{"id":52555,"date":"2021-09-25T17:01:50","date_gmt":"2021-09-25T15:01:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=52555"},"modified":"2021-09-25T17:01:51","modified_gmt":"2021-09-25T15:01:51","slug":"autobiographie-1-les-sapins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-1-les-sapins\/","title":{"rendered":"autobiographie #1 | Les Sapins"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/1606318_1037446149641420_4774289157257379922_o-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-52556\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/1606318_1037446149641420_4774289157257379922_o-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/1606318_1037446149641420_4774289157257379922_o-420x236.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/1606318_1037446149641420_4774289157257379922_o-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/1606318_1037446149641420_4774289157257379922_o-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/1606318_1037446149641420_4774289157257379922_o.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Ongl\u00e9e dulcin\u00e9e \/ Aux poches de laine mousseuse \/ Mes mains rient sous cape E.C<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"alignfull wp-block-heading\">Verticales<\/h4>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Une ligne noire sur blanche. Le t\u00e9l\u00e9ski interdit. Le t\u00e9l\u00e9ski des Seigneurs. La pente si raide et le petit socle qui botte les fesses serr\u00e9es sous la combinaison molletonn\u00e9e. Vols oblig\u00e9s, l\u00e9g\u00e8re comme une araign\u00e9e microscopique \u00e0 huit pattes, b\u00e2tons et skis dans le vide. Parfois, miraculeusement retombant sur la trace. Souvent, l\u2019\u00e9quilibre est perdu. \u00c0 la gr\u00e2ce suspendue de l\u2019envol succ\u00e8de un moment de far-ouest o\u00f9 la perche tra\u00eene son petit ballot de skieuse d\u00e9glingu\u00e9e sur quelques m\u00e8tres sans qu\u2019on reprendre le dessus, remonter en selle. Il faut alors trouver son chemin dans la for\u00eat de sapins. On n\u2019est pas la premi\u00e8re \u00e0 tomber l\u00e0.&nbsp;<\/li><li>Un mur de sapins&nbsp;<sup><a href=\"file:\/\/\/var\/folders\/0t\/kwlgdk0x7xd_dvbdtpwgbcsm0000gn\/T\/com.ulyssesapp.mac\/b9b69bc28b214b449ae63bdd4cd584bf\/Les%20Sapins\/index.html#fn1\">1<\/a><\/sup>. Le nez coll\u00e9 \u00e0 la vitre, la bu\u00e9e, les marques. Une ligne de pens\u00e9es, rempart de petits pions surtout violet sombre et jaunes, suspendue au-dessus du vide. Le vide. Le mur de sapins. Tout \u00e0 gauche, en mettant la joue contre la vitre, rond dans l\u2019humide de la bu\u00e9e, le pont qui fait haut et peur. Le pont aux suicides, \u00e0 moins que ce ne soit l\u2019autre, qu\u2019on ne voit pas de l\u00e0, qui enjambe ailleurs une autre rivi\u00e8re. Le village est un \u00eelot pris entre deux eaux. Les fen\u00eatres de la salle \u00e0 manger se d\u00e9coupent en dizaines de rectangles \u00e9troits et hauts. Elles sont toujours tr\u00e8s propres. On vient aussi pour la vue. Un mur de sapins dont le haut se d\u00e9robe vers le lointain. La route perd son temps, mais on devine les sentiers qui coupent tout droit. Il y a une grosse ferme dans un de ces lents virages. On n\u2019y voit jamais personne. Trop loin\u2009? Abandonn\u00e9e\u2009?<\/li><li>Une raide pente d\u2019herbe ou de neige. Parfois des chevaux. Des boutons d\u2019or. Quand la ma\u00eetresse dit&nbsp;: \u00ab\u2009Il y en a qui sentent la neige\u2009\u00bb, la t\u00eate par l\u00e0-bas. Il y a bien une route qui passe en bas, enfin, une route, un chemin goudronn\u00e9 assez large pour un corbillard jusqu\u2019au cimeti\u00e8re juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, et qui s\u2019\u00e9tr\u00e9cit ensuite, mais ce n\u2019est pas dangereux pour la luge. La pente ne commence pas \u00e0 m\u00eame la route. Il y a une petite esplanade o\u00f9 reprendre son souffle avant de remonter avec son sac poubelle. Hiver comme \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a, on glisse l\u00e0 avec vue sur le cimeti\u00e8re o\u00f9 c\u2019est tout le contraire&nbsp;: surface immuable, myst\u00e8re des profondeurs.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h4 class=\"alignfull wp-block-heading\">Horizontales<\/h4>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Le torrent fait un creux sous les arbres, un disque clair et profond assez pour se tremper toute enti\u00e8re. C\u2019est toujours glac\u00e9. Mais il y a les grosses pierres br\u00fblantes ou simplement chaudes. Il faut marcher longtemps pour arriver l\u00e0, longtemps pour les petites jambes. Descendre une route tr\u00e8s pentue malgr\u00e9 les lacets, traverser l\u2019\u00e9trange plaine couverte de plantes d\u2019eau. La chienne ne r\u00e9appara\u00eet que par bonds une fois qu\u2019elle part fureter l\u00e0-dedans, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 elle qu\u2019on sait que c\u2019est mar\u00e9cageux, qu\u2019il ne faut pas y aller. C\u2019est le fond du val. En son milieu passe la route toute plate dont on ne s\u2019\u00e9carte pas. Sous la chaleur sans ombre, elle tangue comme un pont de lianes. Elle n\u2019en finit pas. Passer un pont tout petit. Passer devant une porte qui hurle de chien. Remonter le long des installations en bois pourri de l\u2019ancienne scierie. La roue \u00e0 palettes tourne moiti\u00e9 dans l\u2019eau, moiti\u00e9 dans l\u2019air. Entrer dans la for\u00eat. Remonter le torrent. Le flanc de la montagne s\u2019\u00e9boule dedans. D\u2019autres pierres chaudes apparaissent.&nbsp;<\/li><li>Pour le cimeti\u00e8re il a fallu remblayer, on le voit bien aux pentes alentour que \u00e7a n\u2019est pas naturel tout ce plat. Un grand mur gris \u00e9l\u00e9phant toujours attaqu\u00e9 par la pluie et le gel le d\u00e9limite dans un carr\u00e9 qui tremble comme sur un dessin. Un porche toujours frais derri\u00e8re des portes en bois qui ont l\u2019air de tomber par terre en s\u2019ouvrant. Dans le m\u00eame ciment que le mur, un petit bassin profond avec un robinet nerveux qui am\u00e8ne l\u2019eau glac\u00e9e du ruisseau dehors. Pas d\u2019arrosoirs, mais d\u2019\u00e9normes bouteilles d\u2019assouplissant. Parfois l\u2019odeur tient. Et les \u00e9tiquettes d\u00e9lav\u00e9es&nbsp;: S\u2026 pline.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-text-color has-background\" style=\"color:#a30046\"><strong>Codicille : J&rsquo;appuie cette nouvelle exploration contre un projet au long cours d&rsquo;\u00e9criture : l<em>&lsquo;Amn\u00e9sie de l&rsquo;Enfance<\/em>, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 dans <em><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-admin\/post.php?post=48801&amp;action=edit\">\u00c9crire l&rsquo;\u00e9t\u00e9 IV<\/a>.<\/em> <br>Je voulais saisir des premiers souvenirs ceux qui ne m\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 racont\u00e9s et serin\u00e9s. Ceux qui n\u2019ont ni film ni photographies. Ceux qui n\u2019ont pas d\u2019histoire, voil\u00e0 comment je l\u2019ai dit d\u2019abord. En regardant mieux, je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019anecdote, c\u2019est diff\u00e9rent, et pas non plus de mythologie (peut-\u00eatre).<br>En les listant, d\u2019autres reviennent de cette cat\u00e9gorie que je cherche \u00e0 tenir \u00e0 distance, ils y emm\u00ealent leurs photographies et leurs expressions idiomatiques. Je d\u00e9cide de les conserver, mais en italique, pour marquer leur intrusion.<br>Je sais que ce chantier est illusoire.<br>Certains lieux, je les ai connus sur une trop longue dur\u00e9e pour \u00eatre dupe de la primeur de leur souvenir. La cave de l\u2019h\u00f4tel, par exemple, je l\u2019ai c\u00f4toy\u00e9e pendant vingt ann\u00e9es. Mais puisqu\u2019elle a aval\u00e9 toutes les autres caves dans son odeur, je veux croire que c\u2019est par l\u2019anciennet\u00e9 en moi de son gouffre.<br>Si la perception sensible des lieux, des objets est encore majoritaire dans la liste que j\u2019essaie d\u2019\u00e9tablir, une cat\u00e9gorie impr\u00e9vue pointe son nez depuis peu\u00a0: l\u2019imaginaire sensoriel des expressions imag\u00e9es que je ne comprenais pas. J\u2019avais lanc\u00e9 une collecte de ce genre de malentendus dans l\u2019enfance\u00a0: [<a href=\"https:\/\/www.lecafeeuropa.com\/un-gros-jardin-7\">un gros jardin<\/a>]. Mais le sens per\u00e7u \u00e0 tort primait alors sur la sensation, qui restait cach\u00e9e derri\u00e8re. Il y a une de l\u2019arch\u00e9ologie dans la conqu\u00eate de l\u2019amn\u00e9sie de l\u2019enfance.<br>Une chose m\u2019importe ici davantage que ma m\u00e9moire, que ce que je tente d\u2019en \u00e9crire, c\u2019est d\u2019inviter d\u2019autres \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 \u00e7a avec moi\u00a0: quelle histoire raconte-t-on quand on cesse de se raconter des histoires.<\/strong><br><strong><br>Il appara\u00eet clairement que cette pr\u00e9face en forme de r\u00e8gle du jeu sera peut-\u00eatre la seule chose \u00e0 conserver.<br>Confus\u00e9ment, je sais \u00e9galement que ce chantier me m\u00e8ne quelque part. Quelque part en \u00e9criture.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" id=\"footnotes\"><li><a href=\"file:\/\/\/var\/folders\/0t\/kwlgdk0x7xd_dvbdtpwgbcsm0000gn\/T\/com.ulyssesapp.mac\/b9b69bc28b214b449ae63bdd4cd584bf\/Les%20Sapins\/index.html#ffn1\">\u21a9<\/a>Je comprends seulement ce jour que le nom de la pension, h\u00f4tel restaurant, n&rsquo;\u00e9tait pas seulement banal, local, mais faisait r\u00e9f\u00e9rence, appel \u00e0 cette vue insoup\u00e7onnable depuis la rue.<\/li><\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Verticales Une ligne noire sur blanche. Le t\u00e9l\u00e9ski interdit. Le t\u00e9l\u00e9ski des Seigneurs. La pente si raide et le petit socle qui botte les fesses serr\u00e9es sous la combinaison molletonn\u00e9e. Vols oblig\u00e9s, l\u00e9g\u00e8re comme une araign\u00e9e microscopique \u00e0 huit pattes, b\u00e2tons et skis dans le vide. Parfois, miraculeusement retombant sur la trace. Souvent, l\u2019\u00e9quilibre est perdu. \u00c0 la gr\u00e2ce suspendue <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-1-les-sapins\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographie #1 | Les Sapins<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":52556,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2821],"tags":[],"class_list":["post-52555","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographie-01"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=52555"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52555\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/52556"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=52555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=52555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=52555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}