{"id":51102,"date":"2021-09-12T22:53:38","date_gmt":"2021-09-12T20:53:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=51102"},"modified":"2023-12-21T22:44:54","modified_gmt":"2023-12-21T21:44:54","slug":"l10-le-ressassement-du-guichetier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l10-le-ressassement-du-guichetier\/","title":{"rendered":"#L10\/ Le ressassement du guichetier."},"content":{"rendered":"\n<p>Ma vengeance et moi on l\u2019attend dans le funiculaire, on sera l\u00e0 quand il va vouloir remonter vers sa demeure de bourreau. Cette place de guichetier, on l\u2019a obtenue en r\u00e9compense d\u2019une carri\u00e8re \u00e0 ployer l\u2019\u00e9chine, \u00e0 jamais broncher, \u00e0 jamais revendiquer rien, \u00e0 accepter les heures mal pay\u00e9es, les horaires modifi\u00e9s sans pr\u00e9venir, toujours tout encaiss\u00e9, surtout la faiblesse du salaire. \u00c7a a co\u00fbt\u00e9 aupr\u00e8s des coll\u00e8gues, m\u2019ont appel\u00e9 \u00ab\u00a0le jaune\u00a0\u00bb, mais toujours dans mon dos, jamais devant, par \u00e9gard \u00e0 ce que subi pendant les militaires. Condescendance et piti\u00e9. Bien cach\u00e9 notre jeu. Patience, on l\u2019a tellement attendu, pens\u00e9, imagin\u00e9, r\u00eav\u00e9 son retour \u00e0 lui. Alors, avec ma vengeance, on s\u2019est r\u00e9chauff\u00e9 l\u2019un l\u2019autre dedans moi, tout contre mon c\u0153ur. Elle m\u2019a conseill\u00e9 de le demander ce poste sur la ligne du belv\u00e9d\u00e8re. Aucun probl\u00e8me pour les chefs; ont sans doute pens\u00e9 qu\u2019un \u00e9cras\u00e9 comme moi conviendrait bien sur cette ligne qui monte au quartier des bourgeois. Pas de risque de me voir d\u00e9brayer par surprise ou arriver en retard alcoolis\u00e9 pour prendre mon poste ou encore de m\u2019entendre entonner l\u2019Internationale ou insulter mes passagers. Bravo pour vos \u00e9tats de service\u00a0! Avec ma vengeance, \u00e7a nous arrangeait bien parce que sa demeure \u00e0 lui, elle est sur la place, tout en haut des escaliers, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la gare o\u00f9 on travaille. Personne ne peut nous \u00e9chapper, m\u00eame ceux qui montent par les escaliers, on peut les voir \u00e0 travers le grillage qui longe la ligne. Nos allers-retours \u00e0 longueur de journ\u00e9e, \u00e0 peine arriv\u00e9, le funiculaire redescend puis remonte m\u00eame vide. On a m\u00eame la vue sur toute la baie du port. On les voit les cargos \u00e0 l\u2019ancre, les hydravions\u00a0; il peut pas nous \u00e9chapper. Dans le funiculaire, je suis la pr\u00e9sence qui rassure le bourgeois et le touriste, encore un bourgeois mais venu de loin pour le paysage mais surtout pour les sir\u00e8nes. Je fais payer les tickets et en cas de probl\u00e8mes je pr\u00e9viens, avec mon t\u00e9l\u00e9phone, le bureau. Je peux g\u00e9rer une immobilisation ou un incident. Bravo pour vos \u00e9tats de service\u00a0! Avec ma vengeance, je l\u2019ai dans mon corps ce funiculaire, les grincements de la cr\u00e9maill\u00e8re, les craquements de la carcasse, la chaleur du soleil d\u2019hiver sur les vitres, les gouttes de pluie sur la ferraille du toit, le courant d\u2019air qui s\u2019engouffre quand dans la touffeur de l\u2019\u00e9t\u00e9 on laisse les portes ouvertes. Certains font le voyage juste pour profiter de ce frais. Il ne peut pas nous \u00e9chapper, on l\u2019attend Avec ma vengeance, on veille \u00e0 ma sant\u00e9, je marche, je ne bois pas, je ne fume pas, je veux vieillir longtemps, longtemps pour l\u2019attendre lui. Elle m\u2019autorise parfois un de ces th\u00e9s aux herbes des plateaux, dans un de ces bars \u00e0 sir\u00e8nes. L\u00e0, on rencontre les anciennes, les anciens, avec les leurs de vengeances, mais aussi leurs ranc\u0153urs et leurs haines. On discute de l\u2019autrefois, de celles et ceux qui ont fini avec la poiscaille. On discute comme comploteurs d\u2019avant. Le matelot est devenu capitaine au long cours, le ramasseur de guano est devenu patron de chalutier en haute mer, la Sir\u00e8ne est devenue serveuse, le cuistot, son patron et son mari. Guichetier, je suis rest\u00e9 guichetier. Nos vengeances elles s\u2019aff\u00fbtent, s\u2019aiguisent, s\u2019exasp\u00e8rent pendant nos parlottes. Pour nos fant\u00f4mes, elles r\u00e9clament le go\u00fbt et le rouge du sang, les cris et les larmes de la douleur. On sait qu\u2019elles n\u2019\u00e9teindront jamais la violence de leur arrachement \u00e0 nos vies. Elles sont incapables de combler la totalit\u00e9 du vide en nous de nos fant\u00f4mes. De \u00e7a elles sont n\u00e9es nos vengeances. \u00c0 cause de il. Entre nous, il est devenu le congre. C\u2019est le patron p\u00eacheur qui l\u2019a surnomm\u00e9 ainsi. Trop d\u2019honneur. Si la justice \u00e9tait pass\u00e9e, sa responsabilit\u00e9 reconnue et une condamnation pour crime contre l\u2019humanit\u00e9 prononc\u00e9e. Mais nous, les rescap\u00e9s des ann\u00e9es sombres, on a que nos vengeances pour espoir de justice faite. Nos vengeances, elles se sont tourn\u00e9es vers l\u2019appel aux puissances anciennes des plateaux. Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es, les plus fortes, nous ont fait nous initier, la sir\u00e8ne, le p\u00eacheur, le marin et moi \u00e0 la voie des animaux. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 des jours et des nuits avec les habitants des plateaux, nos vengeances savent d\u00e9sormais parler en pens\u00e9e avec une bestiole, notre messager aupr\u00e8s de celles et ceux de son esp\u00e8ce. Ils soutiennent nos vengeances, sont leurs yeux et leurs oreilles. L\u2019ambassadeur du peuple des rats parle \u00e0 ma vengeance, celui des oiseaux \u00e0 celle du p\u00eacheur, celui des poissons \u00e0 celle du marin, celui des chiens \u00e0 la sir\u00e8ne. Ils ont accept\u00e9 de les pr\u00e9venir et de nous aider \u00e0 le retenir s\u2019il revient. \u00c9couter par la pens\u00e9e les \u00e9changes entre nos vengeances et ces bestioles exige beaucoup d\u2019\u00e9nergie et diminue d\u2019autant notre esp\u00e9rance de vie mais, elles valent quoi nos vies sans celles et ceux qu\u2019il nous a enlev\u00e9s\u00a0? Certaines vengeances se sont alors enhardies \u00e0 vouloir parler avec eux, nos mortes et nos morts. Elles ont voulu tourner spirites avec leur table, mais n\u2019ont jamais abouti \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019\u00e0 enrichir des charlatans. Quant aux pr\u00eatres qui sont arriv\u00e9s avec leur pardon, elles ont bien rigol\u00e9 nos vengeances. Vous \u00e9tiez o\u00f9 quand il fallait lutter contre\u00a0? Nos vengeances, leur premi\u00e8re satisfaction elles l\u2019ont eue quand la clique et lui \u00e9taient encore au pouvoir et nous encore un peu avec cet espoir d\u2019attendre la chute et l\u2019ouverture des prisons. On voulait pas trop croire ces rumeurs du silence dans les cellules toutes vid\u00e9es des n\u00f4tres que les bestioles racontaient \u00e0 nos vengeances. On les a gard\u00e9es en nous. Cette autre rumeur donc, force temp\u00eate d\u2019\u00e9quinoxe sur la ville, rapport\u00e9e par le go\u00e9land \u00e0 la vengeance du p\u00eacheur et bien vite confirm\u00e9e\u00a0: sa fille, la fille de il, sa fille ruisselante d\u2019avenir, pendant ses vacances \u00e0 la demeure, entre deux semestres dans son universit\u00e9 des \u00c9tats-Unis, sa fille s\u2019est suicid\u00e9e. Une balle dans la bouche. Une balle du luger de son p\u00e8re, du luger h\u00e9rit\u00e9 des nazis r\u00e9fugi\u00e9s ici, aux frais des militaires. Cette balle dans la bouche de sa fille puis dans le cerveau de sa fille, elle l\u2019a touch\u00e9e il aussi. Mais, loin de l\u2019abattre ou de le blesser, elle a d\u00e9cupl\u00e9 sa rage contre. Pareil \u00e0 nous d\u00e9sormais. On s\u2019en est r\u00e9joui, avec nos vengeances, de ce qu\u2019il ressente comme nous, dans son dedans, ce vide d\u2019un ou d\u2019une aim\u00e9e. Les rumeurs des humains sont ensuite parties vite et dans tous les sens, sur le port\u00a0et sur la ville\u00a0: crime maquill\u00e9 en suicide, suicid\u00e9e parce qu\u2019horrifi\u00e9e par les exactions du r\u00e9gime et du p\u00e8re. Beaucoup ont souhait\u00e9 y voir un geste contre lui. Il a perdu sa fille et, \u00e0 ma vengeance et \u00e0 moi, il nous en doit une de fille et un fils aussi, et leur m\u00e8re. La premi\u00e8re a fini aux poissons. J\u2019ai cru la revoir \u00e0 la libert\u00e9 des prisons, mais elles se sont ouvertes sur ce vide de silence dont parlaient les bestioles. Les dossiers et les aveux ont confirm\u00e9 les rapports des oiseaux sur les avions, l\u2019altitude, les nuits plomb\u00e9es au-dessus de l\u2019oc\u00e9an. Le second trouv\u00e9, comme beaucoup, m\u00e9connaissable au bas des escaliers et sans doute pass\u00e9, comme sa s\u0153ur, dans les caves de la demeure. La derni\u00e8re, parce que pas assez riche le guichetier pour l\u2019acc\u00e8s aux cliniques. Trois visages \u00e0 la m\u00e9moire. Et son visage \u00e0 lui, il, le congre, le gouverneur militaire du lieu, pas besoin de photos non plus. Le pl\u00e9nipotentiaire, ses yeux de poissons cach\u00e9s par ses lunettes d\u2019aviateur, \u00e0 caracoler en ville sur son \u00e9talon. Une fois, un \u00e0 m\u00eame voulu lui taillader les jarrets \u00e0 l\u2019animal. A \u00e9t\u00e9 abattu sur le champ puis, tra\u00een\u00e9 cadavre derri\u00e8re le cheval. Avec ma vengeance on jouit de ce qu\u2019il souffre dans sa chair \u00e0 son tour, de ce que les autres ont endur\u00e9 par sa faute, par ses ordres. M\u00eame pas l\u2019entendre essayer de se justifier, juste son dernier souffle. \u00c0 force de voir passer les visages, \u00e0 force d\u2019avoir regarder des photos officielles avec de lui dessus, on peut le reconna\u00eetre m\u00eame avec la distance des ann\u00e9es. Sans se tromper. Objet unique de ma vengeance\u00a0: qu\u2019il souffre puisque pas moyen pour lui de r\u00e9parer. Certain aussi qu\u2019il serait de ceux \u00e0 dire aux juges que \u00ab\u00a0responsable mais pas coupable\u00a0\u00bb, que ne pouvait pas d\u00e9sob\u00e9ir, que \u00ab\u00a0vous comprenez dans l\u2019arm\u00e9e, encore plus que dans l\u2019administration, d\u00e9sob\u00e9ir est faute professionnelle, donc oui faut bien manger. Pas le choix, pas le choix. Oblig\u00e9 de, oblig\u00e9 \u00e0. Pas ma faute, pas ma faute\u00a0\u00bb. Ou alors \u00e0 faire le choix du coup d\u2019\u00e9clat, \u00ab\u00a0J\u2019assume\u00a0\u00bb. Aucun regret ni regard vers les victimes et les familles. M\u00e9pris de caste, arrogance, d\u00e9ni, transformer le tribunal en salle de spectacle. Lui, toujours \u00e0 vouloir se hisser encore plus haut sur la colline des morts et des souffrances. Ou encore, lui, \u00e0 rester mur\u00e9 avec sa douleur et son silence de p\u00e8re, loin derri\u00e8res ses lunettes d\u2019aviateur. Ma vengeance et moi, on serait l\u00e0, au titre des t\u00e9moins, \u00e0 raconter celles et ceux qu\u2019il nous a pris. On serait l\u00e0 \u00e0 le regarder, \u00e0 vouloir faire s\u2019arr\u00eater ses yeux sur les miens. Il doit voir, lire, entendre ma vengeance contre lui dedans moi. Faire qu\u2019avec mon regard elle le poursuive. Qu\u2019on le hante tous, les disparus, les rest\u00e9s et nos vengeances. Pourra pas nous \u00e9chapper, depuis tant qu\u2019on attend. Et ces archives qui l\u2019accablent, les textes des t\u00e9moins, les photos des s\u00e9vices, des charniers retrouv\u00e9s apr\u00e8s le d\u00e9part des militaires, ils les prendront en compte les juges avec ce risque d\u2019en retrouver certains mouill\u00e9s depuis le temps des militaires\u00a0? Ma vengeance elle, elle fait pas trop confiance. \u00c0 m\u00eame \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 sugg\u00e9rer de graisser la patte des gardes pour nous laisser approcher de sa ge\u00f4le et l\u2019\u00e9trangler \u00e0 mains nues, lui arracher un \u0153il ou une art\u00e8re, le mordre comme vampire ou m\u00eame, les payer ses gardiens pour qu\u2019ils l\u2019assassinent. Certains disent, elles sont pas saines vos vengeances. Vous ferez quoi apr\u00e8s, quand elles seront parties\u00a0? Plus rien que le vide de celles et ceux partis fant\u00f4mes et croupir dans vos vies \u00e0 finir\u00a0? Tu r\u00e9ponds que vos vengeances se tourneront alors vers le reste de la clique responsables et complices encore cach\u00e9s dans les recoins de la soci\u00e9t\u00e9. Le souvenir aussi aura plus de place pour participer aux associations de m\u00e9moire. Encore tant \u00e0 soulever, brasser, pour en finir avec le sombre des militaires. Comme ce projet de faire de la demeure un mus\u00e9e. On mettrait les photos, au m\u00eame format, de toutes et tous les disparus apr\u00e8s le passage dans les caves. Il parait que le bureau est intact. Elle a bien fait son boulot la gouvernante. Les draps, fant\u00f4mes sur les meubles, alors que les vrais, plus rien d\u2019eux que ces bribes de souvenirs dans nos cr\u00e2nes \u00e0 nous les proches. Avec nos vengeances on a pr\u00e9vu le final. On y a pas vraiment cru quand les bestioles nous ont inform\u00e9 de sa pr\u00e9sence dans un couvent o\u00f9 il a parl\u00e9 \u00e0 un rat. Puis, plus rien pendant longtemps jusqu\u2019\u00e0 il y a quelques jours, quand il s\u2019est mis en route pour le retour. Les poissons escortent autour du navire du capitaine qui nous le ram\u00e8ne. On y est, fin pr\u00eats avec nos vengeances. Il se m\u00e9fie mais ne peut s\u2019imaginer. Un peu \u00e9mouss\u00e9 aussi peut-\u00eatre\u00a0? Il s\u2019y attend\u00a0\u00e0 ce d\u00e9ferlement des vengeances\u00a0? Quand il d\u00e9barque sur le port, tout est en place. Les rats ont vu le pistolet, le m\u00eame par elle utilis\u00e9e. Il l\u2019a conserv\u00e9. Lui aussi, il est habit\u00e9 par son fant\u00f4me. Avec ma vengeance, on esp\u00e8re que son fant\u00f4me il lui ronge bien sa culpabilit\u00e9 de son dedans de bourreau. C\u2019est pas avec sa vengeance qu\u2019il vit comme nous mais avec sa culpabilit\u00e9, cette culpabilit\u00e9 de sa fille suicid\u00e9e, de sa fille morte. Ma vengeance, elle a un peu \u00e9touff\u00e9 ma culpabilit\u00e9. Culpabilit\u00e9 d\u2019\u00eatre rest\u00e9 quand ils ont pris le pouvoir, culpabilit\u00e9 d\u2019avoir mis dans leurs t\u00eates aux gosses cette id\u00e9e de libert\u00e9, culpabilit\u00e9 de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 pris \u00e0 leur place. En il aussi, peut-\u00eatre aussi ce doute, de par ses actes, d\u2019avoir provoqu\u00e9 la mort de l\u2019aim\u00e9e. Ce doute, sa culpabilit\u00e9, et tous ces fant\u00f4mes dans ses souvenirs de bourreau, comment il fait pour vivre avec\u00a0? On sait, par nos vengeances qui le tiennent de leurs bestioles, que pas mal bu quand encore au pouvoir pour tout noyer. Les drogues des chimistes aussi, mais trop risqu\u00e9 pour lui de faire usage des m\u00e9langes des plateaux. Avec nos vengeances, on a imagin\u00e9, pour lui, son jugement dernier et le retour de celles et ceux par lui, par ses ordres, devenus fant\u00f4mes. Le tribunal est pr\u00eat. Souvent aussi ce r\u00eave de faire se d\u00e9cha\u00eener contre lui les puissances des plateaux. Ma vengeance, comme la lenteur, la lourdeur du funiculaire \u00e0 monter et \u00e0 descendre mais sans cesse, sans d\u00e9vier. Ne pas seulement vouloir sa mort mais savoir. Savoir pourquoi toute sa violence contre les petits du pays. S\u00fbr que les yeux et les oreilles, ils les avaient bien ouverts. Alors pourquoi\u00a0? La gouvernante a eu chaud, \u00e0 la naissance des vengeances. Leur jeunesse les a d\u00e9tourn\u00e9es de son grand \u00e2ge, donc pas trop de probl\u00e8mes pour elle, la gouvernante. A entretenu la tombe dans le parc de la demeure. Il a cru \u00e0 sa force et a pas imagin\u00e9 qu\u2019on puisse lui interdire le cimeti\u00e8re pour elle et n\u2019a m\u00eame pas pens\u00e9 faire maquiller le suicide en crime. Pourtant, les cur\u00e9s ont rien voulu entendre et les chefs de la capitale on dit que sa douleur de la perte l\u2019\u00e9garait mais que non, \u00e7a ne se faisait pas, m\u00eame pas pour un des leurs. Et nous, les n\u00f4tres, ils sont o\u00f9 leurs corps cadavres\u00a0? La gouvernante est morte depuis loin. La tombe est toujours l\u00e0, ondulation de vert dans le jardin. La croix a disparu. La demeure a \u00e9t\u00e9 mur\u00e9e. Lui, Il monte les escaliers. Les bicoques se sont ferm\u00e9es. Les rats sont derri\u00e8re lui, les corbeaux au-dessus. Les fant\u00f4mes et nos vengeances, avec le vent de l\u2019oc\u00e9an se glissent partout, dans les cr\u00e2nes, entre les bicoques, dans les ruines. Ils r\u00f4dent et certains commencent \u00e0 appara\u00eetre comme ce gosse et son chien, on les a vus tous les deux \u00e0 l\u2019attendre sous chaque lampadaire quand nous on montait au belv\u00e9d\u00e8re en funiculaire, nous toutes et tous avec nos vengeances dedans nous.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code has-large-font-size\"><code>Codicille : \n\nPremi\u00e8re nuit. \n\nAmont&nbsp;d\u2019\u00e9crire :\nApr\u00e8s les tentatives d\u2019\u00e9puisement des textes, tenter l\u2019effondrement du texte en cours. \u00c7a tombe bien, on voulait tenir \u00e0 distance le mod\u00e8le du bon vieux roman lin\u00e9aire. \u00ab&nbsp;Pousser la syntaxe pour donner un c\u00f4t\u00e9 performance&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Affirmer le texte en tant que forme&nbsp;\u00bb. \u00c0 la lecture du compl\u00e9ment sur le site, cet ajout de se tenir \u00e0 40 mn d\u2019\u00e9crire au quotidien. Juste quand ta vie te rattrape de tous les c\u00f4t\u00e9s. Mais ne pas tenter de suivre la consigne pas pensable pour toi. En plus Thomas Bernhard en appui, alors s\u2019y atteler aux 40 mn. Et puis tu le sais bien que se fixer une borne de temps ou de mots pour pousser les textes. Combien de mots en 40 mn&nbsp;? Alors trouver un bout du texte qui d\u00e9passe et tirer pour le d\u00e9plier et tout renverser\/effondrer. D\u00e9samorcer la routine romanesque qui s\u2019installe et ne pas penser au pdf \u00e0 d\u00e9velopper. \n\nAval d\u2019\u00e9crire&nbsp;:\n40 mn et 333 mots. On aurait voulu les 500. Aussi, cette d\u00e9cision prise \u2013 suite zoom du trois septembre \u2013 d\u2019essayer de limiter les adjectifs.\n\n\nDeuxi\u00e8me nuit.\n\nAmont d\u2019\u00e9crire :\nRompre avec la lin\u00e9arit\u00e9, raconter d\u00e9j\u00e0 la fin qu\u2019on entrevoit, d\u00e9nouer l\u2019esp\u00e8ce d\u2019intrigue \u00e0 peine esquiss\u00e9e&nbsp;? Le dernier zoom, les consignes P10, L10, cette impression que tout se m\u00e9lange.\n\nAval d\u2019\u00e9crire :\n40 mn et 461 mots. \u00c7a ressasse pas assez, c\u2019est laborieux.\n\n\nTroisi\u00e8me nuit.\n\nAmont d\u2019\u00e9crire&nbsp;:\nN\u00e9ant.\n\nAval d\u2019\u00e9crire&nbsp;:\n40 mn et 206 mots, \u00e7a grippe. Comme au fond d\u2019un trou. Loin cette impression de d\u00e9rouler comme sur les textes plus courts \u2014 HS2 o\u00f9 le plus difficile trouver l\u2019objet. Ici essayer de briser la narration en explicitant les bribes d\u2019intentions. C\u2019est un synopsis qu\u2019on \u00e9crit&nbsp;! C\u2019est l\u2019histoire qu\u2019on r\u00e9v\u00e8le, l\u2019intrigue qui s\u2019effondre mais pas le texte&nbsp;! Quoi \u00e9crire demain&nbsp;? Relecture des consignes sur le site. \u00ab&nbsp;Point de d\u00e9pli d\u2019une obsession&nbsp;\u00bb. Et si le premier choix du gosse et du galeux pas des plus pertinents&nbsp;? Rien d\u2019une obsession qui permet ressassement. Celle de Il pour Elle&nbsp;? Reprendre le d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 dans le pdf. \n\n\nQuatri\u00e8me nuit.\n\nAmont d\u2019\u00e9crire&nbsp;:\nLe rebond&nbsp;? Vraiment mais vraiment pas convaincu. On y pense pas trop dans la journ\u00e9e mais cette volont\u00e9 de ne pas d\u00e9vier, se coller \u00e0 l\u2019\u00e9cran pour les 40 mn comme le sportif ne veut pas louper sa s\u00e9ance malgr\u00e9 la pluie, le froid. Donc recentrer sur un ressassement. Tant pis pour les 3 premiers jours d\u2019\u00e9criture. Se dire qu\u2019il en restera toujours un peu d\u2019\u00e9paisseur. Choisir l\u2019obsession du guichetier.\n\nAval d\u2019\u00e9crire :\nAu bout des 40 mn, un bloc continu de 511 mots fait masse sur l\u2019\u00e9cran. \n\n\nCinqui\u00e8me nuit.\n \nAmont d\u2019\u00e9crire :\nNe pas relire ce que d\u00e9pos\u00e9 hier encha\u00eener direct.\n\nAval d\u2019\u00e9crire&nbsp;:\n60 mn et 568 mots. \u00c9criture encore \u00e0 flot continu de la voix du guichetier. Prolongement de \u00e7a lu chez Blanchot, des personnages comme \u00ab&nbsp;porteurs de parole&nbsp;\u00bb.\n\n\nSixi\u00e8me nuit.\n \nAmont d\u2019\u00e9crire :\nN\u00e9ant\n\nAval d\u2019\u00e9crire&nbsp;:\n70 mn et 402 mots. Pousser malgr\u00e9 la fatigue qui te fait noter jour 5 au lieu de 6, qui te fait \u00e9crire \u2013 tu le liras \u00e0 la relecture ce dimanche \u2014 \u00ab&nbsp;les cargos \u00e0 l\u2019encre&nbsp;\u00bb. Comme dans un \u00e9tat second, \u00e0 s\u2019assoupir. Deux jours que le visage de Carver fume sa clope sur la couverture de son poche \u201cPo\u00e9sies\u201d, \u00e0 attendre que tu continues ta lecture.\n\n\nSepti\u00e8me nuit. \n\nAmont d\u2019\u00e9crire :\nArr\u00eater cette nuit, relecture demain et mise en ligne en suivant dans la soir\u00e9e. Sans oublier ce codicille \u00e0 mettre au propre.\n\nAval d\u2019\u00e9crire :\nEnviron 70 mn et 631 mots de plus. Donc 2170 mots avant relecture, plus les presque 1000 de la premi\u00e8re tentative. On pourrait continuer encore. Le texte est-il effondr\u00e9&nbsp;? En tout cas le sentiment que le ressassement est bien l\u00e0 et on a tenu les 40 mn par s\u00e9ance. Reste le retravail de relecture.<\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ma vengeance et moi on l\u2019attend dans le funiculaire, on sera l\u00e0 quand il va vouloir remonter vers sa demeure de bourreau. Cette place de guichetier, on l\u2019a obtenue en r\u00e9compense d\u2019une carri\u00e8re \u00e0 ployer l\u2019\u00e9chine, \u00e0 jamais broncher, \u00e0 jamais revendiquer rien, \u00e0 accepter les heures mal pay\u00e9es, les horaires modifi\u00e9s sans pr\u00e9venir, toujours tout encaiss\u00e9, surtout la faiblesse <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l10-le-ressassement-du-guichetier\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L10\/ Le ressassement du guichetier.<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":440,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2781],"tags":[5450,379,2872,1172,5448],"class_list":["post-51102","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-10-bernhard","tag-dictature","tag-fantomes","tag-funiculaire","tag-pere-et-fille","tag-vengeance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/440"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51102"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51102\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}