{"id":50966,"date":"2021-09-12T09:34:20","date_gmt":"2021-09-12T07:34:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=50966"},"modified":"2021-09-12T09:34:21","modified_gmt":"2021-09-12T07:34:21","slug":"l10-ce-qui-ne-se-voit-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l10-ce-qui-ne-se-voit-pas\/","title":{"rendered":"#L10 Ce qui ne se voit pas"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce sentiment de honte, elle dit, c\u2019est quelque chose dont on ne parle pas, c\u2019est juste quelque chose qui p\u00e8se, le contraire d\u2019un ventre de femme enceinte, qui est un poids dont on est fier, qu\u2019on porte au-devant de soi, qui emp\u00eache la gr\u00e2ce et g\u00e8ne la marche, mais qui donne \u00e0 celle qui le pr\u00e9sente respectabilit\u00e9, attire la mansu\u00e9tude, les sourires en biais, teint\u00e9s de bienveillance, on se demande pourquoi cela \u00e9meut autant, c\u2019est une affaire si priv\u00e9e que de vouloir un enfant, de la mettre au monde, \u00e7a devrait se faire dans le secret, c\u2019est du moins ce que pensait l\u2019amie qui \u00e9tait n\u00e9e en 1900, qui ne portait pas ostensiblement son gros ventre, qui le cachait peut-\u00eatre, jusqu\u2019\u00e0&nbsp; la veille de son accouchement et elles avaient bien failli se f\u00e2cher pour la vie, de cette visite de la m\u00e8re de Marie-Jeanne et elle, sa meilleure amie, toutes ses ann\u00e9es ensemble au pensionnat, ce que cela cr\u00e9e comme liens ind\u00e9fectibles, dormir dans des lits parall\u00e8les cinq nuits par semaine, des heures d\u2019\u00e9tude coude \u00e0 coude apr\u00e8s les cours, les lettres d\u2019amour jet\u00e9es par-dessus le mur de son jardin le week-end et qu\u2019elle lui lisait en chuchotant au risque d\u2019\u00eatre punies au risque de se voir confisquer la lettre par la s\u0153ur avec dessus les mots trac\u00e9s d\u2019une petite \u00e9criture ind\u00e9chiffrable mais avec l\u2019habitude maintenant elle en \u00e9tait devenue ma\u00eetre, dans la volont\u00e9 de ne pas perdre un mot, qu\u2019il n\u2019y ait pas de trou dans la phrase, qu\u2019il n\u2019y ait pas h\u00e9sitation entre deux sens \u00e0 lui donner, ainsi elles s\u2019\u00e9taient vues la veille de son accouchement et ne lui avait pas dit qu\u2019elle \u00e9tait enceinte de sa deuxi\u00e8me fille, la veille, elle l\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9, la veille, tu te rends compte, comment est-ce possible que \u00e7a ne se voit pas, que ce ne soit pas la seule chose dont elle ait envie de parler, surtout \u00e0 sa meilleure amie, de la naissance qui \u00e9tait proche, quelle m\u00e8re fait \u00e7a, elle a demand\u00e9, la seule explication qu\u2019elle voyait c\u2019\u00e9tait la honte, de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 pour en arriver l\u00e0, \u00e0 cet enfant sous sa robe, apr\u00e8s l\u2019amour dont elle ne savait rien de la r\u00e9alit\u00e9 depuis les romans plus ou moins autoris\u00e9s, ce qu\u2019elle imaginait depuis les jolies lettres de son amoureux secret, pour en arriver \u00e0 cette nuit-l\u00e0, le foss\u00e9 entre le r\u00eave et le terrain, ce qu\u2019elle en gardera toujours du d\u00e9go\u00fbt du corps, quelque chose dont elle ne parlera pas, qu\u2019elle n\u2019avouera pas, qui se sentira dans sa fa\u00e7on d\u2019embrasser, de refuser le contact, de garder loin du dedans de ses deux mains la peau humaine, quand les plonger dans la fourrure de ses chiens ce sera avec bonheur et \u00e7a se voyait, elle dit, \u00e0 moins que ce ne soit un d\u00e9ni de grossesse, et laisser le soin de l\u2019enfant \u00e0 sa m\u00e8re, de celui-l\u00e0 comme des trois autres, la grand-m\u00e8re d\u00e9crite comme douce et menue et toujours parler de ses yeux bleus, une exception parmi les yeux noirs de tous apr\u00e8s, la honte inculqu\u00e9e au pensionnat, avec la pr\u00e9sence de Dieu en permanence au-dessus de leur t\u00eate, \u00e0 qui il fallait demander pardon, qu\u2019il ne fallait pas offenser, pas peiner et c\u2019\u00e9tait selon, et les s\u00e9ances au confessionnal, \u00e0 raconter ce qui ne se raconte pas il fallait, dire ce dont on avait honte, dans l\u2019obscurit\u00e9 de la cage en bois avec les genoux ab\u00eem\u00e9s contre le rugueux du bois et lever la t\u00eate vers lui, derri\u00e8re la grille, qu\u2019on apercevait \u00e0 peine, qu\u2019on reconnaissait parfois et c\u2019\u00e9tait supplice pire encore, savoir qu\u2019on le croiserait, qu\u2019il saurait cela de vous, qu\u2019il le saurait et ce serait pour toujours, c\u2019\u00e9tait sentir le poids en dedans grandir grandir et devenir de plus en plus lourd et le pardon accord\u00e9 qui n\u2019arrangeait rien, c\u2019\u00e9tait mensonge que la promesse d\u2019un soulagement, l\u2019encha\u00eenement du repentir et du pardon accord\u00e9 par le pr\u00eatre, le seul soulagement qu\u2019elle ait jamais ressenti, c\u2019est de pouvoir sortir de l\u00e0, en \u00e9cartant de la main, le rideau noir et faire le signe de croix avant de tourner le dos pour se diriger vers le lourd de la porte \u00e0 deux battants. Tomber d\u2019un coup dans la lumi\u00e8re, c\u2019\u00e9tait le premier et unique all\u00e8gement. Devenir m\u00e8re seulement avec la t\u00eate, en laissant son corps en dehors de l\u2019affaire, ce que cela fera aux enfants des enfants des enfants, elle se demande, des d\u00e9g\u00e2ts sur combien de g\u00e9n\u00e9rations, et pour cette autre, \u00e9trang\u00e8re, entr\u00e9e par mariage dans la famille ce sera m\u00eames d\u00e9g\u00e2ts d\u2019une \u00e9ducation pire encore qu\u2019elle recevrait elle aussi des s\u0153urs, et pourtant trente ans plus tard, la rigidit\u00e9 qu\u2019elle en garderait \u00e0 vie jusque dans ses emplois du temps, un jour pr\u00e9cis pour chaque tache m\u00e9nag\u00e8re m\u00eame pendant les deux mois o\u00f9 elle \u00e9tait en vacances et n\u2019y d\u00e9roger sous aucun pr\u00e9texte, et pourtant une g\u00e9n\u00e9ration plus tard et rien chez les s\u0153urs n\u2019aurait chang\u00e9, serait devenu pire, on peut parler de maltraitance, vous \u00eates d\u2019accord avec moi, pour elle si petite, quand trente ans plus t\u00f4t l\u2019autre ne l\u2019avait pas connue, on cherche des raisons, est-ce de n\u2019y \u00eatre venue qu\u2019apr\u00e8s ses douze ans, apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole primaire tenue par des s\u0153urs aussi mais tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la maison et pouvoir rentrer tous les jours chez ses parents, en avoir surtout, ce que cela change, d\u2019\u00eatre livr\u00e9e \u00e0 l\u2019orphelinat et y \u00eatre seule au monde, dans le grand dortoir des petites l\u2019inspection des lits, la terreur si forte que d\u00e9j\u00e0 celle qui avait mouill\u00e9 ses draps \u00e9clatait en sanglots,&nbsp; que la s\u0153ur savait vers quel lit elle devait se diriger pour gronder et le geste qu\u2019elle faisait du bras \u00e0 arracher les draps dans un combat de blanc et de noir de sa propre chasuble \u00e0 cornette, tu vois la sc\u00e8ne depuis si longtemps et toujours tu te demandes quelle rage quelle haine emprisonn\u00e9e actionne ce bras de la justice qui va obliger la petite \u00e0 mettre sa culotte sur sa t\u00eate pour que toutes puissent voir la responsable de ce crime impardonnable, ce qui s\u2019inscrira dans le corps de celle qui tous les matins dans le froid r\u00e9veil de la pi\u00e8ce non chauff\u00e9e dans les draps de son lit rest\u00e9 secs ressent l\u2019excitation de la peur qui peu \u00e0 peu s\u2019essouffle pour laisser le champ libre \u00e0 la honte du soulagement&nbsp;: la sanction et l\u2019humiliation tomb\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9. La fiert\u00e9 peut-\u00eatre aussi, un infime sentiment d\u2019\u00eatre quelque chose de mieux que celle qui avait mouill\u00e9 son lit, allez grandir et vivre apr\u00e8s cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Accepter la souffrance pour conjurer la honte, avoir mal souffrir se taire \/peur recul instinctif retrait se l\u2019interdire il ne faut pas qu\u2019il se voit soit d\u00e9tectable \/ peur occupe toute la place serrer les jambes les dents aussi&nbsp;\/ la m\u00e2choire serr\u00e9e jusqu\u2019aux \u00e9paules les muscles qui tiennent la t\u00eate debout \/ garder la t\u00eate haute marcher sans regarder ses pieds et m\u00eame dans les escaliers \/ tenir la peur enferm\u00e9e et garder la t\u00eate haute \/ au-dessus de tout \/ de tout soup\u00e7on \/ rester digne Dieu te voit voit tout ce que tu fais \/ oublier Dieu l\u2019oublier tr\u00e8s fort c\u2019est y penser tout le temps qu\u2019il est sur elle \/ \u00e7a fait mal mais pas tant que \u00e7a connu bien pire \/ quand elle s\u2019\u00e9tait coup\u00e9e le doigt si profond qu\u2019on voyait l\u2019os \/ le sang qui avait gicl\u00e9 et les taches qui ne partaient pas \/ qui s\u2019en \u00e9tait occup\u00e9e \/ toujours trouv\u00e9 une solution pour chaque tache un rem\u00e8de&nbsp;\/ l\u2019eau de Javel existe depuis combien de temps la question est pos\u00e9e \/ l\u2019ammoniac pour raviver les couleurs des tissus \/ les poumons qui se r\u00e9voltent puis s\u2019habituent \/ on s\u2019habitue \u00e0 tout \/ c\u2019est efficace&nbsp; \u00e9tonnant m\u00eame comme on nettoie un tissu qui ne se lave pas \/ le tapis de l\u2019appartement en aurait bien besoin \/ c\u2019est honteux de le laisser dans un&nbsp; tel \u00e9tat&nbsp;\/ le morceau de chocolat aussi lui fait honte \/ celui qu\u2019elle se garde pour elle seule cach\u00e9 dans le placard de l\u2019arri\u00e8re cuisine \/ en hauteur pour qu\u2019on ne le voit pas \/ qu\u2019elle seule de grande taille puisse l\u2019atteindre \/ la honte que \u00e7a lui ferait si sa m\u00e8re ou la servante la voyait faire&nbsp;\/ d\u00e9rober un carr\u00e9 de chocolat par temps de guerre et c\u2019est en priver ses propres enfants \/ mais ils l\u2019avaleraient tout rond \u00e0 ne rien en sentir \/ l\u2019odeur lui reste \u00e0 elle-m\u00eame apr\u00e8s que le go\u00fbt ait quitt\u00e9 la langue \/ le chocolat r\u00e9confort \/ \u00e7a va s\u2019arranger c\u2019est la phrase qui lui vient tout le temps qu\u2019il fond entre langue et palais \/ quand les baisers n\u2019arrangent rien \/ la langue de l\u2019autre dans sa propre bouche \/ dans le bain de sa salive quand celle du chien sur ses mains ne la d\u00e9range pas comme si celle-l\u00e0 ne souillait pas ou souillait moins que l\u2019autre allez savoir pourquoi \/ se laisser faire jusque dans la souffrance \/ ce n\u2019est pas qu\u2019elle ne la sent pas c\u2019est qu\u2019elle a un seuil d\u2019acceptation du mal que l\u2019autre lui fait qui est hors norme \/ inculqu\u00e9 de m\u00e8re en fille ce haut niveau \/ de l\u2019acceptation \/ et ne se plaindre jamais que dans l\u2019oreille d\u2019une autre femme m\u00e8re ou fille \/ se plaindre de ce que l\u2019homme lui fait \/ lui inflige \/ la contrainte jusque dans le creux de nuit dans son intimit\u00e9 \/ c\u2019est toujours mieux que la col\u00e8re de l\u2019homme \/ faire taire sa col\u00e8re la garder endormie tapie \/ toujours bien pr\u00e9sente et y penser tout le temps \/ m\u00eame quand tout est calme et parfois plus encore lorsque tout est calme apais\u00e9 et parfois joyeux \/ dans ces moments-l\u00e0 aussi on sait que \u00e7a ne durera pas \/ on reste sur le qui vive \/ Qui peut vivre comme cela \/ quelle femme vit autrement \/ elle ou elle \/ pour elle c\u2019est autre obligation pour calmer la peur au-dedans \/ elle fait \/ elle anticipe \/ pr\u00e9vient les d\u00e9sirs de l\u2019homme \/ agit manipule caresse apprend ce qui doit \u00eatre connu pour sa jouissance \u00e0 lui \/ conna\u00eet mieux le corps de l\u2019homme \/ ne touche jamais le sien \/ le plaisir du sien se fait sans y porter les doigts sans y mettre les mains \/ serrer les jambes suffit \/ c\u2019est elle qui a appris \u00e0 sa cousine \/ depuis le corps de Ken sur Barbie \/ les deux statues de plastique avec les seins en obus de Barbie \u00e7a suffit \/ la jouissance coule elle vient toute seule \/ il n\u2019y a pas de dieu pas de honte non plus \/ du moment que l\u2019homme est heureux \/ sera une bonne \u00e9pouse \/ lui donner ce qu\u2019il veut \/ celle qui croit le tenir par la propret\u00e9 et c\u2019est ce qu\u2019elle raconte \/ ne dit rien de ce qui se passe la nuit \/ c\u2019est par le ventre qu\u2019on tient les hommes&nbsp;\/ pas d\u2019autre choix puisqu\u2019elle a horreur de la cuisine \/ et m\u00eame bain d\u2019injonctions pour la fille de Marie-Jeanne si l\u2019enfant \u00e9tait rest\u00e9e dans la maison du Dr Pirlot \/ une belle maison bourgeoise en briques rouges avec des tourelles et un toit comme celui d\u2019un ch\u00e2teau et le parc tout autour et en \u00e9t\u00e9 la v\u00e9g\u00e9tation qui cachait la maison comme une for\u00eat se referme sur un conte de f\u00e9es \/ elle aurait grandi \/ apr\u00e8s la guerre grandi \/ aurait eu une fille \/ qui aurait connu la peur \/ la honte aussi \/ les deux vont-elles toujours de pair \/<\/p>\n\n\n\n<p>La honte de la nudit\u00e9 de son corps d\u2019un infime d\u00e9faut de ce qui n\u2019est pas un d\u00e9faut mais juste quelque chose une partie de lui qu\u2019on aurait voulu autrement de forme diff\u00e9rente de couleur d\u2019\u00e9paisseur de taille \u00e9teindre la lumi\u00e8re se cacher dans les vestiaires pour se d\u00e9shabiller la honte du regard sur soi-m\u00eame de celui des copines des filles des femmes honte ne veut pas qu\u2019on la voit toute nue qu\u2019il la voit toute nue lui ou lui le regard de l\u2019autre ce qui s\u2019anime dans son \u0153il depuis celui-l\u00e0 qu\u2019on n\u2019oubliera pas le m\u00eame regard coll\u00e9 \u00e0 l\u2019iris de tous ceux qui viendront apr\u00e8s la honte l\u2019envie d\u2019\u00e9chapper de se cacher de rev\u00eatir le corps l\u2019arracher au regard de l\u2019autre le regard qui br\u00fble qui d\u00e9shabille qui salit qui entre dedans qu\u2019on ne peut rejeter au-dehors ignorer quoi mettre en \u00e9cran qui ferait barri\u00e8re garderait \u00e0 distance le regard qui perce p\u00e9n\u00e8tre&nbsp; viole le refus de poser nue un jour son regard \u00e0 lui qui rach\u00e8te qui se pose sur une photo dont elle a oubli\u00e9 tout des circonstances qui tenait l\u2019objectif on s\u2019en doute aucune image de lui tenant l\u2019appareil pourtant juste le regard de lui venu apr\u00e8s longtemps apr\u00e8s qui l\u2019aime au-del\u00e0 de ses peurs au-del\u00e0 de ce qu\u2019il voit au-del\u00e0 de sa peau aussi au-del\u00e0 comme un effet de zoom \u00e0 exploser la peur. Peut-\u00eatre s\u2019est-il pr\u00e9sent\u00e9 pour elle ou pour elle, qu\u2019elle a fini par le rencontrer, le laisser approcher mais peut-\u00eatre pas, qu\u2019il \u00e9tait trop tard que c\u2019est quelque chose qu\u2019on ne peut pas changer depuis le regard d\u00e9plac\u00e9 le premier et de tous ceux d\u2019apr\u00e8s vicieux vicelard violent vitriolant vivisecteur vis\u00e9e longue port\u00e9e et pour longtemps le porter coll\u00e9 \u00e0 sa peau nue honte de se montrer nue comme peau tatou\u00e9e, tache d\u2019encre ind\u00e9l\u00e9bile. La honte de son corps nu comme une peau qui lui manquerait, lapin \u00e0 qui on vient de retirer la fourrure et m\u00eame rougeoiement de ce qui flambe dans le manque de quelque chose qui ferait barrage au regard la nudit\u00e9 de son corps aussi quand elle est seule c&rsquo;est m\u00eame inconfort comme exposer quelque chose d\u2019inconvenant trop grosse trop maigre trop grande trop petite trop de poitrine pas assez \u00e7a ne marchera pas \u00e9crire depuis la voix ce matin quelque chose de la honte ne peut pas \u00eatre dict\u00e9 ne peut pas \u00eatre \u00e9labor\u00e9 avec la voix la voix qui part du corps du ventre qui remonte pour reprendre souffle se confine dans la bouche entre les dents et la langue \u00e0 h\u00e9siter avant que les l\u00e8vres ne les expulsent incapacit\u00e9 de dire la honte avec la voix les doigts \u00e0 les \u00e9crire c&rsquo;est possible les doigts sur le clavier les mots s&rsquo;alignent avec la voix elle se refuse il faudra d\u00e9jouer le pi\u00e8ge ses regards imaginaires sur sa peau l&rsquo;envie de les susciter parfois s&rsquo;en rendre ma\u00eetre en les provoquant en les anticipant en les imaginant ces regards \u00e0 effleurer la peau regard contact et ne pas pouvoir dissocier les deux le regard de l&rsquo;autre en face et le ressenti sur sa peau, issue d\u2019une m\u00e8re qui brave la honte comme l\u2019ignorer \u00e0 traverser le salon sans habits sans raison comme partir en guerre contre cette obligation de cacher le corps de le garder couvert enseveli d\u00e9rob\u00e9 et l&rsquo;affirmer en traversant nue le salon dans la lumi\u00e8re du jour sous les yeux de l&rsquo;enfant sans souci d&rsquo;esth\u00e9tisme avec les chaussettes qu&rsquo;elle a gard\u00e9es aux pieds chaussettes ou autre chose qui casse la beaut\u00e9 du corps comme la ridiculiser avec un d\u00e9tail trivial forcer le texte \u00e0 s&rsquo;\u00e9crire avec la voix malgr\u00e9 le refus du matin malgr\u00e9 quelque chose dans le corps qui bloque y aller en force forcer le passage le pas sage traverser le salon toute nue quand tant de mises en garde ne pas coucher se garder pour le mari de plus tard quand elle sera grande et qu\u2019elle ne conna\u00eet m\u00eame pas et de la voix dire et dicter et \u00e9crire comme contrebalancer le langage paradoxal affirmer une chose et son contraire embrouiller malmener le raisonnement se promener toute nue dans le salon, \u00e9crire c\u2019est sa fa\u00e7on \u00e0 elle.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Question \u00e0 ceux qui auront le courage de me lire, mais n&rsquo;avait-on pas le droit d\u2019\u00e9puiser\u00a0: comprend-on qu\u2019il s\u2019agit de femmes ou filles toutes diff\u00e9rentes\u00a0? Merci beaucoup.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce sentiment de honte, elle dit, c\u2019est quelque chose dont on ne parle pas, c\u2019est juste quelque chose qui p\u00e8se, le contraire d\u2019un ventre de femme enceinte, qui est un poids dont on est fier, qu\u2019on porte au-devant de soi, qui emp\u00eache la gr\u00e2ce et g\u00e8ne la marche, mais qui donne \u00e0 celle qui le pr\u00e9sente respectabilit\u00e9, attire la mansu\u00e9tude, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l10-ce-qui-ne-se-voit-pas\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L10 Ce qui ne se voit pas<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2781],"tags":[298,547,2799,81],"class_list":["post-50966","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-livre-10-bernhard","tag-corps","tag-honte","tag-nudite","tag-regard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50966","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/87"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=50966"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50966\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=50966"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=50966"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=50966"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}