{"id":48483,"date":"2021-08-26T10:10:21","date_gmt":"2021-08-26T08:10:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48483"},"modified":"2021-08-26T10:10:22","modified_gmt":"2021-08-26T08:10:22","slug":"p8-arrachement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p8-arrachement\/","title":{"rendered":"P#8 &#8211; Arrachement"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"260\" height=\"419\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/JeuneFilleEnRobeBleue_Modigliani.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-48489\" \/><figcaption>Fillette en bleue &#8211; Modigliani<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Tu es debout, emprunt\u00e9e dans cette robe trop solennelle, les mains s\u2019agrippant aux plis. Il est venu te reprendre, t\u2019arracher tu penses. Elle et lui (l\u2019autre), ont le visage baiss\u00e9, les l\u00e8vres pinc\u00e9es, livides. Mais ils font bonne figure. Il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 dit que cela serait d\u00e9finitif. Docile, tu franchis le seuil de l\u2019appartement avec cet homme. Ton corps est tendu, le pas raide, tambour aux tempes. Tu per\u00e7ois un l\u00e9ger souffle dans ton dos. Tu te contractes, aimerais rebrousser chemin, courir te r\u00e9fugier dans leurs bras. Mais la porte se referme tout doucement sur les deux corps rabougris qui tremblent dans le couloir, malgr\u00e9 l\u2019effort pour ne pas s\u2019opposer. En bas de l\u2019immeuble, tu ne te souviens plus avoir descendu les quatre \u00e9tages. Tu as sept ans. Tu es l\u00e0, \u00e9vid\u00e9e, sur le trottoir avec ton p\u00e8re, le biologique. Un inconnu. Dans la voiture il te pr\u00e9sente cette femme au visage s\u00e9v\u00e8re. \u00ab&nbsp;Tu dois d\u00e9sormais l\u2019appeler maman&nbsp;\u00bb. Tu te braques. Tu dis que ta maman est en haut. Il te gifle.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es attabl\u00e9e. L\u2019ampoule nue \u00e9claire faiblement la table o\u00f9 repose le bol de caf\u00e9 au lait et la tartine de pain beurr\u00e9e. A l\u2019ext\u00e9rieur, la cour est sombre, ensommeill\u00e9e, la lumi\u00e8re stellaire d\u00e9coupe les contours de l\u2019\u00e9table o\u00f9 tu sais que les vaches commencent \u00e0 s\u2019agiter. Tu avales la derni\u00e8re bouch\u00e9e. Le bol a d\u00e9j\u00e0 disparu. Tu enfiles un gilet, glisses tes pieds dans les sabots et traverses la cour humide aux lourdes odeurs animales. Tu as froid. Assise sur le tabouret, une longue journ\u00e9e commence sous les flancs de cette vache.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es assise sur le perron face \u00e0 la baie, une lettre \u00e0 la main. La brise marine balaie une m\u00e8che rebelle sur ton front. C\u2019est la pause, tu souffles un peu. Tu as pr\u00e9par\u00e9 les enfants, le petit d\u00e9jeuner, a\u00e9r\u00e9 les draps et les couvertures, balay\u00e9 les chambres. Tu attends que la famille quitte la table. Tu lis \u00e0 nouveau les mots re\u00e7us ce matin de ce couple dont l\u2019amour n\u2019est plus qu\u2019un \u00e9cho lointain. Le p\u00e8re ne t\u2019a finalement pas gard\u00e9. La femme s\u00e9v\u00e8re a d\u00e9sormais un fils. Tu es plac\u00e9e. Tu dois \u00eatre discr\u00e8te, efficace, \u00e9conome, ob\u00e9issante.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es couch\u00e9e, le sourire aux l\u00e8vres. D\u2019une certaine mani\u00e8re tu es libre. Libre enfin d\u2019organiser tes jours, en dehors des heures dues \u00e0 l\u2019usine. Tu partages une chambre avec une autre ouvri\u00e8re dans un h\u00f4tel des faubourgs industrieux de la grande ville. Et il y a ces dimanches sur les bords de marne avec ce jeune homme qui loue \u00e9galement une chambre un peu plus loin dans le couloir de l\u2019h\u00f4tel. Et il y a cette lueur dans ses yeux, une lumi\u00e8re perdue depuis ce jour o\u00f9 il t\u2019avait repris, arrach\u00e9 penses-tu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu es debout, emprunt\u00e9e dans cette robe trop solennelle, les mains s\u2019agrippant aux plis. Il est venu te reprendre, t\u2019arracher tu penses. Elle et lui (l\u2019autre), ont le visage baiss\u00e9, les l\u00e8vres pinc\u00e9es, livides. Mais ils font bonne figure. Il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 dit que cela serait d\u00e9finitif. Docile, tu franchis le seuil de l\u2019appartement avec cet homme. 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