{"id":50914,"date":"2021-09-11T23:58:42","date_gmt":"2021-09-11T21:58:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=50914"},"modified":"2021-09-11T23:58:43","modified_gmt":"2021-09-11T21:58:43","slug":"l10-mon-double-mon-ombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l10-mon-double-mon-ombre\/","title":{"rendered":"#L10 | Mon double, mon ombre"},"content":{"rendered":"\n<p>Adel ne connaissait pas ma s\u0153ur, ils ne s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s qu\u2019une seule fois, il y a tr\u00e8s longtemps, chez mes parents, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un anniversaire. Je lui parlais peu d\u2019elle \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 nous nous fr\u00e9quentions, apr\u00e8s l\u2019universit\u00e9, mais nous nous \u00e9tions perdus de vue depuis plusieurs ann\u00e9es, j\u2019habitais encore Paris tandis qu\u2019il avait toujours v\u00e9cu \u00e0 Marseille avant de rencontrer Madeleine et de venir vivre avec elle \u00e0 Paris. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 que je reprenne contact au moment pr\u00e9cis o\u00f9 ma s\u0153ur Anna avait disparu. Cela faisait la une de tous les journaux. Une histoire atroce. Anna venait de passer le dimanche chez nos parents. En approchant de chez elle, elle les avait appel\u00e9s juste avant de rentrer dans son appartement afin de les rassurer comme elle avait l\u2019habitude de le faire \u00e0 chacune de ses visites dominicales. Mais elle n\u2019\u00e9tait jamais rentr\u00e9e chez elle. Le lendemain, elle ne s\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sent\u00e9e non plus \u00e0 son travail. Elle avait disparu. Depuis lors aucune trace d\u2019elle, aucune nouvelle. La police poss\u00e9dait des images de surveillance d\u2019elle marchant \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de son domicile, au moment o\u00f9 elle rentrait chez elle. La police avait men\u00e9 son enqu\u00eate, recoup\u00e9 des informations, questionn\u00e9 des t\u00e9moins, voisins, amis, et nos parents bien s\u00fbr, puis effectu\u00e9 des battues, lanc\u00e9 des appels \u00e0 t\u00e9moin, en vain. Impossible de la retrouver. Sa photographie avait \u00e9t\u00e9 placard\u00e9e sur toutes les vitrines, sur tous les murs de Marseille et de ses environs. Ma s\u0153ur restait introuvable. J\u2019ai appel\u00e9 Adel pour lui demander de l\u2019aide, je ne pouvais plus rester chez mes parents, la situation \u00e9tait devenue insupportable, oppressante, dans cette maison o\u00f9 j\u2019avais grandi avec ma s\u0153ur. Je ne pouvais pas rester une minute de plus. Nous ne parlions que de ma s\u0153ur, de sa disparition. Je ne fuyais pas mais j\u2019avais besoin de prendre du recul, faire le point et m\u2019isoler de toute la pression m\u00e9diatique autour de sa disparition que je ressentais comme une agression. Parvenir \u00e0 prendre cette distance cela voulait dire s\u2019\u00e9loigner de mes parents. C\u2019\u00e9tait terrible pour eux, incompr\u00e9hensible. Une trahison. J\u2019avais tent\u00e9 de leur expliquer mon point de vue, mais ils ne comprenaient pas, ne pouvaient pas admettre que je veuille penser \u00e0 autre chose. Ils me trouvaient \u00e9go\u00efste. C\u2019\u00e9tait une forme d\u2019abandon. Ils ne voulaient pas baisser les bras, ils n\u2019imaginaient l\u00e2cher prise, abandonner les recherches, ne pas participer \u00e0 toutes les battues ou disposer des affiches sur tous les murs de la ville, parler \u00e0 la presse pour donner \u00e0 ces recherches plus de poids encore,. Une mani\u00e8re d\u2019y croire encore. Elle allait revenir, elle \u00e9tait vivante, sans doute retenue prisonni\u00e8re dans le sous-sol sombre d\u2019une maison ou la cave humide d\u2019un vieil immeuble. Ces images les terrifiaient mais ils pr\u00e9f\u00e9raient encore penser \u00e0 cela plut\u00f4t que devoir affronter l\u2019inacceptable annonce de sa mort. Il n\u2019y avait eu aucune demande de ran\u00e7on, comment aurait-il pu en \u00eatre autrement, notre famille ne poss\u00e9dait aucun bien, ils n\u2019\u00e9taient pas fortun\u00e9s. Elle finirait pas \u00eatre retrouv\u00e9e, ou par s\u2019enfuir, la police allait la lib\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>Adel ne pouvait pas refuser de m\u2019accueillir chez lui, il s\u2019\u00e9tait tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de cette histoire au moment le plus critique. Tout le monde en parlait. Depuis le d\u00e9part de sa femme, sa maison \u00e9tait totalement vide. Je me suis dit que cela lui ferait aussi un peu de compagnie. Il a accept\u00e9 ma demande sans h\u00e9siter. Sa femme \u00e9tait partie vivre dans le Sud de la France avec leur fille. Cela faisait plusieurs mois qu\u2019elle voulait qu\u2019ils d\u00e9m\u00e9nagent, il n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord, pas pr\u00eat de s\u2019\u00e9loigner de son p\u00e8re, il \u00e9tait encore vivant \u00e0 ce moment l\u00e0, de son c\u00f4t\u00e9 elle avait l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019un nouveau travail d\u2019attach\u00e9 administrative qui lui permettait de se rapprocher du domicile de ses parents, \u00e0 Marseille. Ils avaient toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s proches. Sa femme ne pouvait pas refuser cette opportunit\u00e9. Mod\u00e9rateur sur le web, Adel travaillait pour sa part en horaires d\u00e9cal\u00e9s, dans des b\u00e2timents impersonnels au possible, son travail \u00e9tait \u00e9prouvant mais il n\u2019imaginait pas faire autre chose. Il ne voulait pas l\u2019abandonner. Il n\u2019avait pas voulu la suivre, ils s\u2019\u00e9taient donc s\u00e9par\u00e9s, mais il l\u2019appelait r\u00e9guli\u00e8rement pour rester en contact avec sa fille et tenter de convaincre sa femme que tout n\u2019\u00e9tait pas fini entre nous, il esp\u00e9rait encore pouvoir la faire changer d\u2019avis sur leur avenir commun, un jour ils se retrouveraient pour vivre de nouveau ensemble. En famille.<br>Quand je suis arriv\u00e9e dans sa maison, il faisait d\u00e9j\u00e0 nuit, j\u2019\u00e9tais \u00e9puis\u00e9e par mon vol, nous avons \u00e0 peine parl\u00e9, juste \u00e9voqu\u00e9s en quelques mots la disparition d\u2019Anna, mais j\u2019ai senti tr\u00e8s vite que les mots se bloquaient dans ma gorge. Je ne parvenais pas \u00e0 parler. J\u2019\u00e9tais fatigu\u00e9e, taciturne. Il a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la visite de son appartement, il m\u2019a montr\u00e9 o\u00f9 je pourrais dormir, il avait pr\u00e9vu de m\u2019installer dans l\u2019ancienne chambre de leur fille, Iris, il y avait d\u00e9plac\u00e9 toutes leurs affaires depuis leur d\u00e9m\u00e9nagement. Il faudra ranger un peu, me dit-il en s\u2019excusant du d\u00e9sordre qu\u2019il avait l\u2019impression de d\u00e9couvrir en ma pr\u00e9sence, sous mon regard. Il faudra te faire une place pour t\u2019approprier l\u2019endroit. J\u2019entendais faire le vide. Tu vas t\u2019en sortir toute seule\u00a0? me demanda-t-il d\u2019un ton neutre pour ne pas m\u2019inqui\u00e9ter. Je lui r\u00e9pondis oui de la t\u00eate. J\u2019imaginais qu\u2019il avait sans doute souhait\u00e9 vivre aux c\u00f4t\u00e9s de quelqu\u2019un dont il n\u2019\u00e9tait pas trop proche afin de prendre un nouveau d\u00e9part. Nous avions \u00e9t\u00e9 amis dans notre jeunesse, mais nous \u00e9tions rest\u00e9s tr\u00e8s longtemps sans nous voir, et lorsque nous avions renou\u00e9, nos relations bien que fr\u00e9quentes, \u00e9taient cordiales mais l\u2019\u00e9tincelle des d\u00e9buts avaient disparus. Je n\u2019avais jamais \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par lui, mais nos relations \u00e9taient chaleureuses. Lorsqu\u2019il avait rencontr\u00e9 Madeleine, le jeu de s\u00e9duction amus\u00e9 qu\u2019il nous liait, disparu imm\u00e9diatement. Je ne lui en voulais pas, c\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible, avec le temps la nature de notre relation avait \u00e9volu\u00e9 et l\u2019\u00e9preuve que je traversais, renfor\u00e7ait cette distance. Ce que j\u2019imaginais. Je vivais vraiment une p\u00e9riode difficile. Dans l\u2019attente et l\u2019angoisse de savoir ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 ma s\u0153ur.<br>Nous avons chang\u00e9 de conversation, \u00e9voqu\u00e9 nos boulots respectifs, avant de nous arr\u00eater rapidement. Il sentait bien que je ne voulais pas parler, juste \u00eatre en sa compagnie, au calme, dans sa maison. Cela faisait plusieurs mois que nous n\u2019avions pas discut\u00e9 ensemble. Je lui avouai que j\u2019avais parfois peur d\u2019\u00eatre seule dans la grande maison de mes parents la nuit. Il me raconta une aventure qui lui \u00e9tait arriv\u00e9 un \u00e9t\u00e9 \u00e0 la campagne. Dans une maison isol\u00e9e, en pleine nuit, l\u2019impression que la maison qu\u2019ils avaient lou\u00e9e sa femme et lui, avec leur fille, \u00e9tait visit\u00e9 par des intrus. Je m\u2019\u00e9tonnais qu\u2019il ne m\u2019ai jamais racont\u00e9 cette histoire auparavant. Je me souvins d\u2019une sensation similaire. Un \u00e9t\u00e9 en Italie. Sur la place d\u00e9serte d\u2019un village de montagne abandonn\u00e9, aux constructions modernes, m\u00eame l\u2019\u00e9glise, reconstruite dans ce lieu sauvage et beau \u00e0 la suite d\u2019un tremblement de Terre, semblait neuve avec ses murs droits d\u2019un blanc immacul\u00e9. Avec mon compagnon de l\u2019\u00e9poque j\u2019avais gar\u00e9 la voiture apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 un large virage. Les pneus avaient laiss\u00e9 leurs fines traces sur le sable, recouvrant de plus anciennes marques qui montraient que cet endroit n\u2019\u00e9tait pas la destination envisag\u00e9e des voyageurs \u00e9gar\u00e9s, les traces dessinant un cercle au centre, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 les voitures avaient fait machine arri\u00e8re, sans m\u00eame s\u2019arr\u00eater, dans un grand arc de cercle.<br><br>Je voulus savoir ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 entre sa femme et lui. Pourquoi s\u2019\u00e9taient-ils s\u00e9par\u00e9s\u00a0? Il m&rsquo;expliqua sereinement la situation. Il y a des jours, m\u2019avoua-t-il, je voudrais tout abandonner. L\u00e2cher prise, prendre ce risque. Ne plus supporter le regard des autres, la pr\u00e9sence des autres, leur intrusion, leur bruit comme une perp\u00e9tuelle agression. Un aveu, c\u2019est toujours se mettre \u00e0 nu, se d\u00e9voiler. T\u00eate baiss\u00e9e dans mon \u00e9paule comme pour y chercher consolation, et se cacher un peu d\u2019une trop grande solitude. Toujours difficile de l\u2019avouer aux autres. Honte passag\u00e8re. M\u00eame dans la complicit\u00e9 r\u00eaveuse d\u2019une amiti\u00e9 de longue date, \u00e0 toute \u00e9preuve. Sourire g\u00ean\u00e9. Difficile d\u2019admettre qu\u2019on est seul. Le mot est plus fort\u00a0: inhabit\u00e9. Comme cet appartement dont nous venions de traverser ensemble les pi\u00e8ces en enfilade. Les tableaux aux murs, portraits de famille, nous observaient au passage, sentencieux. Je fis mine de comprendre son point-de-vue, mais il voyait bien \u00e0 ma r\u00e9action que je n\u2019acceptais pas leur s\u00e9paration. Il avait abandonn\u00e9e sa femme.<br>Le lendemain, Adel est all\u00e9 travailler. Toute la journ\u00e9e il a pens\u00e9 \u00e0 moi rest\u00e9e seule \u00e0 la maison. Il esp\u00e9rait que tout allait bien, que je ne me sentais pas trop seule dans cette maison vide. Il est rentr\u00e9 \u00e0 la nuit tomb\u00e9e. Il nous avait achet\u00e9 \u00e0 manger. En entrant il m\u2019a demand\u00e9 si j\u2019avais faim. J\u2019ai fait oui de la t\u00eate, sans bouger du fauteuil confortable dans lequel il devinait sans mal que j\u2019avais pass\u00e9 la journ\u00e9e.<br><br>Je n\u2019ai pas dormi pas cette nuit-l\u00e0, en me levant il me trouva effondr\u00e9e sur le canap\u00e9, la t\u00eate entre les mains, marmonnant une litanie incompr\u00e9hensible de mots inaudibles. Je parlais dans le vide. Pr\u00e9sence qui parle. Il se sentait tr\u00e8s loin de moi mais c\u2019est comme s\u2019il pouvait m\u2019entendre, il voyait mes l\u00e8vres bouger dans le vide, articuler en vain une bouillie de mots grommel\u00e9s, maugr\u00e9\u00e9s en moi-m\u00eame. Je parlais toute seule, dans un souffle, je ne savais pas qu\u2019il m\u2019\u00e9coutait, je me pensais seule au monde, abandonn\u00e9e. J\u2019avais fait comme lui le vide autour de moi. Ma vie m\u2019abandonnait. Mais il restait \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. En silence. Mon double, mon ombre. Il aurait fallu arr\u00eater le temps. Il se sentait un peu d\u00e9muni. Il \u00e9tait de repos le lendemain, il me proposa de partir en promenade avec lui. Je relevai la t\u00eate et lui souris tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement avant de soupirer. Il prit cette r\u00e9action comme une acceptation de ma part.<br><br>Le lendemain matin, nous \u00e9tions seuls dans la rue. Il avait plu. Les gouttes d\u2019eau perlaient sur les parebrises des voitures gar\u00e9es en file indienne le long du trottoir. L\u2019humidit\u00e9 noircissait la chauss\u00e9e. Personne dans la rue \u00e0 cette heure. Nous mont\u00e2mes un grand escalier sur la pointe des pieds, nos corps d\u00e9viant peu \u00e0 peu comme attir\u00e9s vers la barri\u00e8re centrale. Il ne disait rien, il ne voulait pas me d\u00e9ranger, cette promenade \u00e9tait une parenth\u00e8se, un moyen d\u2019\u00eatre ensemble sans forc\u00e9ment parler de ce qui m\u2019obnubilait depuis ces derni\u00e8res semaines, rongeait mon corps et mon esprit, il pensait que j\u2019avais besoin d\u2019un moment de ce genre, un blanc dans mon existence, une respiration. Dans l\u2019all\u00e9e pav\u00e9e coinc\u00e9e entre deux hauts pans de murs, les mains dans les poches de son veston trop serr\u00e9, \u00e9lim\u00e9 par le temps, il avan\u00e7ait en silence \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s non sans mal, l\u2019imperfection des pierres et la d\u00e9marche entrav\u00e9e par les mains qu\u2019il cachait au fond de ses poches, pour lutter contre le froid, sa veste trop l\u00e9g\u00e8re ne le prot\u00e9geant pas du frimas, l\u2019emp\u00eachait de marcher droit. Il me dit\u00a0: Maintenant tu n\u2019as plus de refuge. Tu as peur. Tu attends que tout s\u2019arr\u00eate. La pluie, les heures, le flot des voitures, la vie, les hommes, le monde, que tout s\u2019\u00e9croule, les murailles, les tours, les planchers et les plafonds, les hommes et les femmes, les vieillards et les enfants. Les \u00e9chos sonores de nos pas r\u00e9sonnaient dans nos t\u00eates, ils claquaient et se diffractaient contre les parois gigantesques des fa\u00e7ades des immeubles et leur conversation muette. Si nous criions, si nous appelions au secours, la ville nous renverrait nos cris, nos voix se perdraient dans l\u2019immensit\u00e9 de ces rues d\u00e9sol\u00e9es. Sur le pont, nous jet\u00e2mes tour \u00e0 tour des pierres dans l\u2019eau sans m\u00eame pr\u00eater attention aux ronds d\u00e9risoires qu\u2019ils formaient en contrebas. Les ondes d\u00e9clench\u00e9s \u00e0 la surface de l\u2019eau par leurs rebonds successifs. \u00c0 bout de force, continuer \u00e0 marcher au ralenti, avancer malgr\u00e9 tout, dans la douleur, en tra\u00eenant les pieds, en laissant balancer nos corps, avancer en vacillant \u00e0 chaque pas, gestes lents, amoindris. Perdus. Ligne de mire. Point de chute.<br><br>Nous marchions d\u2019un m\u00eame pas, nous \u00e9loignant du centre-ville, nous traversions d\u00e9sormais un grand parc, longions des voies de chemin de fer abandonn\u00e9es. L\u2019herbe haute et sauvage poussait entre les rails, recouvrait le ballast, ralentissait \u00e0 peine notre allure, nous avancions d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9, plus rien ne pouvait nous arr\u00eater. Des usines \u00e9taient ferm\u00e9es depuis tr\u00e8s longtemps, friches industrielles, immeubles qu\u2019on d\u00e9molissait, dont il ne restait que les fa\u00e7ades en sursis, fr\u00eales fa\u00e7ades d\u2019un monde ancien dont il ne demeurait plus que ces derniers vestiges, qui bient\u00f4t s\u2019\u00e9crouleraient sous les coups de boutoirs r\u00e9guliers d\u2019une ancienne boule de d\u00e9molition dont la masse d\u2019acier sph\u00e9rique pendue \u00e0 la grue viendrait mettre \u00e0 mal la r\u00e9sistance et la tenue de la structure de l\u2019immeuble. La ville \u00e9tait un chantier ciel ouvert, un chantier abandonn\u00e9 depuis si longtemps qu\u2019il partait en ruines avant m\u00eame d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 termin\u00e9. Une ville l\u2019abandon dans laquelle nous continuions de vivre. Les murs partaient en lambeaux. Nous n\u2019avions pas peur des ruines, c\u2019\u00e9tait \u00e9crit en toutes lettres. Le mur se dressait en nous-m\u00eames. Les chantiers et les travaux. Les nuits et les jours. Dans de nombreuses rues, le d\u00e9cor \u00e9tait contrast\u00e9. Entre d\u00e9labrement et friche. Par endroits le vert transparent des tissus voilaient \u00e9chafaudages et ouvriers. Ailleurs, la d\u00e9cr\u00e9pitude des immeubles et les monceaux d\u2019ordures envahissaient les trottoirs et la chauss\u00e9e. Voitures abandonn\u00e9es. Murs qui s\u2019effritaient, carreaux cass\u00e9s, enseignes rouill\u00e9es d\u2019h\u00f4tels ou de restaurants ferm\u00e9s il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps. Des chiens pouilleux dormaient affal\u00e9s au soleil, tandis qu\u2019une cohorte de chats aux poils coll\u00e9s grimpait en file indienne le long d\u2019un fragile muret.<br><br>Le soleil s\u2019\u00e9tait couch\u00e9, la nuit venait de tomber. Il \u00e9tait temps de rentrer. Demain est un autre jour, un jour nouveau qu\u2019on ne verra peut-\u00eatre pas, pensais-je. En rentrant \u00e0 la maison, Adel me proposa un th\u00e9. Nous l\u2019avons bu tous les deux dans le salon, nos mains entourant l\u2019\u00e9mail des tasses pour nous r\u00e9chauffer. C\u2019est moi qui, la premi\u00e8re, me suis mise \u00e0 parler. Je le remerciai pour ce qu\u2019il faisait pour moi en ce moment. J\u2019\u00e9tais heureuse de pouvoir me tenir loin de l\u2019agitation li\u00e9e \u00e0 la disparition de sa s\u0153ur. Tu te souviens de cet homme dont tu m\u2019avais racont\u00e9 l\u2019histoire, dont la vie \u00e9tait r\u00e9gl\u00e9e, construite autour du travail, sa vie de famille comme sa vie de couple, tout tournait autour de lui et de la publicit\u00e9. Cette histoire m\u2019avait longtemps ent\u00eat\u00e9e. Un beau matin, il avait pris sa voiture, rejoint le trafic routier dense du p\u00e9riph\u00e9rique. Alors qu\u2019il traversait avec sa voiture un long tunnel son v\u00e9hicule s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9e coinc\u00e9 entre deux imposants camions. Il avait maintenu sa voiture entre les deux mastodontes, \u00e0 leur hauteur, pr\u00e9servant une vitesse constante, et avec un large sourire en direction de l\u2019un des chauffeurs qui avait remarqu\u00e9 son surprenant man\u00e8ge, il s\u2019\u00e9tait amus\u00e9 \u00e0 l\u00e2cher ses mains au-dessus de son volant. La voiture avait poursuivi quelques instants sa route en restant plus ou moins dans l\u2019axe des deux camions. L\u2019un des camionneurs qui s\u2019\u00e9tait rendu compte de son jeu pernicieux, du danger qu\u2019il prenait et leur faisait prendre, l\u2019avait klaxonn\u00e9 avec insistance, mais l\u2019homme n\u2019avait pas voulu c\u00e9der, il avait continu\u00e9 son petit jeu, il faisait signe au camionneur de ne plus faire de bruit, de ne plus klaxonner en pla\u00e7ant son index sur ses l\u00e8vres. Mais comme le camionneur insistait, il attrapa son volant avec une d\u00e9termination rageuses et pr\u00e9cipita sa voiture sous les roues du semi-remorque, le bruit des pneus criss\u00e8rent en virant \u00e0 cette impressionnante vitesse, la t\u00f4le se froissa, se plissa sous les essieux du camion, qui l\u2019\u00e9crasa et la pulv\u00e9risa sous ses roues dans un fracas tonitruant qui ressemblait \u00e0 un cri de douleur.<br><br>Tout ce que je veux, c\u2019est qu\u2019elle revienne, avouai-je en me prenant la t\u00eate entre mes mains. Je suis s\u00fbre qu\u2019Adel pensait la m\u00eame chose, mais sans doute en pensant \u00e0 sa femme avant de penser \u00e0 ma s\u0153ur. Fatigu\u00e9e par notre promenade harassante, je m\u2019excusai et j\u2019allai me coucher ce soir-l\u00e0 sans manger. Il m\u2019accompagnait jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ancienne chambre de sa fille, car il voyait bien que je tenais \u00e0 peine debout sur mes jambes. Je passai mon bras autour de ses \u00e9paules. Il sentit mon poids au contact de son corps. Il frissonna. Apr\u00e8s m\u2019avoir accompagn\u00e9e \u00e0 ma chambre, Adel alluma la t\u00e9l\u00e9 pour se sentir moins seul. En ce 11 septembre, jour anniversaire de l\u2019attaque contre les tours du World Trade Center, les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision diffusaient en boucle des reportages sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Il zappa entre plusieurs cha\u00eenes avant de se fixer sur l\u2019une d\u2019elles un peu au hasard, pour abandonner cette errance inutile \u00e0 travers ces programmes uniformes. En revoyant ces images il se souvint de tout ce qu\u2019il avait v\u00e9cu ce jour-l\u00e0 devant sa t\u00e9l\u00e9vision. Montrer ind\u00e9finiment certaines images que l\u2019on rediffuse sans cesse, les monter en \u00e9pingle et sortir le grand jeu, en direct-live, la collision h\u00e9t\u00e9roclite des images en boucle bouscule toujours les m\u00eames habitudes, il faut boucler la boucle et du fond de notre m\u00e9moire surgissent en quelques milli\u00e8mes de seconde, les images emmagasin\u00e9es de films dits catastrophes des productions \u00e0 gros budgets, impression de d\u00e9j\u00e0-vu, effet de r\u00e9el hiss\u00e9 au rang d\u2019esth\u00e9tique. Nous ne reconnaissons que des structures pr\u00e9existantes, terrible et brutale discontinuit\u00e9 de la catastrophe, en exclusivit\u00e9 sur toutes les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, l\u2019audimat en prime, image explosive ind\u00e9cente, quand les choses deviennent trop r\u00e9elles c\u2019est toujours pareil, le nez coll\u00e9 dessus sans recul, nous nous situons dans l\u2019obsc\u00e8ne inanit\u00e9, montrer, r\u00e9agir, d\u00e9noncer, ma\u00eetre mot l\u2019\u00e9motion, capture et diffusion en temps r\u00e9el, tragique apog\u00e9e du direct. B\u00e9gaiement de l\u2019\u00e9motion, superposition de la surprise au choc, en deux temps trois mouvements\u00a0: <em>Oh my God\u00a0!<\/em> La fascination et l\u2019effroi, ce n\u2019est pas possible, ce n\u2019est pas vrai, inimaginable mille-feuilles de chaos, pas un corps, pas de traces de violence, ni de feu ni de sang, sinon la grandeur des ruines.<br><br>Au fil du temps, la disparition d\u2019Anna \u00e9tait sortie peu \u00e0 peu de l\u2019actualit\u00e9, des discussions et des pr\u00e9occupations de chacun, et le myst\u00e8re non \u00e9lucid\u00e9 de sa disparition se transformait pour ceux qui ne le vivaient pas directement en l\u00e9gende urbaine. De loin en loin les gens se souvenaient qu\u2019il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement tr\u00e8s \u00e9trange. Pourtant, au d\u00e9part, les habitants du quartier avaient particip\u00e9 aux recherches, aux battues, ils avaient r\u00e9pondus aux convocations, aux questions de la police, suivis l\u2019enqu\u00eate \u00e0 distance, ce que la t\u00e9l\u00e9vision pouvait en dire, les conjonctures rempla\u00e7ant vite les certitudes et les faits, mais depuis, le temps avait patin\u00e9 les bonnes volont\u00e9s m\u00eame si l\u2019enqu\u00eate restait ouverte. L\u2019issue incertaine. Comme cela s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 avec le 11 septembre plusieurs temporalit\u00e9s s\u2019opposaient. Quelques minutes plus tard cette partie de la tour s\u2019effondrait et n\u2019\u00e9tait plus que cendres. Ce qui explosait ici c\u2019\u00e9tait le quotidien, la trame des routines quotidiennes, ce qui nous paraissait normal mais c\u2019\u00e9tait inattendu et si soudain, montrer, r\u00e9agir, d\u00e9noncer, mati\u00e8re visuelle sonore et verbale, prolif\u00e9ration du commentaire et de sa puissance canc\u00e9rig\u00e8ne, car rien ne sera plus comme avant, rien d\u00e9sormais ne sera pareil. Les enqu\u00eateurs avaient cherch\u00e9 la disparue. Ils l\u2019avaient cherch\u00e9e absolument partout. Dans la ville et en dehirs de la ville. En p\u00e9riph\u00e9rie. Dans la campagne. Ils avaient suivis des pistes qui, les unes apr\u00e8s les autres, s\u2019\u00e9taient toutes r\u00e9v\u00e9l\u00e9es fausses, inexploitables. La nuit, je r\u00eavais de l\u2019endroit o\u00f9 Anna avait pu fuir. J\u2019esp\u00e9rais qu\u2019elle avait pu \u00e9chapper \u00e0 son agresseur, fuir son bourreau, tromper la vigilance de son kidnappeur. Elle avait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e, j\u2019en \u00e9tais persuad\u00e9e. La police privil\u00e9giait \u00e9galement cette piste. Je r\u00eavais qu\u2019elle descendait la rue, les v\u00eatements tremp\u00e9s, la peau presque bleue, transie de froid, grelottante. Je r\u00eavais que j\u2019\u00e9tais la premi\u00e8re \u00e0 parvenir jusqu\u2019\u00e0 elle avec une couverture et que je la ramenais \u00e0 notre domicile en toute s\u00e9curit\u00e9. Explosion de temps suspendu, on se parlait, on se t\u00e9l\u00e9phonait, on \u00e9changeait, on se regroupait, on s\u2019associait face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement, il fallait faire front, un bloc solide, mais ce n\u2019\u00e9tait pas un partage c\u2019\u00e9tait un clivage, montrer, r\u00e9agir, d\u00e9noncer\u00a0: pour la premi\u00e8re fois nous avions les images avant l\u2019information, vous comprenez, vous pouviez \u00eatre victime mais avoir tort, voil\u00e0 ce que l\u2019on pouvait dire, l\u2019\u00e9v\u00e9nement suspect par sa subordination au t\u00e9moignage oculaire, voil\u00e0 ce que l\u2019on pouvait dire en tout cas, \u00e0 la sph\u00e8re de la visibilit\u00e9.<br><br>Dans la nuit, je m\u2019\u00e9tais mise \u00e0 r\u00eaver encore une fois de ma s\u0153ur. Elle \u00e9tait l\u00e0 avec un type tr\u00e8s jeune, elle me regardait comme si elle ne savait pas qui j\u2019\u00e9tais, comme si elle me voyait pour la premi\u00e8re fois de sa vie, une inconnue. J\u2019\u00e9tais troubl\u00e9e par son regard m\u00e9fiant. Elle s\u2019\u00e9tait vite d\u00e9tourn\u00e9e de moi, comme si je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0. Je suis rest\u00e9e interdite. Je ne savais pas quoi dire, je ne savais pas comment r\u00e9agir, je devenais invisible. Elle a pivot\u00e9 vers le jeune homme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s qui \u00e9tait venu lui faire une surprise. Elle m\u2019a regard\u00e9 une derni\u00e8re fois avec ce regard qui n\u2019avait pas chang\u00e9, distant mais cordial. Cette politesse d\u00e9plac\u00e9e m\u2019a bless\u00e9e. N\u2019h\u00e9sitez pas \u00e0 me demander quoi que ce soit, m\u2019a-t-elle dit avant de se retourner pour embrasser son compagnon et faire comme si je n\u2019existais plus. Dans son regard et sa voix, cette distance et ce m\u00e9pris de l\u2019inconnu. Je me suis \u00e9loign\u00e9e d\u2019eux et tout autour de moi semblait dispara\u00eetre dans une p\u00e9nombre \u00e9trange, comme si le monde s\u2019effa\u00e7ait. Puis je me suis r\u00e9veill\u00e9e en sursaut, me suis mise \u00e0 crier de toutes mes forces sans pouvoir m\u2019arr\u00eater, je me tenais debout sur le lit quand Adel a surgi dans la chambre et qu\u2019il a allum\u00e9 le plafonnier. Tu m\u2019entends\u00a0? Il m\u2019appelait sans parvenir \u00e0 me ma\u00eetriser, inaccessible, sans oser monter \u00e0 son tour sur le matelas dont l\u2019instabilit\u00e9 risquait de me faire tomber \u00e0 tout moment. Tu m\u2019entends\u00a0? Il est rest\u00e9 \u00e0 distance, main tendue prudemment vers moi, r\u00e9p\u00e9tant son appel\u00a0: Tu m\u2019entends\u00a0? J\u2019ai brusquement ouvert les yeux, j\u2019ai cess\u00e9 de crier. Il a essay\u00e9 de me r\u00e9conforter comme il a pu. Il m\u2019a prise tendrement dans ses bras, assise sur le rebord du lit, les draps en d\u00e9sordre. J\u2019ai fini par me rallonger et m\u2019endormir. Il est revenu me voir un peu plus tard dans la nuit pour v\u00e9rifier si j\u2019\u00e9tais assoupie. J\u2019avais les yeux ferm\u00e9s et dormais profond\u00e9ment. Ma respiration \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8re. Adel a pos\u00e9 sa main sur mon front puis il l\u2019a enlev\u00e9 doucement, c\u2019\u00e9tait comme une caresse apaisante.<br><br>Quelques jours plus tard, j\u2019allais mieux. Dans les affaires de sa fille, j\u2019ai trouv\u00e9 une vieille radio. Depuis la disparition de ma s\u0153ur, je ne parvenais pas \u00e0 accepter l\u2019id\u00e9e de retourner chez mes parents, tr\u00e8s pr\u00e8s de l\u2019endroit o\u00f9 Anna avait disparu quelques mois plus t\u00f4t. Je restais enferm\u00e9e dans l\u2019appartement d\u2019Adel. Je ne voulais voir personne. Je ne pouvais pas me confronter aux autres. Leur regard me jugeait, me jaugeait. La plupart du temps, je demeurais atone, accabl\u00e9e sur le lit. Je ne parvenais pas \u00e0 dormir, je passais la nuit \u00e0 \u00e9couter la radio. Cette seule pr\u00e9sence m\u2019accompagnait d\u00e9sormais, celle de ce pr\u00e9sentateur de radio que j\u2019avais d\u00e9couvert un peu par hasard. Il parlait seul dans la nuit persuad\u00e9 que presque tous les attentats terroristes avaient \u00e9t\u00e9 mis en sc\u00e8ne par le gouvernement qui r\u00eavait de d\u00e9pouiller le peuple de sa libert\u00e9. Et ceci \u00e0 longueur de journ\u00e9e.<br>J\u2019observe le monde et je tente de le d\u00e9crypter. Vous \u00eates de plus en plus nombreux \u00e0 me suivre, \u00e0 m\u2019\u00e9couter. Je sens que ce je vous raconte tous les soirs trouve un \u00e9cho en chacun de vous et vous touche. Merci pour vos r\u00e9actions et vos commentaires. Nous sommes de plus en plus nombreux \u00e0 relever le d\u00e9fi, \u00e0 nous unir autour d\u2019un objectif commun\u00a0: faire \u00e9clater la v\u00e9rit\u00e9. La crise financi\u00e8re que notre pays traverse sera utilis\u00e9e soyez-en s\u00fbrs pour justifier l\u2019instauration prochaine d\u2019un \u00e9tat judiciaire, o\u00f9 le droit commun sera suspendu. Je m\u2019\u00e9tais mise \u00e0 \u00e9couter cette \u00e9mission de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re. Je restais prostr\u00e9e sur le lit \u00e0 \u00e9couter la voix qui s\u2019emportait sur les th\u00e9ories du complot. La plupart du temps je ne comprenais pas ce que cet homme disait. Quels \u00e9taient ses intentions. Je ne connaissais rien de son parcours. Il y avait quelque chose de vibrant dans sa voix, de chantant et d\u2019enthousiaste, m\u00eal\u00e9 \u00e0 une conviction vivifiante. Le fait d\u2019entendre cet extr\u00e9miste de droite d\u00e9lirant pleurer sur le destin de notre pays m\u2019apportait \u00e9trangement un certain r\u00e9confort. Je ne peux pas expliquer ce qui m\u2019attirait dans son discours. Il me fascinait.<br><br>Nous ne devons pas tomber dans le pi\u00e8ge des m\u00e9dias qui fa\u00e7onnent notre fa\u00e7on de p<em>enser, nous conditionne, et je ne parle pas des th\u00e9ories du complot dont on nous rabat les oreilles depuis tant d\u2019ann\u00e9es. Le programme scientifique et militaire de recherche sur l\u2019ionosph\u00e8re est en fait une arme pour pouvoir modifier le climat, interrompre toute forme de communication hertzienne, d\u00e9truire ou d\u00e9tourner avions et missiles transcontinentaux et finalement, influencer les comportements humains. Certaines tra\u00een\u00e9es dans le ciel ne sont pas comme on nous le r\u00e9p\u00e8te constitu\u00e9es de cristaux de glace ou de vapeur d\u2019eau condens\u00e9e produite par les avions, elles r\u00e9sultent en fait de produits chimiques ou d\u2019agents biologiques d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pulv\u00e9ris\u00e9s \u00e0 haute altitude dans un but non divulgu\u00e9 mais qu\u2019il est ais\u00e9 d\u2019imaginer. Les m\u00e9chants n\u2019avancent plus masqu\u00e9s, ils s\u2019affichent en couverture des magazines. La presse est leur meilleure alli\u00e9e. Les plus riches ont tous les pouvoirs, ils poss\u00e8dent le monde entier, leur principal objectif est de maintenir ce statu quo. Le jour venu, nous resterons seuls, abandonn\u00e9s, les puissants auront rejoints leurs refuges \u00e0 l\u2019abri, et nous devrons faire face au d\u00e9sastre des catastrophes qu\u2019on dit naturelles, subir les \u00e9pid\u00e9mies les plus end\u00e9miques. L\u2019horizon est sombre. Nous supportons cette situation depuis trop longtemps, il est temps de faire face.<\/em><br><br>Quelques jours plus tard Adel a re\u00e7u un coup de fil sur son lieu de travail. Mes parents lui ont annonc\u00e9 la mort d\u2019Anna au t\u00e9l\u00e9phone, ils cherchaient \u00e0 me joindre pour m\u2019apprendre la nouvelle. Ils ne savaient pas que j\u2019\u00e9tais chez lui, mais ils avaient t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 tous ses amis pour tenter de me trouver. La mort d\u2019Anna avait \u00e9t\u00e9 d\u2019une rare violence. Le patron d\u2019Adel comprenant la gravit\u00e9 de la situation, l\u2019a laiss\u00e9 rentrer chez lui. Je n\u2019\u00e9tais pas chez lui. J\u2019\u00e9tais partie me promener. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019il rentrait et qu\u2019il ne me trouvait pas \u00e0 la maison. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent je n\u2019\u00e9tais sortie qu\u2019en sa compagnie, pr\u00e9f\u00e9rant demeurer seule \u00e0 la maison. Il eut l\u2019impression d\u2019entrer de nuit dans une maison inconnue et d\u00e9serte, \u00e0 l\u2019abandon. La porte \u00e9tait rest\u00e9e ouverte, inutile de la forcer, il avait pouss\u00e9 le battant prudemment pour p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Il avan\u00e7ait doucement pour ne pas se faire remarquer ou tr\u00e9bucher dans la p\u00e9nombre du lieu. Les branches des arbres \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur recouvraient de leurs dessins les motifs floraux du papier peint. Dans son appartement qui semblait d\u00e9sert, il h\u00e9sitait \u00e0 avancer. Il ne restait dans son ancien bureau que quelques tableaux d\u00e9pos\u00e9s au sol contre le mur ainsi qu\u2019une lampe pos\u00e9e \u00e0 m\u00eame la moquette. L\u2019appartement avait \u00e9t\u00e9 vid\u00e9 d\u2019une partie de ses meubles, renfor\u00e7ant la pr\u00e9sence des murs aux peintures d\u00e9fra\u00eechis. Ses pas craquaient sur la moquette qui dissimulait mal le parquet qu\u2019elle recouvrait, cache mis\u00e8re. Un coup d\u2019\u0153il \u00e0 droite, \u00e0 gauche, personne n\u2019\u00e9tait l\u00e0 pour l\u2019accueillir, il avan\u00e7ait prudemment. Un \u00e9dredon poussi\u00e9reux pos\u00e9 sur la table de la chambre d\u2019amie, dans la p\u00e9nombre de la pi\u00e8ce attira son attention distraite. Il caressa un instant le tissu \u00e0 pompon d\u2019un air absent, r\u00eaveur. Le sable lorsqu\u2019il coule entre ses doigts laissait la m\u00eame impression fuyante. On ne faisait plus depuis longtemps de matelas de ce genre. Tout ce qui l\u2019entourait existait-il vraiment\u00a0? n\u2019\u00e9tait-il pas en train de le r\u00eaver\u00a0? Il avait tant de fois imagin\u00e9 cette sc\u00e8ne, cette avanc\u00e9e dans l\u2019inconnu, le c\u0153ur battant, sensation d\u2019interdit et d\u2019aventure. Mais avec le temps ces sc\u00e8nes se m\u00ealaient avec la r\u00e9alit\u00e9, son pass\u00e9 \u00e9tait un r\u00eave du pr\u00e9sent. Il avan\u00e7ait dans les pi\u00e8ces de l\u2019appartement avec la lumi\u00e8re de son t\u00e9l\u00e9phone portable. Les peintures cach\u00e9es, rest\u00e9es si longtemps invisibles, dissimul\u00e9es \u00e0 son regard par le quotidien et ses habitudes, sous la lumi\u00e8re bleut\u00e9e du t\u00e9l\u00e9phone comme un pinceau lumineux venant en souligner les couleurs, les formes et l\u2019\u00e9vanescence de leur pr\u00e9sence en ce lieu in\u00e9dit. Il a inspect\u00e9 toutes les pi\u00e8ces de l\u2019appartement, je ne r\u00e9pondais pas \u00e0 ses appels, mais il pr\u00e9f\u00e9rait \u00eatre s\u00fbr que je ne m\u2019\u00e9tais pas endormie dans un lieu incongru de la maison, avant de sortir me chercher dehors, dans la rue, sans trop savoir d\u2019ailleurs o\u00f9 j\u2019aurais pu me rendre. Il m\u2019a cherch\u00e9e partout. Il se demandait o\u00f9 j\u2019avais bien pu me r\u00e9fugier. Dans quel recoin m\u2019\u00e9tais-je install\u00e9e pour m&rsquo;effondrer comme cela m\u2019arrivait souvent. Il regardait autour de lui sans me voir dans aucune des pi\u00e8ces de son appartement. Il commen\u00e7ait s\u00e9rieusement \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter. Il craignait que j\u2019ai appris la nouvelle de la mort de ma s\u0153ur en essayant de joindre mes parents, peut-\u00eatre \u00e9tais-je partie ou pire, ravag\u00e9e de douleur et de peine, m\u2019\u00e9tais-je pr\u00e9cipit\u00e9e dans la rue pour pleurer\u00a0? Il avait tout envisag\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai d\u00e9boul\u00e9 sans pr\u00e9venir derri\u00e8re lui, il ne m\u2019a pas entendue m\u2019approcher, il ne me voyait pas, il ne pouvait pas soup\u00e7onner ma pr\u00e9sence dans son dos. Je l\u2019ai surpris en surgissant furtivement, en posant ma main sur son \u00e9paule, mais sur le coup il a \u00e9t\u00e9 si d\u00e9concert\u00e9 par cette intrusion inattendue, que sa r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 d\u2019une violence disproportionn\u00e9e, dans ce geste stup\u00e9fait, ahuri, le mouvement violent de son corps se retournant pour m\u2019esquiver, m\u2019a envoy\u00e9 m\u2019\u00e9crouler au sol, loin de lui, ma t\u00eate a frapp\u00e9 durement le recoin pointu d\u2019un meuble. Il m\u2019a vu m\u2019affaler par terre, le regardant d\u2019un air hagard et p\u00e9trifi\u00e9, le nez saignant avec abondance, sang que je fis dispara\u00eetre m\u00e9caniquement d\u2019un revers de manche. Je le regardais abasourdie, comme un \u00e9tranger dans sa propre maison, un intrus. Il \u00e9tait d\u00e9sol\u00e9, d\u00e9sorient\u00e9, confus. Il me supplia de l\u2019excuser. Mon Dieu qu\u2019est-ce que j\u2019ai fait\u00a0? r\u00e9p\u00e9tait-il t\u00e9tanis\u00e9, incapable de dire autre chose, de r\u00e9agir autrement. Je me tenais au sol, sans bouger, essuyant encore une fois mon nez qui continuait \u00e0 saigner abondamment. Dans son geste et le choc brutal de la chute, l\u2019un des boutons de mon chandail \u00e9tait tomb\u00e9 au sol et continuait \u00e0 tourner sur lui-m\u00eame telle une toupie sans fin. Je me mis \u00e0 genou, il m\u2019aida \u00e0 me relever, je ne refusai pas son aide, ce qui le rassura, je ne lui en voulais pas et comprenais qu\u2019il avait eu peur autant que moi. Le plus dur \u00e9tait \u00e0 venir. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il m\u2019apprit la mort de ma s\u0153ur. Je ne pleurai pas, le regardai longuement droit dans les yeux, sans savoir quoi dire.<br><br>Dans la soir\u00e9e, apr\u00e8s le repas, Adel voyait bien que j\u2019\u00e9tais abattue, je venais de t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 mes parents qui me suppliaient de rentrer au plus vite. Ils \u00e9taient effondr\u00e9s, perdus. Je leur promit de venir d\u00e8s que possible. Je prendrais un avion pour Marseille d\u00e8s le lendemain. Quand je rejoignis Adel dans le salon, j\u2019avais beaucoup pleur\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone, le Rimmel de mes yeux avait abondamment coul\u00e9, dessinant sur leur pourtour une large ombre noire me donnant l\u2019air d\u2019un chien battu. Il m\u2019accompagna \u00e0 la salle de bain pour que je me d\u00e9maquille. Les cotons humides sur mes paupi\u00e8res me soulag\u00e8rent un instant. Je lui expliquai que je devais rejoindre rapidement mes parents, ce qu\u2019il comprenait parfaitement. Il n\u2019\u00e9tait pas s\u00fbr de pouvoir le faire avec son travail, mais sans r\u00e9fl\u00e9chir il me proposa de m\u2019accompagner l\u00e0-bas. J\u2018\u00e9tais soulag\u00e9e par sa proposition et me mis \u00e0 sangloter. Il me prit dans ses bras et me serra tr\u00e8s fort pour me r\u00e9conforter. Il n\u2019avait sans doute jamais serr\u00e9 si fort dans ses bras une femme avant moi, avant ce moment-l\u00e0. Je soupirais, j\u2019avais du mal \u00e0 respirer, pour me soutenir et ne pas tomber par terre, m\u2019\u00e9vanouir, je m\u2019appuyais contre le mur et la t\u00eate pos\u00e9e, le front contre le dessus de ma main. Ma poitrine se soulevait en rythme r\u00e9gulier, plusieurs fois de suite la tension \u00e9lectrique fit \u00e9teindre la lumi\u00e8re dans la pi\u00e8ce et nous plongea dans une troublante obscurit\u00e9. Un tr\u00e8s court instant, une respiration qui se calait sur mon souffle coup\u00e9. Voyant que j\u2019\u00e9tais \u00e9puis\u00e9e et que j\u2019en avais vraiment besoin avant d\u2019aller me coucher, il m\u2019a propos\u00e9 de faire une s\u00e9ance de relaxation. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 surprise qu\u2019il pratique la relaxation. Il avait suivi dans le cadre d\u2019un s\u00e9minaire dans son entreprise une s\u00e9rie de formation sur le d\u00e9veloppement personnel et la relaxation en faisait partie. Nous nous install\u00e2mes dans sa chambre. Je m\u2019assis sur le rebord du lit, de biais et il s\u2019installa derri\u00e8re moi dans mon dos. Expire lentement, me dit-il, recommence, concentre toi bien sur ta respiration. Tu la sens jusque dans tes pieds\u00a0? Jusqu\u2019au bout de tes doigts\u00a0? Il avait plac\u00e9 ses mains sur mes \u00e9paules. Respire profond\u00e9ment, continue de respirer. Rel\u00e2che tes \u00e9paules. Laisse ton corps s\u2019enfoncer \u00e0 chaque expiration. Il sentait mon corps se rel\u00e2cher. Pense \u00e0 un endroit, me proposa-il. Un endroit paisible o\u00f9 tu te sens en s\u00e9curit\u00e9. R\u00e9el ou imaginaire. J\u2019\u00e9tais \u00e0 la d\u00e9rive, lui avouerai-je apr\u00e8s la s\u00e9ance, allong\u00e9e au fond d\u2019une barque dans la nuit, sur la rivi\u00e8re et ses reflets. Fais un pas en avant. Regarde sur ta droite. Maintenant \u00e0 gauche. Ressens l\u2019air sur ta peau, observe les couleurs. \u00c0 pr\u00e9sent, marche vers l\u2019endroit o\u00f9 tu veux te rendre, l\u2019endroit calme o\u00f9 tu te sentirais en s\u00e9curit\u00e9. Entre dans cet endroit quel qu\u2019il soit. Trouve un lieu paisible, et repose-toi. Inspire et expire. Lentement, profond\u00e9ment et sois en paix. Tu es en paix. Apr\u00e8s un moment de silence, il me demanda d\u2019ouvrir les yeux quand je me sentirais pr\u00eate. Je crois que j\u2019aimerais vraiment \u00eatre seule, lui dis-je un peu g\u00ean\u00e9e \u00e0 la fin de notre s\u00e9ance. Il sortit de la chambre et me laissa seule.<br><br>Lorsque je me suis endormie dans ma chambre, il est all\u00e9 se coucher \u00e0 son tour. Il n\u2019a pas pu s\u2019emp\u00eacher de faire une recherche sur Internet sur l\u2019assassinat de ma s\u0153ur. Les images en ligne \u00e9tait insoutenables. Il esp\u00e9rait que je ne les verrais jamais, mais il se sentait impuissant devant l\u2019impossibilit\u00e9 de cette t\u00e2che. Ce mot aux double sens le troubla et l\u2019image de la cl\u00e9 souill\u00e9e de sang qu\u2019on ne parvient pas \u00e0 effacer apr\u00e8s avoir ouvert la cache de Barbe-bleue lui revint en m\u00e9moire et l\u2019obs\u00e9da quelques instants. Un homme avait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 dans la zone pavillonnaire o\u00f9 habitait Anna. Il venait de se suicider apr\u00e8s avoir sign\u00e9 des aveux sur une lettre qu\u2019il avait laiss\u00e9 \u00e0 son domicile, sans expliquer pourquoi il l\u2019avait tu\u00e9e. Adel cherchait \u00e0 se renseigner en ligne sur cet homme qui avait sauvagement assassin\u00e9 ma s\u0153ur. Cet homme, pouvait-on lire dans certains articles, entrait la nuit dans les appartements des habitants de son quartier pour les espionner, vivre dans leur maison lorsqu\u2019ils en \u00e9taient absents. On r\u00e9v\u00e9lait qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 surpris par Anna qui rentrait chez elle et qu\u2019il l\u2019aurait tu\u00e9e sans laisser cependant la moindre trace de lutte et du meurtre dans son appartement. Il aurait dissimul\u00e9 le cadavre d\u2019Anna pendant de longues semaines dans une friche industrielle abandonn\u00e9e \u00e0 la sortie de la ville. <\/p>\n\n\n\n<p>Adel n\u2019arriva pas \u00e0 dormir apr\u00e8s avoir vu toutes ces images horribles qui tournaient dans sa t\u00eate. Il avait d\u00e9cid\u00e9 de m\u2019accompagner et d\u2019assister \u00e0 l\u2019enterrement de ma s\u0153ur. Il voulait \u00eatre proche de moi dans cette \u00e9preuve difficile que je traversais. Il se sentait enfin utile. Avec une raison de vivre. Quelque chose avait chang\u00e9 entre nous ces derniers jours pass\u00e9s \u00e0 son domicile, il d\u00e9cida d\u2019\u00e9crire une lettre \u00e0 sa femme pour \u00e9claircir ce point avec elle. Il ne voulait pas la blesser. En m\u00eame temps c\u2019\u00e9tait elle qui l\u2019avait quitt\u00e9. Mais il esp\u00e9rait qu\u2019elle serait sensible \u00e0 son geste, sans ranc\u0153ur, qu\u2019ils restent amis, et qu\u2019il puisse continuer \u00e0 voir sa fille. Courb\u00e9 sur une feuille de papier qu\u2019il recouvrait de son \u00e9criture serr\u00e9e et nerveuse, assis en tailleur sur la moquette, dans l\u2019appartement d\u00e9sert, il \u00e9crivait. La phrase le portait. Son rythme, et son lyrisme. Presque tous les jours il y a des mots qui disparaissent parce qu\u2019ils sont maudits. \u00c0 la place on met de nouveaux mots qui correspondent aux id\u00e9es nouvelles, d\u2019ailleurs depuis deux ou trois mois, il y a des mots que j\u2019aimais beaucoup qui ont disparu. Les ann\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 pour nous, pas contre nous. Il fallait que je lui dise, que nous nous quittons sans nous battre, sans reproches. Ce n\u2019est pas toi, c\u2019est moi. Il fallait que j\u2019y aille. Cela ne pouvait pas durer ainsi. La vraie vie est ailleurs. Des si\u00e8cles et des si\u00e8cles \u00e0 s\u2019enfuir dans le lointain comme des orages. Il comprenait enfin qu\u2019il s\u2019\u00e9tait \u00e9loign\u00e9 d\u2019elle depuis trop longtemps, l\u2019image devenait claire dans son esprit. Il s\u2019\u00e9tait \u00e9loign\u00e9 dans la rue, elle l\u2019avait suivi quelques m\u00e8tres derri\u00e8re, il le savait, le devinait. Il ne s\u2019\u00e9tait pas retourn\u00e9 tout de suite, c\u2019\u00e9tait un jeu entre eux. Avant quand il se retournait, il s\u2019attendait toujours \u00e0 ce qu\u2019elle soit l\u00e0, derri\u00e8re lui, un signe. Il se retournait, il n\u2019y avait plus personne. La rue \u00e9tait vide. Un v\u00e9lo passait au loin qu\u2019il voyait \u00e0 peine. Il se sentait seul et abandonn\u00e9. D\u00e9sormais il n\u2019\u00e9tait plus seul.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Adel ne connaissait pas ma s\u0153ur, ils ne s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s qu\u2019une seule fois, il y a tr\u00e8s longtemps, chez mes parents, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un anniversaire. Je lui parlais peu d\u2019elle \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 nous nous fr\u00e9quentions, apr\u00e8s l\u2019universit\u00e9, mais nous nous \u00e9tions perdus de vue depuis plusieurs ann\u00e9es, j\u2019habitais encore Paris tandis qu\u2019il avait toujours v\u00e9cu \u00e0 Marseille avant de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l10-mon-double-mon-ombre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L10 | Mon double, mon ombre<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":242,"featured_media":50931,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2781],"tags":[1340,1218,277,956],"class_list":["post-50914","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-10-bernhard","tag-amitie","tag-disparition","tag-mort","tag-solitude"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50914","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/242"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=50914"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50914\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/50931"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=50914"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=50914"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=50914"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}