{"id":51855,"date":"2021-09-20T17:44:13","date_gmt":"2021-09-20T15:44:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=51855"},"modified":"2021-10-02T19:08:26","modified_gmt":"2021-10-02T17:08:26","slug":"ecrire-lete-vii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecrire-lete-vii\/","title":{"rendered":"la fabrique | \u00c9crire l\u2019\u00e9t\u00e9 VII"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"499\" height=\"960\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/242143257_915652972631438_5571888860633213363_n.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-51857\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/242143257_915652972631438_5571888860633213363_n.jpg 499w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/242143257_915652972631438_5571888860633213363_n-218x420.jpg 218w\" sizes=\"auto, (max-width: 499px) 100vw, 499px\" \/><figcaption>Journ\u00e9es du Matrimoine, cour de la maire.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Dimanche<\/h3>\n\n\n\n<p><strong>Thibault<\/strong> s\u2019en est donn\u00e9 du mal pour venir nous rejoindre, quitte \u00e0 descendre une bi\u00e8re dans les cinq derni\u00e8res minutes. Quand il arrive \u00e0 Voltaire, comme une fleur sur son v\u00e9lo pliant, il a fait son meilleur temps de puis chez lui&nbsp;: \u00e9tonnamment peu de monde dans les rues. L\u00e0, \u00e7a bloque. Tout le quartier, des camionnettes de flics dans tous les sens. Il essaie de finasser en prenant une parall\u00e8le jusqu\u2019\u00e0 Charonne. \u00c7a lui tape d\u00e9j\u00e0 au c\u0153ur, mais non, d\u00e9j\u00e0 vu, \u00e7a hurle de sir\u00e8nes, \u00e7a l\u2019appelle. Il a trouv\u00e9 une voie par le square Courtois, il y a crois\u00e9 des rats \u00e0 contresens. Tant bien que mal il arrive jusqu\u2019\u00e0 Charonne, il ne sent pas tr\u00e8s bien, il va se faire charrier pour son retard, hein\u2009? Tu vas te la payer ma t\u00eate, Xavier\u2009? Emma\u2009? Caroline\u2009? Piero\u2009? Ils s\u2019en foutent de mes SMS, ils boivent comme des chiens, attendez que j\u2019arrive sur mon v\u00e9lo. L\u2019Ing\u00e9nu. Vous ne pouvez pas rester l\u00e0, monsieur, c\u2019est dangereux. Mettez-vous \u00e0 l\u2019abri, on a ouvert le gymnase remontez\u2026 L\u2019Ing\u00e9nu. Il n\u2019a pas compris, trop bien compris. Il a fait demi-tour et p\u00e9dal\u00e9 comme un dingue. Il n\u2019est pas all\u00e9 dans leur gymnase. Il est rentr\u00e9 chez lui avec le diable \u00e0 ses trousses. Les salopards, ils m\u2019ont laiss\u00e9 tomber. Qu\u2019ils le gardent leur atelier. Qu\u2019ils restent dans les jus. Il a p\u00e9dal\u00e9 comme un fou. \u00c0 la maison, ses fils avaient allum\u00e9 la t\u00e9l\u00e9. Ils lui ont fonc\u00e9 dessus avant qu\u2019il n\u2019ait pu ranger son v\u00e9lo. Ils tremblent. Il y a une pizza froide dans un carton. Il se laisse tomber sur le canap\u00e9. Il y aura des images toute la nuit. \u00c0 un moment, il a une bi\u00e8re dans la main. <strong>Il a tout sur le dos&nbsp;: le Paris de Piero, les albums de famille de Caro, les turqueries d\u2019Emma<\/strong>. C\u2019est malin. Vous m\u2019avez bien eu. Qui c\u2019est qui va devoir ramasser tout votre bordel\u2009? Vous croyez que j\u2019ai que \u00e7a \u00e0 faire\u2009? J\u2019ai d\u2019autres probl\u00e8mes que vous. \u00c0 un moment, il pleure de la bi\u00e8re. Il a r\u00e9ussi \u00e0 clamer ses fils, \u00e0 les coucher. Il leur a menti. Non, il n\u2019avait pas rendez-vous l\u00e0-bas, non ce ne sont pas ses dr\u00f4les d\u2019amis du zoom. Il essaie de se dire \u00e7a. C\u2019est pass\u00e9 \u00e0 un cheveu. \u00c0 un moment le t\u00e9l\u00e9phone sonne et c\u2019est<strong> Nathalie<\/strong>, qui \u00e9tait partie plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Lundi<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019acteur qui jouait Omar dans&nbsp;<em>The Wire&nbsp;<\/em>est mort. Omar est un braqueur de dealers, un personnage avec une \u00e9thique moins tire-bouchonn\u00e9e que celles des autres gangsters. C\u2019est un amoureux aussi, mais avec un canon sci\u00e9. Le tour de force de la s\u00e9rie, c\u2019est d\u2019en faire un mythe dans un cadre fr\u00f4lant le documentaire. Omar ne peut pas mourir, il y aura toujours un rebelle \u00e0 capuche avec une 22 long rifle pour prendre la rel\u00e8ve. Ce n\u2019est pas comme dans le Chant des Partisans&nbsp;: \u00e7a se fait sans concertation. Plut\u00f4t comme pour Don Quichotte&nbsp;: on a entendu parler de lui et il devient une possibilit\u00e9 qui s\u2019offre \u00e0 chacun.e de<strong> prendre la tangente <\/strong>\u00e0 un monde trop laid. Je pensais \u00e0 lui aussi quand j\u2019ai offert \u00e0 Selim son billet pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Je me souviens de cette rue, du milieu de cette rue \u2014 mais dans quelle ville\u2009? Reims\u2009? Paris\u2009? \u2014 o\u00f9 j\u2019ai eu l\u2019id\u00e9e de la disparition du Pacha, sortie g\u00e9niale dans un nuage de fum\u00e9e, truc dans un monde d\u2019illusions, boucle merveilleuse qui ouvrait d\u2019un coup toutes les portes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019entrevois la<a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/author\/jacdeturenne\/\"> #L11 de Jacques de Turenne<\/a> entre deux cours. Je la survole plus que je ne la lis. Le parler-clown. Je pense \u00e0 la voix d\u2019O. en dedans qu\u2019il faut reprendre. Je n\u2019ai pas encore entendu la proposition #L11. J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 la #P11 et j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 mes po\u00e8mes \u00e0 la mani\u00e8re des Djinns de Hugo sur le March\u00e9 des Vacillantes. Je pourrais en adjoindre un bas\u00e9 <strong>uniquement sur la perception sonore du lieu<\/strong>\u2026<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mardi<\/h3>\n\n\n\n<p>Piero et Simone m\u2019ayant signal\u00e9 que j\u2019\u00e9crivais tout le temps, je d\u00e9cide de tenir un chrono, pour en avoir le c\u0153ur net et renseigner la Fabrique. Mon compagnon \u00e0 qui j\u2019en parle me le confirme, oui, tu \u00e9cris tout le temps. Mais <strong>pas toujours avec un stylo ou un clavier<\/strong>. Voil\u00e0 le fin mot de l\u2019affaire.&nbsp;<br>Sinon, avec outils, dimanche j\u2019ai \u00e9crit un Nevers-Paris (1&nbsp;h&nbsp;50). Lundi, en rentrant des cours 1&nbsp;h&nbsp;10.<br>Aujourd\u2019hui, je me cache chez moi pour faire exploser le compteur\u2026 quand j\u2019aurais achev\u00e9 toute la \u00ab\u2009petite correspondance\u2009\u00bb et le minimum syndical de l\u2019entretien de la maison et de ma personne.<br><br>\u00c0 partir d\u2019aujourd\u2019hui et pendant au moins trois mois, je travaillerai 1&nbsp;h chaque mardi soir sur <em>Britannicus<\/em>. Avec mes \u00e9l\u00e8ves s\u2019ils sont l\u00e0. Avec ceux et celles qui seront l\u00e0. Ou seule. J\u2019excelle \u00e0 <strong>me donner ce genre de rendez-vous<\/strong>. Si je ne le fais pas, rien ne se passe, alors c\u2019est vite vu. Il y a deux ans, j\u2019ai travaill\u00e9 comme \u00e7a chaque lundi de 17&nbsp;h \u00e0 19&nbsp;h et chaque mardi de 9&nbsp;h \u00e0 11&nbsp;h autour des<em> Canterbury Tales<\/em> de Chaucer, pour un projet qui n\u2019a toujours pas abouti (<em>Toutes les Routes<\/em>). Tous les gens que ce projet pouvait concerner savaient dans quel caf\u00e9 me trouver \u00e0 ces horaires. Parfois nous \u00e9tions deux, parfois cinq, parfois j\u2019\u00e9tais seule. Cette permanence m\u2019a beaucoup apport\u00e9. Quoi\u2009? Je n\u2019en ai toujours aucune id\u00e9e. Ce soir un \u00e9l\u00e8ve a dit&nbsp;: <strong>parfois on sait qu\u2019on ne sait pas, et \u00e7a suffit, ce n\u2019est pas grave.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mercredi<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a la journ\u00e9e dans le mois, plus souvent dans l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 on m\u2019appelle pour me proposer du boulot. C\u2019est l\u2019impression assez dr\u00f4le d\u2019un tir group\u00e9 de bonnes nouvelles, comme si tous ces gens s\u2019\u00e9taient mis d\u2019accord. C\u2019\u00e9tait hier. J\u2019avais tr\u00e8s b\u00eatement travaill\u00e9 \u00e0 des t\u00e2ches m\u00e9caniques entre 7&nbsp;h et midi, sans m\u2019arr\u00eater. La mise en page du <em>Journal d\u2019un mot<\/em>, pour laquelle je perds <strong>un temps fou<\/strong> au lieu de me pencher vraiment sur l\u2019outil Word, notamment, mais qui me permet aussi une relecture, et de d\u00e9couvrir qu\u2019il n\u2019y a pas de troisi\u00e8me entr\u00e9e pour le mot&nbsp;<a href=\"file:\/\/\/var\/folders\/0t\/kwlgdk0x7xd_dvbdtpwgbcsm0000gn\/T\/com.ulyssesapp.mac\/07d1ff7dea3d46409179a1c8e6c3ad0b\/E%CC%81crire%20l%E2%80%99e%CC%81te%CC%81%20VII\/index.html#\">AVERTISSEMENT<\/a>. Ce genre d\u2019oubli a le don de me captiver, comme le taureau, Europe, et de m\u2019emmener loin. Qu\u2019ai-je donc fait ce jour-l\u00e0 pour ne pas renseigner le mot\u2009? Et les suivants\u2009? Pourquoi l\u2019ai-je mis de c\u00f4t\u00e9\u2009? (Est-ce un avertissement\u2009?) En tous, cas, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 mon seul temps d\u2019\u00e9criture de la matin\u00e9e, un petit quart d\u2019heure pour \u00e7a&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Quel avertissement donner \u00e0 qui lira ce journal\u2009? C\u2019est plein d\u2019\u00e2nes et de coqs qui sautent en tous sens, alors quelle importance de lire dans l\u2019ordre chronologique\u2009? Tu peux tout aussi bien te laisser porter par les mots, comme un enfant qui joue avec un dictionnaire, ou l\u2019ouvrir au hasard et essayer de traverser ta journ\u00e9e avec ce viatique de fortune, j\u2019aimerais comme le vague souvenir d\u2019un r\u00eave, mais esp\u00e9rons d\u00e9j\u00e0 pas comme une pierre dans ta chaussure. Ce que je pr\u00e9f\u00e8rerais c\u2019est sans doute que cette lecture, ce qu\u2019il en restera une fois la page tourn\u00e9e, le livre ferm\u00e9, te donne l\u2019impression d\u2019avoir oubli\u00e9 quelque chose, et le d\u00e9sir profond de te mettre en qu\u00eate de cet objet sans nom, sans mot.<\/p><p><\/p><cite>Journal d&rsquo;un mot [an 3]<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quinze minutes ou peut-\u00eatre plus parce que \u00e7a m\u2019a fait r\u00e9fl\u00e9chir au pacte de lecture que j\u2019aimerais conclure avec la personne qui ouvrira ce livre. Mais je me mets en face du mot et j\u2019\u00e9cris depuis ce mot. Je le fais tout de suite, j\u2019ai laiss\u00e9 tomber beaucoup de robes comme on dit dans les contes&nbsp;: il y a ce mot et j\u2019\u00e9cris avec lui, autour de lui, sur lui, comme on est mont\u00e9 sur un \u00e2ne, ou dessous, cach\u00e9e sous la table pour voir <strong>des sc\u00e8nes de jambes<\/strong>. Je prends ce qui vient, ce qui se propose. Parfois on fait un banquet, parfois un pique-nique, mais l\u2019assiette vide de la page blanche ne le reste pas longtemps. Pourtant, je sais, je sens que je n\u2019\u00e9cris pas au km comme j\u2019ai pu le faire adolescente, des pages et des pages d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me. Je crois que les journaux, priv\u00e9s et publics, l\u2019atelier, le confinement par l\u00e0-dessus, m\u2019ont permis de cr\u00e9er un mouvement longtemps attendu, longtemps d\u00e9sir\u00e9. Comme je le disais hier soir \u00e0 mes \u00e9l\u00e8ves&nbsp;: parfois on a perdu son meilleur ami, on a re\u00e7u ses imp\u00f4ts, on s\u2019est fait plaquer salement, il fait une chaleur \u00e9pouvantable, on est \u00e9puis\u00e9, ou plus simplement on n\u2019a pas envie de jouer, mais notre corps sait quoi faire. Parce qu\u2019on a appris, qu\u2019on a suivi une voie, une m\u00e9thode, une mani\u00e8re, une contrainte. Notre corps sait quoi faire. Une \u00e9l\u00e8ve a dit&nbsp;: plus j\u2019essaie de bien faire, moins \u00e7a va. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, j\u2019ai pu formuler&nbsp;: ne mettons rien entre le sujet et le geste. <strong>Faisons sans qualificatif.<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand midi a sonn\u00e9, j\u2019\u00e9tais abrutie (par la chaleur et les mouches, dit-on par chez moi). Avec la fatigue, l\u2019impression d\u2019avoir rat\u00e9 ce rendez-vous d\u2019\u00e9crire, trop court, le m\u00e9contentement, \u00e7a peut aller jusqu\u2019\u00e0 la tristesse ce genre de malentendu \u00ab\u2009too much work and no play makes Jack a dull boy\u2009\u00bb, on sait. Et c\u2019est l\u00e0 que le boulot s\u2019est mis \u00e0 t\u00e9l\u00e9phoner.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une formation <em>In Design<\/em> \u00e0 la Fontaine aux livres, g\u00e9n\u00e9reusement offerte par mon employeur principal et report\u00e9e au moins cinq fois aura lieu avant la fin du mois. Comme j\u2019ai fait un livre avec mes blanches mains et les tutos patients de Fran\u00e7ois Bon, j\u2019ai une seconde d\u2019h\u00e9sitation. Mais \u00e0 cheval donn\u00e9, on ne regarde pas les dents et surtout cette monture se montre au moment o\u00f9 la finalisation des livres, le d\u00e9veloppement des F\u00e9es f\u00e2ch\u00e9es, le m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire sont le c\u0153ur de mes journ\u00e9es. J\u2019enfourche donc ce signe-cheval. Dans la foul\u00e9e, je me vois proposer un dr\u00f4le d\u2019atelier d\u2019\u00e9criture dans le cadre de la Semaine de la Parentalit\u00e9. C\u2019est contraignant (parents + enfants), court (1&nbsp;h de travail, 1&nbsp;h de restitution), mais c\u2019est l\u2019occasion de m\u2019apercevoir que je saurai le faire. Enfin, l\u2019\u00e9criture d\u2019un spectacle sans texte.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jeudi<\/h3>\n\n\n\n<p>Le journal, c\u2019est <strong>le journal de la veille<\/strong>. Le double sens tombe juste entre la m\u00e9thodologie et la finalit\u00e9. Ce qui importe au coucher a chang\u00e9 de visage au lever. Il s\u2019\u00e9crit avec le conseil de la nuit, et les r\u00eaves. Ce temps de latence suffit \u00e0 le d\u00e9faire de la r\u00e9action pour le rendre au geste (\u00e0 l\u2019action donc, qui suffit amplement). Je ne prends pas de notes pendant la journ\u00e9e. Pas pour le journal en tous cas. On fait avec ce qui demeure&nbsp;: l\u2019art d\u2019accommoder les restes, de s\u2019en accommoder \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Journal d\u2019un mot<\/em> avec sa publication diff\u00e9r\u00e9e (je me suis vot\u00e9e un \u00e0 deux mois de d\u00e9lai, depuis que c\u2019est moi qui le tiens et non plus l\u2019inverse) me donne l\u2019occasion de retravailler avant de poster une entr\u00e9e quotidienne sur FB. Deux axes ces derni\u00e8res semaines, qui se recoupent&nbsp;: l\u2019augmentation et la lisibilit\u00e9. Je me satisfais moins facilement qu\u2019avant de mes raccourcis de gymnaste, dont <strong>la virtuosit\u00e9 lasse<\/strong> davantage qu\u2019elle n\u2019impressionne. L\u2019urgence de dire une chose a doubl\u00e9 par la droite celle d\u2019en mettre plein la vue (de mon encre de seiche).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Caroline, elle, saisit en fin de semaine 7&nbsp;jours d\u2019un coup, comme le petit tailleur du conte. Elle en parle dans un autre caf\u00e9 o\u00f9 nous sommes assis.es entre fant\u00f4mes (Piero, Xavier, Caroline), survivant (Thibaut) et oiselle de passage&nbsp;: Juliette. Nous \u00e9changeons des livres, certains sont en papier devant nous, d\u2019autres \u00e0 la librairie d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, d\u2019autres enfin encore en paroles. Une dr\u00f4le de co\u00efncidence&nbsp;: ce matin on nous a signal\u00e9 des r\u00e9servations massives \u00e9manant d\u2019une seule personne pour des \u00e9v\u00e8nements des Journ\u00e9es du Matrimoine. Notamment pour celui du Palais de la Femme, situ\u00e9 en face de La Belle \u00c9quipe. Il s\u2019agit de raison garder, mais l\u2019ombre peu ragoutante d\u2019un groupe masculiniste nous refroidit un moment. R\u00e9server des places pour que les chaises restent vides\u2009? R\u00e9server des places pour faire de la casse\u2009? R\u00e9server des places pour la famille et les amis\u2009?\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vendredi &amp; Samedi\u2026<\/h3>\n\n\n\n<p>\u2026 vont main dans la main. Pas une ligne. Pas le temps d\u2019un ligne. C\u2019est l\u2019occasion de beaucoup d\u2019angoisses. L\u2019\u00e9trange prix \u00e0 payer du geste continu&nbsp;: deux jours d\u2019arr\u00eat passent par le train fant\u00f4me de la d\u00e9formation la plus grotesque. Tout semble compromis, mon manuscrit se frappe d\u2019<strong>obsolescence<\/strong>, le continuum espace-TiersLivre est \u00e9branl\u00e9, diem perdidi\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au soir de ces deux jours d\u2019affres, tout en conf\u00e9rences, concerts, repr\u00e9sentations, rencontres, tout a bien profit\u00e9, comme des enfants qu\u2019on aurait confi\u00e9s \u00e0 <strong>une tante de la campagne<\/strong>. De ce que j\u2019ai travers\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la 7e&nbsp;\u00e9dition des Journ\u00e9es du Matrimoine, le <em>Journal d\u2019un mot<\/em> fera son beurre.&nbsp;<br>Dans la Cour de la Maire de l\u2019H\u00f4tel de Ville de Paris, quelques secondes dans l\u2019environnement tr\u00e8s imm\u00e9diat de la Reine des \u00e9diles. Confirmation que les Maires des m\u00e9tropoles sont des cr\u00e9atures asimoviennes, dont le corps social \u00e0 cesser d\u2019exister au profit d\u2019une vie parall\u00e8le de premier cercle qui donne une aisance de salon VIP avec laquelle, par d\u00e9finition, personne, m\u00eame les principaux int\u00e9ress\u00e9s (dont le ou la Maire en personne), ne peut relationner. Rencontre qui n\u2019est pas sans rappeler la sc\u00e8ne entre Louis&nbsp;XIV et Ponce-Ludon dans&nbsp;<em>Ridicule<\/em>&nbsp;de Patrick\u2026 J\u2019explique en deux mots ce que nous faisons ici, puisqu\u2019un envoy\u00e9 m\u2019a pri\u00e9 de le faire. Elle me touche le bras \u00e0 deux reprises, avec un visage muet mais amical qui sous-entend \u00ab\u2009je sais, je sais\u2009\u00bb. La reine me touche, la reine me gu\u00e9rit\u2009? Je suis le perroquet du conte&nbsp;: tr\u00e8s aim\u00e9 dans sa cage d\u2019or qui le prot\u00e8ge de tout. J\u2019ai perdu pour une cause incertaine deux minutes de l\u2019audacieuse beaut\u00e9 de la pastorale des <em>Chants \u00e9gar\u00e9s<\/em> qui se donne au milieu des fleurs dans cette cour de passage. Heureusement le cort\u00e8ge s\u2019en va vers d\u2019autres n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019usages et de formes. Je peux apercevoir une derni\u00e8re fois la gr\u00e2ce de la nymphe Amarante, chantant pour nous autres mortel.les en s\u2019accompagnant d\u2019une petite harpe.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"275\" height=\"206\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/242804500_423287142581320_8338827077155757335_n.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-52406\"\/><figcaption>Bergerie \/ Les Chants \u00e9gar\u00e9s<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Au Palais de la Femme, o\u00f9 je ferme la marche d\u2019une visite organis\u00e9e par le bouillonnant Mouvement pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans la ma\u00eetrise d\u2019\u0153uvre (MEMO), une femme me fait conna\u00eetre qu\u2019elle est r\u00e9sidente du lieu. Elle s\u2019appelle Nicole (je lui ai demand\u00e9 son nom). Ses paupi\u00e8res p\u00e2les semblent n\u2019avoir pas de cils. Elle est arriv\u00e9e sans le Bac de Bretagne quelque part dans les ann\u00e9es&nbsp;70. Elle a travaill\u00e9 dans tous les grands magasins. Elle s\u2019occupe \u00e0 pr\u00e9sent des sorties scolaires. CV contient d\u2019avantage de vie que de d\u00e9roulement&nbsp;: il y a un grand trou au milieu o\u00f9 elle n\u2019a pas d\u00fb rigoler tous les jours. Nous rejoignons le groupe dans une mont\u00e9e d\u2019escaliers inond\u00e9s de soleil. Elle me dit qu\u2019elle est heureuse ici et je la crois. Elle aime l\u2019histoire, elle voudrait \u00e9crire un livre de toute sa vie et de l\u2019\u00e9pop\u00e9e de ce lieu qui l\u2019a accueillie (la mairie m\u2019a propos\u00e9 de venir ici, dit-elle, tr\u00e8s honor\u00e9e). Elle porte une jolie tunique \u00e0 motifs bleus. Elle a peur de ne pas y arriver pour le livre\u2026 Alors mes angoisses de retard, d\u2019\u00e9checs, d\u2019obsolescence, rouges de honte disparaissent dans un trou de souris. Les conf\u00e9renci\u00e8res de MEMO lui offrent tous les documents de la visite&nbsp;: agrandissements de cartes postales, plans, images du temps o\u00f9 il n\u2019y avait l\u00e0 que des champs. Nicole m\u2019a dit quelque chose \u00e0 ce sujet et je me d\u00e9\u00e7ois de ne pas m\u2019en souvenir mieux :<em> <\/em><strong><em>J\u2019ai toujours su qu\u2019il y avait des champs, avant ici, mais voir les images, c\u2019est autre chose<\/em>.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dimanche Thibault s\u2019en est donn\u00e9 du mal pour venir nous rejoindre, quitte \u00e0 descendre une bi\u00e8re dans les cinq derni\u00e8res minutes. Quand il arrive \u00e0 Voltaire, comme une fleur sur son v\u00e9lo pliant, il a fait son meilleur temps de puis chez lui&nbsp;: \u00e9tonnamment peu de monde dans les rues. L\u00e0, \u00e7a bloque. Tout le quartier, des camionnettes de flics <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecrire-lete-vii\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">la fabrique | \u00c9crire l\u2019\u00e9t\u00e9 VII<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":51857,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2223],"tags":[],"class_list":["post-51855","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-la-fabrique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51855","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51855"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51855\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/51857"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51855"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51855"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51855"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}