{"id":50683,"date":"2021-09-09T18:21:37","date_gmt":"2021-09-09T16:21:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=50683"},"modified":"2021-09-12T10:43:59","modified_gmt":"2021-09-12T08:43:59","slug":"l10-le-commandant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l10-le-commandant\/","title":{"rendered":"#L10 : Le commandant"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-blue-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\"><span class=\"has-inline-color has-black-color\">Suite directe du texte de ma <\/span><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p10-le-bureau-du-commandant\/\" data-type=\"URL\">#P10: le bureau du Commandant <\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Une fois le lieutenant Rive sorti de son bureau, Ribot s\u2019autorise enfin un sourire amus\u00e9. Il se souvient de ses jeunes ann\u00e9es, lorsqu\u2019il \u00e9tait aussi ambitieux que le petit J\u00e9r\u00f4me, en moins incisif tout de m\u00eame. \u00c7a ne l\u2019avait pas emp\u00each\u00e9 de devenir le chef de la brigade territoriale. Bien s\u00fbr il aurait pu acc\u00e9der au niveau d\u00e9partemental, voire m\u00eame r\u00e9gional, mais il avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester chez lui, sur le canton de Longuevielle, l\u00e0 o\u00f9 il avait toujours v\u00e9cu, comme la plupart des ses coll\u00e8gues qui sont du coin. Tout le monde se conna\u00eet ici et \u00e7a donne un sacr\u00e9 avantage sur le terrain, \u00e0 la fois pour parler avec la population et pour faire jouer les leviers de la communaut\u00e9 : le petit jeune arr\u00eat\u00e9 pour exc\u00e8s de vitesse ou qui a un peu bu, tout le monde va le regarder diff\u00e9remment apr\u00e8s, soit en lui disant qu\u2019il a d\u00e9conn\u00e9, soit en le reconnaissant comme faisant partie de ceux qu\u2019il faut surveiller dans leurs abus\u2026 et \u00e7a se r\u00e9gulera au fil des mois. Pareil pour le voisin hargneux qui ne veut pas c\u00e9der pour refaire sa cl\u00f4ture alors qu\u2019elle est de son c\u00f4t\u00e9 sur le cadastre\u2026 tout se sait et tout se discute, sinon on se fait exclure : \u00e7a assouplit les plus r\u00e9calcitrant.<br>L\u2019affaire Demaine c\u2019\u00e9tait autre chose\u2026 Il n\u2019\u00e9tait pas beaucoup plus \u00e2g\u00e9 qu\u2019elle \u00e0 sa disparition et on \u00e9tait pass\u00e9 de l\u2019inqui\u00e9tude \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension : pourquoi vouloir partir sans laisser de traces ? Il avait toujours soup\u00e7onn\u00e9 Carneau d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 violent avec sa fianc\u00e9e, mais ses coll\u00e8gues \u2014 et en particulier le Capitaine Freuchot \u2014 n\u2019avaient pas voulu \u00e9couter son intuition. Il r\u00e9p\u00e9tait toujours \u00ab On n\u2019est pas l\u00e0 pour faire dans le sentiment, Ribot, sinon faites coiffeur ! \u00bb. Et toute la brigade rigolait de ce rire gras et misogyne, pour ne pas dire homophobe. Heureusement, les temps changent, et m\u00eame dans cette foutue campagne la gendarmerie accueillait de femmes et des homosexuels sans que cela ne pose de probl\u00e8me \u00e0 personne. Le chef Freuchot, paix \u00e0 ses m\u00e2nes, doit s\u2019en retourner dans sa tombe, mais c\u2019est \u00e7a l\u2019ouverture d\u2019esprit, merde. C\u2019est d\u2019ailleurs pour \u00e7a que Freuchot n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 promu ailleurs que sur le canton : trop brut de d\u00e9coffrage, trop bas de plafond, trop gendarme-de-base.<br>Ribot sent toute la frustration de cette affaire remonter dans ses tripes. \u00c7a le met en col\u00e8re, cette m\u00eame col\u00e8re qui lui a servi de moteur pendant toute sa carri\u00e8re. Il reprend sa tasse pour la d\u00e9poser derri\u00e8re lui, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la machine, celle que ses enfants lui ont offert il y a quelques ann\u00e9es en lui disant d\u2019arr\u00eater de boire du jus de chaussette, \u00e0 ton \u00e2ge quand m\u00eame. Le caf\u00e9 est serr\u00e9, il a fini par s\u2019habituer, plus par loyaut\u00e9 envers ses enfants que par go\u00fbt. On se fait \u00e0 tout, para\u00eet-il. Il se demande maintenant comment une m\u00e8re pourra se faire \u00e0 la mort de son enfant. Comment M\u00e9lanie r\u00e9agira lorsque la police d\u00e9barquera chez elle, la cueillant au moment o\u00f9 elle part travailler ou la r\u00e9veillant \u2014 allez savoir. Croira-t-elle que c\u2019est fini, on l\u2019a retrouv\u00e9e, on a d\u00e9couvert o\u00f9 elle se cachait depuis toutes ces ann\u00e9es ? Voudra-t-elle faire croire qu\u2019elle n\u2019est pas la M\u00e9lanie Demaine qu\u2019on a tant attendu ? Puis elle entendra les hommes en bleu lui dire qu\u2019ils ont une mauvaise nouvelle, que son fils a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 mort dans un accident de la route. Elle ne voudra pas y croire, elle dira c\u2019est une erreur avant de s\u2019effondrer en larmes. Ou non, elle attendra qu\u2019ils soient partis pour le faire. Mais ils ne partiront pas tout de suite. Ils lui annonceront qu\u2019elle est attendue sur les lieux pour reconna\u00eetre le corps. On lui dira le nom de la ville, celle par laquelle elle a d\u00fb passer pour fuir Longuevielle. Cette ville dont elle abhorre le nom les rares fois o\u00f9 elle l\u2019entend. On ne lui dira pas qu\u2019elle sera \u00e9galement interrog\u00e9e dans le cadre de sa disparition voil\u00e0 bient\u00f4t trente ans, on n\u2019aura pas besoin de lui dire, elle s\u2019est pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 ce jour pendant toute sa nouvelle vie. Elle savait que ce jour arriverait, mais pas comme \u00e7a, pas en perdant son enfant. Chez le commandant la col\u00e8re a laiss\u00e9 place \u00e0 la tristesse : aucun parent ne devrait voir son enfant mourir. Il se prend \u00e0 demander \u00e0 on ne sait qui que cela ne lui arrive jamais. Ses enfants sont adultes maintenant, mais il a tant pens\u00e9 \u00e0 tout ce qui aurait pu leur arriver plus jeunes. Dans le m\u00e9tier on en voit des choses horribles. On fait tout pour ne pas penser que \u00e7a pourrait nous arriver mais c\u2019est de la fa\u00e7ade. Si \u00e7a tombait seulement chez les autres, \u00e7a n\u2019arriverait pas si pr\u00e8s de chez nous, \u00e7a n\u2019arriverait qu\u2019au loin, dans des contr\u00e9es inaccessibles. Ce serait pratique et rassurant\u2026 mais c\u2019est faux : on est tous \u00e0 la m\u00eame enseigne sur cette Terre.<br>Il attrape le rapport pr\u00e9liminaire de ses subordonn\u00e9s et y trouve l\u2019acte de naissance du jeune gars. Quel g\u00e2chis ! Il entre le nom de la m\u00e8re dans le fichier central : rien, aucune infraction. Domicili\u00e9e en Seine-Saint-Denis, elle n\u2019avait donc pas tant boug\u00e9 que cela. Il d\u00e9croche son t\u00e9l\u00e9phone fixe, antique survivant d\u2019une gendarmerie num\u00e9ris\u00e9e, reprend son masque de gendarme de m\u00e9tier et appelle le central pour qu\u2019on lui passe les coll\u00e8gues de Bobigny. Il attend. On d\u00e9croche. Bonjour Commandant. Oui, Madame Demanie sera pr\u00e9venue de la mort de son fils et de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019aller reconna\u00eetre le corps dans les plus brefs d\u00e9lais. Oui on vous rappelle pour lui dire d\u00e8s que cela est fait. Oui on lui transmet votre num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone portable en lui disant de vous appeler d\u00e8s qu\u2019elle est en chemin pour qu\u2019on l\u2019emm\u00e8ne \u00e0 la morgue. Oui on lui dit que c\u2019est probablement un accident mais qu\u2019une enqu\u00eate vient d\u2019\u00eatre ouverte. Bien s\u00fbr on ne lui donne pas les d\u00e9tails, puisqu\u2019on ne sait pas. Oui merci. A vous aussi bon courage. Le combin\u00e9 claque sur son support malgr\u00e9 la d\u00e9licatesse qu\u2019il a prise pour le reposer. Il regarde \u00e0 nouveau le dossier pos\u00e9 sur son bureau. Quel g\u00e2chis\u2026<br>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des vitres les hommes de l\u2019\u00e9quipe de jour sont arriv\u00e9s. Il d\u00e9ploie sa carcasse et se dirige vers l\u2019open-space pour le brief. Personne ne mouftera lorsqu\u2019il annoncera faire l\u2019enqu\u00eate lui-m\u00eame avec Rive, ce dernier regardant ses rangers sans fanfaronner. Bien\u2026 il apprend vite le petit, on en fera quelque chose, pour s\u00fbr. Il r\u00e9partir les autres t\u00e2ches de la journ\u00e9e et bon courage. Chacun vaque \u00e0 ses occupations, sauf Rive, un peu d\u00e9contenanc\u00e9 qui retourne \u00e0 son bureau, sans savoir \u00e0 qui parler. Ribot le laisse mariner une ou deux minutes avant de l\u2019appeler pour partir aller interroger les t\u00e9moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-background\">Codicille : je ne r\u00e9ponds pas vraiment \u00e0 la consigne malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de celle-ci dans ma t\u00eate pendant tout le temps de l&rsquo;\u00e9criture&#8230; alors je le mets l\u00e0 et vais essayer de me perdre un peu plus loin sur d&rsquo;autres d\u00e9tails. Difficile pour moi de me d\u00e9tacher du fil de mon histoire, alors m\u00eame que j&rsquo;en avais perdu l&rsquo;app\u00e9tence juste avant cette consigne de la L10! Mon esprit de contradiction, sans doute&#8230; <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite directe du texte de ma #P10: le bureau du Commandant Une fois le lieutenant Rive sorti de son bureau, Ribot s\u2019autorise enfin un sourire amus\u00e9. 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