur du fond, souvent contre le vent, donne sur l\u2019arri\u00e8re et dispose donc d\u2019une seule de ces fen\u00eatres tandis que celui qui, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 s\u2019ouvre sur la cour, est perc\u00e9 d\u2019une porte et de deux autres fen\u00eatres. Les repas se prennent devant, dans la cour int\u00e9rieure prot\u00e9g\u00e9e par un auvent. Dans le coin le plus \u00e9loign\u00e9 se trouvent les lieux d\u2019aisance dont les \u00e9vacuations suivent la pente. On peut noter que les demeures bourgeoises du Belv\u00e9d\u00e8re sont-elles tourn\u00e9es vers le large et prennent donc de plein fouet les vents marins. \u00c0 signaler \u00e9galement que toutes les bicoques sont \u00e0 l\u2019origine construites avec ce torchis, m\u00e9lange de paille et de terre des Plateaux. Aujourd\u2019hui, briques et parpaings le remplacent au fur et \u00e0 mesure des travaux d\u2019am\u00e9lioration. Avec le m\u00eame soucis d\u2019efficacit\u00e9, pour la toiture, la t\u00f4le ondul\u00e9e a tr\u00e8s rapidement pris la place des tr\u00e8s lourdes pierres plates qu\u2019il fallait acheminer \u00e0 grands frais depuis les Plateaux. Les t\u00f4les sont quant \u00e0 elles directement d\u00e9barqu\u00e9es du port. Parfois, ces grosses pierres plates, r\u00e9sistantes aux bourrasques les plus violentes, servent encore \u00e0 \u00e9viter l\u2019arrachage des t\u00f4les lors des grandes temp\u00eates. Cependant, les autorit\u00e9s ne les ont jamais appr\u00e9ci\u00e9es. Elles ont parfois servi de projectile pour bombarder les forces de l\u2019ordre depuis les toits surplombant les escaliers.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le Luger est un pistolet semi-automatique de conception germanique mis au point au d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle par Georg Luger et fabriqu\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 Deutsche Waffen und Munitionsfabriken puis par l\u2019entreprise Mauser. Dans ses diff\u00e9rentes versions, le Luger a \u00e9t\u00e9 l\u2019arme de dotation r\u00e9glementaire des forces gouvernementales allemandes lors des deux conflits mondiaux, mais il a ensuite \u00e9quip\u00e9 un temps les forces de l\u2019ordre d\u2019autres pays occidentaux tels que la France. Les diff\u00e9rents mod\u00e8les sont d\u00e9nomm\u00e9s par une lettre correspondant \u00e0 leur type de munition suivi d\u2019un nombre en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ann\u00e9e de leur conception. Ainsi, pour le mod\u00e8le P08, parmi les plus r\u00e9pandus, il faut lire calibre Parabellum con\u00e7u en 1908. Le Luger \u2013 parfois \u00e9crit aussi L\u00fcger \u2013 est aujourd\u2019hui une arme pris\u00e9e des collectionneurs. Sa forme caract\u00e9ristique, avec sa molette comme un \u0153il sur la culasse, dans le prolongement direct du canon, fait que certains en le voyant pensent \u00e0 une t\u00eate de canard ou d\u2019\u00e9chassier. De fait, le profil de cette arme se retrouve dans une importante iconographie qui rassemble aussi bien les films noirs hollywoodiens r\u00e9alis\u00e9s pendant la guerre froide que les reportages ou les photos de la p\u00e9riode nazie. Le Luger \u00e9tait en effet l\u2019arme de poing utilis\u00e9e par de nombreux officier et sous-officiers allemands membres de l\u2019arm\u00e9e ou des multiples services de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l\u2019origine des nombreux crimes de guerre et crimes contre l\u2019humanit\u00e9 que l\u2019on sait.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Il est un pr\u00e9dateur nocturne vorace se nourrissant de poissons, de crustac\u00e9s et de c\u00e9phalopodes. Il se cache le jour. Il se d\u00e9place lentement et attaque par surprise. Il peut aussi se nourrir de cadavres. Il avale d\u2019un seul coup ou d\u00e9chiquette gr\u00e2ce \u00e0 de violents mouvements de la face avant et des m\u00e2choires. On sait peu de choses sur sa reproduction. Ses intestins d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent. Il cesse de s\u2019alimenter. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">D\u2019apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Congre_commun\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Congre_commun<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>La Compagnie de Commerce Maritime est une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e \u00e0 la fin du XIX\u00b0 si\u00e8cle par l\u2019unique h\u00e9ritier d\u2019une des plus imposantes familles latifundiaires du pays. Sa m\u00e8re, fille d\u2019un tr\u00e8s riche propri\u00e9taire de m\u00e9tairies sur les Hauts-Plateaux, \u00e9pousa un jeune aventurier am\u00e9ricain assagi et qui se piqua d\u2019\u00e9criture quand il vit l\u2019Oc\u00e9an depuis le Belv\u00e9d\u00e8re. Leur fils d\u00e9cida d\u2019utiliser une partie de la fortune familiale pour se faire construire non pas une de ses yachts en bois pr\u00e9cieux comme les oisifs de sa g\u00e9n\u00e9ration mais, un navire \u00e0 vapeur tout d\u2019acier et de rivets. Avec l\u2019argent de son grand-p\u00e8re, le soutien de son p\u00e8re et l\u2019amour de sa m\u00e8re, il se plut alors \u00e0 faire du cabotage entre les ports du sud du continent avant de remonter jusqu\u2019aux \u00c9tats-Unis, sans craindre les al\u00e9as du vent et des temp\u00eates gr\u00e2ce \u00e0 ses moteurs \u00e0 charbon. \u00c0 la belle saison, il n\u2019\u00e9tait pas rare de voir sur le pont, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, son p\u00e8re, carnet et stylo \u00e0 la main, tirant sur sa pipe en \u00e9cume face aux \u00e9l\u00e9ments. Soucieux d\u2019apporter sa contribution \u00e0 la fortune familiale, il se lan\u00e7a activement dans l&rsquo;exportation du guano. Ainsi naquit la Compagnie. Gage de r\u00e9ussite sociale, elle recrutait ses m\u00e9canos, matelots mais aussi grattes-papiers, chez les fils de la petite paysannerie des Hauts Plateaux. Plus l\u2019argent rentrait, plus la taille des navires augmentait. Bient\u00f4t, le jeune entrepreneur, se lan\u00e7a dans la cr\u00e9ation de plusieurs lignes commerciales r\u00e9guli\u00e8res \u00e0 destination de l\u2019Asie. Ce fut encore un succ\u00e8s. Paradoxalement, la Compagnie ne surv\u00e9cut pas longtemps \u00e0 son fondateur, pas plus qu\u2019\u00e0 la globalisation dont elle fut pourtant une des pr\u00e9curseures. L\u2019arriv\u00e9e des conteneurs, la concurrence des ports asiatiques puis la fin de la dictature militaire provoqu\u00e8rent sa ruine et elle fut aval\u00e9e par une entreprise nord-am\u00e9ricaine. Les h\u00e9ritiers n\u2019ont sans doute pas eu la \u00ab&nbsp;vista&nbsp;\u00bb de leur a\u00efeul et se sont transform\u00e9s en rentiers d\u00e9bonnaires. Clo\u00eetr\u00e9s dans leurs demeures du Belv\u00e9d\u00e8re \u00e0 \u00e9pousseter les vieux recueils de compte ou de po\u00e9sie, ils ont \u00e9t\u00e9 forts peu regardants sur leurs soutiens politiques qui \u00e9touffaient les incartades nocturnes de leurs rejetons dans les bars du port ou cassaient tous les mouvements sociaux sur les docks. Les petits eux n\u2019ont pas oubli\u00e9 quand la grande temp\u00eate \u00e9clata.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les fleurs du bouquet ne sont pas fan\u00e9es, elles sont s\u00e9ch\u00e9es. Ces bouquets de soleil, caract\u00e9ristiques des Hauts Plateaux remontent \u00e0 une tr\u00e8s ancienne tradition. Ils sont encore r\u00e9alis\u00e9s par les enfants d\u2019une maison neuve au d\u00e9but de la premi\u00e8re saison s\u00e8che qui suit sa construction. Les fleurs, tout juste cueillies dans les environs proches, sont assembl\u00e9es pour former une petite composition avec au centre un gros chardon entour\u00e9 d\u2019une couronne de dents de lion. Des violettes \u00e0 longue tige sont gliss\u00e9es pour relever le jaune orang\u00e9 de l\u2019ensemble. Puis, le pied du bouquet est serr\u00e9 avec une ligature en ficelle \u00e0 poulet. Ensuite, le bouquet est suspendu t\u00eate en bas par un clou au plafond de la pi\u00e8ce centrale de la maison. Il va rester l\u00e0 des mois, des ann\u00e9es, \u00e0 s\u00e9cher, \u00e0 prendre la poussi\u00e8re et \u00e0 veiller sur le sommeil des habitants. Il ne sera d\u00e9tach\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s la mort du dernier vivant de la famille qui a construit la maison et il l\u2019accompagnera dans la tombe. Si l\u2019habitation change de propri\u00e9taire, le membre survivant se doit de d\u00e9poser le bouquet sur la tombe familiale avant de quitter les lieux et qu\u2019une autre famille ne s\u2019installe. Pour les ethnologues, ces bouquets de soleil sont non seulement le signe de l\u2019ancrage des habitants \u00e0 la terre des Plateaux et \u00e0 l\u2019astre solaire protecteur et nourricier mais aussi la repr\u00e9sentation de l\u2019esprit de toutes ces g\u00e9n\u00e9rations qui ont v\u00e9cu sous le m\u00eame toit. Les premiers habitants des bicoques ont cr\u00e9\u00e9 leur bouquet de soleil avec des chardons et dents de lion apport\u00e9es des Plateaux mais bient\u00f4t, cette esp\u00e8ce de cigu\u00eb tr\u00e8s p\u00e2le, toute fr\u00eale qui pousse dans les cours int\u00e9rieures ou dans les interstices des marches des escaliers s&rsquo;est impos\u00e9e. Les quelques rares habitants des bicoques qui purent progresser dans l\u2019\u00e9chelle sociale en int\u00e9grant la fonction publique \u2013 l\u2019arm\u00e9e surtout \u2013 et qui s\u2019install\u00e8rent au Belv\u00e9d\u00e8re purent b\u00e9n\u00e9ficier pour leurs bouquets des produits des jardins de leur nouvelle demeure.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les chaussures de Il. Elles tiennent plus du godillot ou du croquenot que de la chaussure de ville en cuir souple cir\u00e9 noir. Plus rondes que pointues, plus rustiques que distingu\u00e9es avec leurs gros lacets marron, on les voit plus aux pieds de ceux qui arpentent les Hauts Plateaux qu\u2019\u00e0 ceux des employ\u00e9s de bureau qui circulent entre les maisons de commerce du port et le Belv\u00e9d\u00e8re. Elles manquent de souplesse. Leurs grosses semelles de caoutchouc noir crant\u00e9es sont tr\u00e8s rigides. De plus, le cuir brun qui les habille est lui assez \u00e9pais. Travaill\u00e9es et cousues main \u2013 les coutures restent apparentes \u2013 ses chaussures de travail et \/ ou de marche n\u00e9cessitent d\u2019\u00eatre cass\u00e9es. Alors seulement, elles deviennent confortables comme chaussons. Imperm\u00e9ables, elles demandent peu d\u2019entretien sauf, en fonction de l\u2019usage que l\u2019on en fait, l\u2019application d\u2019une fine pellicule de graisse. Issues des traditions artisanales des Hauts-Plateaux, ces souliers d\u2019une vie sont d\u00e9sormais confectionn\u00e9s \u00e0 fa\u00e7on par des habitants des bicoques. Un grossiste fournit les semelles et le cuir puis les paires de chaussures sont \u00e9coul\u00e9es sur les march\u00e9s. Les ouvri\u00e8res et les ouvriers les plus dou\u00e9s peuvent produire plusieurs paires par jour pour un salaire \u00e0 peine convenable, sans compter leurs heures et aux risques de graves blessures avec les poin\u00e7ons utilis\u00e9s pour les coutures. Pour gagner du temps, certains utilisent une colle industrielle mais s\u2019exposent, ainsi que leur famille, aux \u00e9manations des solvants qui la compose.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les enfants des escaliers ont \u00e9t\u00e9 immortalis\u00e9s par le Photographe. Leur nombre n\u2019est pas connu, mais on peut l\u2019estimer au moins \u00e0 plusieurs centaines. Il s\u2019agit surtout de gar\u00e7ons, parfois tr\u00e8s jeunes. Certains sont orphelins, d\u2019autres sont partis ou ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s de chez eux. Livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, ils ont trouv\u00e9 dans les escaliers un terminus \u00e0 leur errance. L\u00e0, ils se regroupent en bande et s\u2019associent parfois \u00e0 des meutes de ces chiens jaunes. Il n\u2019est pas rare de voir ces gosses dormir t\u00eate b\u00eache, \u00e0 m\u00eame le sol du palier entre deux niveaux d\u2019escaliers, entour\u00e9s de peaux d\u2019os ne somnolant que d\u2019un \u0153il. Un peu de protection et de chaleur en \u00e9change d\u2019un reste avari\u00e9 \u00e0 croquer. Tous survivent non seulement gr\u00e2ce \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des habitants des bicoques, \u00e0 la bienveillance maternelle des Sir\u00e8nes, qui parfois sont leurs s\u0153urs ou leurs m\u00e8res, aux restes des march\u00e9s ou des poubelles mais aussi et surtout des vols \u00e0 l\u2019arracher. Il n\u2019est pas rare qu\u2019un matelot pris de boisson se retrouve d\u00e9lest\u00e9 de son p\u00e9cule dans un coin sombre des escaliers ou qu\u2019un bourgeois en goguette remonte penaud au Belv\u00e9d\u00e8re dans le plus simple appareil. A l\u2019\u00e9poque des militaires, nombreux parmi ces gosses des escaliers ont \u00e9t\u00e9 battus, rafl\u00e9s et intern\u00e9s dans des instituts de r\u00e9\u00e9ducation. Beaucoup ont disparu. Les principales distractions pour tenir dans ce quotidien de survie, de violence et de crasse consiste \u00e0 se faufiler par la sortie des cin\u00e9mas, entre deux s\u00e9ances nocturnes, et d\u2019attendre cach\u00e9s entre les fauteuils le d\u00e9but de la projection suivante. L\u2019autre moment de r\u00e9pit qui s\u2019offre \u00e0 ces gosses est une de ces soir\u00e9es o\u00f9, r\u00e9unie sur les escaliers, la bande se raconte les exploits et rumeurs du jour en fumant les cigarettes vol\u00e9es ou reconstitu\u00e9es par les plus jeunes \u00e0 partir des m\u00e9gots glan\u00e9s entre les hauts et les bas de la ville. Les gares du funiculaire sont des lieux strat\u00e9giques pour cette r\u00e9colte. Certains, devenus adolescents finissent par s\u2019embarquer ou par embaucher sur les docks, certains deviennent hommes de main dans le milieu du port ou homme \u00e0 tout faire dans les demeures du Belv\u00e9d\u00e8re. Parmi les plus d\u00e9gourdis, certains ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s comme commis puis ont ensuite gravi un \u00e0 un les \u00e9chelons des maisons de commerce mais, la plupart n\u2019ont jamais refait surface.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code has-huge-font-size\"><code>Codicille #L9 : Mot cl\u00e9 retenu pour cette #L9 : \"\u00e9paissir\". \u00c9paissir le texte. Prendre dans le d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit et le documenter. Dans l'esprit des propositions o\u00f9 l'on a creus\u00e9 un lieu, une situation. On se souvient aussi de cette proposition, lors d'un autre cycle - Personnages ? - et cette demande d'amplifier, en dehors du texte principal, pour soi un des personnages pour juste lui donner consistance, densit\u00e9. Pour cette #L9 aussi, effort d'\u00e9crire, au quotidien, sur sept jours. \nDonc ne pas top lambiner, le texte du lundi s'est vite impos\u00e9. Le mardi deux autres r\u00e9dig\u00e9s. Probl\u00e8me pour le trois. Forte h\u00e9sitation puisque dans la demande d'un texte documentaire est pr\u00e9cis\u00e9 de ne pas faire du Wikip\u00e9dia. On s'autorise \u00e0 d\u00e9tourner. On a \u00e9vit\u00e9 cette facilit\u00e9 ludique du parodique ? Le mercredi reprise des premiers jets, le jeudi pas convaincu par le choix des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 documenter et il en manque. Retravail. Le vendredi, dans l'impossibilit\u00e9 mat\u00e9rielle d'\u00e9crire. L'accepter sans m\u00eame penser aux quatre derniers textes \u00e0 venir. Au soir du samedi, sur feuille volante, deux nouveaux premiers jets et les deux derniers objets \u00e0 documenter sont trouv\u00e9s. Le dimanche reprise num\u00e9rique et chuchot\u00e9e des feuilles volantes. Ce soir nouveau retravail et quelques modifications dans les #L pr\u00e9c\u00e9dentes pour coh\u00e9rence avec textes documentaires. On a donc un peu \u00e9paissi l'ensemble mais peut-\u00eatre pas assez fatigu\u00e9 les textes de la semaine.\nDemain, mise \u00e0 jour du pdf. Repenser aux anciens cycles et \u00e0 Foster-Wallace pour les notes en bas de page ? Ne pas oublier les remerciements et la 4\u00b0 de couverture envisag\u00e9e dans #L7. \nJ'ai appris quoi encore depuis juin ? Ce qui s'\u00e9crit, \u00e7a accroche, \u00e7a racle encore beaucoup, c'est lourd  mais au  moins, \u00e7a existe. Surtout, installer un temps presque quotidien d'\u00e9criture. Avant, en dehors des cycles TL, plut\u00f4t rythme hebdo, le dimanche. Enjeu maintenant, s'y tenir avec reprise boulot. A suivre ...<\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le terme \u00ab&nbsp;bicoques&nbsp;\u00bb d\u00e9signe des habitations typiques d\u2019ici. Accroch\u00e9es aux pentes abruptes au-dessus de l\u2019anse o\u00f9 s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 le port, elles ont \u00e9t\u00e9 construites de fa\u00e7on anarchiques par toutes les petites mains arriv\u00e9es avec l\u2019exode rural depuis les Hauts Plateaux. Paysans pauvres, souvent jeunes, partis pour embaucher sur les docks, sur les cargos, sur les chalutiers, dans les petits commerces <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-documenter-cest-ecrire-emmanuelle-pireyre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L9\/ documenter c\u2019est \u00e9crire<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":440,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2707],"tags":[5454,5453,3313,47],"class_list":["post-47992","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-9-pireyre","tag-bicoques","tag-bidonville","tag-gens","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47992","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/440"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47992"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47992\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47992"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47992"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47992"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}