{"id":50623,"date":"2021-09-09T13:04:08","date_gmt":"2021-09-09T11:04:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=50623"},"modified":"2021-09-09T13:49:59","modified_gmt":"2021-09-09T11:49:59","slug":"p10-nocturne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p10-nocturne\/","title":{"rendered":"#P10 | Nocturne"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/James-Abbott-McNeill-WHISTLER.-Nocturne-in-Black-and-Gold-the-Falling-Rocket-1874..jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-50628\" width=\"588\" height=\"782\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/James-Abbott-McNeill-WHISTLER.-Nocturne-in-Black-and-Gold-the-Falling-Rocket-1874..jpeg 481w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/James-Abbott-McNeill-WHISTLER.-Nocturne-in-Black-and-Gold-the-Falling-Rocket-1874.-316x420.jpeg 316w\" sizes=\"auto, (max-width: 588px) 100vw, 588px\" \/><figcaption>James Abbott McNeill WHISTLER.&nbsp;<em>Nocturne in Black and Gold, the Falling Rocket<\/em>, 1874.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Ce texte poursuit <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l8-rien-le-rivage\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">#L8|Rien, le rivage<\/a>. <\/pre>\n\n\n\n<p><meta charset=\"utf-8\">L\u2019homme ne sait pas s&rsquo;il ouvre les yeux, ses paupi\u00e8res doutent; quoiqu&rsquo;elles fassent, l\u2019obscurit\u00e9 ne varie pas. Au loin, il distingue le fouet des vagues sur la roche, tout pr\u00e8s, des gouttes cadencent quelques points d\u2019eau, signalent un espace r\u00e9duit, mousseux. Il s\u2019accroche au couteau serr\u00e9 dans sa paume, se dit qu&rsquo;habituellement les gens qui serrent quelque chose sont remu\u00e9s d\u2019\u00e9motions, surtout dans les histoires, surtout un couteau. L\u00e0 non. Il s\u2019y accroche simplement, tandis qu\u2019il repose nu sur la pierre au creux de l\u2019air humide envelopp\u00e9 par mille odeurs de digestions, de v\u00e9g\u00e9taux et de mac\u00e9rats dont il ignore tout. L\u2019obscurit\u00e9 le couvre, une brise parfois la soul\u00e8ve, caresse sa peau perl\u00e9e de sel, il ne sait toujours pas s\u2019il a froid. Il approche une main de la paroi, elle suinte soudain d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment. <em>D\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment<\/em>, tu es s\u00fbr ? La voix irise le noir. \u00c9trang\u00e8re, elle parle sa langue sans accent, elle rit. Tranquille, presque d\u00e9sinvolte, il r\u00e9pond non, je ne suis pas s\u00fbr du tout, comme si la conversation durait depuis cent ans. Il constate en souriant qu&rsquo;il n\u2019a pas pu s\u2019emp\u00eacher de croire que les choses \u00e9taient l\u00e0 pour lui, qu\u2019il en \u00e9tait le destinataire, alors que ce monde existait d\u00e9j\u00e0 avant lui. D\u2019o\u00f9 viens-tu pour penser autant? Je ne sais pas. Sais-tu rire ? La bouche est partout, la voix rebondit sur la roche, claire, famili\u00e8re, accord\u00e9e au tintement des gouttes \u00e0 gouttes. Une mati\u00e8re duveteuse contacte ses orteils, remonte jusqu\u2019\u00e0 sa main. Oui, j\u2019ai su rire je crois, il y a longtemps. <em>Longtemps<\/em> <em>longtemps d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment je crois<\/em>. Elle m\u00e2che les mots, les r\u00e9duit en poudre fine, les verse sur sa peau en chantant, il ouvre la main, l\u00e2che le couteau. Fra\u00eeche, venteuse, l&rsquo;haleine s\u2019approche de son oreille et juste apr\u00e8s un rot \u00e0 l\u2019odeur \u00e2cre : que veux-tu de ce couteau? La voix chemine sous sa peau, la question creuse jusqu\u2019\u00e0 l\u2019estomac un sillon plus dense que la faim. Pris de vertiges, il tente de convoquer un Dieu connu, elle ne le permet pas; tu voudrais me demander o\u00f9 tu es, qui je suis, r\u00e9ponds: quel est le destin de ce couteau? Il chuchote je ne sais pas tandis que des larmes br\u00fblantes filent sur ses tempes, rythment deux flaques o\u00f9 baignent d\u00e9j\u00e0 ses \u00e9paules. Appara\u00eet soudain la bouche rose d\u2019Alfred Hitchcock, <em>si tu vois une arme au d\u00e9but du film, elle sera forc\u00e9ment utilis\u00e9e<\/em>. Il balbutie j\u2019ai peur mais je ne sens rien. Elle souffle avec lui, ensembles ils disent je ne comprends rien je respire \u00e0 peine. Elle rit, son rire est onctueux, elle dit : je vais parler \u00e0 tes organes dans une langue que tes oreilles ne reconna\u00eetront pas. Il ose demander : qu\u2019allez-vous leur dire? Un jour, un homme comme toi est arriv\u00e9 ici, avec la m\u00eame pulsation et le m\u00eame couteau, le m\u00eame ventre et le m\u00eame sexe velu, seuls quelques arbres s\u2019en souviennent. Je vais savoir si c\u2019est toi.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte poursuit #L8|Rien, le rivage. L\u2019homme ne sait pas s&rsquo;il ouvre les yeux, ses paupi\u00e8res doutent; quoiqu&rsquo;elles fassent, l\u2019obscurit\u00e9 ne varie pas. Au loin, il distingue le fouet des vagues sur la roche, tout pr\u00e8s, des gouttes cadencent quelques points d\u2019eau, signalent un espace r\u00e9duit, mousseux. 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