{"id":48021,"date":"2021-08-24T09:59:46","date_gmt":"2021-08-24T07:59:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48021"},"modified":"2021-08-24T20:40:29","modified_gmt":"2021-08-24T18:40:29","slug":"l9-du-feu-des-mazzeri-de-la-rue-droite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-du-feu-des-mazzeri-de-la-rue-droite\/","title":{"rendered":"#L9\/ du feu, des mazzeri, de la rue Droite&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"667\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/palais-petit.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-48071\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/palais-petit.jpg 1000w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/palais-petit-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/palais-petit-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 elle venait rejoindre la famille en vacances au village, elle n\u2019en avait pas r\u00e9ellement envie, aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 passer ao\u00fbt \u00e0 Paris avec P, mais n\u2019avait os\u00e9 se soustraire \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 maternelle, avait fait le voyage en train de Paris \u00e0 Marseille, avait depuis la gare Saint-Charles rejoint \u00e0 pied la Joliette o\u00f9 elle avait embarqu\u00e9 de nuit sur le Danielle Casanova, flambant neuf. Cet \u00e9t\u00e9 l\u00e0 elle est arriv\u00e9e par la mer, elle est mont\u00e9e sur le pont juste apr\u00e8s l\u2019aube, \u00e0 peine sortie du sommeil, avant les annonces des stewards, avant les odeurs de caf\u00e9 ti\u00e8de qui flottent dans les couloirs du ferry, elle voulait \u00eatre la premi\u00e8re \u00e0 voir la terre surgir dans l\u2019air nimb\u00e9 d\u2019aurore, mais, alors qu\u2019on naviguait encore \u00e0 des kilom\u00e8tres au large des c\u00f4tes elle a \u00e9t\u00e9 saisie par&nbsp; l\u2019odeur du maquis br\u00fbl\u00e9, puis elle a vu les monts noirs poudr\u00e9s de cendres. \u00c7a faisait l\u00e0 une des journaux, LA HAUTE CORSE EST EN FEU. Le Cap, le Nebbio, la Balagne, jusqu\u2019aux portes de Bastia, le feu. La veille encore une fum\u00e9e \u00e9paisse et \u00e2cre enveloppait la ville. Les villageois s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s dans les \u00e9glises attendant que le vent se calme pour \u00eatre \u00e9vacu\u00e9s. Des milliers d\u2019hectares br\u00fbl\u00e9s, des morts, des habitations menac\u00e9es, parfois d\u00e9truites. Les Canadairs clou\u00e9s au sol, immobilis\u00e9s par de violents vents rabattants.<em> <\/em>On chuchote<em>, Les Corses mettent le feu \u00e0 leur terre<\/em>. Depuis on a pris des d\u00e9cisions drastiques, les pompiers se sont dress\u00e9s devant l\u2019ennemi, le berger incendiaire, tous les feux sont \u00e9teints, ma\u00eetris\u00e9s, interdits, les hectares sauv\u00e9s. Mais de nouvelles voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent, il faudrait changer de paradigme, si aujourd\u2019hui la Corse br\u00fble moins, elle est devenue beaucoup plus sensible au feu, la broussaille abonde, rampe sous le maquis, dans les for\u00eats, les \u00e9t\u00e9s sont plus longs, les chaleurs plus fortes, l\u2019incendie aux aguets d\u00e9vorera tout, \u00e7a fera du d\u00e9g\u00e2t. Il faudrait se rapprocher des bergers, ceux qui savent, entretiennent, surveillent, donnent l\u2019alerte. Il faudrait revenir aux pratiques ancestrales, retrouver le courage de br\u00fbler, utiliser le feu pour lutter contre le feu, suivre les pas des anciens qui le savent, le feu peut \u00eatre un ami.<\/p>\n\n\n\n<p>On dit que le <em>mazzeru<\/em> est un homme, ou une femme \u2014 on dit alors <em>mazzera<\/em> \u2014 qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait de ce monde, parfois m\u00eame on dit qu\u2019il vit entre deux mondes. On dit qu\u2019il a le don \u2014 ou la mal\u00e9diction \u2014 de pr\u00e9dire la mort, qu\u2019il voit et entend ce que les autres ne peuvent voir ni entendre. D\u2019autres disent que le <em>mazzeru <\/em>anticipe la mort mais qu\u2019il ne peut changer le cours du destin. On dit que le <em>mazzeru<\/em> agit malgr\u00e9 lui, sous l\u2019influence d\u2019une force qui le d\u00e9passe, s\u2019empare de lui, qu\u2019il en est l&rsquo;instrument involontaire. On dit que lorsqu\u2019il r\u00eave le <em>mazzeru <\/em>part en chasse, en lieux incultes, qu\u2019il tue la premi\u00e8re b\u00eate qu\u2019il rencontre \u2014 sauvage ou domestique \u2014 qu\u2019il d\u00e9p\u00e8ce sa proie, ou simplement la retourne, alors il voit appara\u00eetre le visage d\u2019une personne qu\u2019il connait, la malheureuse pourra compter les jours, il ne lui restera pas plus d\u2019un an \u00e0 vivre, la b\u00eate tu\u00e9e incarnait son \u00e2me, &nbsp;sans \u00e2me le corps finit par mourir. On dit aussi qu\u2019il existe des <em>mazzeri<\/em> blancs, ce sont ceux qui conduisent les \u00e2mes des morts, certains parviennent \u00e0 d\u00e9livrer les \u00e2mes captives, mais s\u2019ils \u00e9chouent ils ne pourront rien pour les \u00e2mes perdues. On dit que les flammes \u00e9loignent les <em>mazzeri<\/em>, alors on allume des feux, c\u2019est la nuit de la Mandraca, dans les villages, devant les maisons. On dit que les <em>mazzeri<\/em> s\u2019affrontent en haut des cols dominants, qu\u2019ils se battent \u00e0 coups d\u2019asphod\u00e8les toute la nuit, malheur aux vaincus qui compteront leurs morts l\u2019ann\u00e9e suivante. On dit qu\u2019on peut voir le <em>mazzeru<\/em>, m\u00eame lorsqu\u2019il voyage en esprit. On dit que si l\u2019on rencontre l\u2019esprit\u2014 le double \u2014 de quelqu\u2019un que l\u2019on conna\u00eet, il faut aussit\u00f4t se rendre chez lui et le veiller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube, on pourrait alors \u00e9viter la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Petra a eu une vie hors du commun, bruyante, remarquable, m\u00eame sa mort fait grand bruit, n\u2019est-elle pas morte deux fois ? C\u2019est sans doute pour cela qu\u2019il fallait, vingt ans apr\u00e8s sa disparition se confronter une deuxi\u00e8me fois au langage \u00e9trange des services fun\u00e9raires. Veuillez Madame trouver ci-joint le devis demand\u00e9 suite \u00e0 votre appel t\u00e9l\u00e9phonique. Dans le devis est compris le reliquaire, la boite \u00e0 ossement, les agents du cr\u00e9matorium m\u2019ont confirm\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de le pr\u00e9voir pour la cr\u00e9mation. Bonne r\u00e9ception et excusez-moi pour le retard. Cordialement,C V &#8211; Pompes Fun\u00e8bres R &#8211; PR\u00c9PARATION\/ORGANISATION DES OBS\u00c8QUES \/ D\u00e9marches et formalit\u00e9s administratives pour d\u00e9part ou arriv\u00e9e sans c\u00e9r\u00e9monie ou exhumation&nbsp;: 179 euros. Organisation, suivi et mise en place des moyens humains et techniques pour la r\u00e9alisation du service&nbsp;: 140 euros. CERCUEIL ET ACCESSOIRES \/ Housse \u00e9tanche pour exhumation 114 euros. Reliquaire en pin rectangle taille 6&nbsp;: 268 euros. TRANSPORT DU D\u00c9FUNT APR\u00c8S MISE EN BI\u00c8RE \/ Personnel pour manutention pout un transport direct du d\u00e9funt apr\u00e8s mise en bi\u00e8re 281 euros. V\u00e9hicule avec chauffeur pour autres op\u00e9ration fun\u00e9raires&nbsp;: transport d\u2019urne, de reliquaire ou de corps apr\u00e8s exhumation, transfert de cimeti\u00e8re \u00e0 cimeti\u00e8re (forfait pour 50 Kilom\u00e8tres aller\/retour). CR\u00c9MATION&nbsp;\/ urne p\u00e9gase en acier, dimensions D 18 x H 22,2 cm\/ Vol. 4 litres&nbsp;: 99 euros. Cr\u00e9mation d\u2019un cercueil apr\u00e8s exhumation plus de cinq ans apr\u00e8s inhumation&nbsp;: 489 euros. DIVERS \/ marbrerie&nbsp;, travaux de cimeti\u00e8re&nbsp;: 200 euros. Total g\u00e9n\u00e9ral TTC en euros&nbsp;: 1795,53. \u00c0 titre informatif et r\u00e9capitulatif nous vous confirmons que les remises consenties ci-dessus par notre agence sont les suivantes&nbsp;: -140,00 TTC.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre ici, dans ces circonstances si particuli\u00e8res, r\u00e9veille le souvenir confus de conversations anciennes, histoires rab\u00e2ch\u00e9es en fin de repas du dimanche, qui lui parvenaient assourdies dans les volutes de fum\u00e9e, tandis qu\u2019elle organisait les miettes en soleil radieux sur la nappe blanche. Des noms se pressent maintenant, parmi lesquels celui de rue Droite, si souvent prononc\u00e9, la rue o\u00f9 vivait la famille maternelle avant-guerre \u00e0 Bastia, o\u00f9, \u00e7a lui revient maintenant, une des s\u0153urs de Petra est n\u00e9e. Aujourd\u2019hui rebaptis\u00e9e rue Chanoine-Letteron, c\u2019est une ruelle du c\u0153ur historique de la ville, Terra Vecchia. Ce quartier elle le conna\u00eet depuis longtemps, quand elle \u00e9tait coll\u00e9gienne au Vieux lyc\u00e9e il lui arrivait de d\u00e9bouler ici par les passages qu\u2019elle croyaient secrets depuis les hauteurs vers le port, elle y est revenue des ann\u00e9es apr\u00e8s, plusieurs fois avec P, ils aimaient ensemble photographier cette partie de la ville d\u00e9laiss\u00e9e par les touristes, elle se souvient s\u2019\u00eatre interrog\u00e9e sur cette curieuse appellation de rue Droite, alors qu\u2019elle serpente \u00e9troite au pied de la Citadelle, fa\u00e7ades de guingois, \u00e9corch\u00e9es, marches d\u00e9glingu\u00e9es. Elle a appris plus tard que ce fut un quartier de p\u00eacheurs, puis que les avocats s\u2019y sont install\u00e9s qui lui ont donn\u00e9 son nom. La rue a perdu sa superbe, se pr\u00e9carise, squat, deal, marchands de sommeil, les immeubles entament leur inexorable d\u00e9labrement, la ville baisse les bras. Pourtant il y a la beaut\u00e9 envo\u00fbtante du trac\u00e9 ancien de la rue, la fa\u00e7ade recompos\u00e9e du palazzu Caraffa, l\u2019emmarchement monumental de l&rsquo;\u00e9glise Saint-Charles. Les promoteurs ne s\u2019y trompent pas, aujourd\u2019hui on r\u00e9habilite, on ravale les fa\u00e7ades, on r\u00e9pare les toitures, on r\u00e9nove les logements, certains propri\u00e9taires quittent les lieux contraints de vendre malgr\u00e9 les aides, d\u2019autres se frottent les mains. Maintenant elle se demande si l\u2019immeuble est toujours debout, interroge son cousin, est-ce qu\u2019il n\u2019aurait pas le livret de famille mentionnant la naissance d\u2019Annie, l\u2019adresse y figurerait peut-\u00eatre, il est d\u00e9sol\u00e9, n\u2019a jamais vu ce livret, en revanche il va essayer d\u2019obtenir un extrait d\u2019acte de naissance. Voil\u00e0 l\u2019adresse r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, 21 rue Droite. La rue a chang\u00e9 de nom, mais elle se persuade que la num\u00e9rotation a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e. Elle avance lentement, retarde la r\u00e9v\u00e9lation, un peu inqui\u00e8te de trouver une dent creuse dans le quartier en mutation. Elle d\u00e9couvre l\u2019immeuble en grisaille d\u00e9labr\u00e9e, un \u00eelot r\u00e9sistant aux assauts de couleur dont les enduits pel\u00e9s laissent appara\u00eetre les pierres irr\u00e9guli\u00e8res du b\u00e2ti, des fragments de briques ciment\u00e9es, des c\u00e2bles \u00e9lectriques \u00e0 nus, le linge pendus aux fen\u00eatres. Elle imagine facilement que oui c\u2019est bien ici que Louis et Pauline ont v\u00e9cu, avant le d\u00e9racinement.\u00a0Elle n\u2019a qu\u2019\u00e0 pousser la lourde porte de m\u00e9tal et de verre pour entrer, sentir une fra\u00eecheur et un silence d\u2019\u00e9glise. Elle commence une lente ascension, elle est \u00e9mue d\u2019imaginer oncle et tantes monter les m\u00eames marches en terrazo. Elle prend le temps de photographier m\u00e9thodiquement ce qui se r\u00e9v\u00e8le au fil de sa progression, la peinture bicolore \u00e9miett\u00e9e sur les murs fragiles, une alc\u00f4ve badigeonn\u00e9e de blanc, qui devait abriter une statuette religieuse, les vo\u00fbtes d\u2019ar\u00eate de la cage d\u2019escalier, les patronymes grav\u00e9s sur les plaques de m\u00e9tal clou\u00e9s sur les portes, les paillassons poussi\u00e9reux, chaque palier o\u00f9 s\u2019accumulent des plantes, les d\u00e9sordres de plastique color\u00e9, brosses et pelles, chaises d\u2019enfants, ballon crev\u00e9, elle en fait l\u2019inventaire, certaine qu\u2019avant le prochain voyage l\u2019immeuble aura fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9novation, et qu\u2019il sera bien difficile d\u2019imaginer la pr\u00e9sence des fant\u00f4mes derri\u00e8re les portes us\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une reproduction de l\u2019Annonciation de Fra Angelico, pr\u00e9cieusement encadr\u00e9e, une marie-louise en papier \u00e9pais et mordor\u00e9, dont la d\u00e9coupe suit la forme de la vo\u00fbte o\u00f9 se d\u00e9roule la sc\u00e8ne biblique aux couleurs fan\u00e9es, puis une vitre maintenue par un cadre sculpt\u00e9, peint en brun, rehauss\u00e9 de volutes en dorure, quelques \u00e9clats dus aux chocs r\u00e9v\u00e8lent par endroits l\u2019enduit ou les veines du bois. Impossible de se souvenir pr\u00e9cis\u00e9ment comment ce tableau est devenu le sien, comme si elle ne pouvait pas v\u00e9ritablement se l\u2019approprier, pourtant il est bien \u00e0 elle aujourd\u2019hui, accroch\u00e9 dans leur minuscule chambre \u00e0 coucher, plus petite encore que la cellule de San Marco. Elle aime penser que c\u2019est Jean Joseph Carozzi qui l\u2019a emport\u00e9 depuis le Pi\u00e9mont lors de son immigration en Corse en 1886, puis qu\u2019en 1937 la famille Carozzi l\u2019a gliss\u00e9 dans ses malles en quittant Bastia pour l\u2019appartement de l\u2019avenue de Corbera \u00e0 Paris d\u2019o\u00f9 il n\u2019a plus boug\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019A et S en referment d\u00e9finitivement la porte en 1981. Elle en a su l\u2019existence pile un si\u00e8cle apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re en Corse, &nbsp;alors qu\u2019elle rentrait d\u2019un voyage scolaire \u00e0 Florence, l\u00e0 o\u00f9 elle a d\u00e9couvert la fresque originale dans l\u2019intimit\u00e9 de la cellule num\u00e9ro trois du couvent San Marco \u00e0 Florence, au printemps 1986. C\u2019est probablement \u00e0 ce moment qu\u2019elle l\u2019a r\u00e9clam\u00e9 \u00e0 sa tante, amus\u00e9e et surprise que la famille poss\u00e8de cette reproduction. Sans doute l\u2019avait-elle d\u00e9j\u00e0 aper\u00e7u dans le d\u00e9cor familial, mais la beaut\u00e9 de Gabriel, la douceur de la Vierge lui sautent \u00e0 la figure, lui renvoient l\u2019\u00e9merveillement et la nostalgie de Florence, le premier grand voyage, la pr\u00e9sence de P, madame Garat contant passionn\u00e9ment Giotto, Lippi et Uccello, le ciel intense et bleu au-dessus de Santa Maria Novella. Aujourd\u2019hui cette reproduction se charge des exils successifs, des secrets de famille, de ces fant\u00f4mes qu\u2019elle est pr\u00eate \u00e0 accueillir, de cette crainte de la voir s\u2019effacer sous l\u2019effet du soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bas de l\u2019ancienne rue Droite \u2014 carrughju Drittu \u2014 on trouve un palais qui semble abandonn\u00e9, murs en lambeaux, pierres \u00e0 nu grignot\u00e9es de mousses et buissons sauvages, persiennes fracass\u00e9es en fragments de bois vert fan\u00e9 qui pendent dans le vide, c\u2019est la Casa Caraffa, quartier de Terra Vechja. \u00c9difi\u00e9 par la famille Petroni au XVIIe si\u00e8cle, la b\u00e2tisse est c\u00e9d\u00e9e faute de moyens \u00e0 la famille Bronzini de Caraffa qui m\u00e8nera plusieurs chantiers, elle en fera la plus importante demeure patricienne du XVIIIe si\u00e8cle en Corse. \u00c0 droite du palais, une vol\u00e9e de marches m\u00e8ne au jardin suspendu ferm\u00e9 par une petite grille de fer, un d\u00e9sordre de buissons, de ronces, d\u2019eucalyptus et palmiers alanguis. Avant que la demeure ne soit cette fois c\u00e9d\u00e9e \u00e0 la ville en 2002, la derni\u00e8re habitante y accueillait volontiers visiteurs et curieux, leur contait l\u2019histoire de l\u2019\u00eele, livrant les secrets de chaque pi\u00e8ce et de chaque objet. La casa Caraffa semble aujourd\u2019hui prisonni\u00e8re d\u2019un sortil\u00e8ge, endormie dans l\u2019attente de sa r\u00e9habilitation, la ville s\u2019interroge peut-\u00eatre sur le meilleur usage \u00e0 faire du lieu, cherchant des fonds, en attendant on ne peut qu\u2019imaginer les tr\u00e9sors qu\u2019elle rec\u00e8le, une chapelle, une biblioth\u00e8que de plus de quinze mille ouvrages, une collection de plaques photographiques de Tito de Caraffa, la vo\u00fbte peinte en trompe-l&rsquo;\u0153il du grand salon. Dans ses archives photographiques, une photo de la casa Caraffa, qu\u2019elle a prise il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, elle ne d\u00e9c\u00e8le aucun changement notable sur la fa\u00e7ade, mais \u00e7a la surprend de retrouver cette photographie, elle ne souvient pas l\u2019avoir prise, n\u2019a conserv\u00e9 aucun souvenir de cet endroit qui la fascine aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Codicille  : la rue droite, l'annonciation, le palais dormaient sur mon blog, tout est li\u00e9 et \u00e7a donne un sacr\u00e9 vertige. Il faudrait aussi \u00e9voquer le rapport des g\u00e9om\u00e8tres expert sur la maison d\u2019Erbalunga, un bouquet d\u2019immortelles, la disparition de la Marana, \u00e7a viendra<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0 elle venait rejoindre la famille en vacances au village, elle n\u2019en avait pas r\u00e9ellement envie, aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 passer ao\u00fbt \u00e0 Paris avec P, mais n\u2019avait os\u00e9 se soustraire \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 maternelle, avait fait le voyage en train de Paris \u00e0 Marseille, avait depuis la gare Saint-Charles rejoint \u00e0 pied la Joliette o\u00f9 elle avait embarqu\u00e9 de nuit sur <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-du-feu-des-mazzeri-de-la-rue-droite\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L9\/ du feu, des mazzeri, de la rue Droite&#8230;<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":186,"featured_media":48071,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,1,2707],"tags":[1016,79,47],"class_list":["post-48021","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-atelier","category-livre-9-pireyre","tag-famille","tag-memoire","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48021","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/186"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48021"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48021\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/48071"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48021"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48021"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48021"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}