{"id":48731,"date":"2021-08-29T12:27:07","date_gmt":"2021-08-29T10:27:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48731"},"modified":"2021-08-29T12:27:08","modified_gmt":"2021-08-29T10:27:08","slug":"p9-celles-quon-aurait-voulu-prendre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p9-celles-quon-aurait-voulu-prendre\/","title":{"rendered":"#P9 Celles qu\u2019on aurait voulu prendre"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Le dernier instant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y aurait pas de cadre, pas de fioritures, un peu \u00ab&nbsp;ni fleurs ni couronnes&nbsp;\u00bb. Le plan serait large sans pour autant tout montrer. Il y a deux rang\u00e9es de bancs, presque tous sont occup\u00e9s. Au fond une grande double porte en bois clair est ferm\u00e9e. La pi\u00e8ce doit \u00eatre haute de plafond car on ne le voit pas. Des enfants, des ados, tous les \u00e2ges repr\u00e9sent\u00e9s. Certains chuchotent \u00e0 l\u2019oreille de leur voisin. Un souvenir ou une anecdote. Pas de code de couleur et peu de noir dans les v\u00eatements port\u00e9s. On imagine un moment de pause pendant lequel une musique est diffus\u00e9e, choisie par les proches en hommage au d\u00e9funt. Ou alors peut \u00eatre que quelqu\u2019un s\u2019est lev\u00e9 et derri\u00e8re un pupitre, la voix pleine d\u2019\u00e9motion, lit les quelques lignes qu\u2019il a \u00e9crit, le matin en pensant \u00e0 l\u2019absent. Et ceux qui chuchotent expliquent qui s\u2019est lev\u00e9 et fait entendre son d\u00e9sarroi. Mais sur la photo, juste le recueillement de cette assembl\u00e9e qui s\u2019est senti concern\u00e9e par cette c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un rai de lumi\u00e8re qui traverse l\u2019espace. Deux ou trois pr\u00e9sents mettent leur main au-dessus de leurs yeux pour continuer \u00e0 regarder derri\u00e8re le photographe.<\/p>\n\n\n\n<p>Au premier rang la famille, \u00e9plor\u00e9e, beaucoup penchent leur t\u00eate pour dissimuler les larmes ou sous le poids de l\u2019accablement.<\/p>\n\n\n\n<p>Une femme a plong\u00e9 dans cette absence redout\u00e9e. Ses cheveux \u00e0 peine coiff\u00e9s lui tombent devant les yeux. Son corps s\u2019est creus\u00e9 comme pour abriter le mort. C\u2019est un moment suspendu, fig\u00e9 dans la tristesse qu\u2019\u00e9voque le souvenir de cette photo qui n\u2019existent que dans les m\u00e9moires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur L\u00e9o<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait une version polaro\u00efd, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le num\u00e9rique n\u2019a pas encore p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 nos vies. On aime ces photos que l\u2019on peut voir de suite. Depuis, les couleurs ont pass\u00e9es car on n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 assez soigneux apr\u00e8s la prise, on \u00e9tait trop press\u00e9. C\u2019est dans ce petit carr\u00e9 qu\u2019il apparait, le visage souriant, humble, aur\u00e9ol\u00e9 de sa crini\u00e8re blanche un peu folle. C\u2019est pris sans beaucoup de retrait, depuis la porte de la loge sans doute. Une jeune femme, le corps l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9 serre la main de l\u2019artiste. Son \u00e9motion est presque palpable malgr\u00e9 la pi\u00e8tre qualit\u00e9 du clich\u00e9. En arri\u00e8re-plan on distingue une autre femme, peut \u00eatre accompagne-t-elle le chanteur. Tout autour on ne distingue que du sombre sans trop de forme. Peut \u00eatre est-ce un effet souhait\u00e9&nbsp;? Ne garder que cet \u00e9change furtif, saluer le grand L\u00e9o \u00e0 la fin du concert que l\u2019on vient d\u2019entendre. Derri\u00e8re une date et l\u2019autographe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Premi\u00e8re rencontre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y aurait deux photos, en noir et blanc, avec un liser\u00e9 blanc et crant\u00e9. Au dos, avec une belle \u00e9criture, la Baule, 1939. Celle de gauche nous offre une femme en robe claire avec un foulard nou\u00e9 sous le menton. C\u2019est s\u00fbrement pour retenir ces cheveux que l\u2019on voit r\u00e9apparaitre dans son dos. Elle est de profil et avance sur un trottoir baign\u00e9 de lumi\u00e8re, de gauche \u00e0 droite. L\u2019\u00e9t\u00e9 ne doit pas \u00eatre loin. D\u2019autres passants se prom\u00e8nent sur ce remblai. C\u2019est un bord de mer qu\u2019on voit en arri\u00e8re-plan. Elle porte un petit sac. Elle est dans un \u00e9lan vers, son corps comme en avance sur son rendez-vous, elle ne fl\u00e2ne pas, les personnes qu\u2019elles croisent ne comptent pas, elle ne veut pas \u00eatre en retard, elle est impatiente. Toute sa vie va se jouer quand elle le verra.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019autre, un homme. Pantalon et chemise clairs. Il est adoss\u00e9 sur le parapet avec la mer pour toile de fond. L\u2019\u00e9t\u00e9 est proche l\u00e0 aussi tant la lumi\u00e8re inonde le clich\u00e9. Il vient de la droite, son corps est tourn\u00e9 vers la gauche. Un homme est pr\u00e8s de le d\u00e9passer. Une seconde plus tard il n\u2019aurait pas pu \u00eatre vu sur ce clich\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a sa pipe dans sa main, l\u2019autre dans sa poche et l\u2019instant est au moment o\u00f9 il respire la fum\u00e9e. Il prend une pause. Peut-\u00eatre qu\u2019il ne veut pas \u00eatre en avance pour ne pas paraitre impatient. Ses traits sont d\u00e9tendus. Il a les cheveux courts, soign\u00e9s. Il porte des lunettes de soleil cercl\u00e9es d\u2019\u00e9caille.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un instant, ces deux l\u00e0 vont se rejoindre, se trouver, se conna\u00eetre. Ce sera leur premi\u00e8re fois. Cet instant, que l\u2019on voudrait avoir immortalis\u00e9 sur un clich\u00e9, restera dans le souvenir du moment<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dernier instant Il n\u2019y aurait pas de cadre, pas de fioritures, un peu \u00ab&nbsp;ni fleurs ni couronnes&nbsp;\u00bb. Le plan serait large sans pour autant tout montrer. Il y a deux rang\u00e9es de bancs, presque tous sont occup\u00e9s. Au fond une grande double porte en bois clair est ferm\u00e9e. 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