{"id":48752,"date":"2021-08-29T17:01:45","date_gmt":"2021-08-29T15:01:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=48752"},"modified":"2021-08-30T21:32:45","modified_gmt":"2021-08-30T19:32:45","slug":"p6-jour-apres-jour-pas-apres-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-jour-apres-jour-pas-apres-pas\/","title":{"rendered":"P6  Jour apr\u00e8s jour, pas apr\u00e8s pas"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Premier jour, disons mardi<\/p>\n\n\n\n<p>Sortir. Changer d\u2019air. Changer de d\u00e9cor. Marcher. Pour la sant\u00e9, pour le moral. Aller au village. Chercher le journal. Descendre la colline, prendre \u00e0 gauche, suivre la route, \u00e0 l\u2019abri derri\u00e8re un muret. Sur l\u2019asphalte gris de la route, les voitures filent, bruyamment, rapidement, m\u2019emp\u00eachant de r\u00e9fl\u00e9chir. A ma gauche, herbes r\u00eaches qui r\u00e9sistent \u00e0 la s\u00e9cheresse, coquelicots rouges, scabieuses mauves et millepertuis jaunes. Papillons citron et azur dansant dans l\u2019air, par terre une colonie de fourmis qui se d\u00e9place en longue file. C\u2019est la campagne malgr\u00e9 le bruit des moteurs. Malgr\u00e9 le parking archiplein. Les touristes sont encore l\u00e0, prom\u00e8nent \u00e0 pied ou \u00e0 v\u00e9lo, font leurs courses en faisant la queue devant la boulangerie, la boucherie, la sup\u00e9rette. Je me faufile, j\u2019ach\u00e8te juste le journal r\u00e9gional, pour les nouvelles, pour les mots crois\u00e9s, pour les reportages. Je repars dans l\u2019autre sens, rencontre un ami marcheur, la nounou avec la poussette double, deux b\u00e9b\u00e9s et deux enfants qui courent, les petits sont sages, mais pleins de vie, il faut avoir les yeux partout&nbsp;\u2026je la laisse passer, je tourne \u00e0 droite, remonte la colline, monte, monte\u2026Je pose le journal sur la table, il est content. D\u00e9j\u00e0 de retour. Oui, d\u00e9j\u00e0 de retour. Moi aussi, je suis contente. 5882 pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me jour, mercredi<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis contente de remettre \u00e7a. Pour la sant\u00e9, pour le moral, pour l\u2019\u00e9vasion. Il fait d\u00e9j\u00e0 30\u00b0. Tu vas marcher&nbsp;? Oui, je vais marcher. Descendre, tourner \u00e0 gauche, longer la route, les voitures sont l\u00e0, les coquelicots aussi, le ciel est bleu, mais les nuages blancs montent, s\u2019emballent, s\u2019amassent en troupeaux de moutons, en gros murs, en tours d\u2019Abraham, signe d\u2019orage, il en faudrait, les jardins sont secs, les r\u00e9serves taries, la rivi\u00e8re est au plus bas. Je transpire, j\u2019ai fini ma bouteille d\u2019eau. Au parking, les poubelles jaunes et bleues d\u00e9bordent, trop de monde, trop de travail, mais on n\u2019oublie pas d\u2019arroser les pots de fleurs sur la place, les p\u00e9tunias bleu nuit embaume la cannelle et la vanille, odeur fugace et r\u00e9confortante, j\u2019ach\u00e8te les journaux, c\u2019est le jour du canard encha\u00een\u00e9, il ne faut pas que j\u2019oublie, il l\u2019attend. La chaleur est \u00e9crasante, je fais un petit d\u00e9tour par la rivi\u00e8re, \u00e0 l\u2019ombre des marronniers, jusqu\u2019au pont du 12<sup>e<\/sup> si\u00e8cle aux cinq arches, et je remonte la colline. Je pose les journaux sur la table. Il est content. Moi aussi. 6952 pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8me jour, jeudi<\/p>\n\n\n\n<p>Le pas alerte, je repars encore. Sac au dos, chaussures de marche aux pieds. A la sup\u00e9rette, il y a du monde. La Loz\u00e8re nouvelle n\u2019est pas encore arriv\u00e9e. Je fais un tour sur la place, les caf\u00e9s ont ouvert, les terrasses ne sont pas pleines, entre masques et passe, m\u00eame les touristes se m\u00e9fient. Je pousse jusqu\u2019\u00e0 la biblioth\u00e8que du village, lieu d\u2019accueil et d\u2019\u00e9change, je consulte, je feuillette, je me renseigne, je choisis\u2026Retour aux journaux, tout va bien, la Loz\u00e8re est arriv\u00e9e, le Midi Libre aussi. Pour le retour, je bifurque, diversion, je pars \u00e0 droite sur la route de la colline qui m\u2019offre un beau panorama, sur les jardins aux carr\u00e9s mara\u00eechers, sur le pont moyen\u00e2geux aux cinq arches, sur la rivi\u00e8re en manque d\u2019eau qui serpente paresseusement entre les falaises des causses. Il y a des jours o\u00f9 une belle vue, un beau paysage peut remplir un vide, calmer une angoisse. Je rep\u00e8re le ch\u00e2teau accroch\u00e9 \u00e0 flanc de montagne parmi les rochers, aur\u00e9ol\u00e9 du soleil matinal, je n\u2019aimerais pas y vivre, mais que c\u2019est beau \u00e0 voir\u2026Le chemin est long, j\u2019ai pris les \u00e9couteurs, Tcha\u00efkovski pour me perdre dans les accords puissants du concerto pour piano et orchestre, Nat King Cole pour r\u00eaver de douceur, Scott Joplin pour danser d\u2019un pas l\u00e9ger sur le chemin. Je m\u2019envole dans la descente, entre le paysage et la musique, je suis ailleurs, je ne pense plus\u2026je ne compte plus\u2026je plane\u2026j\u2019arrive\u2026je pose les journaux sur la table. Je suis bien. 10566 pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatri\u00e8me jour, vendredi<\/p>\n\n\n\n<p>Il fait toujours chaud, la petite brise rafra\u00eechit \u00e0 peine, mais dess\u00e8che un peu plus la nature. Les roses en vigie au sommet des marches sont en survie, baissent la t\u00eate, attendent la pluie. Je retourne chercher le chapeau de paille, je glisse une cape de pluie dans le sac, il faut \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 toutes les \u00e9ventualit\u00e9s. Itin\u00e9raire aller bien rod\u00e9, entre les pr\u00e9s s\u00e9ch\u00e9s, les murs de pierres et la route bruyante. La chaleur m\u2019accable et me r\u00e9jouit, je deviens un petit bout de nature, je fonds, je finirai en flaque\u2026et puis j\u2019arrive devant le magasin\u2026mettre le masque, enlever les lunettes de soleil et le chapeau pour avoir l\u2019air humain, frotter les mains avec du gel, acheter le journal. Pousser jusqu\u2019\u00e0 la pharmacie au bout du village, puis descendre \u00e0 la rivi\u00e8re pour chercher un peu de fra\u00eecheur. Depuis quelques ann\u00e9es, l\u2019eau perd toute transparence en \u00e9t\u00e9, le vert \u00e9meraude est devenu glauque, affluence, d\u00e9r\u00e8glement des stations d\u2019\u00e9purations, on se d\u00e9sole, on r\u00e9clame, on supporte. Dans ce paysage \u00e0 la nature pr\u00e9serv\u00e9e, c\u2019est affligeant\u2026Les jardins s\u2019alignent, les champs mara\u00eechers regorgent de tomates joufflues, de courgettes et de salades. Demain, on pourra les retrouver expos\u00e9es sur un \u00e9tal au march\u00e9 du village. Garanties sans traitement chimique, cueillies juste la veille ou le matin m\u00eame\u2026Le chemin continue vers l\u2019aire pique-nique sous les marronniers envahie de v\u00e9los et de camping-cars, vers le pont aux cinq arches enjambant la rivi\u00e8re o\u00f9 glissent des cano\u00e9s jaunes et rouges, vers la source d\u2019eau min\u00e9rale p\u00e9tillante\u2026je tourne&nbsp; \u00e0 droite, retrouve l\u2019itin\u00e9raire retour, un peu essouffl\u00e9e, mais les pieds ne tra\u00eenent pas, inspirez, expirez, je me concentre sur la mont\u00e9e, la maison est fra\u00eeche, je pose le journal sur la table. 8226 pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Cinqui\u00e8me jour, samedi<\/p>\n\n\n\n<p>Jour de march\u00e9, affluence, \u00e9tals de l\u00e9gumes, de miel, de bijoux et de livres, attente chez le boucher, le boulanger n\u2019a plus de pain, faut se lever t\u00f4t, ma ch\u00e8re, tu viens boire un petit caf\u00e9 sur la terrasse&nbsp;? Un son cristallin qui d\u00e9passe le bruissement des conversations, au milieu du march\u00e9, pr\u00e8s de la fontaine, un jeune homme \u00e0 genoux devant un gros ballon, en fait une calebasse, avec un manche et des cordes, un son de harpe\u2026une kora&nbsp;!&#8230; Une longue file devant l\u2019agence postale qui fermera \u00e0 midi, je slalome entre les stands de v\u00eatements, de sacs, de foulards, entre les gens avec masque et puis les autres, le maire contr\u00f4le, soucieux, je me refugie \u00e0 la biblioth\u00e8que, calme, fra\u00eeche et accueillante, j\u2019irai chercher le journal plus tard s\u2019il en reste, trop de monde, \u00e7a fatigue, la chaleur, le bruit, je crois que je d\u00e9prime un peu. Je rentre directement par le chemin le plus court. J\u2019ai oubli\u00e9 de compter mes pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Sixi\u00e8me jour, dimanche<\/p>\n\n\n\n<p>Y aller avant la sortie de la messe. Eviter l\u2019affluence. Je flanche, je me d\u00e9gonfle, je prends la voiture. Descendre la petite route, arr\u00eater au stop, attendre la fin de la file des autos et des camping-cars, prendre \u00e0 gauche sur la d\u00e9partementale, puis tout droit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village, guetter une place de parking. Tout va bien, j\u2019avance, je rentre \u00e0 la superette encore calme \u00e0 cette heure, je respire, les journaux sont expos\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, journal r\u00e9gional, suppl\u00e9ment t\u00e9l\u00e9, magazine touristique, tout y est, les nouvelles locales, les informations r\u00e9gionales, les jeux, les recettes, les animations \u00e0 venir\u2026quelques heures de lecture dans un fauteuil confortable, il sera content. J\u2019entends les coups de l\u2019horloge de la mairie, j\u2019entends sonner les cloches de l\u2019\u00e9glise, je sens l\u2019odeur des poulets r\u00f4tis devant la boucherie qui embaume la place, qui me donne faim, j\u2019avance sur la route, j\u2019ai failli oublier la voiture, je retourne sur le parking, repars sur la route, surtout s\u2019arr\u00eater au stop devant l\u2019\u00e9cole, les PV tombent souvent ces temps-ci\u2026 en montant la colline, ma voiture aussi s\u2019essouffle, seconde, premi\u00e8re, un peu d\u2019\u00e9lan, on arrive. 2041 pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Septi\u00e8me jour, lundi<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de journaux aujourd\u2019hui dans le village, le magasin est ferm\u00e9. Il faudrait partir \u00e0 dix kilom\u00e8tres, pour en trouver. Alors rel\u00e2che, on regardera la t\u00e9l\u00e9vision pour les nouvelles. Je descends chez la voisine pour les relations humaines,&nbsp;pour les nouvelles du quartier, pour un petit caf\u00e9 ou une tasse de th\u00e9. C\u2019est reposant, apaisant. Sa voix est douce, son rire contagieux, on dirait une clochette joyeuse. Elle illumine ma journ\u00e9e. Mais je manquerai d\u2019entra\u00eenement, d\u2019exercice. Mon \u00e9cran m\u2019indique 232 pas. Demain, rattrapage&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"575\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/coquelicot-575x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-48805\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/coquelicot-575x1024.jpg 575w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/coquelicot-236x420.jpg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/coquelicot-768x1368.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/coquelicot-863x1536.jpg 863w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/coquelicot-1150x2048.jpg 1150w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/coquelicot-scaled.jpg 1438w\" sizes=\"auto, (max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption>dig<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premier jour, disons mardi Sortir. 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