{"id":51973,"date":"2021-09-21T15:25:05","date_gmt":"2021-09-21T13:25:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=51973"},"modified":"2021-10-03T10:30:16","modified_gmt":"2021-10-03T08:30:16","slug":"51973-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/51973-2\/","title":{"rendered":"#P11 | dans le parc"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce serait dans le Parc. Pas dans le parc o\u00f9 avec d\u2019autres enfants et des toboggans je pourrais jouer, non dans le Parc r\u00e9sidentiel de cette ville de banlieue parisienne. Au centre du Parc, au c\u0153ur des propri\u00e9t\u00e9s privatives, La Centrale t\u00e9l\u00e9phonique. La Centrale avec ses grandes fen\u00eatres grillag\u00e9es. Pour prot\u00e9ger de quoi les grilles devant ces grandes ouvertures opaques. \u00c0 l\u2019\u00e2ge que j\u2019ai, je ne me pose pas la question. Les secrets des grands bien gard\u00e9s. Et la Centrale, elle a un, deux peut-\u00eatre trois \u00e9tages de myst\u00e8res admis. C\u2019est une construction du type industriel qui n\u2019a rien \u00e0 faire l\u00e0. Autour d\u2019elle quelques grands beaux arbres et une cl\u00f4ture. Et rien pour entrer, pour ressortir de cette forteresse, enfin je ne revois aucune porte. Non nulle part. Peut-\u00eatre l\u00e0 o\u00f9 on ne passe pas, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du carrefour. Pas de mouvement, pas de son. Rien n\u2019en sort. Au milieu des all\u00e9es du Parc, le b\u00e2timent massif, cubique et jaunasse de la Centrale fait figure de prison. Tous les jours j\u2019arrive devant, on tourne \u00e0 gauche, on emprunte la m\u00eame all\u00e9e. Au retour on tourne \u00e0 droite, toujours le m\u00eame chemin. Il devait y avoir des gens qui se promenaient, baladaient leur chien pr\u00e8s de la Centrale. Sans doute. Mais que fait-elle ici cette Centrale, au milieu de ces maisons si tranquilles. Jamais personne n\u2019entre, ne sort de ce b\u00e2timent. Et chaque jour on tourne autour. Si impassible, si forte et moi si petite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moins de dix ans. Et le v\u00e9lo pour y aller. Petit si\u00e8ge m\u00e9tallique derri\u00e8re. V\u00e9lo matin et soir dans le Parc. On m\u2019y emporte, \u00e7a roule. Je ne fais rien, j\u2019attends d\u2019\u00eatre arriv\u00e9e. J\u2019attends de grandir. Tout est grand. Petits cailloux gris sur les all\u00e9es propres et priv\u00e9es du Parc sans voiture. Pneus souples du v\u00e9lo dessous et devant moi corps massif. Je crois que je ne vois rien devant. Le dos \u00e9pais, rassurant. Et sur les c\u00f4t\u00e9s qu\u2019est-ce que je ne vois pas&nbsp;? La Centrale et les belles maisons avec beaux jardins belles haies bien taill\u00e9es belles grilles bien ferm\u00e9es beaux chiens bien dress\u00e9s belles pelouses bien tondues d\u00e9gag\u00e9es derri\u00e8re les oreilles. Parfois odeur d\u2019herbe fraichement coup\u00e9e. Et toujours on tourne devant la Centrale t\u00e9l\u00e9phonique qui attribue des \u201cDaguerre\u201c. Plus la guerre depuis longtemps. Mais toutes les familles n\u2019ont pas le t\u00e9l\u00e9phone. Le v\u00e9lo revient. Couine t-il&nbsp;? Me parle t-on pendant le trajet&nbsp;? Sans doute pas. Des moineaux piaillent, se poursuivent de branche en branche. Un chat course parfois un pigeon. Pas de ballon. Attention pigeon, attention v\u00e9lo. Pas d\u2019\u00e9cureuil. Pourtant \u00e7a aurait du. Oui des conif\u00e8res, de toutes petites pommes de pin sur les all\u00e9es. Haute comme trois pommes, m\u2019a dit la ma\u00eetresse d\u2019\u00e9cole. Pas d\u2019\u00e9cureuil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas raccord le d\u00e9cor de la neige dans le Parc vers la Centrale t\u00e9l\u00e9phonique, o\u00f9 je ne suis jamais entr\u00e9e. La luge ou le v\u00e9lo, l\u2019un ou l\u2019autre, pas de luge derri\u00e8re le v\u00e9lo. Alors la luge lourde en pin conserv\u00e9e des ann\u00e9es. Et pourtant l\u2019image du v\u00e9lo surimpressionne celle de la luge. Ce jour-l\u00e0 le silence glisse encore plus que d\u2019habitude. La Centrale disparue du paysage feutr\u00e9. Ni blanche, ni jaunasse. Gomm\u00e9e. Sur les petits cailloux, sur les pelouses&nbsp; des jardins, la neige lisse. Non pas froid, mais mon corps encore plus petit. Devant, le sol immacul\u00e9 comme si on \u00e9tait les premi\u00e8res, derri\u00e8re, les traces des patins de la luge. \u00c7a crisse. Devant, je vois toujours un dos mais moins massif, des jambes aussi qui marchent. On me tire, assise \u00e0 moins d\u2019un m\u00e8tre du sol. Impression de lourdeur. Toujours le m\u00eame endroit revient, juste apr\u00e8s le rond-point de la Centrale. Au retour peut-\u00eatre le v\u00e9lo. Peut-\u00eatre. Dans ma t\u00eate plus de chiens de tra\u00eeneaux, plus d\u2019\u00e9tincelles de lumi\u00e8re. Ma joie de la neige pas claire. Le blanc de la neige l\u2019a effac\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce serait dans le Parc. Pas dans le parc o\u00f9 avec d\u2019autres enfants et des toboggans je pourrais jouer, non dans le Parc r\u00e9sidentiel de cette ville de banlieue parisienne. Au centre du Parc, au c\u0153ur des propri\u00e9t\u00e9s privatives, La Centrale t\u00e9l\u00e9phonique. La Centrale avec ses grandes fen\u00eatres grillag\u00e9es. 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