{"id":51153,"date":"2021-09-13T14:02:47","date_gmt":"2021-09-13T12:02:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=51153"},"modified":"2021-09-13T14:02:48","modified_gmt":"2021-09-13T12:02:48","slug":"l11-nouvelle-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l11-nouvelle-vie\/","title":{"rendered":"#L11. Nouvelle vie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. le jour que je m\u2019ai r\u00e9veill\u00e9 trouble non pas que je m\u2019en suis aper\u00e7u imm\u00e9diatement mais que c\u2019\u00e9tait d\u2019abord comme flotter doucement \u00e0 bord d\u2019une ind\u00e9cision (avec l\u2019\u00e9trange d\u2019\u00eatre saisi sans savoir nommer de quoi \u2013 on dirait c\u2019est comme les enfants aux l\u00e8vres bleues qui ne ressentent pas avant rentre vite\u00a0!- d\u00e9p\u00eache-toi, mets ton manteau, il pleut, il fait trop froid il fait bient\u00f4t nuit mais tu es glac\u00e9 tu fais jamais attention \u00e0 rien faut que je m\u2019occupe de tout marre de ces gosses marre de faire la boniche \u00e0 la fin\u00a0 marre marre marre, en feu je me souviens la racine de mes yeux!) je veux dire qu\u2019il faut du temps pour se rendre compte, que \u00e7a coule sur la peau, surtout que \u00e7a reste suffisamment que \u00e7a s\u2019incruste, que \u00e7a impr\u00e8gne que \u00e7a p\u00e9n\u00e8tre de plus en plus profond, que \u00e7a s\u2019infiltre que \u00e7a rampe au travers des trous des sillons et des fissures du poreux, c\u2019est qu\u2019on n\u2019est pas \u00e9tanche n\u2019est-ce-pas, pas comme on croit tout le temps, pas seulement quelqu\u2019un de connaissances, de vouloir, de chef (petit ou grand hein, au minimum d\u00e9cideur de bouts de soi, choisisseur d\u2019un peu, le meneur de sa route en quelque sorte,) mais d\u00e9j\u00e0 simplement tiens, l\u00e0, quelque chose cloche, ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait comme d\u2019habitude, c\u2019est vraiment diff\u00e9rent ou bien\u00a0? \u2013 parce qu\u2019\u00e9videmment dans ce matin que je m\u2019ai r\u00e9veill\u00e9 trouble non seulement je n\u2019ai pas la certitude je n\u2019ai pas l\u2019\u00e9vidence je n\u2019ai pas les mots pour d\u00e9crire tout de suite ce qui n\u2019est pas comme les autres matins mais je dois laisser tranquillement d\u00e9rouler tout seul le temps d\u2019inventaire \u2013 rep\u00e9rer ce qui est, ce qui est pas, ce que peut-\u00eatre c\u2019est, pas comme d\u2019habitude vraiment ou alors\u00a0? \u00a0Non seulement que c\u2019est pas \u00e9vident (pas comme par exemple une bombe qui explose et m\u00eame l\u00e0 c\u2019est du temps pour comprendre\u00a0!- tous ils le disent, c\u2019est du trop qui te d\u00e9flagre aux quatre cent coups) mais peut-\u00eatre que plus souvent \u00e7a vient avec du rien, un rien du tout d\u2019infiniment infime, un glissement tout l\u00e9ger, comme copier l\u2019image, repasser sur le trait dans le gris opaque du papier calque et sans l\u2019expr\u00e8s d\u00e9caler bouger d\u2019\u00e0 peine un trembl\u00e9 de la main, alors non pas que le dessin est tout \u00e0 fait pareil non pas qu\u2019il est carr\u00e9ment diff\u00e9rent, mais juste d\u00e9plac\u00e9 du millim\u00e8tre (je dis millim\u00e8tre mais c\u2019est peut-\u00eatre trop ou peut-\u00eatre c\u2019est pas assez) non seulement qu\u2019il est coll\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 mais des fois juste le fant\u00f4me du dessin de dessous, ou son halo, ou m\u00eame, qui est double de qui\u00a0? estomp\u00e9 de qui\u00a0? apparition duquel\u00a0? l\u2019avant de l\u2019apr\u00e8s\u00a0? c\u2019est difficile d\u2019expliquer m\u00eame si chaque fois je pensais le plus beau c\u2019est forc\u00e9ment celui de dessous, le dessus c\u2019est le sale des traces de doigts de la sueur de la mine du crayon des froissures du papier, c\u2019est moins net, \u00e7a fait moche et c\u2019est bon \u00e0 jeter alors pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 quoi bon \u00e0 quoi bon\u00a0? \u2013 donc ce matin que je m\u2019ai r\u00e9veill\u00e9 trouble la vision avait chang\u00e9, non seulement que j\u2019\u00e9tais pas dans ma chambre mais dans celle de l\u2019h\u00f4tel un peu moyen\u00a0o\u00f9 j\u2019\u00e9tais venu pour l\u2019\u00e9conomie ; non seulement c\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9vu le r\u00e9veil diff\u00e9rent puisque devant l\u2019encombr\u00e9 \u00e9troit du mobilier rudimentaire passe-partout\u00a0(malgr\u00e9 la pancarte sur le gu\u00e9ridon du sol miteux, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, qui \u00e9crivait\u00a0: ici notre accueil personnalis\u00e9 ici bla-bla on croit \u00e0 l\u2019humain ici bla-bla-bla\u00a0!) j\u2019avais bien vu, bien compris, je savais d\u00e9j\u00e0, d\u00e8s le bord du lit, le nez contre la porte coulissante de la salle de bain avec WC, (des hauts, pour faciliter le relever, mais \u00e7a fait comme tu as r\u00e9tr\u00e9ci pendant la nuit, rapetiss\u00e9, deux fois d\u00e9j\u00e0 avec les l\u00e8vres bleues), non seulement je pr\u00e9voyais d\u00e9j\u00e0 mais m\u00eame je d\u00e9plorais que \u00e7a me manque sinon d\u2019extraordinaire au moins de fantaisie, que \u00e7a me donne pas m\u00eame l\u2019id\u00e9e du voyage, au moins celle de l\u2019ailleurs un peu exotique, juste \u00e0 la place la ritournelle m\u00e9lancolique de la consolation, au moins comme on dit c\u2019est pas grave c\u2019est pas de l\u2019important c\u2019est que pour une nuit de dormir sur ses deux oreilles alors \u00e0 quoi bon oui \u00e0 quoi bon\u00a0? (Mais pour dire le fond du vrai, et parce que vous m\u2019\u00e9coutez bien, sans les interruptions du faire semblant ni du relancer, sans trop les reformulations des autres techniciens du bureau, je regrettais quand m\u00eame le malgr\u00e9 moi du si petit d\u00e9sir coinc\u00e9 \u00e0 peu de frais, non seulement si petit mais rabiot\u00e9 bon march\u00e9, tout \u00e0 fait toi je me disais, ni fait ni \u00e0 faire, t\u2019as encore s\u00e9lectionn\u00e9 le miteux du moins cher\u2026) \u00a0Aussi non seulement c\u2019est pas l\u2019aventure, c\u2019est pas le plaisir fou que j\u2019autorise, mais ce matin-l\u00e0 que je vous dis je m\u2019\u00e9veille trouble pour la premi\u00e8re fois dans cette chambre de la ville de l\u2019autre-c\u00f4t\u00e9 (j\u2019avais dit quand m\u00eame je vais la visiter, elle a l\u2019air bien cette ville du fleuve, il y a eu de grands \u00e9crivains, des raconteurs d\u2019aventures merveilleuses et de belles et fortes grues des ports avec leur cabane aux petites vitres carr\u00e9es tout \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, comme p\u00eacher des oiseaux), aussit\u00f4t je sens comme je vous disais sans pouvoir nommer que la vision a un peu boug\u00e9, comme quoi le calque aurait gliss\u00e9 du millim\u00e8tre (je dis millim\u00e8tre\u2026) et que partout absolument partout autour des choses il y aurait leur fant\u00f4me (enfin je dis fant\u00f4me\u2026), peut-\u00eatre une pelure l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9coll\u00e9e, une \u00e9corce ancienne si vous pr\u00e9f\u00e9rez et je vois maintenant que je n\u2019arrive plus \u00e0 lire la notice de l\u2019h\u00f4tel, (l\u2019habituelle pour se connecter, pour l\u2019incendie, pour le petit-d\u00e9jeuner, pour appeler la r\u00e9ception avec le t\u00e9l\u00e9phone pendu au chevet du lit \u00a0: la femme assise face \u00e0 l\u2019\u00e9cran avec dans son panier le tricot, une revue, un pull marine, les deux types costauds pas trop ras\u00e9s sur les fauteuils \u00e9lim\u00e9s, rep\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, de chaque c\u00f4t\u00e9 du gu\u00e9ridon, ont inclin\u00e9 la t\u00eate pour saluer, marmonn\u00e9, mena\u00e7ants\u00a0?&#8230;) Ce matin que je suis tout trouble non seulement je ne distingue plus les mots un \u00e0 un, comme d\u2019habitude, avec la locomotive du premier mot, les wagons derri\u00e8re, et comme \u00e7a tout le convoi qui s\u2019encha\u00eene de phrase en phrase et les feux les passages \u00e0 niveau\u2026 non seulement je ne lis plus les mots mais c\u2019est un brouillard une doublure de flou tout ce trouble de moi entre les meubles et les murs de la chambre o\u00f9 je suis. Non seulement je n\u2019appelle pas (Vous pourriez \u00e0 raison demander le pourquoi et les impressions\u00a0? Les motifs de la peur\u00a0? de l\u2019angoisse\u00a0? Du c\u0153ur qui bat\u00a0? \u2013 de la transpiration\u00a0? \u2013 une envie de fuir\u00a0?) mais je suis dans le grand calme admirable de l\u2019entre deux eaux, un grand silence de l\u2019inattendu surgissant, un peu c\u2019est vrai dans l\u2019interrogatif curieux, mais du tranquille confiant que je n\u2019interroge pas, comme je glisserais entre les pages d\u2019un livre ou des fois les sursauts d\u2019un r\u00eave, sautant d\u2019image en image, de sc\u00e8ne en sc\u00e8ne, sans effroi, comme je suis des milliers de morceaux troubles \u00e0 nouveau clairs \u00e0 nouveau troubles, des miroirs pivotants de l\u2019insaisissable, et \u00e7a surgit s\u2019efface des fonds et de l\u2019autour de moi sans les distinctions aucunes, je vous dis \u00e7a du moins mal que je peux avec les seuls mots d\u00e9guis\u00e9s quand on les a pas \u00e9corch\u00e9s de leur silhouette de costume. Apr\u00e8s, apr\u00e8s comme je vous dis je me suis approch\u00e9 de la fen\u00eatre, toute petite, occult\u00e9e d\u2019un rideau. Je tire le tissu pel\u00e9 sur le rail des anneaux plastique, non seulement je ne vois pas la vieille ville ni le fleuve ni le ch\u00e2teau, mais une place semi-circulaire du th\u00e9\u00e2tre d\u2019\u00e9trange encore plus \u00e9trange, une ou deux colonnes cass\u00e9es tomb\u00e9es et des chapiteaux bris\u00e9s, c\u2019est du blanc d\u2019alb\u00e2tre ou de craie mais sali, \u00e9caill\u00e9, et toujours le liser\u00e9 double, le trembl\u00e9 autour de l\u2019antique de toc entre les buissons flout\u00e9s, les dalles disjointes et la barbe d\u2019herbe\u2026 La bande son c\u2019est les r\u00e9acteurs de l\u2019avion que je ne vois pas. Il y a \u00e0 gauche, sous le mur du petit immeuble des autres chambres de l\u2019h\u00f4tel, (peut-\u00eatre trois \u00e9tages) comme les cabines des souffleurs \u00e0 ras le sol, une rang\u00e9e de fen\u00eatres de soupirail. Derri\u00e8re les d\u00e9fenses en forme de flammes troubles et rouill\u00e9es, coinc\u00e9s derri\u00e8re, entre le fer et les vitres sales, encore des pelures de sacs \u00e0 dos, des mirages de sacs plastiques\u2026 Non seulement je ne vois pas les propri\u00e9taires, non seulement je ne les entends pas (je vous ai dit d\u00e9j\u00e0 les r\u00e9acteurs de l\u2019avion dans le ciel des colonnes cass\u00e9es,) mais je suis s\u00fbr qu\u2019ils viennent dormir quand la nuit coule son jus noir sur la place, non seulement je ne les vois pas, non seulement je ne les entends pas mais je les sais pourtant sans conna\u00eetre d\u2019o\u00f9, c\u2019est comme \u00e7a dans ma nouvelle vie trouble de r\u00e9veill\u00e9, des pens\u00e9es arrivent avec des blocs d\u2019images, j\u2019ai dit sans distinction aucune, sans les fronti\u00e8res confortables des environs et des dedans du corps , avec le m\u00e9lange des aper\u00e7us du jour \u2013 celui-l\u00e0, ceux des avant et d\u2019autres in\u00e9dits . Non seulement je ne vois pas les ombres allong\u00e9es dehors (que je sais comme des Christ couch\u00e9s en croix, rigides dans une couleur d\u2019urine aigre, je me dis \u00e7a rassure de pas en \u00eatre, je me dis c\u2019est exotique, je me dis c\u2019est honteux je me dis comment tu peux je me dis\u2026 ) non seulement je n\u2019entends pas mais derri\u00e8re les fen\u00eatres je vois une grande vague d\u2019eau f\u00e9tide et charg\u00e9e d\u2019immondices, et des gens qui courent se noient entre les d\u00e9bris, appellent et personne n\u2019entend, alors je l\u00e8ve les yeux du dessous de l\u2019eau trouble \u00e7a fait comme l\u2019envers d\u2019un miroir quand derri\u00e8re les gens passent circulent nonchalants vivent leur vie d\u2019ordinaire sous le plein soleil, c\u2019est l\u00e0 seulement que je commence \u00e0 sentir le c\u0153ur qui tape, je bats des bras pour remonter on me dit faut aller tout raconter au monsieur du Bureau des Insolides, il est l\u00e0 pour \u00e7a, alors j\u2019ai bien h\u00e9sit\u00e9 mais me voil\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/chantier-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-51154\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/chantier-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/chantier-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/chantier-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/chantier-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/chantier-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2026. le jour que je m\u2019ai r\u00e9veill\u00e9 trouble non pas que je m\u2019en suis aper\u00e7u imm\u00e9diatement mais que c\u2019\u00e9tait d\u2019abord comme flotter doucement \u00e0 bord d\u2019une ind\u00e9cision (avec l\u2019\u00e9trange d\u2019\u00eatre saisi sans savoir nommer de quoi \u2013 on dirait c\u2019est comme les enfants aux l\u00e8vres bleues qui ne ressentent pas avant rentre vite\u00a0!- d\u00e9p\u00eache-toi, mets ton manteau, il pleut, il <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l11-nouvelle-vie\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L11. 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