{"id":50752,"date":"2021-09-10T16:07:33","date_gmt":"2021-09-10T14:07:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=50752"},"modified":"2021-09-11T09:45:35","modified_gmt":"2021-09-11T07:45:35","slug":"leffondrement-du-chat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/leffondrement-du-chat\/","title":{"rendered":"#L10 | L\u2019effondrement du chat"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-medium-gray-background-color has-text-color has-background has-small-font-size\"><strong>Note pr\u00e9liminaire<\/strong> : Par deux fois, dans l\u2019\u00e9bauche du livre en train de se construire, il est question de chat. La premi\u00e8re fois, par son absence (en d\u00e9but du chapitre 4, page 13, que vous pouvez consulter sur le <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ftp\/2021_pvlb\/compiles\/JeanLucChovelon.pdf\" target=\"_blank\">pdf<\/a> en \u00e9laboration) lorsqu\u2019il est question d\u2019une femme qui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment son chat) et une autre fois (dans le chapitre 6, page 23) lorsque le marin manque de tr\u00e9bucher sur un chat. C\u2019est ce point dans lequel je me suis engouffr\u00e9 dans l\u2019espoir d\u2019\u00e9puiser le sujet, \u00e0 force de le ressasser, de le triturer, de le malaxer. J\u2019ai tant\u00f4t eu l\u2019impression d\u2019ouvrir les portes d\u2019une autre histoire \u00e0 la Perec, de faire le tour des possibles \u00e0 la Tarkos, de porter un regard expansif \u00e0 la Simon. Tout en essayant de m\u2019attacher \u00e0 la consigne \u00e0 la Bernhard. \u00c7a fait du monde pour un si petit texte\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">L\u2019une le cherche, l\u2019appelle, l\u2019attend, l\u2019esp\u00e8re, le r\u00eave, l\u2019id\u00e9alise, le philosophe, s\u2019inqui\u00e8te, s\u2019y projette, s\u2019y construit. L\u2019autre l\u2019enjambe pour ne pas tomber. Existe-t-il une ville sans chat ? Existe-t-il une vie sans chat ?<\/p>\n\n\n\n<p>Geoffroy est un chat de goutti\u00e8re. Il n\u2019a pas vraiment de ma\u00eetre ou de ma\u00eetresse, la dame du cinqui\u00e8me (troisi\u00e8me toit \u00e0 l\u2019ouest de la cath\u00e9drale, balcon avec un citronnier en pot) le nourrit r\u00e9guli\u00e8rement de croquettes bon march\u00e9. Lui et plusieurs de ses cong\u00e9n\u00e8res. \u00c7a lui permet d\u2019avoir un minimum de nourriture assur\u00e9 tous les jours, dans le cas o\u00f9 sa qu\u00eate existentielle, celle de trouver quelques souris, oiseaux, l\u00e9zards ou autres mets d\u00e9licats, devait \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant. Ils sont dr\u00f4les ces humains \u00e0 vouloir nourrir les animaux qu\u2019ils emprisonnent avec eux au centre des villes. A la tomb\u00e9e de la nuit, Geoffroy se met en chasse. Il commence \u00e0 descendre de son univers a\u00e9rien compos\u00e9 de toits, de tuiles, de fa\u00eetes, de bordures, d\u2019ar\u00eates, de pignons, de balcons, de branches pour se rabaisser \u00e0 hauteur des humains. Dans les rues, avenues, jardins, trottoirs. Parce que la pitance de fin de journ\u00e9e y est abondante et facile d\u2019acc\u00e8s, m\u00eame si les dangers y sont nombreux. Comme ce marin qui manque de lui marcher dessus parce qu\u2019il ne regarde pas o\u00f9 il va.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une ville sans chat, ce serait une ville remplie d\u2019animaux nuisibles qui y r\u00e9gneraient sans partage. Un monde \u00e0 la Bernard Weber peut-\u00eatre. Ce serait aussi un monde sans douceur, sans tendresse passag\u00e8re, sans possibilit\u00e9 de repli en cas de surtension momentan\u00e9e. Une vie sans chat serait un monde triste, un monde sans r\u00eaves. Que l\u2019on aime les chats ou pas, la question n\u2019est pas l\u00e0. Que l\u2019on soit triste ou pas, que l\u2019on aime r\u00eaver ou pas. Car ce sont les r\u00eaves des chats qui nous habitent. \u00ab&nbsp;Il est possible de tuer un chat en l\u2019emp\u00eachant de r\u00eaver&nbsp;\u00bb, r\u00e9plique Matt Gamone dans Le Vagabond des Limbes <em>(Tome 8, Pour trois graines d\u2019\u00e9ternit\u00e9, Christian Godard et Julio Ribera, Dargaud 1981, p.15)<\/em>. De la m\u00eame mani\u00e8re, l\u2019absence des r\u00eaves des chats peut nous tuer. Sans cette connexion privil\u00e9gi\u00e9e avec l\u2019univers onirique, qu\u2019adviendrait-il de nos vies ? Pas de projets, pas de fiction, pas d\u2019enfant, pas d\u2019humain, pas de marin qui cherche \u00e0 exister dans une ville qu\u2019il ne conna\u00eet pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on arrive \u00e0 accepter que notre disparition, celle de l\u2019esp\u00e8ce humaine, est une \u00e9ventualit\u00e9 \u00e0 venir, si l\u2019on accepte l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre siffl\u00e9 hors-jeu par le grand arbitre de l\u2019\u00e9volution, si l\u2019on admet qu\u2019un jour, peut-\u00eatre, les r\u00eaves ne nous habiteront plus, on se dit alors que ce qui reste de vie sur terre sera plus simple pour les esp\u00e8ces survivantes. Pour les scorpions, peut-\u00eatre, pour les chats, s\u00fbrement. Parce que les chat survivront, cela semble in\u00e9vitable. Il survivront parce qu\u2019ils d\u00e9tiennent la cl\u00e9 des r\u00eaves de toutes les esp\u00e8ces vivantes (\u00e0 quoi r\u00eavent les scorpions ?), parce qu\u2019il ouvrent les portes qui s\u00e9parent notre monde des autres, parce qu\u2019ils ma\u00eetrisent la vie. Les chats survivront et ils inventeront une mythologie o\u00f9 l\u2019homme sera un acteur principal, ils raconteront des histoires de cette esp\u00e8ce qui s\u2019est suicid\u00e9e pour avoir voulu accumuler trop de richesses dans son monde r\u00e9el, en appauvrissant les autres mondes, dont celui du r\u00eave. Les chats survivront dans ce temps arr\u00eat\u00e9 parce qu\u2019il n\u2019en ont pas besoin, de temps. La quatri\u00e8me dimension humaine n\u2019est pas celle des autres esp\u00e8ces vivantes en g\u00e9n\u00e9ral, et surtout pas celle des chats en particulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la m\u00e8re Michel. Depuis le dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, elle ne l\u2019a toujours pas retrouv\u00e9 son chat. Et ce n\u2019est pas ce gredin de p\u00e8re Lustucru qui va l\u2019aider. Il l\u2019a vendu, c\u2019est ce qu\u2019il lui a dit quand elle lui a promis un baiser. Qu\u2019est-ce qui pousse tous ces chats \u00e0 partir ? Qu\u2019est-ce qui nous pousse \u00e0 nous inqui\u00e9ter quand on les sait libres ? La pomponette du boulanger du film de Pagnol n\u2019a de comptes \u00e0 rendre \u00e0 personne. Et tant pis si le village n\u2019a plus de pain. Jalousie d\u2019une certaine id\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance, projection id\u00e9alis\u00e9e d\u2019une symbolique d\u00e9nu\u00e9e de principes r\u00e9els. Les \u00c9gyptiens antiques l\u2019ont choisi pour incarner Bastet, la d\u00e9esse de la joie du foyer, de la chaleur du soleil, de la maternit\u00e9, protectrices des femmes enceintes et des enfants. Ils auraient d\u00fb le consacrer dieu des acteurs et ma\u00eetre des faux-semblants. Le chat, celui qui n\u2019est pas, celui qui para\u00eet, celui qui cache, celui qui se cache. Celui qui part.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette ville, les chats sont des citoyens non n\u00e9gligeables. C\u2019est sans aucun doute le cas dans la plupart des villes du monde (y a-t-il plus de chats dans les ports ?) mais il appara\u00eet incontestable qu\u2019ici, l\u2019imaginaire est un ciment qui retient les pierres des maisons, qui colmate les coeurs des habitants, qui transforme les r\u00eaves en r\u00e9alit\u00e9. Les chats d\u2019\u00c9sope, de Du Bellay de Ch\u00e2teaubriand, Gautier, Dickens, Beaudelaire, Zola, Loti, L\u00e9autaud, Colette, Chandler, Cocteau, C\u00e9line, Huxley, Hemingway, Malraux, Perec\u2026 ont-ils si peu de pouvoirs que leur ma\u00eetre ou ma\u00eetresse ne leur doit rien du talent qui a fait sa renomm\u00e9e ? Le chat du Cheshire cher \u00e0 Lewis Carroll dont le sourire persiste, suspendu dans les branches sans son propri\u00e9taire, joue autant de magie que d\u2019agacement, de myst\u00e8res et de surnaturel. Et s\u2019il n\u2019\u00e9tait le chat noir que la superstition associe \u00e0 la sorcellerie, faut-il occulter les croyances populaires sur lesquelles les religions ont \u00e9tabli leurs temples ? Lorsque Shiva a donn\u00e9 neuf vies au chat, c\u2019\u00e9tait pour le r\u00e9compenser d\u2019une prouesse, celle de lui avoir fait comprendre que le sommeil profond \u00e9tait ce qui se rapprochait le plus de l\u2019infini. Minou, Caramel ou Princesse\u2026 Peu importe le costume en papier cr\u00e9pon et les fanfreluches, le myst\u00e8re demeure innommable. Le pouvoir du chat tient dans ce que ne se dit pas. Comme dans ce port, cette ville, o\u00f9 flotte avec les brumes matinales et les airs marins, le myst\u00e8re de l\u2019imagination et de la fiction. L\u2019\u00e9nigme que seule la litt\u00e9rature et quelques autres magies ancestrales ont r\u00e9ussi \u00e0 cerner pour lui donner corps, vie et \u00e2me. Afin qu\u2019apparaissent, surgies du n\u00e9ant et des n\u00e9buleuses c\u00e9r\u00e9brales des \u00e9crivains en train de r\u00eaver, les pr\u00e9mices d\u2019une autre r\u00e9alit\u00e9. Avec ses paysages, ses histoires, ses femmes, ses hommes, ses chats. Avec ses villes et ses ports. Avec ses marins en qu\u00eate d\u2019existence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Note pr\u00e9liminaire : Par deux fois, dans l\u2019\u00e9bauche du livre en train de se construire, il est question de chat. La premi\u00e8re fois, par son absence (en d\u00e9but du chapitre 4, page 13, que vous pouvez consulter sur le pdf en \u00e9laboration) lorsqu\u2019il est question d\u2019une femme qui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment son chat) et une autre fois (dans le chapitre 6, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/leffondrement-du-chat\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L10 | L\u2019effondrement du chat<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":352,"featured_media":50753,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2781],"tags":[],"class_list":["post-50752","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-10-bernhard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50752","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/352"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=50752"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50752\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/50753"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=50752"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=50752"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=50752"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}