{"id":52320,"date":"2021-09-23T18:38:33","date_gmt":"2021-09-23T16:38:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=52320"},"modified":"2021-09-24T08:12:01","modified_gmt":"2021-09-24T06:12:01","slug":"autobiographie-1-lair-du-large","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-1-lair-du-large\/","title":{"rendered":"autobiographies #01  | l&rsquo;air du large"},"content":{"rendered":"\n<p>Fen\u00eatre grande ouverte sur le gris de la ville. Effluves du port, odeurs de poissons, de mazout, de goudron, d\u2019eau vive, d\u2019\u00e9gouts parfois. Mar\u00e9e haute. Ce matin, les chalutiers dansent \u00e0 ras le quai. Toujours tu t\u2019\u00e9tonnes. Mar\u00e9e haute, mar\u00e9e basse, tanguent les chalutiers. Ils te saluent, arrogants d\u2019\u00eatre port\u00e9s par cette masse d\u2019eau liquide, d\u00e9pit\u00e9s de s\u2019enfoncer avec elle vers la vase du fond du bassin. Ronflements des moteurs, grincements de cha\u00eenes, de cordages, hurlement d\u2019une sir\u00e8ne, claquements de voiles, chanson \u00e0 hisser, \u00e9changes \u00e0 l\u2019amiable entre les p\u00eacheurs, les mareyeurs, jurons, cris des marins plus forts que tous ces bruits. En cir\u00e9, ils se rient de la pluie, douce ici, redoutable en mer dans les temp\u00eates. De la fen\u00eatre grande ouverte, le port qui s\u2019\u00e9veille te semble entrer dans une carte postale. Et le carillon de la cath\u00e9drale proche.<\/p>\n\n\n\n<p>La tradition, le dimanche, non ce n\u2019est pas assister \u00e0 la grand messe. C\u2019est t\u2019installer vers midi devant l\u2019\u00e9tal du r\u00f4tisseur. Sur la promenade, face \u00e0 la mer, il a dress\u00e9 des tables de bois brut. Tu lui commandes une chope de bi\u00e8re ou de jus de pomme. L\u2019air est frisquet, tu te tasses sur ton banc, tu te l\u00e8ves, tu t\u2019approches de la r\u00f4tissoire, tu contemples les deux moutons enfil\u00e9s sur le tourne-broche et que le patron arrose de jus. Tu as presque trop chaud face au feu. Odeurs du bois qui flambe, des agneaux qui grillent, de la graisse qui p\u00e9tille sur les braises. \u00c0 l\u2019approche du festin, tu te l\u00e8ches les babines. Tu passes commande. Ce sont des agneaux pr\u00e9 sal\u00e9, des <em>herbus. <\/em>Tu arpentes souvent leur territoire, l\u00e0 o\u00f9 se rencontrent la terre et la mer. C\u2019est un moment hors du temps, une pause, une tr\u00eave. Tu humes, tu savoures la viande moelleuse, onctueuse. Tu ne penses plus \u00e0 rien, juste en bouche ton plaisir. Le vent du large chasse les nuages sombres. Le ciel lumineux t\u2019accompagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Sortir du port en voilier, une grande peur, pourtant vouloir la vaincre, y arriver, r\u00e9ussir la man\u0153uvre, affronter apr\u00e8s le port le chenal qui r\u00e9tr\u00e9ci ouvre sur la grande mer. En face les chalutiers arrivent \u00e0 petite vitesse, filent droit imperturbables. Tu es dans une coque de noix, fragile, tu es vuln\u00e9rable, tu t\u2019arc-boutes sur les bouts, ton compagnon se moque, non ce n\u2019est pas pour toi que tu as peur, encore que&#8230; Tu as peur de casser le d\u00e9riveur. Cabaner ? Non, tu sais faire, tu as appris. Oui tu as peur de le r\u00e9duire en morceaux, \u00eatre responsable de sa perte. Plus grave que la tienne, de perte. Le vent du large fait gonfler les voiles. Tu es pass\u00e9, tu as r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 une encablure de la ville cette crique qui t\u2019est refuge. Elle s\u2019inscrit entre des falaises abruptes. Conque parfaite. Sa musique en toi toujours. Elle chante et danse au rythme des vagues. \u00c0 mar\u00e9e haute, violente, te disant ses h\u00e9sitations, ses arr\u00eats, ses reprises, ses col\u00e8res, elle chante de tous ses galets qui roulent sous l\u2019effet du ressac. Tu marches avec difficult\u00e9, tu tr\u00e9buches. Elle sait \u00eatre tendre \u00e0 mar\u00e9e basse, ses galets se taisent, laissent place au sable, tes pieds le foulent, le palpent, s\u2019y incrustent&#8230;Tu te crois seul au monde. Tu te crois dans les mers du sud, l\u2019eau vire sans cesse du vert au turquoise, tu te r\u00eaves dauphin, jouant dans les vagues, faisant mille sauts hors de l\u2019eau. Tu trembles de froid, tu rejoins le rivage. Sur les pierres rondes et lisses, tu titubes. Saoul de l\u2019air de l\u2019oc\u00e9an, l\u2019infini dans tes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019odeur sal\u00e9e de la mer. La dune \u00e0 escalader, tu fraies ton chemin entre les oyats. Ce chemin devenu trace pour toi, il te conduit vers le large. Le vent te cueille au sommet, parfum d\u2019algues, de varech, d\u2019iode. Cris des mouettes, elles tourbillonnent dans le ciel argent\u00e9. La mer t\u2019appelle, de son gris sombre, de ses \u00e9cumes lumineuses. Une clart\u00e9 \u00e0 l\u2019horizon, d\u2019un bleu translucide, une voile s\u2019y d\u00e9coupe, des marins partent vers l\u2019ailleurs. Tu ne peux les rejoindre, tu es riv\u00e9 \u00e0 la terre ferme, \u00e0 ses granits, \u00e0 ses prairies molles, aux coteaux aimables, aux maisons sages. Tu emplis ton regard de l\u2019inconnu qui se refuse \u00e0 toi. En toi il demeure. Attente.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fen\u00eatre grande ouverte sur le gris de la ville. Effluves du port, odeurs de poissons, de mazout, de goudron, d\u2019eau vive, d\u2019\u00e9gouts parfois. Mar\u00e9e haute. Ce matin, les chalutiers dansent \u00e0 ras le quai. Toujours tu t\u2019\u00e9tonnes. Mar\u00e9e haute, mar\u00e9e basse, tanguent les chalutiers. 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