{"id":48105,"date":"2021-08-24T12:01:11","date_gmt":"2021-08-24T10:01:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48105"},"modified":"2023-05-21T23:30:49","modified_gmt":"2023-05-21T21:30:49","slug":"p9-ou-lon-reparle-des-gouttieres-de-dantzig","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p9-ou-lon-reparle-des-gouttieres-de-dantzig\/","title":{"rendered":"#P9\/O\u00f9 l&rsquo;on reparle des goutti\u00e8res de Dantzig"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les photos sont en couleur, dans des pochettes plastique retenues par les anneaux d\u2019un classeur un peu trop plein. La pellicule transparente des pochettes s\u2019est pliss\u00e9e, elle ondule en vaguelettes, accrochant des reflets de lumi\u00e8re qui g\u00eanent le regard. Le plastique colle aux photos, il faut le soulever d\u00e9licatement pour retirer la feuille o\u00f9 elles sont scotch\u00e9s. Une indication est port\u00e9e au crayon : 26 juillet 1991 Gda\u0144sk . Lib\u00e9r\u00e9es de l\u2019\u00e9cran du plastique rid\u00e9, les photos ont plus d\u2019\u00e9clat. Elles sont tir\u00e9es sur papier brillant. La lumi\u00e8re y fait aussi jouer ses reflets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1) Le ciel est couvert.<\/strong> Il est pourtant plus clair que les corniches moulur\u00e9es en stuc qui encadrent les pignons des fa\u00e7ades multicolores. On le dirait blanc, ce ciel, n\u2019\u00e9tait le (vrai ?) blanc du papier, juxtapos\u00e9. Une dizaine de fa\u00e7ades se serrent les unes contre les autres, elles ont deux ou trois fen\u00eatres en largeur, trois ou quatre niveaux en hauteur, plus un dernier \u00e9tage, qui n\u2019a jamais qu\u2019une fen\u00eatre au milieu du pignon. Leurs couleurs respectives sont jaune p\u00e2le, brique, vert kaki, ocre jaune, bordeaux tirant sur le brun (c\u2019est aussi la couleur de la brique trop cuite du clocher qui la surplombe \u00e0 l\u2019arri\u00e8re plan), ocre orang\u00e9, rouge, bleu profond, jaune moyen, brique nue. C\u2019est tr\u00e8s joli. Les moulures des pignons forment des arrondis ou bien des lignes aplaties, des obliques, des virgules, des spirales, des arabesques et certaines fa\u00e7ades se rehaussent d\u2019un ridicule triangle aplati, comme s\u2019il y avait besoin de se prendre pour une \u00e9glise de Palladio. Les chambranles aussi sont encadr\u00e9es de blanc, et les fen\u00eatres sont \u00e0 carreaux. Une branche de feuilles vertes nous fait de l\u2019\u0153il au premier plan.<br><strong>Gr\u00e2ce \u00e0 la forme du clocher<\/strong>, je trouve sur internet qu\u2019il s\u2019agit de la cath\u00e9drale Sainte-Marie. Gr\u00e2ce \u00e0 celles des pignons, en tournant autour de l\u2019\u00e9glise, je localise sur Streetview l\u2019endroit d\u2019o\u00f9 cette photo a \u00e9t\u00e9 prise : ulica \u015aw\u0119tego Ducha, la rue du Saint-Esprit. En septembre 2017 (la date appara\u00eet en bas de l&rsquo;\u00e9cran, sur l&rsquo;ordinateur), les fa\u00e7ades ont gard\u00e9 leurs couleurs, sauf la bleue qui a pris la teinte du passage du temps. A moins que ce ne soit un effet du contre-jour ? Le soleil allonge en effet ses rayons entre un arbre et un pignon. Si on touche la souris, la photo bouge dans tous les sens, \u00e0 vous donner le tournis. Les voitures gar\u00e9es devant sont bien plus \u00e9clatantes et bien plus pimpantes que toutes ces fa\u00e7ades r\u00e9unies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2) En gros plan au centre de l\u2019image, les dents de la goutti\u00e8re.<\/strong> Elle a la forme d&rsquo;une t\u00eate de monstre aquatique, gueule ouverte. Elle est fix\u00e9e \u00e0 une fa\u00e7ade triste dont on ne voit qu\u2019un petit bout, d\u2019un gris loup, d\u00e9lav\u00e9, avec quelques coulures. \u00c0 sa gauche l\u2019autre goutti\u00e8re ressemble \u00e0 une t\u00eate de souris stylis\u00e9e, deux yeux dessin\u00e9s et une petite moustache incitent \u00e0 voir de grandes oreilles d\u00e9ploy\u00e9s dans ce qui ne serait sinon que l\u2019arrondi du zinc, sa d\u00e9coupe g\u00e9om\u00e9trique. Elle se d\u00e9tache sur un cr\u00e9pi ocre rouge orn\u00e9 d\u2019une \u00e9l\u00e9gante frise de rinceaux. La corniche et le fronton sont soulign\u00e9s par un larmier. Les tuyaux des deux goutti\u00e8res forment un V et se rejoignent en un unique tube. La lumi\u00e8re du ciel blanc se refl\u00e8te sur les vitres des fen\u00eatres de chaque immeuble, dont on ne voit que le coin sup\u00e9rieur, \u00e0 gauche et \u00e0 droite. L\u2019une d\u2019entre elles est entrouverte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3) Sur le m\u00f4le de Sopot, dit la l\u00e9gende<\/strong>. Une jeune femme aux formes rondes prend la pose de quelqu\u2019un qui voudrait danser, mais ses pieds chauss\u00e9s de basket immacul\u00e9es sont pos\u00e9s bien \u00e0 plat sur les planches, sans bouger. Le mouvement est dans la jupe ample qui lui arrive \u00e0 mi-mollet, dans l\u2019animation sur ses joues, dans le sourire qu\u2019elle adresse hors champ, sur le c\u00f4t\u00e9. Son visage, de profil, est fin et volontaire. Sur l\u2019autre photo elle ne regarde pas non plus l\u2019objectif.&nbsp; Elle est assise avec deux autres jeunes femmes sur un long banc de bois blanc qu\u2019interrompent seulement les bords de la photo, et qui doit faire toute la longueur de la jet\u00e9e. Le dossier les d\u00e9passe en hauteur. Outre sa jupe noire, elle porte un pull bleu roi, un sac \u00e0 dos, des lunettes rondes cercl\u00e9es de m\u00e9tal. Des m\u00e8ches ch\u00e2tain balayent son visage, s\u2019\u00e9chappant de la queue de cheval ou de la tresse, on ne voit pas bien, o\u00f9 elle a tent\u00e9 de retenir ses cheveux. Sur la photo o\u00f9 elle est debout, sans doute l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du m\u00f4le, montre une rambarde dont la peinture blanche commence \u00e0 s\u2019\u00e9cailler, et qui s\u00e9pare les promeneurs de l\u2019onde argent\u00e9e, couleur queue de sir\u00e8ne. Son d\u00e9hanch\u00e9, avec poings \u00e0 la taille et coudes \u00e9cart\u00e9s, c\u2019est comme une tentation de flamenco sur la Baltique, c\u2019est une envie de vivre, elle est s\u00e9duisante. La mer est plate, on le sait, mais sur la photo elle monte, derri\u00e8re la rambarde, des chevilles jusqu\u2019au profil de la jeune femme. Ensuite, au loin, une bande de terre o\u00f9 se devine le vert sombre des arbres et de l\u2019herbe, et quelques constructions brunes, et puis derri\u00e8re sa t\u00eate et ses cheveux au vent, tr\u00e8s haut, s\u2019\u00e9l\u00e8ve un ciel fait d\u2019aplats de gris bleut\u00e9 et de blanc gris\u00e2tre. Son geste dansant soul\u00e8ve juste un tout petit peu son pull bleu pour faire appara\u00eetre, comme un liser\u00e9, la bordure du tee-shirt rouge qu\u2019elle porte en dessous. Des deux autres jeunes femmes assises sur le deuxi\u00e8me clich\u00e9, l\u2019une porte des v\u00eatements qui lui sont assortis, jean, bleu roi, noir de nuit, l\u2019autre s\u2019accorde au temps et au paysage, gris taupe et marron clair. Elles sont toutes les deux en pantalon. La mer se r\u00e9duit ici \u00e0 une bande aux couleurs changeantes, entre le dossier du banc et le ciel stri\u00e9 de couches de nuages tr\u00e8s clairs. Sur la moiti\u00e9 droite de l\u2019image, l\u2019horizon est marqu\u00e9 d\u2019une ligne plus fonc\u00e9e, tr\u00e8s fine, et h\u00e9riss\u00e9e de ce qui doit \u00eatre les bras articul\u00e9s de machines portuaires. Les chantiers navals de Gda\u0144sk, qui avaient tant fait parler d&rsquo;eux dans la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente ? Une seule verticale derri\u00e8re les trois jeunes femmes, un poteau de bois brut qui pointe vers le ciel, comme une fl\u00e8che erron\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-cover aligncenter is-light\"><span aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-cover__background has-background-dim-0 has-background-dim\"><\/span><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"420\" height=\"315\" class=\"wp-block-cover__image-background wp-image-48112\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_20210824_112247-420x315.jpg\" style=\"object-position:88% 0%\" data-object-fit=\"cover\" data-object-position=\"88% 0%\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_20210824_112247-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_20210824_112247-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_20210824_112247-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_20210824_112247-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_20210824_112247-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 420px) 100vw, 420px\" \/><div class=\"wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les photos sont en couleur, dans des pochettes plastique retenues par les anneaux d\u2019un classeur un peu trop plein. 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