{"id":48271,"date":"2021-08-25T01:30:33","date_gmt":"2021-08-24T23:30:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48271"},"modified":"2021-08-31T11:33:33","modified_gmt":"2021-08-31T09:33:33","slug":"l8-pfizer-solo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-pfizer-solo\/","title":{"rendered":"#L8 Pfizer Solo"},"content":{"rendered":"\n<p>Marcher le long de l\u2019all\u00e9e de tilleuls en fruit, cette ombre reposante, \u00e9vacuer le poids de la journ\u00e9e, le trop plein de la Ville, le trop plein de la vie, se laisser aller \u00e0 l\u2019ombre des tilleuls, \u00e0 leur pr\u00e9sence silencieuse, silencieusement encombrante et se sentir encombr\u00e9e. Et l\u00e0 voir quelques rares micocouliers qui alternent les tilleuls dans cette all\u00e9e, la continuit\u00e9 est un leurre, vision rapide d\u2019un monde fait des sauts et d\u2019interruptions, tout est discontinu, les bateaux sont \u00e0 la d\u00e9rive, ils ne peuvent pas accoster, s\u2019approcher de la terre, la distance est l\u00e0, toujours l\u00e0, tout est discontinu, tilleuls et micocouliers ne se touchent pas, \u00eatre \u00e0 la mer et y rester des jours et des nuits, \u00eatre \u00e0 la d\u00e9rive, avec le r\u00eave de la <em>terraferma<\/em>, le r\u00eave du continent dans le coeur, oui, un jour on accostera, le monde deviendra \u00e0 nouveau continu et il sera possible de d\u00e9barquer. Arriver au fond de l\u2019all\u00e9e de tilleuls et de micocouliers, les bateaux \u00e0 la d\u00e9rive invisibles, quelque part plus loin dans une mer, passer le portail et se retrouver \u00e0 nouveau dans l\u2019encombrement de la Ville, se faire surprendre par une grande esplanade blanche en terre battue, n\u2019avoir jamais parcouru cet espace avant, parcourir cette terre, se laisser aller aux sensations des petite pierres sous ses sandales, surprise inattendue dans une Ville, souvenirs lointains qui remontent, secou\u00e9s par ces pierres, continuer \u00e0 avancer, inconsciente de tout ce qui se passe dans ce monde discontinu.<\/p>\n\n\n\n<p>La station d\u2019\u00e9puration est par l\u00e0. On pourrait \u00eatre enseveli dans le d\u00e9sordre humain, tout l\u2019invisible pourrait remonter \u00e0 la surface, comment faire alors, marcher pour l\u2019instant sans le savoir sur l\u2019obscur de la Ville qui coule dans un r\u00e9seau d\u2019eaux souterraines. Elle marche dans la Ville. Fin de l\u2019esplanade, le bitume de la Ville occupe \u00e0 nouveau tout l\u2019espace, plus de petites pierres sous les sandales. Batailler \u00e0 nouveau contre la Ville, dans son pr\u00e9sent, sans plus des secousses du pass\u00e9, chercher le passage pi\u00e9ton sans le voir, aucun feu, les voitures qui d\u00e9filent vite, tr\u00e8s vite, regarder d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et puis de l\u2019autre, chercher \u00e0 traverser cette all\u00e9e. D\u2019autres gens sont par l\u00e0, les observer, peut-\u00eatre qu\u2019ils connaissent le secret, comment traverser cette route, et l\u00e0 se d\u00e9couvrir \u00e0 nouveau enfant, regarder \u00e0 droite et \u00e0 gauche, puis c\u2019est fait. \u00catre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Garde du corps. Sas 1. Montrer son portable.<\/p>\n\n\n\n<p>Une marche apr\u00e8s l\u2019autre, environ dix marches gris ciment.<\/p>\n\n\n\n<p>Lever son regard et voir un palais sombre, des trous \u00e0 la place des entr\u00e9es, avancer, c\u2019est l\u00e0, c\u2019est l\u00e0 son espace, c\u2019est dans cette bo\u00eete noire qu\u2019il faut maintenant entrer. Grimper, se plonger dans ce noir, <em>valicare i confini<\/em>, entrer dans cette for\u00eat obscure en ciment arm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Un vieux monsieur \u00e0 la retraite. Sas 2. Pfizer ou Moderna, premi\u00e8re ou deuxi\u00e8me dose. Encore quelques marches grises. Puis tout va si vite. Le d\u00e9ploiement de force est militaire, marins pompiers, m\u00e9decins, infermi\u00e8res, la foule est continue. Faire part de cette foule continue. Accueil chaleureux et la surprise de rentrer dans l\u2019Histoire, sans interruption.<\/p>\n\n\n\n<p>Un marin pompier. Sas 3. Date de naissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis la r\u00e9ponse avec le bon pr\u00e9nom, le sien. \u00catre attendue.<\/p>\n\n\n\n<p>Bonjour Madame, juste apr\u00e8s la dame, bonjour Monsieur, juste apr\u00e8s la dame, bonjour, toujours bonjour et toujours apr\u00e8s quelqu\u2019un.<\/p>\n\n\n\n<p>Une dame. Sas 4. La feuille avec l\u2019heure et le jour et en fluo les parties \u00e0 compl\u00e9ter. Prendre ensuite un num\u00e9ro. Les tilleuls et les micocouliers sont d\u00e9sormais un souvenir loin. Des lampes n\u00e9on \u00e0 leur place. Elle ne pense plus aux bateaux dans la mer. Ici il n\u2019y a plus rien de naturel. Tout est couvert et recouvert, la for\u00eat est artificielle, les arbres sont des structures portantes en b\u00e9ton arm\u00e9. Devenir un num\u00e9ro au-dessus des fleuves enfouis de la station d\u2019\u00e9puration dans les parages.<\/p>\n\n\n\n<p>Un monsieur. Sas 5. Premier espace de temps assis.<\/p>\n\n\n\n<p>Son chiffre est scand\u00e9. Derri\u00e8re une vitre en plastique un m\u00e9decin. Visite \u00e9clair avec le m\u00e9decin, des questions de circonstances, des r\u00e9ponses convenues, plonger dans l\u2019indistinct collectif. Somnambules.<\/p>\n\n\n\n<p>Un infirmier. Sas 6. Deuxi\u00e8me temps d\u2019attente assis.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9rologie. Excuse-moi juste pour faire la s\u00e9rologie, mots qui voltigent dans l\u2019air. Emerveillement de ces mots en l\u2019air. Puis un jeune homme vient la chercher.<\/p>\n\n\n\n<p>Une infermi\u00e8re. Sas 7. Injection.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019avancer vers le vestibule, fermer le rideau, sourire \u00e0 l\u2019infirmier qui signe un papier, choisir le bras, toujours le gauche, soulever sa manche, retrousser sa manche et \u00eatre pr\u00eate, offrir son bras, lui remettre son pouvoir, tout son pouvoir. Silence dans le vestibule. C\u2019est fini.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre marin pompier. Sas 8. Espace de surveillance.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8me espace de temps assis. <em>Esausta<\/em>, dans la chaleur de juillet. Avoir le temps maintenant, ces quinze minutes de surveillance, ce temps pour rester l\u00e0, immobile, sans rien faire, sans penser \u00e0 rien. Un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9 est allum\u00e9, trompe l\u2019\u0153il de ce qui se passe, tous les sas en perspective, la t\u00e9l\u00e9 montre des gens souriants, la t\u00e9l\u00e9 montre l\u2019injection, tout en continu, si facile.&nbsp; Il manque 20 minutes avant la fermeture. Le haut parler incite maintenant la foule. Faites du bruit ceux qui sont du Pfizer 1, mes amis. Faites du bruit, ceux qui sont du Pfizer 2. Faire du bruit. Mes amis. Entendre tout le long des chiffres scand\u00e9s, \u00eatre un chiffre qui fait du bruit. Regarder la femme devant, robe noire courte, petits \u00e9clairs rouges, talon aiguilles, imaginer de marcher avec ces talons aiguilles. Entendre son num\u00e9ro, vingt minutes exactes apr\u00e8s l\u2019injection.<\/p>\n\n\n\n<p>Le panneau sortie couvre d\u2019autres \u00e9critures, Palais du Sport, Ville de M., regarder ces \u00e9critures qui se superposent, lire \u00e0 voix haute ces panneaux, imaginer d\u2019autres \u00e9critures possible, ne rien imaginer. Vivre une journ\u00e9e comme celle des grands-parents avec les c\u00e9r\u00e9monies du R\u00e9gime. Ces journ\u00e9es o\u00f9 tout le monde est convoqu\u00e9 et l\u2019Etat dicte l\u2019Histoire. Somnolence. Se laisser porter dans cette bulle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marcher le long de l\u2019all\u00e9e de tilleuls en fruit, cette ombre reposante, \u00e9vacuer le poids de la journ\u00e9e, le trop plein de la Ville, le trop plein de la vie, se laisser aller \u00e0 l\u2019ombre des tilleuls, \u00e0 leur pr\u00e9sence silencieuse, silencieusement encombrante et se sentir encombr\u00e9e. 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