{"id":51123,"date":"2021-09-13T11:16:02","date_gmt":"2021-09-13T09:16:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=51123"},"modified":"2021-09-13T11:18:57","modified_gmt":"2021-09-13T09:18:57","slug":"back-p10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/back-p10\/","title":{"rendered":"back (#P10)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>ce serait<\/em><br>comment \u00e7a va, <em>quelle heure est-il quel temps fait-il j\u2019aurais tant aim\u00e9 cependant<\/em>\u00a0; le po\u00e8te et ses mots mis en musique par le moustachu, la pochette du disque \u00e9tait dans les ors, il y souriait, la semaine suivante ou celle encore suivante il chanterait \u00e0 la Courneuve (elle \u00e9tait l\u00e0, cette pochette, sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re en ferraille, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du tourne-disque \u2013 on disait cha\u00eene \u2013 qu\u2019on avait achet\u00e9(e) au Cent Mille Volts (le nom du magasin) \u2013 tu vois comme le temps passe) Tu fais quoi aujourd\u2019hui\u00a0? Je vais me reposer, prendre un bain, je vais au CRT, l\u2019eau chaude les v\u00eatements pos\u00e9s sur l\u2019abattant, la fen\u00eatre au verre d\u00e9poli, dehors le jour et la chaleur qui commence \u00e0 monter, il y a des choses que je ne verrai jamais tsais, par exemple\u00a0? Par exemple les persiennes de l\u2019appartement de la rue de Marseille celui o\u00f9 vivait ma grand-m\u00e8re, non celle de mon p\u00e8re, on l\u2019appelait Man\u00e9, Man\u00e9 c\u2019\u00e9tait le diminutif de Ren\u00e9, oui ils ont toujours aim\u00e9 \u00e7a les diminutifs pas chez toi, je ne me souviens plus de chez elle j\u2019ai oubli\u00e9 ou je ne veux pas le savoir \u2013 c\u2019est quoi tes chaussures qu\u2019est-ce qui leur est arriv\u00e9 ? qu\u2019est-ce qui LUI est arriv\u00e9 tu veux dire, j\u2019ai gliss\u00e9 entre deux wagons \u00e9coute j\u2019ai m\u00eame pas eu peur, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 r\u00e9flexe je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 genoux, il y avait le type que je croisai qui s\u2019est tir\u00e9, j\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 ma pompe de justesse mais elle \u00e9tait toute pourrie de graisse, le contr\u00f4leur m\u2019a donn\u00e9 un rouleau de pq pour que je me nettoie, enfin, la gal\u00e8re tout le trajet et une chaleur \u00e0 crever, \u00e7a aurait pu \u00eatre pire remarque ouais ouais \u2013 dans une baignoire sabot, il est difficile de tremper la t\u00eate enti\u00e8rement les cheveux longs n\u00e9cessitent des soins particuliers y\u2019a pas de champoing\u00a0? Tu fais quoi toi, il est t\u00f4t je sais pas je vais aller voir O. je sais pas j\u2019aurais d\u00fb ramener des croissants mais j\u2019y ai m\u00eame pas pens\u00e9 \u2013 une petite chanson, du genre \u00ab\u00a0un dimanche au bord de l\u2019eau\u00a0\u00bb il n\u2019y a pas encore beaucoup de cin\u00e9ma dans le paysage mais un peu quand m\u00eame, il y a longtemps que passe le temps sur cette ann\u00e9e d\u2019arm\u00e9e qui viendra dans quelques mois, moins d\u2019un an maintenant mais le fr\u00e8re de l\u2019enqu\u00eateur y est parti \u00e0 ce moment, on embauche d\u00e9but ao\u00fbt chez ces saloperies de militaires, le premier ao\u00fbt dimanche ou pas, jugulaire &#8211; quelques semaines, ils ne correspondent pas, ils ne se connaissent que par habitude, il me semble bien, il doit avoir en t\u00eate cependant les rattrapages de septembre aussi, quelque chose en arri\u00e8re fond, un vague bruit une obligation, l\u2019eau est chaude il fait bon il fait doux<br><\/p>\n\n\n\n<p><em>ou encore<\/em><br>Tu vois marcher, avancer, tourner et porter, avancer encore, marcher sans vraiment y penser, un peu gris de fatigue, vaguement \u00e0 l\u2019esprit la suite de la journ\u00e9e, qu\u2019est-ce que tu crois\u00a0? Rien, non, tu marcheras et monteras les marches \u2013 la porte que tu ouvres \u2013 la mezzanine \u00e0 main droite, tu poses ton sac, enfin tu le l\u00e2ches, il fait sursauter le monde \u2013 les deux sont l\u00e0-haut, ce ne sont pas des choses \u00e0 faire, vraiment, surtout que tu savais que je rentrais ce matin t\u00f4t merde, et apr\u00e8s tu en auras quoi de plus \u00e0 te foutre en col\u00e8re\u00a0? vous faites vraiment chier, dis-tu, non comme dialogue tu repasseras pour le dialogue, il n\u2019y en aura pas, ils font chier, elle et lui, tr\u00e8s bien, tu as laiss\u00e9 choir ton sac dans l\u2019entr\u00e9e, sous la biblioth\u00e8que en ferraille que lui et toi vous avez mont\u00e9e ensemble, non ces trucs-l\u00e0, tu sais bien c\u2019est comme avec cet autre ami, un jour, vous construisiez un mur de pierres s\u00e8ches apr\u00e8s avoir pos\u00e9 les ardoises de la terrasse, ce genre de boulot qui ne fait peur \u00e0 personne puisqu\u2019on est unis pour le faire \u2013 ce genre de choses \u2013 vous m\u2019emmerdez vraiment\u00a0! habille-toi, et d\u00e9gage merde\u00a0! C\u2019est le d\u00e9go\u00fbt \u2013 \u00e7a aurait fait quoi, s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait agi d&rsquo;une file ? ou de sa femme \u00e0 lui ? il n&rsquo;y avait pas de \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb ni de \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb on n&rsquo;en n&rsquo;\u00e9tait plus l\u00e0 et c&rsquo;\u00e9tait tant mieux : tu vois comme les choses sont revenues \u00e0 leur \u00e9tat ant\u00e9rieur, pr\u00e9c\u00e9dent et pourri ? dis-moi, \u00e0 quoi c&rsquo;est d\u00fb ? le sida ? la gauche au pouvoir avec les cocos ? &#8211; une chanson devrait venir mais ce sera plus tard &#8211; Et tu sors, tu redescends, tu croises la Z., d\u00e9j\u00e0 lev\u00e9e pas encore cuite, les cloportes et le reste du monde, tu as envie de tout foutre en l\u2019air \u2013 maintenant une chanson te revient, oh rosie mais elle n\u2019existait pas alors \u2013 mais c\u2019est ce que tu penses, dans la rue, c\u2019est toujours dimanche, c\u2019est toujours sept heures et quart, et toutes les secondes comptent pourtant, tu marches mais pour quoi faire\u00a0? Tu fais quoi, tu prends \u00e0 droite ou \u00e0 gauche, tu appuies sur le bouton de la porte, tu la tires vers toi, tu sors &#8211; il fait beau pour une fin de mois d\u2019ao\u00fbt, \u00e0 droite un caf\u00e9 \u00e0 l\u2019un des coins\u00a0? \u00c0 gauche marcher vers celui qui fait un coin passer devant le cordonnier qui fait des chaussures sur mesures, tu regardes tes pieds, le mocassin noirci, ton pied gauche encore toujours au bout de ta jambe \u2013 c\u2019\u00e9tait cette \u00e9poque-l\u00e0, tout nous \u00e9tait plus ou moins permis, il n\u2019y avait pas sp\u00e9cialement de trahison ou de duplicit\u00e9, de dignit\u00e9 ou d\u2019adult\u00e8re ou de ces salades de vieux cons dis moi est-ce qu\u2019on l\u2019est devenus \u2013 la libert\u00e9, y aurait-il quelque chose de plus beau\u00a0? (ou de plus faux ?) (respire&#8230; marche&#8230;) tu marches puisque tu as pos\u00e9 ton sac chez toi, chez vous \u2013 \u00ab<em>\u00a0l\u2019d\u00e9go\u00fbt d\u2019quoi, jsais pas mais l\u2019d\u00e9\u00e9\u00e9go\u00fbt\u00a0<\/em>\u00bb, dira la chanson \u2013 non, oui, pas vraiment \u2013 attendre, marcher, rejoindre la place, prendre \u00e0 gauche, passer devant les imp\u00f4ts continuer revenir \u2013 non, oui enfin pas vraiment, de dialogue, non, pas vraiment<\/p>\n\n\n\n<p><em>ou encore peut-\u00eatre<\/em><br>marcher avancer porter tourner, faire sonner le garde-porte (il n\u2019y avait pas de code, il y avait une porte et une sonnette, il n\u2019y avait pas de concierge), entrer dans le hall et le groom automatique fermerait au loquet, monter l\u2019escalier, un puis deux puis trois \u00e9tages, sur la premi\u00e8re porte \u00e0 gauche le carnet le crayon au bout de son fil (le t\u00e9l\u00e9phone alors n\u2019\u00e9tait pas indispensable \u2013 on ne travaillait pas trop ni tant ni tout le temps mais on tapait dans les quarante cinq heures de cours par semaine, travaux dirig\u00e9s compris \u00e7a se peut, mais \u00e7a occupe), la porte d\u2019entr\u00e9e et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, personne. On tombe le sac, devant la biblioth\u00e8que en ferraille (quelque chose de tax\u00e9 chez l\u2019employeur du voisin) (dans les verts militaires, une horreur) (mais il y avait donc des livres,les \u00e9tudi\u00e9s les lus les juste pos\u00e9s l\u00e0) (il y avait la cha\u00eene hifi &#8211; le tas de disques noirs qu\u2019on achetait en bas de la tour, tomb\u00e9s du camion, des Deep Purple ou des Black Sabbath des Fleetwood Mac et autres, Bob et Neil, d\u2019autres encore Janis ou Joni) (il y avait aussi des chanteurs, L\u00e9o \u00e9videmment Ferrat aussi pour son Aragon et d\u2019autres encore) les tiens et les siens dans un m\u00eame rangement sans ordre \u2013 un hasard et on cherche on ne cherche pas \u2013 est-ce qu\u2019on se serait pos\u00e9 la question de savoir o\u00f9 pouvait bien \u00eatre l\u2019autre\u00a0? Il y aurait eu un morceau de papier, une page aussi bien du carnet, quelque chose qui aurait indiqu\u00e9 un lieu, une heure, un rendez-vous \u2013 au robinet de la baignoire sabot il y aurait eu de l\u2019eau chaude, le bas du pantalon neuf le beige de la teinte le jour la fen\u00eatre, les v\u00eatements sur la chaise, le bruit de l\u2019eau la l\u00e9g\u00e8re vapeur \u2013 assis dans la baignoire, la t\u00eate contre le mur de fa\u00efence, au dessus la fen\u00eatre au verre brouill\u00e9 \u2013 des choses qu\u2019on fait parce qu\u2019on en a besoin \u2013 les croissants ne manqueraient pas et \u00e0 son esprit il n\u2019y aurait rien d\u2019autre que bient\u00f4t, sans doute, quelques r\u00eaves non encore exauc\u00e9s, quelques joies ou peines non encore v\u00e9cues \u2013 on avancerait, tranquillement, sans ces coups-au-c\u0153ur, sans ces d\u00e9sirs et ces regards, sans ces haines et ces d\u00e9sespoirs \u2013 l\u2019eau chaude diluerait les humeurs, il ferait bon et il ferait si doux<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>il y a trois fa\u00e7ons d'arriver \u00e0 la maison, je suppose - je lisais un propos de BMKolt\u00e8s qui faisait : \"Je suis comme un com\u00e9dien qui aime porter telle paire de chaussures pour r\u00e9p\u00e9ter. J'ai des petits trucs par exemple devant la page blanche. Mais c'est sans int\u00e9r\u00eat. L'\u00e9criture c'est avant tout une question d'instinct, de plaisir\". On est toujours fond\u00e9 \u00e0 mettre en question ce que racontent les gens, c'est sans doute pour \u00e7a qu'on aime qu'on nous raconte des histoires, o\u00f9 rien n'est jamais vrai ni jamais faux - jamais non plus entre les deux : des narrations (c'est Barthes aussi qui voulait \u00e9crire un \"roman\" (qu'est-ce que c'est un roman ?) mais qui ne se trouvait pas assez \"bon\" pour \u00e7a. Au sens de Beckett s\u00fbrement. C'est aussi cette fa\u00e7on d'\u00e9crire pratiquement deux mille pages sur Flaubert tout en laissant le champ ouvert. Un truc un peu idiot, un aveuglement). La deux fut \u00e9crite avant la une et la trois pour finir (on peut toujours \u00e9crire des textes dans un ordre, un autre, et un autre encore, les reprendre encore et toujours). Au presque moment de clore cette participation, je vois trois ou quatre chantiers en cours durant ces ann\u00e9es (j'aime beaucoup Norma, que j'aimerai intituler Morna) (ce jour est anniversaire) (morna, saudade c'est tout un) sans compter ceux que je voudrais r\u00e9guli\u00e8rement mener \u00e0 bien (j'aime aussi beaucoup le parc) (il y a \"vivre\" qui reste en chantier) (tout est en chantier : dans les pays du sud (ceux du nord de l'autre continent, et d'autres encore sans doute) on trouve de tr\u00e8s nombreux de chantiers de villas,l'\u00c9tat percevant ses taxes \u00e0 l'ach\u00e8vement des travaux). Ici aussi, faisant en sorte de pareillement ne pas fermer l'histoire, le sentiment de perdre un peu un certain contr\u00f4le (illusoire) envahit, mais comme il fait beau (septembre est un beau mois, cette ann\u00e9e) et comme il fait doux...<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ce seraitcomment \u00e7a va, quelle heure est-il quel temps fait-il j\u2019aurais tant aim\u00e9 cependant\u00a0; le po\u00e8te et ses mots mis en musique par le moustachu, la pochette du disque \u00e9tait dans les ors, il y souriait, la semaine suivante ou celle encore suivante il chanterait \u00e0 la Courneuve (elle \u00e9tait l\u00e0, cette pochette, sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re en ferraille, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/back-p10\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">back (#P10)<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,1],"tags":[],"class_list":["post-51123","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51123","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/86"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51123"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51123\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51123"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51123"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51123"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}