{"id":49295,"date":"2021-09-01T16:41:52","date_gmt":"2021-09-01T14:41:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=49295"},"modified":"2021-09-01T16:41:53","modified_gmt":"2021-09-01T14:41:53","slug":"p-6-une-semaine-un-journal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p-6-une-semaine-un-journal\/","title":{"rendered":"#P 6, une semaine un journal"},"content":{"rendered":"\n<p><em>1. Amie.<\/em><br>Tu sais que tu la retrouves toujours comme hier, avenante, rieuse, positive. Le verbe haut, fort, ar-ti-cu-l\u00e9, savourant un r\u00e9cit toujours pr\u00eat \u00e0 raconter, avec sa voix l\u2019intense de son regard bleu, conter la vie, la sienne, celle des autres, mise en chair de mots dont elle se r\u00e9gale, te r\u00e9gale. Tu vas penser : si diff\u00e9rente de moi.<br><br><em>2. \u00c0 mar\u00e9e basse.<\/em><br>On va jusqu\u2019\u00e0 la plage pour voir le coucher de soleil ? C\u2019est un chien noir sympathique qui nous accueille \u00e0 l\u2019or\u00e9e des marches, qu\u2019il soit en laisse fait un effet curieux, derri\u00e8re lui toute l\u2019\u00e9tendue marine, toute la lumi\u00e8re du couchant caresse les algues rousses, odeur de l\u2019iode du soir, les bateaux blancs paressent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019eau montante, le ciel offre la carte postale du soir, reflets sourds sur le sable qui a bu l\u2019eau, brillance des flaques, point bleu roi d\u2019une luge abandonn\u00e9e, jaune des balises, pointill\u00e9 de mouettes, au tr\u00e8s loin l\u2019ourlet des maisons et de quelques arbres, dans le ciel des tra\u00een\u00e9es argent\u00e9es,  puis jaunes  ou roses, parade des go\u00e9lands, parfois un cri \u00e9raille la distance, l\u2019horizon se perd, l\u2019\u0153il confond, non, il embrasse, boit les reflets, guette le disque tranquille du soleil ambre, le corps absorbe l\u2019espace, il pourrait courir le chien, dans cet espace, mais il est en laisse.<br><br><em>3. Solitude.<\/em><br>Les anniversaires, les No\u00ebls, les mariages, les enterrements, les cousinades, les vacances.<br>La m\u00e8re et la fille \u00e9voquent les souvenirs de leurs fratries, de leurs descendances, \u00e7a fait beaucoup, beaucoup de monde. Au bout de trois jours tu n\u2019essayes plus de situer qui est qui, \u00e0 qui, de qui, Claire, Isabelle, Claude, Adrien, Agn\u00e8s, Frank, Marie-H\u00e9l\u00e8ne, B\u00e9n\u00e9dicte, Justin, Pierrot. Tu \u00e9coutes, tu souris. Tandis qu\u2019en toi un silence creuse, celui de ta minuscule famille d\u00e9sunie, celui de ton manque d\u2019enfants \u00e0 toi, le silence creuse le gouffre nullipare, creuse, fore, taraude. A l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 la surface, rien, tu ne dis rien, tu souris.<br><br><em>4. Dernier jour des vacances<\/em>.<br>Que faire le dernier jour qu\u2019on ne pouvait imaginer qu\u2019id\u00e9al ? Tu voulais la plage, le sable, l\u2019eau, nager, nager encore. Ce dernier jour est en r\u00e9alit\u00e9 un jour courbatures, la veille tu as nag\u00e9, nag\u00e9 encore et encore, pourtant cette impression particuli\u00e8re d\u2019une eau chaude en surface et glac\u00e9e en dessous, aujourd\u2019hui ton corps p\u00e8se une tonne, le plus petit mouvement te co\u00fbte, et le bras (droit bien s\u00fbr) et les tendons du coude tiraillent au moindre geste. Tu te le dis de plus en plus, faut accepter d\u2019\u00eatre vieille ma vieille, ne pas trop en faire sous peine de\u2026 mais c\u2019est plus fort que toi tu fais, tu refais&#8230; La toile du fauteuil de jardin accueille la fatigue de tes reins, tu allonges les jambes sur la table basse, cale tes \u00e9paules, d\u00e9tend le cou, renifle l\u2019odeur du gazon coup\u00e9. Juste accepter la contrainte du farniente, la respiration calme, ce rayon de soleil entre les nuages pommel\u00e9s, cette lumi\u00e8re dor\u00e9e, voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 l\u2019heure de l\u2019ap\u00e9ritif, la note festive n\u2019est pas celle du premier jour. Les fronti\u00e8res butent, toujours, avant le d\u00e9part avant le retour avant l\u2019ailleurs.<br><br><em>5. Long, le voyage en train.<\/em><br>Lourde toile pliss\u00e9e d\u2019un rouge un peu pass\u00e9, le rideau ne prot\u00e8ge plus du soleil, les scintillements me r\u00e9veillent. Je r\u00e9ajuste, un bruit m\u00e9tallique glisse, je tente de retrouver mon \u00e9tat de torpeur, c\u2019est fichu, une raideur de la nuque descend vers l\u2019\u00e9paule droite, c\u2019est toujours \u00e0 droite que \u00e7a coince, la droite c\u2019est le c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re m\u2019a dit un jour  quelqu\u2019un du genre genou je-nous, c\u2019est comme la pub que je d\u00e9couvrais tout \u00e0 l\u2019heure, un mec qui s\u2019intitule Boussole de vie et qui te demande si tu veux aller vers la version la plus heureuse de toi m\u00eame\u2026<br><br><em>6.  Retour au bercail. <\/em><br>D \u2018abord le chat qui se pr\u00e9cipite d\u00e8s que j\u2019ai pouss\u00e9 le portail, miaulement bouscul\u00e9 par sa course, frottement de son corps sur mes jambes, enroulements, souplesse, caresses, je le porte \u00e0 mes bras, je cale ma t\u00eate dans la douceur des retrouvailles, d\u00e9lice, il ronronne, soudain un raidissement, non mais tu m\u2019as laiss\u00e9, toi, alors pas question de c\u00e2lin tout de suite, non mais !<br>Puis mon jardin depuis la fen\u00eatre, bient\u00f4t le soir. Je pense \u00e0 Josef Sudek  \u00e0 la fen\u00eatre de son atelier, toute sa vie fascin\u00e9 par l\u2019ombre et la lumi\u00e8re, connu dans le monde entier pour la bu\u00e9e sur le verre d\u2019une vitre, la silhouette pench\u00e9e d\u2019une branche de fleurs, l\u2019obscurit\u00e9 de l\u2019occupation durant la seconde guerre mondiale. <br><br><br><em>7. Chasse \u00e0 l\u2019image<\/em><br>Dans la lumi\u00e8re du matin, toujours le matin, cheminer vers la petite terrasse pr\u00e8s du bassin, les pieds nus sur l\u2019encore fra\u00eecheur des dalles jusqu\u2019au foisonnement de verdure, le th\u00e9 fumant sur la table rouill\u00e9e, mon refuge v\u00e9g\u00e9tal, ma perp\u00e9tuelle qu\u00eate. Reflets sur l\u2019eau, sur la peau de l\u2019eau lisse ou frip\u00e9e par le mistral, feuillages tremblants verts tendres ou sombres, \u00e9clats bleus du ciel \u00e0 la renverse, blanc d\u2019un nuage, traits rouges vifs et fuyants. Reflets dans l\u2019eau, vertige de la profondeur, les traits vibrent, plongent, se noient, renaissent. Clic. C\u2019est l\u2019instant de bascule qui compte, celui de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019image, cette minuscule fraction de seconde o\u00f9 ce que je vois devient ce que je capture, ou plut\u00f4t ce que l\u2019objectif du mobile capture comme si \u00e7a n\u2019avait rien \u00e0 voir avec moi, pourtant je l\u2019ai choisi ce moment o\u00f9 j\u2019appuie sur le rond blanc, clic, fig\u00e9 le mouvement de vie, clic. Visionner, reconna\u00eetre ou \u00eatre surprise, sera une autre histoire\u2026 <br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Amie.Tu sais que tu la retrouves toujours comme hier, avenante, rieuse, positive. Le verbe haut, fort, ar-ti-cu-l\u00e9, savourant un r\u00e9cit toujours pr\u00eat \u00e0 raconter, avec sa voix l\u2019intense de son regard bleu, conter la vie, la sienne, celle des autres, mise en chair de mots dont elle se r\u00e9gale, te r\u00e9gale. 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