{"id":48602,"date":"2021-08-27T17:54:53","date_gmt":"2021-08-27T15:54:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48602"},"modified":"2021-08-27T17:54:54","modified_gmt":"2021-08-27T15:54:54","slug":"p7-variations-paysage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-variations-paysage\/","title":{"rendered":"P#7 Variations paysage"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-drop-cap\">Haute cr\u00eate entre l\u2019Archat et le mont Barral. Invite \u00e0 l\u2019ascension ce matin de ciel clair. La couleur vert r\u00e2p\u00e9, tondu du feutre de l\u2019herbe et des rares rocs se coupe net de la couleur bleu roi uni, lisse de l\u2019aplat du ciel et des tr\u00e8s rares soup\u00e7ons de nu\u00e9es effiloch\u00e9es \u00e0 l\u2019angle droit du cadre. Seulement en haut et \u00e0 droite de ce tableau de commen\u00e7ant \u00e9t\u00e9. En dessous, les arbres en blocs triangulaires d\u00e9limitent des zones plus vides&nbsp;: prairies d\u2019altitude et monolithes pos\u00e9s l\u00e0. On pourrait pressentir des voies de randonn\u00e9e \u00e0 des fils plus ocre inscrits ultral\u00e9gers en lacets sur les courbes de niveau. On ne distingue pas la moindre silhouette marchant. Tout est pourtant clair et la nettet\u00e9 agrippe les yeux, propulse le regard dans les d\u00e9tails du jour immacul\u00e9. Tout est beaucoup trop distinctement caract\u00e9ris\u00e9. Mais tout est trop loin, tenu \u00e0 distance par la transparence respirable de l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">L\u2019Archat, mont du Vercors, ressemble \u00e0 un fauteuil que viendrait de quitter \u00e0 l\u2019instant un g\u00e9ant press\u00e9. Il se dresse, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment se pose \u00e0 gauche du cadre, \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Ses bras, ou ses accoudoirs sont ac\u00e9r\u00e9s et peu confortables pour le g\u00e9ant. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est parti vite. Il ne reste pas tr\u00e8s longtemps. On ne le voit jamais assis. Il a d\u00fb gagner le mont Barral, situ\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite du cadre, voire le d\u00e9passer dans son d\u00e9campement. On ne le voit pas plus \u00e0 droite qu\u2019\u00e0 gauche mais on sait qu\u2019il fut l\u00e0. Pour fuir, il aura long\u00e9 la cr\u00eate de Jiboui, fronti\u00e8re entre la montagne et le ciel. Pour fuir, il aura saut\u00e9 de blocs de pierre en pointes de sapin. Il aura gliss\u00e9 sur des espaces de p\u00e2tures, des champs immenses. Se sera rattrap\u00e9 aux fines bordures de nuages. Mais il n\u2019est plus l\u00e0. Reste le panorama encore tout vibrant de sa pr\u00e9sence de g\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">La cr\u00eate de Jiboui, qui relie le mont Barral et l\u2019Archat, est embrum\u00e9e et mal d\u00e9finie. Les deux monts \u2014&nbsp;\u00e0 gauche l\u2019Archat, bord cadre&nbsp;; \u00e0 droite bord cadre le mont Barral&nbsp;\u2014 sont tout autant voil\u00e9s malgr\u00e9 le soleil. La r\u00e9union de ces deux blocs et de cette ligne forme une vue m\u00e9langeant la grisaille de jour mauvaise brume et les rayons de lumi\u00e8re bleue de jour cherchant la transparence. Le m\u00e9lange donne de la lumi\u00e8re allusive, couverte, envelopp\u00e9e au tableau. Sentiment \u00e9trange qui fait r\u00e9fl\u00e9chir dans un perplexe caverneux et contemplatif. Nulle envie de monter voir de plus pr\u00e8s ce qui se trame l\u00e0-haut. Nulle ambition de percer l\u2019opacit\u00e9 enrou\u00e9e qui borde l\u2019\u00e9tendue du ciel clair. Le contraste limpide-assourdi ne pr\u00eate pas \u00e0 se jeter dans la peinture barbouill\u00e9e de ce panneau insolite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">En cette fin d\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019automne, rien de net ne sourd du d\u00e9cor. Des fibres de coton se sont accumul\u00e9es sur le mont Barral, sur la cr\u00eate de Jiboui et sur l\u2019Archat. Fibres de plus en plus bouloch\u00e9es, bulbeuses, gonfl\u00e9es. Fibres devenues bouchons de vue, globes filandreux et de plus en plus mats. Il faudra bient\u00f4t deviner le site, deviner la sc\u00e8ne. D\u00e9j\u00e0 plus rien que la nu\u00e9e qui relie les deux monts. Leur lien s\u2019est \u00e9vanoui dans les fum\u00e9es opaques et encore blanch\u00e2tres. De l\u2019Archat, on ne distingue plus qu\u2019un de ses accoudoirs de fauteuil g\u00e9ant, \u00e0 gauche de l\u2019image. Du mont Barral on ne voit plus que la pointe \u00e0 droite. Il faudra dans un instant, c\u2019est imminent, tout deviner. La description sera de nuages cumul\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-normal-font-size\">La nuit n\u2019est pas noire. Dans le cadre sombre deux blocs distincts s\u00e9par\u00e9s par une ligne brune concave sur le ciel bleu fonc\u00e9. \u00c0 gauche un mont \u00e9br\u00e9ch\u00e9, l\u2019Archat&nbsp;; \u00e0 droite la courbure de parabole irr\u00e9guli\u00e8re du mont Barral. Vercors de nuit. Les \u00e9toiles filent et survolent la cr\u00eate de Jiboui. Au ras du sol, la nationale 75 transmet une cha\u00eene intermittente de phares blancs et jaunes. Un gros oiseau de proie, au premier plan, calcule les rayons de ses vols circulaires. L\u2019\u00e9nergie du spectacle fait vibrer la poitrine, \u00e9carquiller les yeux. On ne distingue rien de pr\u00e9cis&nbsp;; on re\u00e7oit du sensible poignant. Vercors de nuit. Vue sans horizon. Seuls des assemblages de masses ouvrag\u00e9es sous la lumi\u00e8re de lune.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Haute cr\u00eate entre l\u2019Archat et le mont Barral. Invite \u00e0 l\u2019ascension ce matin de ciel clair. 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