{"id":48518,"date":"2021-08-26T14:31:02","date_gmt":"2021-08-26T12:31:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48518"},"modified":"2021-08-26T14:31:03","modified_gmt":"2021-08-26T12:31:03","slug":"l9-sept-documents-zero-neutralite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-sept-documents-zero-neutralite\/","title":{"rendered":"#L9  Sept documents, z\u00e9ro neutralit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\">1 \u2013 La Louisette en son caf\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>La Louisette a vieilli, certes, mais elle reste un rep\u00e8re pour tout le monde au village. D\u2019abord son caf\u00e9 n\u2019a pas boug\u00e9, on y retrouve tout ce qui nous rassure dans un caf\u00e9 fran\u00e7ais : les chaises en bois mal confortables mais qui nous font penser qu\u2019on est toujours \u00e0 Paris, m\u00eame au fin fond d\u2019un bled paum\u00e9, le carrelage large et bien pos\u00e9, facile \u00e0 laver, les tables rondes au pied central en volutes, et puis il y a la d\u00e9coration. Dans les bars branch\u00e9s, on voit parfois des n\u00e9ons de couleur changeante, des affiches ou des peintures encadr\u00e9es\u2026 ici rien de tout \u00e7a. La Louisette a fait quelques am\u00e9nagements lorsqu\u2019elle a repris le caf\u00e9 avec Guy, \u00e0 la suite de ses beaux-parents : la caisse enregistreuse antique a laiss\u00e9 place \u00e0 une \u00e9lectrique, les \u00e9tag\u00e8res derri\u00e8re le bar sont devenues transparentes et les verres \u00e0 pied ont \u00e9t\u00e9 suspendus sur des tiges, t\u00eates en bas, plus facile \u00e0 attraper et moins facile \u00e0 casser que lorsqu\u2019ils \u00e9taient m\u00e9lang\u00e9s aux verres \u00e0 bi\u00e8re. Pareil pour les tasses \u00e0 caf\u00e9 qui s\u2019empilent bien cal\u00e9es dans une structure en m\u00e9tal, juste au-dessus des soucoupes assorties. Les d\u00e9marcheurs en mat\u00e9riel \u00e9taient pass\u00e9s d\u00e8s le changement de nom de propri\u00e9taire (enfin, de pr\u00e9nom), trop contents de ne plus avoir affaire \u00e0 l\u2019ancienne tenanci\u00e8re qui les envoyait r\u00e9guli\u00e8rement bouler \u00ab parce qu\u2019on n\u2019est pas une succursale des marques, quand m\u00eame \u00bb.<br>La Louisette avait fait repeindre les murs en beige-jaune, elle ne souvient plus du nom de couleur que le peintre avait utilis\u00e9, mais \u00e7a sonnait mieux que \u00e7a. Par contre sur les murs, \u00e7a fait beige-jaune, c\u2019est pareil. Il y a quelques ann\u00e9es, Guy s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9 dans le lessivage complet des murs et \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9prouvant que r\u00e9ussi. Elle avait fait changer l\u2019\u00e9clairage aussi : les luminaires \u00e0 quatre branches et globes jaun\u00e2tres avaient laiss\u00e9 place \u00e0 des \u00e9clairages \u00e0 LED : m\u00eame forme, m\u00eame style, mais \u00e9clairage blanc. Elle s\u2019\u00e9tait dit, en voyant que \u00e7a tenait parfois trente ans, que ces luminaires lui survivraient. Elle n\u2019avait pas pr\u00e9vu que Guy, lui, ne lui survivrait pas.<br>Tous les clients avaient cru qu\u2019ils avaient repeint, mais non, c\u2019\u00e9tait toujours la m\u00eame peinture depuis maintenant\u2026 quinze ans. Comme elle, la Louisette. La m\u00eame avec les rides en plus et la mobilit\u00e9 en moins. Elle essuie ses mains sur son tablier blanc \u00e0 rayures bleues qu\u2019elle noue tous les matins en un double n\u0153ud dans le dos, au niveau de sa taille alourdie par les ans. Les petites poches devant accueillent le limonadier et le torchon \u00e0 quadrillage rouge pour essuyer les tables. Pas de carnet de commandes, elle n\u2019en a jamais eu besoin. Elle a de la m\u00e9moire la Louisette, pour s\u00fbr !<br>A sa gauche lorsqu\u2019elle se tient derri\u00e8re le comptoir, le mur lessiv\u00e9 a accueilli le m\u00eame petit tableau noir sur lequel elle note soigneusement \u00e0 la craie le plat du jour servi le midi. En-dessous, entre les deux banquettes en faux cuir bordeaux, sont accroch\u00e9s les baguettes sur lesquels pendent les journaux : un national, un local et un satirique. Peu de choix, certes, mais elle a r\u00e9duit de moiti\u00e9 le nombre de baguettes depuis qu\u2019elle a ouvert la partie presse, PMU et tabac, dans le fond du caf\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 avant la salle se remplissait le midi de tous les travailleurs du coin\u2026 Maintenant ils venaient gratter du bingo, remplir un loto et demander leur paquet de clopes. \u00c7a avait oblig\u00e9 \u00e0 mettre une deuxi\u00e8me caisse, plus moderne (mais plus encombrante et moins jolie) dans le prolongement du bar. Guy aimait bien tenir cette caisse-l\u00e0 et \u00e7a rassurait la Louisette de savoir son homme occup\u00e9 \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 se servir des coups. Il n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 alcoolique, c\u2019\u00e9tait pas \u00e7a, mais on n\u2019a pas une consommation normale quand on partage avec les clients les ap\u00e9ros et les temps creux. Sur la fin il ne buvait plus que du caf\u00e9 et il se faisait charrier par les copains. Alors, comme il en avait marre, ils avaient mont\u00e9 une combine pour qu\u2019il ne perde pas la face : Louisette avait gard\u00e9 une vieille bouteille de cognac qu\u2019elle avait rempli d\u2019eau avec du caramel. Lorsqu\u2019elle avait le dos tourn\u00e9, Guy la prenait en la montrant aux copains et en versant une goutte dans son caf\u00e9. Les autres rigolaient qu\u2019il arrive si bien \u00e0 berner sa femme et le trouvaient h\u00e9ro\u00efque de ne pas ob\u00e9ir aveugl\u00e9ment aux m\u00e9decins qui exag\u00e9raient toujours tout. Louisette rigolait de son c\u00f4t\u00e9 : Guy sauvait la face et elle sauvait son fonds de commerce.<br>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du coin presse, il y avait le mur au miroir au liser\u00e9 beige-jaune, lui aussi marquant les ans avec quelques piquetages marron noir en bas \u00e0 droite et au milieu en haut. Louisette les avait vus un jour, comme on d\u00e9couvre soudain que son meilleur ami a toujours eu des grains de beaut\u00e9 sur la figure sans qu\u2019on ne s\u2019en aper\u00e7oive jamais. Avec ou sans ces traces, le miroir permettait aux joueurs de belote de tricher tranquillement chacun leur tour. Elle avait remarqu\u00e9 qu\u2019ils prenaient la place du perdant (dos au miroir) toujours les m\u00eames jours, comme dans un tacite planning d\u2019entreprise : le lundi Ren\u00e9, le mardi Robert et le mercredi Bernard, puis \u00e7a recommen\u00e7ait jeudi, vendredi et samedi. Egalit\u00e9. Le dimanche ils ne jouaient pas parce que le caf\u00e9 fermait \u00e0 midi : ceux qui allaient \u00e0 la messe se retrouvaient plut\u00f4t en famille et pas au caf\u00e9, et pendant la messe le bar accueillait les r\u00e9calcitrants \u00e0 la Sainte C\u00e8ne. Le principe \u00e9tait le m\u00eame du point de vue de Louisette : on partage le pain et le vin et on r\u00e9colte les fruits de la qu\u00eate. L\u2019\u00e9glise ne faisait concurrence qu\u2019un jour par semaine et lui permettait de se reposer un peu, elle pouvait bien tol\u00e9rer \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">2 \u2013 La moto<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ressemble \u00e0 une gu\u00eape, avec une \u00e9norme t\u00eate aux yeux qui peuvent lancer de puissants faisceaux sur le bitume, des yeux en amande qui semblent transparents lorsqu\u2019ils sont au repos. Les poign\u00e9es en haut de sa t\u00eate pourraient en \u00eatre les antennes et c\u2019est un peu le cas, puisque c\u2019est avec \u00e7a qu\u2019elle se dirige sur les routes sinueuses. Si on continue la courbe de sa t\u00eate, on peut s\u2019apercevoir qu\u2019elle doit \u00eatre tr\u00e8s intelligence et qu\u2019elle a de la ressource pour parcourir des centaines de kilom\u00e8tres : c\u2019est le r\u00e9servoir. Il est peint comme le reste des \u00e9l\u00e9ments dans un bleu profond et iris\u00e9. Le bouchon en m\u00e9tal gris clair est pos\u00e9 sur le centre de cette bonbonne extraordinaire. Est-ce le point n\u00e9vralgique de la b\u00eate ? s\u2019\u00e9broue-t-elle si on la caresse \u00e0 cet endroit ? A vos risques et p\u00e9rils, car la b\u00eate grogne et pique de son moteur \u00e9norme qui s\u2019y d\u00e9ploie en-dessous. Quelques ou\u00efes montrent qu\u2019elle respire et on s\u2019attend \u00e0 ce que son corps gonfle au rythme de ses inspirations. Mais \u00e0 la surface tout est calme. La selle en cuir noir piquet\u00e9 de coutures grises constitue une \u00e9tendue calme avant d\u2019atteindre l\u2019extr\u00eame dard de m\u00e9tal bleu. La plaque d\u2019immatriculation jurerait presque dans ce profil ac\u00e9r\u00e9. Mais justement, c\u2019est pour rappeler que toute cette puissance doit \u00eatre canalis\u00e9e, respecter des r\u00e8gles, se soumettre \u00e0 un code d\u2019honneur implacable. En-dessous ce corps, des pattes rondes et larges. La roue arri\u00e8re semble presque \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment autonome au disque de m\u00e9tal gris rappelant celui de la peinture, alors que la roue avant est orn\u00e9e d\u2019un disque central bien plus large avec, en son centre, une \u00e9toile de bronze ajour\u00e9e. Les pattes acc\u00e9l\u00e8rent mais freinent aussi, heureusement pour tout le monde. Il ne manque \u00e0 ce corps compact que l\u2019homme qui s\u2019installe dessus. Ses v\u00eatements de cuir, eux aussi bleu et gris, viennent s\u2019agglom\u00e9rer \u00e0 notre gu\u00eape tranquille. Les pots d\u2019\u00e9chappement doubl\u00e9s brillent soudain sous le dard, on les avait oubli\u00e9s, comme on oublie les b\u00eates sages et silencieuses avant d\u2019\u00eatre surpris par leurs rugissements. L\u2019homme tourne les antennes, voil\u00e0 le point sensible de la b\u00eate, avance doucement sur la pointe des pieds avant que la gu\u00eape ne s\u2019\u00e9lance. Les voil\u00e0 partis. Un \u00e9clair bleu dans la nuit tombante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">3 \u2013 L\u2019\u00e9glise<\/p>\n\n\n\n<p>Alex \u00e9tait entr\u00e9 dans l\u2019\u00e9glise par la petite porte en bois sur le c\u00f4t\u00e9, la seule ouverte, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on lui avait dit. La clenche en m\u00e9tal \u00e9pais \u00e9tait antique, comme on n&rsquo;en fait plus, la preuve en est de la serrure moderne rutilante juste en-dessous. Alex avait d\u00fb se demander qui pouvait bien venir chaque jour ouvrir puis fermer cette porte d\u2019acc\u00e8s \u00e0 ce lieu de culte de plus en plus d\u00e9sert\u00e9, comme partout en France, comme tous les lieux de ces campagnes recul\u00e9es. Cette \u00e9glise dans laquelle sa m\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e\u2026<br>En p\u00e9n\u00e9trant dans l\u2019endroit sombre et frais, elle imagina soudain une petite foule r\u00e9unie l\u00e0 pour l\u2019occasion. Elle, b\u00e9b\u00e9, habill\u00e9e de blanc, on enlevait le petit bonnet au-dessus des fonds baptismaux pour l\u2019oindre\u2026 et elle pleurait de cette d\u00e9sagr\u00e9able surprise froide. M\u00e9lanie faisait maintenant partie de la communaut\u00e9 des hommes qui seraient sauv\u00e9s par Dieu. C\u2019est pour cela qu\u2019elle avait tout fait pour le tenir loin des \u00e9glises : la vie \u00e9ternelle ne valait rien si la vie sur terre \u00e9tait si d\u00e9sastreuse. Et les copains d\u2019Alex allaient plut\u00f4t \u00e0 la mosqu\u00e9e de toute fa\u00e7on\u2026 et quand ils parlaient de leur Dieu, il ne se sentait pas concern\u00e9. Tout ce qui pouvait ressembler de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 une autorit\u00e9 trop sup\u00e9rieure et trop lointaine lui avait toujours h\u00e9riss\u00e9 les poils. L\u00e0 encore, h\u00e9ritage maternel. Alex lui avait souvent demand\u00e9 ce qu\u2019il avait bien pu h\u00e9riter de son p\u00e8re. Elle le lui avait d\u00e9crit comme un homme extraordinaire, volontaire et beau, mais rien de plus pr\u00e9cis. La tristesse l\u2019envahit \u00e0 nouveau, cette fois elle avait tout perdu : son amour et le fruit de cet amour. Alex \u00e9tait tout ce qui lui restait et m\u00eame lui \u00e9tait pass\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. La vie \u00e9ternelle, quelle blague !<br>Et voil\u00e0 qu\u2019elle se tenait l\u00e0, au centre n\u00e9vralgique du village, entre les trav\u00e9es de chaises en bois \u00e0 la paille entrecrois\u00e9e, toutes tenues par des tasseaux tels des esclaves \u00e0 ramer au fond de la cale. Elle leva les yeux : la voute de l\u2019\u00e9glise \u00e9tait belle, en bois aussi, en coque de bateau retourn\u00e9e, justement. Les colonnes de pierres claires \u00e9taient massives, for\u00eat min\u00e9rale tenant tout cet espace comme prot\u00e9g\u00e9 du temps et des affres du monde. Elle se rappela que certains vitraux avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits pendant la guerre, comme quoi m\u00eame ici rien n\u2019\u00e9tait vraiment fig\u00e9\u2026 La luminosit\u00e9 de ce d\u00e9but d\u2019\u00e9t\u00e9 faisait \u00e9clater les couleurs vives des vitraux modernes. Elles coulaient jusqu\u2019au sol pour le rendre soudain vallonn\u00e9. M\u00e9lanie sut que son fils avait \u00e9viter de marcher sur les vieilles tombes polies par les passages des fid\u00e8les, elle fit comme lui, se d\u00e9couvrant une superstition inconnue jusqu\u2019alors.<br>L\u2019ambiance \u00e9tait humide et tra\u00eener l\u00e0 encore un peu permettait de repousser le moment de sortir et de retrouver la chaleur \u00e9crasante du dehors, comme pour repousser le moment de se dire qu\u2019il ne serait plus jamais avec elle sous les rayons du soleil. Elle avan\u00e7a encore vers le ch\u0153ur. L\u2019autel \u00e9tait recouvert d\u2019un simple drap blanc, sans dentelle ou broderie. Dessus une lourde croix dor\u00e9e, s\u00fbrement toujours d\u00e9plac\u00e9e une fois l\u2019an pour la procession qu\u2019elle suivait enfant avec sa s\u0153ur et tous les petits du village. Au fond elle retrouva les sculptures peintes repr\u00e9sentaient le partage du pain et du vin par des hommes en toges, \u00e0 la romaine. L\u00e0 encore les m\u00e9langes d\u2019\u00e9poques et de styles n\u2019avaient jamais g\u00ean\u00e9 personne. Le patriarcat et l\u2019arrogance occidentale dans toute sa splendeur. Pourtant elle \u00e9tait \u00e9mue, sans pouvoir se dire pourquoi. Ce lieu \u00e9tait d\u2019un calme qu\u2019elle avait oubli\u00e9. Elle s\u2019assit sur une chaise craquante, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une chaire en bois noir orn\u00e9e d\u2019animaux et d\u2019hommes aux champs. Elle toucha le museau d\u2019un agneau, attendrie comme dans son enfance. La luminosit\u00e9 changea d\u2019un seul coup, un nuage s\u00fbrement. Elle eut froid. Elle \u00e9tait pass\u00e9e de l\u2019apaisement \u00e0 ce sentiment \u00e9trange d\u2019hostilit\u00e9 du lieu \u00e0 son \u00e9gard. Elle se releva et retourna vers la sortie. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle vit l\u2019orgue la surplomber. Encore du bois et du m\u00e9tal li\u00e9s dans un accord contre-nature. Elle eut comme peur de l\u2019entendre r\u00e9sonner dans la marche fun\u00e8bre qu\u2019on aurait pu d\u00e9dier \u00e0 son fils. Ce village lui avait donc tout pris. Ou plut\u00f4t un homme du village lui avait tout pris. Et il faudrait qu\u2019il paye pour \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">4 &#8211; La taverne du Moyen Age<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rappelle de la taverne, l\u2019anc\u00eatre du caf\u00e9 de la Louisette\u2026 c\u2019\u00e9tait autre chose. C\u2019\u00e9tait si vivant ! Les contr\u00f4leurs d\u2019hygi\u00e8ne de notre \u00e9poque en feraient une jaunisse, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque on ne s\u2019encombrait pas de tout \u00e7a. On savait qu\u2019on pouvait mourir d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s n\u2019importe quoi et \u00e0 n\u2019importe quel \u00e2ge, alors on en profitait. C\u2019est la conscience de cette finitude qui permet de mieux vivre son quotidien. C\u2019est ce qui manque \u00e0 ces fous qui recherchent la vie \u00e9ternelle. Le Moyen-Age avait ses alchimistes, le vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle a ses transhumanistes : dans tous les cas, ceux-l\u00e0 n\u2019ont rien compris. Courir apr\u00e8s le futur est une h\u00e9r\u00e9sie.<br>Alors que mes amuseurs publics, eux, ils savaient s\u2019extraire de tout cela pour traverser les conventions, naviguant du bas peuple aux cours des seigneurs\u2026 et ils se retrouvaient \u00e0 la taverne de Longuevielle pour se raconter tout cela. Cette derni\u00e8re \u00e9tait tenue par un homme bourru et aux moustaches toujours impeccables, malgr\u00e9 sa tendance \u00e0 boire de la cervoise plus que de raison. Son torchon attach\u00e9 \u00e0 sa ceinture en cuir \u00e9tait toujours souill\u00e9 mais servait uniquement \u00e0 essuyer les tables en bois : de grosses tables massives, rectangulaires et assez larges pour accueillir les plus prompts \u00e0 danser qui investissaient parfois ces sc\u00e8nes improvis\u00e9es. Chaque table \u00e9tait long\u00e9e de bancs solides, eux aussi habitu\u00e9s \u00e0 porter des charges parfois plus mouvantes que cela n\u2019aurait d\u00fb \u00eatre.<br>Le plancher \u00e9tait aur\u00e9ol\u00e9 de toutes sortes de t\u00e2ches acquises au fur et \u00e0 mesure des soir\u00e9es, mais personne n\u2019y faisait attention. L\u2019\u00e9clairage \u00e0 la bougie ne permettait pas non plus qu\u2019on s\u2019attard\u00e2t sur ces d\u00e9tails. Le jour, cela \u00e9tait plus flagrant, mais seule la fille de l\u2019aubergiste y pr\u00eatait attention lorsqu\u2019elle passait le balai tous les matins. Elle \u00e9tait fi\u00e8re de son p\u00e8re qui avait r\u00e9ussi \u00e0 monter cette taverne de ses mains. Le plancher avait pu \u00eatre ajout\u00e9 lorsqu\u2019elle devait avoir 10 ans, quelque chose comme cela. Le travail lui avait alors paru grandement all\u00e9g\u00e9, la terre battue s\u2019installant partout et lui demandant alors d\u2019\u00e9pousseter en permanence la vaisselle et les tables. Elle aurait tant voulu que sa m\u00e8re assiste \u00e0 cela, mais la pauvre \u00e9tait morte plusieurs ann\u00e9es auparavant. Elle avait du mal \u00e0 se rappeler m\u00eame son visage. Avoir un plancher \u00e9tait signe de richesse : c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la venue des musiciens que tout cela avait \u00e9t\u00e9 possible. La taverne s\u2019\u00e9tait alors transform\u00e9e en auberge accueillant les voyageurs \u00e0 l\u2019\u00e9tage et leurs chevaux dans l\u2019\u00e9table construite \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Bien s\u00fbr, cela voulait dire qu\u2019il fallait parfois accepter d\u2019accompagner certains hommes dans leur chambre pour leur fournir la cuisse, mais cela aussi renflouait le commerce, son p\u00e8re en \u00e9tait content. D\u2019autres filles venaient aussi pour cela, ce qui la soulageait.<br>Les musiciens avaient pris l\u2019habitude ramener leurs instruments quasiment tous les soirs. On dansait, on chantait, on beuglait pass\u00e9e une certaine heure. La taverne de bois absorbait toute cette agitation quasiment tous les jours, comme pour que l\u2019\u00e9glise en face ne soit pas trop offusqu\u00e9e. Le cur\u00e9 passait parfois pour d\u00e9crier ce lieu de d\u00e9bauche. Mais apr\u00e8s quelques verres offerts par le patron, il s\u2019adoucissait et chantait comme les autres. En revanche, il ne demandait jamais \u00e0 aller avec une femme : m\u00eame saoul comme un cochon il reparlait de son \u00ab v\u0153u de chastet\u00e9 \u00bb. Les habitu\u00e9s disaient souvent : \u00ab Merci l\u2019abb\u00e9, \u00e7a en fait plus pour les autres ! \u00bb et tout le monde partait de rire, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 compris. Il savait qu\u2019il les retrouverait en confession bient\u00f4t, qu\u2019il pourrait les absoudre tout en leur faisant jurer de ne pas recommencer, montrant les diables sculpt\u00e9s sur les chapiteaux des colonnades de l\u2019\u00e9glise. Certains avaient peur, se tenaient loin de la taverne quelques semaines, puis revenaient, oubliant la promesse des flammes de l\u2019enfer, leur pr\u00e9f\u00e9rant la chaleur humaine. L\u00e0 encore, chacun choisissait son camp : vivre dans la peur de la mort ou vivre en lui faisant la nique. La taverne \u00e9tait le rep\u00e8re de la seconde cat\u00e9gorie, joyeux drilles excentriques.<br>La grande chemin\u00e9e en pierre au fond \u00e0 droite, dans la prolongation du comptoir o\u00f9 se tenait l\u2019aubergiste \u00e0 moustaches, permettait de cuire la viande sur la broche, alors que la marmite en fonte accueillait la soupe de l\u00e9gumes qui allait l\u2019accompagner. Chaque semaine, une b\u00eate enti\u00e8re y passait et le boulanger \u00e9tait aux anges \u00e0 chaque commande de pain. M\u00eame l\u2019hiver, lorsque les l\u00e9gumes \u00e9taient moins vari\u00e9s, l\u2019auberge servait une soupe de pain qui ravissaient les voyageurs. Quant \u00e0 l\u2019alcool, stock\u00e9 dans la cave sous la taverne, il \u00e9tait d\u2019une qualit\u00e9 suffisante pour ces bois-sans-soif. Les tonneaux avaient toujours impressionn\u00e9 la fille de l\u2019aubergiste : elle aurait pu y rentrer avec plusieurs personnes sans se sentir \u00e0 l\u2019\u00e9troit. Elle en cauchemardait parfois petite : rester enferm\u00e9e l\u00e0, que son p\u00e8re referme le tonneau sans voir qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, la noyant dans l\u2019hydromel\u2026 \u00e0 chaque r\u00e9veil de ce cauchemar, elle souriait : tout allait bien. Dans quelques ann\u00e9es, elle tiendrait la taverne. Son p\u00e8re lui trouverait un homme bien pour reprendre l\u2019affaire et la prendre pour femme. Peut-\u00eatre alors n\u2019aurait-elle plus besoin de passer chez la faiseuse d\u2019anges comme elle avait d\u00e9j\u00e0 d\u00fb le faire plusieurs fois depuis ses 12 ans. Elle esp\u00e9rait seulement que son homme serait un tendre. Dans ses r\u00eaves il \u00e9tait musicien et savait manie la langue pour s\u00e9duire, comme ceux qui se lan\u00e7aient des d\u00e9fis po\u00e9tiques dans la taverne parfois. Elle esp\u00e9rait tant que l\u2019un d\u2019eux d\u00e9cide de rester et de tenir un lieu comme ici\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">5 \u2013 La maison \u00e0 la glycine<\/p>\n\n\n\n<p>Il devait \u00eatre neuf heures lorsqu\u2019ils arriv\u00e8rent. Il se gar\u00e8rent non loin du lieu de l\u2019accident, les places au village sont souvent libres. Avant de sonner, ils regard\u00e8rent la devanture de la maison, juste en face le poteau o\u00f9 le motard \u00e9tait mort. Avant la petite porte en fer s\u2019\u00e9talait une glycine majestueuse. De nuit elle avait sembl\u00e9 \u00e0 tout le monde \u00eatre un mur noir et infranchissable. De jour, il n\u2019en \u00e9tait rien. Certes les feuilles permettaient de ne pas voir l\u2019ensemble de la petite cour juste avant la maison en elle-m\u00eame, mais on devinait tout de m\u00eame quelques pots de fleurs et une fen\u00eatre juste l\u00e0, \u00e0 quelques m\u00e8tres de la grille. Cette derni\u00e8re commen\u00e7ait au-dessus d\u2019un petit mur de d\u00e9limitation et semblait uniquement l\u00e0 pour servir de tuteurs aux branches de la fameuse glycine, enserrant le fer telles des dizaines de petits boas constrictors. Puis les feuilles formaient une canop\u00e9e ombrageant le trottoir. De l\u00e0 se pendaient au vent les fleurs mauves en grappes. Leur senteur enveloppait les arrivants comme une invitation \u00e0 entrer l\u00e0 de fa\u00e7on sereine. Les gendarmes sonn\u00e8rent, un homme vint leur ouvrir comme s\u2019il les avait attendu, et effectivement c\u2019\u00e9tait le cas. Personne ne fit attention au fait que la glycine sentait bien plus fort cette nuit, \u00e0 la faveur de la fra\u00eecheur\u2026 personne ne se rappela que la mort du motard s\u2019\u00e9tait faite dans cette suavit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">6 &#8211; L&rsquo;uniforme de Ribot<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait impressionnant le Commandant Ribot. Son uniforme de terrain restait standard, en soit rien qu\u2019on ne connaisse d\u00e9j\u00e0 dans les t\u00e9l\u00e9films nombreux et approximatifs\u2026 Du bleu ciel pour le polo, avec un scratch carr\u00e9 sous les boutons : bleu marine avec 4 slashs blancs marquant son grade. Sa veste bleu marine \u00e0 la bande blanche horizontale \u00e9tait entrouverte, mais on voyait quand m\u00eame la flamme blanche s\u2019y \u00e9taler sous son \u00e9paule droite et les lettres gendarmerie s\u2019\u00e9taler en majuscule sur cette ligne ind\u00e9fectible. Ce qui \u00e9tait le plus impressionnant \u00e9tait sa carrure. Une armoire habill\u00e9e en bleu, on n\u2019en croise pas tous les jours. Ses rides de la cinquantaine bien frapp\u00e9e semblaient souligner qu\u2019il savait se servir de ses muscles \u00e0 des fins qui excluaient tout esprit de r\u00e9bellion. Il ne souriait pas mais se voulait avenant pour cet interrogatoire de routine. Il ne voulait pas effrayer son seul t\u00e9moin mais la vue de la ceinture \u00e9paisse accueillant le holster et l\u2019arme de service avait subjugu\u00e9 son auditoire. Il rabaissa sa veste pour les cacher, comme honteux soudain d\u2019avoir cet engin de mort sur lui. Mais le Commandant n\u2019avait pas honte, il savait seulement que cette force affich\u00e9e ne lui servirait \u00e0 rien face \u00e0 une adolescente choqu\u00e9e par un accident mortel qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 sous ses yeux. Sa carcasse une fois assise, il se tenait toujours aussi droit et dominait d\u2019une t\u00eate chaque personne pr\u00e9sente dans la pi\u00e8ce. Il enleva sa casquette et d\u00e9couvrit un cr\u00e2ne bient\u00f4t chauve, celui que ses petits enfants aimaient \u00e0 caresser en disant qu\u2019ils s\u2019y voyaient comme dans un miroir. Le Commandant devenait alors ce nounours qu\u2019il cachait au fond de lui, ce nounours qui lui avait permis d\u2019\u00eatre un p\u00e8re acceptable et un grand-p\u00e8re gaga.<br>Il chassa cette image et expliqua \u00e0 Liz qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s important qu\u2019elle donne tous les d\u00e9tails de ce qu\u2019elle avait vu cette nuit, m\u00eame les d\u00e9tails les plus insignifiants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">7 \u2013 Les joueurs de belote<\/p>\n\n\n\n<p>Les beloteux, comme les appelait la Louisette, s\u2019asseyaient toujours au m\u00eame endroit, toujours habill\u00e9s pareil depuis leur retraite, il n\u2019y avait pas loin de dix ans. Robert travaillait \u00e0 la Poste, d\u2019abord \u00e0 la tourn\u00e9e \u00e0 v\u00e9lo, puis en voiture, puis au guichet, jusqu\u2019\u00e0 la fermeture\u2026 Longuevielle n\u2019avait plus de Poste mais encore un automate pour retirer de l\u2019argent, c\u2019\u00e9tait le progr\u00e8s : les machines ne d\u00e9faillaient pas et ne risquaient pas d\u2019esquisser un sourire. Robert avait toujours \u00e9t\u00e9 un rigolo, le bon mot pour remonter le moral et voir la vie du bon c\u00f4t\u00e9. Il en gardait encore les rides du sourire autour de la bouche, m\u00eame lorsqu\u2019il fron\u00e7ait les sourcils, concentr\u00e9 sur la partie de cartes en cours. Ses habits n\u2019avaient pas tellement chang\u00e9 non plus : un bermuda et une chemisette \u00e0 petits carreaux, comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de ses tourn\u00e9es. La veste au logo de la Poste n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0, mais tous ceux qui l\u2019avaient connu dans son uniforme se rappelait de la fiert\u00e9 qui l\u2019animait \u00e0 \u00ab assurer le service public au public \u00bb. Il portait des lunettes cercl\u00e9es d\u2019argent qu\u2019il remontait sans cesse dans un geste maniaque qui ne servait \u00e0 rien, hormis lui donner le temps de r\u00e9fl\u00e9chir avant la prochaine carte. Ses cheveux courts blancs lui donnaient un air de professeur \u00e9clair\u00e9, air qui disparaissait aussit\u00f4t qu\u2019il faisait un jeu de mots. C\u2019est dr\u00f4le comme on associe intelligence universitaire et absence d\u2019humour, dans un a priori non v\u00e9rifi\u00e9 scientifiquement. Si \u00e7a se trouve, on se gondole \u00e0 chaque instant \u00e0 l\u2019INSERM, comme on le faisait \u00e0 la Poste de Longuevielle gr\u00e2ce \u00e0 ce bon Robert.<br>Quant \u00e0 Bernard et Ren\u00e9, ils \u00e9taient faits du m\u00eame bois, ces deux-l\u00e0. Bernard un peu \u00e9lanc\u00e9 et Ren\u00e9 un peu plus pataud, mais quand m\u00eame des acolytes de toujours. Ils \u00e9taient all\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole ensemble, avaient travaill\u00e9 pour le ma\u00e7on de la ville d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, avaient repris l\u2019entreprise quand ce dernier avait pass\u00e9 l\u2019arme \u00e0 gauche. Les associ\u00e9s avaient eu jusqu\u2019\u00e0 six employ\u00e9s \u00e0 temps plein dans leur affaire. La secr\u00e9taire qu\u2019ils avaient eu pendant vingt ans \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s en auraient eu \u00e0 raconter, c\u2019est certain mais la pauvre \u00e9tait morte \u00e0 peine un an apr\u00e8s sa retraite. Bernard et Ren\u00e9 avaient fait un discours poignant \u00e0 son enterrement. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on avait d\u00e9couvert qu\u2019ils avaient de l\u2019attachement pour leurs employ\u00e9s, chose qui avait paru incongrue \u00e0 tous. En r\u00e9alit\u00e9, ils avaient toujours veill\u00e9 \u00e0 ce que chacun se sente le mieux possible dans leur emploi, se revoyant plus jeunes, petits d\u00e9butants ayant besoin d\u2019\u00eatre guid\u00e9s autant pour construire un mur qu\u2019une confiance en soi m\u00e9rit\u00e9e \u00e0 force de labeur. Dans la r\u00e9gion on les avait appel\u00e9s les \u00ab fr\u00e8res ma\u00e7ons \u00bb et on avait d\u00e9couvert qu\u2019ils menaient leur affaire d\u2019une main de p\u00e8res rigoureux mais attendris. Ils avaient tomb\u00e9 le bleu de travail depuis longtemps et leurs cheveux n\u2019\u00e9taient plus gris de pl\u00e2tre mais de vieillesse. Sur leurs chemises, chacun portait une paire de bretelles, h\u00e9ritage d\u2019un autre \u00e2ge, celui de leurs parents peut-\u00eatre. Bernard avait l\u2019habitude de les faire claquer d\u2019aise lorsqu\u2019il gagnait une partie et tout le monde en riait, sauf le perdant bien s\u00fbr. Un vrai trio \u00e0 la Pagnol.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-background\">Codicille :<br>Le documentaire n\u2019est pas discernable de la narration pour moi visiblement. On est loin d\u2019un mode d\u2019emploi ou d\u2019une description point par point. J\u2019ai pourtant essay\u00e9 de me d\u00e9tacher du r\u00e9cit, mais un autre surgissait alors\u2026 autant de ramifications comme un arbre dont je ne sais pas si je pourrais explorer toutes les branches\u2026 affaire \u00e0 suivre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 \u2013 La Louisette en son caf\u00e9 La Louisette a vieilli, certes, mais elle reste un rep\u00e8re pour tout le monde au village. D\u2019abord son caf\u00e9 n\u2019a pas boug\u00e9, on y retrouve tout ce qui nous rassure dans un caf\u00e9 fran\u00e7ais : les chaises en bois mal confortables mais qui nous font penser qu\u2019on est toujours \u00e0 Paris, m\u00eame au <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-sept-documents-zero-neutralite\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L9  Sept documents, z\u00e9ro neutralit\u00e9<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":366,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2707],"tags":[],"class_list":["post-48518","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-9-pireyre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48518","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/366"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48518"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48518\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48518"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48518"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48518"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}