{"id":48616,"date":"2021-08-27T23:47:35","date_gmt":"2021-08-27T21:47:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48616"},"modified":"2021-08-27T23:47:37","modified_gmt":"2021-08-27T21:47:37","slug":"l9-albion-telegraph-decoupes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-albion-telegraph-decoupes\/","title":{"rendered":"#L9 | Albion Telegraph, d\u00e9coupes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-background\"><strong>5\/7, le reste est \u00e0 venir, sans doute. Fragments de journaux d\u00e9coup\u00e9s. Chroniques insignifiantes. D\u00e9tails dont on ne s\u2019\u00e9meut pas. De ces petites choses sans importance dont l&rsquo;\u00e9vocation <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l7-epluchage\/\">remonte \u00e0 mon \u00e9pluchage<\/a>. Tout est coll\u00e9 dans un carnet d\u2019\u00e9tudes. Sur la page de garde, capitales de feutre noire revendiquent les sujets \u00e9lus.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">BISTON BETULARIA<br>QUIS UT DEUS T\u00ca<br>CHIPKO ANDOLAN<br>LYSANDRA CORIDON<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Les ailes des phal\u00e8nes du bouleau s\u2019assombrissent. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est remarqu\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 des villes industrielles d\u2019Angleterre\u00a0: la pollution qui y est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e modifie la couleur des racines, des troncs, des branches, notamment \u00e0 cause de d\u00e9p\u00f4t de charbon. Les phal\u00e8nes se posent sur ces surfaces le jour, colorant ainsi leurs ailes. (&#8230;) Avec la baisse de la pollution, la forme sombre est appel\u00e9e \u00e0 r\u00e9gresser. Les oiseaux ont pour proie les phal\u00e8nes \u00ab\u00a0visibles\u00a0\u00bb, plus claires ;  la s\u00e9lection naturelle a donc un r\u00f4le dans le fait que les phal\u00e8nes aient pu garder une variation claire au cours des ann\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quis ut Deus<\/em>, <em>qui est comme Dieu<\/em>. Voil\u00e0 des mots terrassant bien mieux que n\u2019importe quelle arme. C\u2019est l&rsquo;archange Michel qui porte avec lui cette parole c\u00e9leste. Une phrase que l\u2019on voit parfois sur son bouclier, d\u2019autres fois elle flotte au-dessus de lui tandis qu\u2019il terrasse inlassablement Satan sous la forme d\u2019un dragon. De ces lieux qui lui sont d\u00e9di\u00e9s, souvent isol\u00e9s, toujours \u00e9lev\u00e9s. Dans la hi\u00e9rarchie c\u00e9leste, il est le \u00ab\u00a0chef\u00a0\u00bb des anges. <br><br>De ces lieux o\u00f9 il est apparu, et o\u00f9 l\u2019on a b\u00e2ti en son nom\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p>Sous une figure humaine, face au p\u00e8re d\u2019une muette qui retrouva la parole. P\u00e8re et fille furent convertis et on construit un temple pour Saint Michel.<br>Par trois bergers. Annonce victoires chr\u00e9tiens contre pa\u00efens. Le lieu est alors consacr\u00e9.<br>Lorsqu\u2019on le vit glisser son glaive dans son fourreau, marquant la fin d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie de peste.<br>Dans un r\u00eave, par trois fois l\u2019archange appara\u00eet et exige un sanctuaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Liste non exhaustive. Faut-il compter l&rsquo;ensemble des lieux retenus dans la m\u00e9moire des peuples ? Et les sanctuaires entre deux pages de carnets\u00a0? Quand est-il des fabrications de carton et paillettes avec autel o\u00f9 le dragon est rose\u00a0? Ceux con\u00e7us de brindilles soigneusement ramass\u00e9es, honor\u00e9s par les oiseaux\u00a0? Les invisibles, port\u00e9s dans les c\u0153urs des plus humbles\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Myst\u00e8re de l\u2019axe, si l\u2019on en croit la l\u00e9gende, qui relierait plusieurs sites\u00a0micha\u00e9liques. Cet axe invisible, un axe divin, trac\u00e9 du coup d\u2019\u00e9p\u00e9e de l\u2019archange lorsqu\u2019il tua le dragon. <\/p>\n\n\n\n<p>La croix de Saint-Michel, blanche sur fond bleu. Explique peut-\u00eatre une poign\u00e9e de regards r\u00eaveurs, en r\u00e9alit\u00e9 croyants, qui admirent les traces fumeuses laiss\u00e9es par les engins d\u00e9chirant le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>tea time<\/em>, repas \u00e0 part enti\u00e8re, un de nos rituels sociaux dont on a l\u2019impression qu\u2019il existe depuis la nuit des temps, tant notre corps lui est docile, se pliant volontiers \u00e0 d\u00e9vorer toutes sortes de petites choses en les faisant glisser dans le gosier avec une tasse de th\u00e9. Ici, suivant des traditions qui d\u00e9passent largement notre ile, on ne fait pas n\u2019importe quoi avec le th\u00e9.\u00a0Il faut de l\u2019eau tr\u00e8s pure. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau courante ne garantit pas un th\u00e9 rapide. Si l\u2019eau n\u2019est pas de bonne qualit\u00e9, il faut s\u2019en procurer ailleurs. Le th\u00e9 a besoin d\u2019une eau tr\u00e8s pure, tr\u00e8s neutre. Elle ne doit ni \u00eatre dure, ni \u00eatre calcaire et ne pas contenir certains \u00e9l\u00e9ments, comme le chlore ou le plomb par exemple. Il faut de l\u2019eau min\u00e9rale ou de source. La s\u00e9lection de l\u2019eau est un art en soi. Il y a le choix de la th\u00e9i\u00e8re (fonte, porcelaine, verre, terre cuite, m\u00e9tal\u2026) selon chaque type de th\u00e9. Et naturellement le choix du th\u00e9, qui d\u00e9pend des occasions. Le th\u00e9 ne vient pas d\u2019Europe. Longtemps il faut r\u00eaver aux personnes qui en boivent depuis beaucoup plus de si\u00e8cles que notre ile insignifiante. Il faut penser au th\u00e9ier, qui exige un climat et un terrain que nous ne pouvons lui offrir. Et \u00e0 un vocabulaire que l\u2019on ne restreint ici que par ignorance ; blanc, vert, bleu-vert, noir, parfum\u00e9, fantaisie, semi-ferment\u00e9, compress\u00e9, m\u00e9thodes chinoise, japonaise, Formose, feuilles enti\u00e8re, bris\u00e9es, broy\u00e9es, cueillette, oxydation, fl\u00e9trissage, fermentation, s\u00e9chage cru, bouquet, culture, r\u00e9colte, eau fr\u00e9missante, rigueur, amour, vocabulaire auquel nous ne pensons que tr\u00e8s peu, nos lunettes s\u2019embuant lorsque nous sirotons notre tasse de th\u00e9 de cinq heures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre jeunes filles ont \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u hier matin autour d\u2019un fr\u00eane qui devait \u00eatre abattu non loin de la route de&#8230; Dos contre le tronc, elles l\u2019entouraient, se tenant les mains. Arr\u00eatant les\u00a0forestiers dans leur t\u00e2che, elles refusaient de s\u2019\u00e9carter de l\u2019arbre. Leur action n\u2019est pas sans rappeler le mouvement Chipko des ann\u00e9es 70, lorsque des jeunes villageoises ont entour\u00e9 de leurs bras des arbres qui devaient \u00eatre abattus. Elles-m\u00eames avaient \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9es par les  trois-cent soixante-trois personnes de la communaut\u00e9 hindouiste Bishno\u00ef qui s&rsquo;\u00e9taient litt\u00e9ralement accroch\u00e9s aux arbres (destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;abattage pour la construction d&rsquo;un palais) et refusaient de descendre. L&rsquo;ensemble de ces personnes y trouv\u00e8rent la mort. Leur action avait conduit \u00e0 un d\u00e9cret royal qui interdisait la coupe des arbres dans les territoires o\u00f9 vivaient les Bishno\u00ef. Ces quatre jeunes filles, n&rsquo;y ont-elles pas song\u00e9, alors qu&rsquo;elles se tenaient contre le tronc, leurs doigts entrem\u00eal\u00e9s, les yeux insoumis ? En fouillant dans mes archives, en croisant les t\u00e9moignages, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9 de d\u00e9couvrir autant de similitudes. J&rsquo;ai pens\u00e9 qu&rsquo;elles \u00e9taient <em>ces m\u00eames femmes<\/em>. Des immortelles, traversant les \u00e9poques dans une lutte qui durerait autant que l&rsquo;existence humaine. Les t\u00e9moins qui les ont aper\u00e7u ont certifi\u00e9s qu&rsquo;elles ne posaient pas. Elles \u00e9taient li\u00e9es, ne parlaient pas, elles semblaient pouvoir tenir des heures de la sorte. Cela devait \u00eatre une bien \u00e9trange vision. Quelque sc\u00e8ne que l&rsquo;on ne voit pas tous les jours. Hier soir, d&rsquo;autres habitant\u00b7e\u00b7s de la r\u00e9gion sont venus pr\u00eater main forte. Les forestiers sont quand \u00e0 eux finalement partis dans la nuit. En \u00e9crivant cette br\u00e8ve ce matin, j&rsquo;ai ressenti un immense soulagement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;arbre avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9. Puis je me suis senti \u00e9trangement jaloux. J&rsquo;aurai aim\u00e9 \u00eatre avec elles, prot\u00e9ger cet arbre. J&rsquo;aurai aim\u00e9 exister \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9, avoir cette raison d&rsquo;\u00eatre une poign\u00e9e d&rsquo;heures. Il m&rsquo;est venu l&rsquo;id\u00e9e que longtemps apr\u00e8s, elles pourraient dire qu&rsquo;elles avaient \u00e9t\u00e9 l\u00e0, pr\u00eates \u00e0 sauver un vieil arbre de sa coupe. Et qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un sentiment bien plus fort que de celui de tenter de dire le monde en balbutiant dans l&rsquo;<em>Albion Telegraph<\/em>. J.M.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis fi\u00e8re membre de cette minuscule soci\u00e9t\u00e9 de personnes rendues famili\u00e8res \u00e0 l\u2019argus bleu-nacr\u00e9 par le biais d&rsquo;un paquet de cigarettes W.D. &amp; H.O. Wills. Ils avaient lanc\u00e9 une s\u00e9rie de paquets-papillons, avec explications sur le dos. J&rsquo;avoue ne pas me souvenir des autres papillons. Seulement de l&rsquo;argus bleu-nacr\u00e9. Ma tante disait <em>chalk-hill blue<\/em>, colline de craie bleue, ce qui est tout aussi beau mais n\u2019a strictement rien \u00e0 voir. Elle expliquait les petites choses avec beaucoup de passion. C\u2019est elle qui m\u2019apprit que lorsqu\u2019ils sont sous leur forme de chenille, les argus bleu-nacr\u00e9 sont g\u00e9n\u00e9ralement accompagn\u00e9s de fourmis. Ces derni\u00e8res prot\u00e8gent les chenilles en \u00e9change de la substance sucr\u00e9e qu\u2019elles s\u00e9cr\u00e8tent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019argus bleu-nacr\u00e9 est une esp\u00e8ce de papillons europ\u00e9ens. On en trouve dans le Devon comme dans toute l\u2019Angleterre du Sud*, aussi vous pouvez tenter votre chance de les apercevoir lors de vos promenades. Il est un \u0153uf jusqu\u2019en mars-avril, se transforme une chenille jusqu&rsquo;au mois de mai, puis demeure dans sa chrysalide jusqu\u2019\u00e0 la fin de juillet. Il vole dans les jardins jusqu\u2019en septembre. On profite souvent de sa pr\u00e9sence dans les jardins en ao\u00fbt, o\u00f9 l\u2019argus bleu-nacr\u00e9 cherche \u00e0 s\u2019accoupler. Il appr\u00e9cie les lieux secs, les fleurs qui poussent sur des sols calcaires. Son imago** diff\u00e8re selon le sexe du papillon. C\u2019est ce que l\u2019on appelle un dismorphisme sexuel, fr\u00e9quent chez les l\u00e9pidopt\u00e8res. Le m\u00e2le est d\u2019un bleu clair quasi argent\u00e9 avec une fine bordure brune o\u00f9 l\u2019on distingue comme plusieurs petits yeux, puis d\u2019une franche blanche \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de ses ailes. Le revers ses ailes est d\u2019un brun clair avec quelques nuances de bleu. Les femelles ont les ailes brunes, une succession de petits yeux de couleur orange et le m\u00eame type de bordure que les m\u00e2les. Leurs corps est bleu argent\u00e9, mais tire plus souvent sur le brun. Le revers de leurs ailes est d\u2019un beau brun orang\u00e9. Les femelles sont moins visibles que les m\u00e2les, ayant des habitudes plus discr\u00e8tes et passant moins de temps \u00e0 voler. M.E.<\/p>\n\n\n\n<p>* <em>A l\u2019exception des Cornouailles<\/em>.<br>**<em> Stade final d\u2019un \u00eatre qui se d\u00e9veloppe en plusieurs phases. <\/em><br><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>5\/7, le reste est \u00e0 venir, sans doute. Fragments de journaux d\u00e9coup\u00e9s. Chroniques insignifiantes. D\u00e9tails dont on ne s\u2019\u00e9meut pas. De ces petites choses sans importance dont l&rsquo;\u00e9vocation remonte \u00e0 mon \u00e9pluchage. Tout est coll\u00e9 dans un carnet d\u2019\u00e9tudes. Sur la page de garde, capitales de feutre noire revendiquent les sujets \u00e9lus. BISTON BETULARIAQUIS UT DEUS T\u00caCHIPKO ANDOLANLYSANDRA CORIDON * <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l9-albion-telegraph-decoupes\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L9 | Albion Telegraph, d\u00e9coupes<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":286,"featured_media":48617,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2707],"tags":[453,2751,2750,1098],"class_list":["post-48616","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-9-pireyre","tag-ange","tag-communaute","tag-papillons","tag-the"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48616","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/286"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48616"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48616\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/48617"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48616"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48616"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48616"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}