{"id":49043,"date":"2021-09-14T19:17:00","date_gmt":"2021-09-14T17:17:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=49043"},"modified":"2021-09-14T19:17:33","modified_gmt":"2021-09-14T17:17:33","slug":"9-en-noir-et-blanc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/9-en-noir-et-blanc\/","title":{"rendered":"#9 en noir et blanc"},"content":{"rendered":"\n<p>Photo rectangulaire, petit c\u00f4t\u00e9 horizontal, au premier plan le trait blanc d&rsquo;un pied de micro divise le rectangle sur presque toute sa hauteur, il est l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9 vers la gauche. Le micro qui le surmonte est tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9, blanc lui aussi, on distingue nettement le cercle de m\u00e9tal sur la boule \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la brillance de ce blanc, le visage derri\u00e8re le micro para\u00eet gris, comme repouss\u00e9 en arri\u00e8re en m\u00eame temps que le reste du corps, par l&rsquo;inclinaison du pied de micro, vers le halo de lumi\u00e8re qui nimbe le contour d&rsquo;une tignasse \u00e9paisse, fris\u00e9e, dont l&rsquo;ombre noire couvre le front et une partie de la joue droite. La joue gauche est mang\u00e9e par le micro. Le regard tente de percer l&rsquo;ombre noire qui couvre les sourcils, il est brillant, comme des yeux sur le point de pleurer. Aucun appr\u00eat, aucun d\u00e9sir de plaire ou m\u00eame de convaincre n&rsquo;\u00e9mane de la silhouette debout, tr\u00e8s droite, presque au garde \u00e0 vous, le costume est des plus banals, asexu\u00e9, pantalon et blouson en jean ou en cuir. Sur le blouson ouvert se d\u00e9tachent en blanc les surpiqures qui bordent les poches, le col et les deux pans le long desquels s&rsquo;alignent les boutons en m\u00e9tal face \u00e0 leurs boutonni\u00e8res, encadrant une grande fleur imprim\u00e9e sur la chemise claire dont l&rsquo;encolure est large et ferm\u00e9e par un cordon, comme en portaient ces ann\u00e9es-l\u00e0 \u2013 Spa 1971, au dos de la photographie \u2013 les filles comme les gar\u00e7ons. Les bras pendent de chaque c\u00f4t\u00e9 du corps, couverts jusqu&rsquo;\u00e0 la jointure des doigts par les lourdes manches. Le seul bijou est un anneau \u00e0 l&rsquo;index de la main droite. Il ou elle&nbsp;? Difficile \u00e0 dire. La silhouette est fragile et les mains tr\u00e8s fines, mais une force \u00e9mane de la posture, c&rsquo;est quelqu&rsquo;un qui se dresse. <em>Prenez vos r\u00eaves pour des r\u00e9alit\u00e9s. <\/em>Qui refuse le monde tout en s&rsquo;adressant \u00e0 lui. <em>Je ne suis pas des v\u00f4tres <\/em>et<em> je suis l\u00e0. Je suis l\u00e0 <\/em>et<em> je ne suis pas des v\u00f4tres. <\/em>Ainsi le veut la philosophie de l&rsquo;\u00e9poque. Les taches de lumi\u00e8re qui marquent les \u00e9paules et le contour du casque de cheveux nimbe la silhouette d&rsquo;une solitude. En bas \u00e0 droite, au second plan et un peu dans le flou, un n\u0153ud papillon se d\u00e9tache sur un plastron blanc mais le musicien ne joue pas, la voix dans le micro est nue, sans accompagnement. Le regard est droit, cherchant l&rsquo;endroit o\u00f9 c&rsquo;est trop loin pour revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tapis<\/p>\n\n\n\n<p>Stamp registration N\u00b0 1541 &#8211; COPYRIGHT PHOTOGRAPH by KILBY &#8211; SUSSEX 1975<\/p>\n\n\n\n<p>en faisant pivoter la photo de 180 \u00b0, on voit, tendu au plafond, un tapis dont les larges rayures sont d\u00e9cor\u00e9es de motifs g\u00e9om\u00e9triques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. \u00c0 ce tapis, sont accroch\u00e9s par les genoux, t\u00eate en bas, quatre hommes, une femme et un petit enfant assis en tailleur. On reconna\u00eet la femme \u00e0 la finesse du visage triangulaire, menton tendu, mis en lumi\u00e8re par le caftan noir qu&rsquo;elle porte, richement orn\u00e9 de broderies claires qui pourraient \u00eatre en or mais ressortent en blanc sur le clich\u00e9. En bas de la photo, une succession de poutres parall\u00e8les, comme des rails de chemin de fer, le long d&rsquo;une ouverture rectangulaire garnie de barreaux blancs et dont le cadre, blanc lui aussi, ne borde pas le c\u00f4t\u00e9 du bas, ce qui donne \u00e0 penser qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la partie haute d&rsquo;une porte qui s&rsquo;enfonce dans le sol. Du tapis pendent plusieurs objets coniques de grande taille, le plus gros a la forme d&rsquo;une cruche, son ar\u00eate inf\u00e9rieure est bord\u00e9e de rivets dans lesquels passent des liens, et juste en-dessous, un miroir refl\u00e8te ce qui para\u00eet \u00eatre une fen\u00eatre sans rideau, ou une verri\u00e8re. La photo remise \u00e0 l&rsquo;endroit repr\u00e9sente un groupe de musiciens assis sur un tapis contre un grand mur blanc, le miroir arrondi plac\u00e9 maintenant au-dessus du gros tambour, refl\u00e8te les vitres de la partie du plafond qui est hors-cadre. Le gros tambour est deux fois plus haut que le musicien assis contre son flanc, un jeune Africain dont la chemise bariol\u00e9e, les colliers, la veste en tissu brillant, la coupe afro \u00e0 la <em>Jimmy hendricks<\/em> et le large sourire un peu crisp\u00e9, ne masquent pas l&rsquo;inqui\u00e9tude port\u00e9e par le regard. Le <em>sintir<\/em> des gnaouas dont il joue est dans l&rsquo;ombre, mais on distingue la forme de la caisse rectangulaire et le long manche qui se termine comme la t\u00eate d&rsquo;un serpent emplum\u00e9 par les lames du sistre. C&rsquo;est le seul qui regarde l&rsquo;objectif. Assis \u00e0 sa droite, deux gar\u00e7ons, l&rsquo;un \u00e0 la peau noire et t\u00eate nue, l&rsquo;autre au visage clair et coiff\u00e9 d&rsquo;un turban noir, jouent des <em>Karkabes<\/em> d&rsquo;un air r\u00eaveur. \u00c0 l&rsquo;extr\u00eame gauche de la file, un homme en blanc, jambes crois\u00e9es, souffle dans une fl\u00fbte traversi\u00e8re, brune et cercl\u00e9e d&rsquo;anneaux clairs, il est pench\u00e9 en avant et sa haute toque en astrakan masque se yeux, ne laissant voir que l&rsquo;ar\u00eate du nez qui forme avec la fl\u00fbte un angle droit. On ne voit de l&rsquo;enfant que son petit cr\u00e2ne rond et le dos de sa tunique blanche, il est assis face \u00e0 l&rsquo;homme \u00e0 la fl\u00fbte, la t\u00eate inclin\u00e9e sur une paire de mailloches dont il frappe le tapis. \u00c0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 du groupe se trouve la femme dont le visage violemment \u00e9clair\u00e9 est blanc comme un masque, les cheveux tir\u00e9s en arri\u00e8re mettant en valeur les yeux tr\u00e8s maquill\u00e9s, aux paupi\u00e8res closes. Elle joue du violon, totalement absorb\u00e9e par la musique, le regard tourn\u00e9 en dedans. Si c&rsquo;est la m\u00eame que la premi\u00e8re photo \u2013 et c&rsquo;est la m\u00eame \u2013 il semblerait qu&rsquo;elle ait trouv\u00e9 l&rsquo;endroit qu&rsquo;elle cherchait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Photo rectangulaire, petit c\u00f4t\u00e9 horizontal, au premier plan le trait blanc d&rsquo;un pied de micro divise le rectangle sur presque toute sa hauteur, il est l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9 vers la gauche. 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